DENRÉES ET MARCHANDISES
Les commissions instituées par l’arrêté du 5 avaient terminé la reconnaissance de tous les locaux qui lecélaient les denrées ou marchandises appartenant à la régence , et y avait apposé les scellés (i); mais elles
( I ) Savoir : Blé de différentes qualités ,
Gruau ,
Sel,
Bois à brûler ,
Laine ,
Cuirs salés ,
(jire ,
Lin ,
Toile d’Europe ,
Plomb ,
Cuivre ,
Huile commune ,
Marbre.
Indépendamment de quelques faibles quantités de denrées : miel , sucre , camphre, etc. , qui furent remis au service des hôpitaux* Toutefois il fut impossible , dès le début , de constater par des inventaires exacts les quantités et les qualités des marchandises , particulièrement celles des laines.
avaient été dans l’impuissance de constater immédiatement la quotité et la qualité des laines et de la plupart des marchandises , parce qu en effet les maisons qui îes renfermaient étaient bondées de telle sorte, que pas un mouvement intérieur n’était praticable; et que les laines (i), ayant toutes une origine d’époque différente ( ce qui s’explique par l’interruption des communications que le blocus avait imposée à la régence ) , étaient toutes de qualités variées et différaient entre elles de i5 à 20 p. 100, comme on l’a reconnu depuis.
La première disposition fut de fixer au 20 août les ventes aux enchères de toutes les marchandises qui ne seraient point jugées nécessaires aux besoins de l’armée ,
(*2) Les laines provenant des propriétés directes de la régence et des impôts frappés sur les tribus étaient emmagasinées en suin (c’est-à-dire sans être lavées), et quelques-unes dataient de 1828. Une quantité assez considérable avait été dispersée. Tous les moyens avaient été bons pour la défense ( 2®. partie , pièces officielles ) ; aussi les batteries de la marine, le pont des bâtimens , étaient-ils couverts de balles de laine , entières ou dispersées ; et de même retrouvait-on , confondues parmi ies débris du château de l’Empereur, les masses de laine dont îes Turcs avaient fait des épaule mens.
sous la condition que cette vente (rapport du 1 8 juillet au ministre de la guerre) , serait immédiatement annoncée dans les départemens du Var et des Bouches-du- Rhône , par les soins de MM. les préfets et publiée par la voie des journaux. Je réelamai de plus auprès de M. le baron Rey, intendant militaire de la 8®. division , en résidence à Marseille, la note exaete des prix du commerce , alin de donner une base certaine aux enchères , et mettre le gouvernement à l’abri de toute collusion.
Toutefois on ne tarda guère à reconnaître de combien de difficultés les adjudications seraient accompagnées , et, le 28 juillet ( 2®. partie), le général en chef approuva que toutes les marchandises ou denrées inutiles au service de l’armée fussent chargées en retour sur les bàtimens qui nous apportaient des vivres , et dirigées sur Mai'seille pour y être à la disposition du gouvernement.
Mais , dans le dessein de ne pas se rendre coupable de déception envers les négocians attirés à Alger sur la foi des adjudications, il fut décidé que l’on formerait quelques lots dont la proportion et l’espèce seraient exactement constatées. ( L’adjudication de
ces petits lots n’a pas même eu lieu , et la totalité des marchandises doit être en ce moment réunie à Marseille. )
La valeur des marchandises et denrées de toute espèce ne saurait être exactement déterminée quant à présent (i); mais les 700 pièces de canon en bronze de qualité supérieure , dont une partie est déjà en France (2), peuvent être, selon l’opinion du commerce de Marseille, estimées de 3 à 4 millions. Ainsi , en ajoutant à ces valeurs les 49 millions du trésor , on reconnaîtra que la conquête d’Alger a produit au delà de 53 millions , sans parler des 800 pièces de canon en fonte , ni de l’immense quantité de poudre et de projectiles.
DISPOSITIOINS ADMINISTRATIVES.
Nous touchions à la fin de juillet, lorsque l’enlèvement total des approvisionne-
(1) Le retard qu’éprouve l’arrivée des documens officiels que j’attends me met dans l’impossibilité de donner ici le chiffre exact de la valeur des denrées et marchandises.
(2) Le général Lahitte a commencé l’envoi des ca nous de bronze en France, dès le 10 juillet.
mens laissés à Sidy-el-Ferruch était effectué par la marine ; toute l’armée fut concentrée sous les murs d’Alger.
L’hôpital de Mustapha Pacha avait reçu une grande e?vtension (i) , et les travaux de la manutention pour lesquels le génie nous a donné un secours si efficace (2) étaient terminés.
L’expédition de Bonne et celle d’Oran étaient en marche et avaient été pourvues d’un mois de vivres. Enfin , dans le même temps , quarante-huit bàtimens du commerce , chargés de deux mois de vivres (deuxième commande ), attendaient dans la rade que le déchargement des transports venus de Sidy-el-Ferruch fût terminé.
Alors le moment d’éclairer la gestion des comptables était arrivé , et rien ne pouvait plus retarder la formation de situations régulières des magasins , situations qu’il eût
(1) Cet établissement fut créé par M. le sous-intendant d’Arnaud, au zèle et aux talens duquel je ne saurais donner trop d’éloges.
(2) La raaoutention ayant été établie dans un des magasins easematés du port , il fallut faire des pereeinens dans des voûtes de 10 pieds d’épaisseur pour installer les cheminées.
été fort inutile , pour ne pas dire absurde, d’exiger pendant le cours de la campagne active , si l’on se rappelle de quelle manière les 80,000 ballots , caisses ou barils ont été jetés sur la plage, et quel a été le mouvement constant de toutes les denrées , soit pour les distributions Journalières faites au loin , soit pour la formation de l’entrepôt de Staoueli , soit pour l’approvisionnement des redoutes.
Je prescrivis en conséquence l’établissement d’inventaires de rigueur au août, afin de connaître d’une manière précise l’étendue et la nature des pertes ou des avaries , et d’éviter la possibilité d’aucune confusion entre les approvisionnemens apportés par l’armée (première commande) et ceux qui se trouvaient dans le port.
En effet , à l’égard du service des vivres , la justification la plus vraie , la plus raisonnable, la seule exigible, était, après une consommation patente de quarante -six jours, de constater la quantité et l’espèce des denrées existantes en magasin au I®^ août.
Or, les approvisionnemens reçus à Marseille , et chargés sur les bâtimens nolisés
par la marine (i) , avaient été calculés pour 6o jours. Nous étions au du mois d’août;
l’armée avait vécu . 4^ jours
et les magasins renfermaient encore (première commande) pour six à huit jours de vivres (2). . . 8
En somme, les approvisionnemens venus de Marseille avec l’armée l’avaient nourrie pendant. . 54 jours.
Ce rapprochement établit de la manière la plus satisfaisante le chiffre des pertes , et démontre qu elles ont été dans une proportion hors de toute vraisemblance avec les chances du débarquement, celles des transports par terre , celles de la translation par mer de Sidy-el-Ferruch à Alger, et enfin avec celles qui avaient exposé pendant plus d’un mois nos approvisionnemens sans abri à l’influenee d’un soleil brûlant.
Ce n’était point assez d’avoir dans le
(1) A l’exception de ceux qui ont porté les mille bœufs partis de Cette , que la marine n’avait pas voulu noliser elle-même.
(2) A l’exception toutefois du riz et du vin qui ont été distribués tous les jours , et d’après l’avis du conseil de santé , dans une proportion double de la ration habituelle.
port, au I"". du mois d’août, des vivres pour deux mois :
« La côte d’Alger ( rapport du 3o juillet) » est éminemment dangereuse ; c’est à » grand’peine que nous hasardons le dëbar- )) quement de quelques denrées dans le fort » Eabazoun. Au premier vent du nord ou )) de nord-est tous les bâtimens sont en » perdition ; à partir du mois de septembre, » les chances de la navigation vont devenir » fort hasardeuses , et plus d’un bâtiment » sera en vue du port sans pouvoir y pé- » nétrer.
)) J’ignore quelle sera la force de la divi- » sion d’occupation ; mais, ce chiffre déterw miné , il faut se hâter d’approvisionner » Alger pour cinq à six mois .
)) Cet objet est grave; il n’y a pas un in- » stant à perdre. J’aurais pu sans doute » faire une troisième commande à la mai- » son Seilliére , je dirai même, dans mon for » intérieur, que ce serait le moyen le plus » prompt, le plus sûr, et peut-être aussi le «plus économique (i); mais l’opposition » s’arme trop facilement de préventions
(i) J'ai quelque lieu de penser que les comptes fe* ront de cette opinion une vérité.
» pour que j’aie songé à prendre l’initiative;
» que l’on fasse de Paris ce que l’on jugera » de plus convenable , rien de mieux.
» C’est encore en vue du même principe » que j’ai provoqué du général en chef l’en- » voi à Marseille des marchandises de toute î) espèce : laines, cires, plombs, etc., qui » encombrent les maisons de la régence , en » profitant pour ce déblaiement des navires » qui apportent la deuxième commande , et » que le département de la guerre doit payer » en tout état de cause.
» Par ce moyen , je dégage l’intendance » d’adjudications diffsciles , et je prouve que » rien ne sera ni occulte ni onéreux dans » mon administration. (Voir la deuxième » partie.) »
SITUATION .DES SERVICES ADMINISTRATIFS AU lO AOUT.
Il existait dans les magasins ou dans le port des vivres jusqu’au 20 octobre (i).
Le parc de bestiaux était approvisionné
(i) Peu excepte le riz et ie vin , parce que les commandes avaient été faites dans la proportion d’un quart de litre de vin et d’une once de riz, laquelle proportion dut être doublée d’après l’avis de MM. les officiers de santé en chef.
de 600 bœufs, et tout était préparé pour que l’adjudication du service des vivresviande offrît de bons résultats.
Une manutention des vivres avait été construite dans l’enceinte meme des magasins à la marine.
L’élargissement de la communication de la marine aux portes Babaloued et Babazoun s’opérait depuis quelques jours , et bientôt les chariots à deux et à quatre roues allaient avoir accès jusqu’à nos magasins.
Les hôpitaux avaient pris une extension suffisante pour contenir i,55o malades.
Les travaux se continuaient , et 20,000 planches étaient attendues dePalma.
Les équipages militaires avaient été réorganisés dans une proportion relative aux besoins de l’armée, mais toutefois calculée de manière à suffire au service , dans l’hypothèse où l’on pousserait une forte reconnaissance dans l’intérieur des terres.
Le personnel du bataillon des ouvriers d’administration avait subi les modifications que l’expérience de la campagne avait rendues nécessaires.
Les dispositions d’ordre arrêtées pour la translation en France de toutes les marchandises appartenant à la régence , s’exé-
cutaient sous la surveillance de M. le sousintendant militaire Behaghel.
Déjà quelques régimens étaient installés en ville , et le moment n’était pas éloigné où les bivouacs devaient cesser.
En installant les troupes dans les maisons j’avais émis l’avis d’employer comme effet de casernement le hamac , dont le placement est si prompt et dont l’usage est si salubre dans les pays chauds. -Le hamac offre surtout l’avantage-, en se roulant pendant le jour, de ne pas encombrer les chambrées.
Enfin les choses étaient disposées de telle sorte que le service de l’armée n’était plus à bien dire qu’un service de place.
FRAIS DE l’expédition.
L’armée a reçu , par les soins de la maison Seillière , quatre mois de vivres , calculés sur un effectif de 87,000 hommes et de 4,000 chevaux.
Ces approvisionnemens ont suffi à la subsistance de l’armée, du 16 juin au 20 octobre, parce qu’en effet la réduction progressive de l’effectif de l’armée a largement compensé les pertes et les avaries qui ont été la conséquence inévitable du débarquement.
La liquidation des quatre mois d’appro-
visionnemens , y compris les frais d’emballage , encaissement , etc. , et le fret des bàtimens pour une partie de la première commande (deux mois), et la totalité de la deuxième commande (deux autres mois) ne dépassera pas cinq millions (i).
Les autres branches de service de la guerre subiront également avec honneur la loyale investigation des chambres, et les comptes prouveront ce que l’on doit attendre de prévisions sagement conçues et tidèlement exécutées.
Sans entrer, quant à présent , dans l’examen des divers ehapitres de dépense de l’expédition , j’établis en fait (paree que les moyens de justifier cette assertion sont entre mes mains ) qu’au octobre le montant total de la dépense , au compte du département de la guerre , ne s’élevait pas
à . 20,000,000 fr.
y compris les 5 millions précités et toutes les dépenses
(i) Les denrées achetées par la maison Seiilière ont été d’une qualité remarquable , et surtout remarquée pendant les jours de la campagne active.
N. B. Les prévisions du budjet s’élevaient à 9,o34,ooo fr. pour le service des vivres , y compris une réserve de deux mois qui n’a pas été réalisée.
Report. . . 20,000,000 fr.
de solde , de gratifieation , d’aehat de chevaux , de mulets, d’effets de campement, de caissons , et généralement d’un matériel qui conserve une valeur que je veux négliger;
Et que les frais de l’occupation, pendant les mois d’octobre , novembre et décembre , ne dépasseront pas. . . 5, 000,000
En tout , au compte de la guerre (i) . 25,ooo,ooo
Plus, au compte de la marine, en admettant sans restriction le chiffre posé dans le rapport du 18 septembre. . . 23,5oo,ooo
Dépense totale au janvier i83ï . 4^?^<^c>,ooo fr.
J’ai émis l’opinion que la publicité et la concurrence étaient, en matière de fournitures , la voie la plus raisonnable , celle qui procurait généralement les meilleurs résul-
(i) La reddition des comptes révélera des réductions dont je crois inopportun d’indiquer aujourd’hui la source.
tats, et surtout celle qui offrait la garantie la plus solide à la responsabilité ministérielle.
Toutefois j’ai aussi émis l’opinion (partagée par les administrateurs éclairés ), que dans des circonstances données , où le moindre retard pourrait compromettre le succès d’une expédition , il y avait avantage à faire opérer les achats à commission par des maisons de commerce bien famées.
Le ministère , informé par mon rapport du 3o juillet qu’il fallait ravitailler Alger pour six mois avant la fin d’octobre, a dit :
(( Etant pressé par le temps, une troi-
sième commande a été faite à la maison » Seillière. »
Or, le temps pressait bien autrement le 2 5 février.