‹ Précis historique, généalogique et littéraire de la maison d'OrléansChapitre 18 sur 39 · RER · texte numérisé non relu

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chose étonnante, il se distingua toujours à l’armée. En 1667, il accompagna Louis XIV son frère dans les campagnes de Flandre, et contribua aux conquêtes rapides qui, du 2 juin au 31 août , en furent le résultat. L'année suivante, ilaccompagna encore le Roi dans la Franche-Comté, qui fut subjuguée en dix-sept jours (du 5 au 22 février 1668). Il commanda une armée en Hollande en 1672, et sempara de la place d'Orsoi, puis de celle de Zutphen le 25 juin. Il assista au siége de Maestricht en 1075, étant à la tête d’un quartier de l’armée du Roi. Il fut encore en 1674, avec S. M., aux siéges de Besançon et de Dôle, et en 1675 , aux siéges de Limbourg et de Condé. Il réduisit Bouchain à l’obéissance du Roi le 11 mai 1676. Il gagna sur le prince d'Orange la bataille de Cassel, où 1l se couvrit de gloire, le 11 avril 1677 , ayant sous ses ordres le duc de Luxembourg. Il s'empara de Saint-Omer, et se trouva, la campagne suivante, à la conquête de Gand, d’Ypres, à la prise de Mons en 1691, et à celle de Namur en 1692.

On voit que ce prince fut presque toujours présent aux glorieuses actions de Louis XIV et qu'il ne le quittait que pour commander des armées séparées. Comment concilier tant d’héroïsme avec des goûts de femme, des bizarreries et des faiblesses d'enfant ?

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Quelques historiens ont prétendu que Louis XIV avait été jaloux de sa gloire. Cela est faux. Le monarque a bien donné quelquefois des avis à son frère, mais il lui a toujours témoigné beaucoup de bonté. Un jour, le duc d'Orléans lui parlant du chevalier de Lorraine , qu’il aimait beaucoup , et qui avait été exilé, parut s'intéresser en sa faveur. « Je veux, lui dit le Roi, que vous l’aimiez pour « l'amour de moi ; il y a deux jours que j'ai fait « partir un courrier pour le rappeler ; je fais plus, « car je le fais maréchal-de-camp. » À l'instant, Monsteur se jette aux pieds du Roi, et lui embrasse les genoux. Louis XIV s’empresse de le relever en lui disant : « Mon frère, ce n’est pas «ainsi que deux frères doivent s’embrasser » ; et il le serre tendrement dans ses bras.

Philippe d'Orléans fut marié deux fois : la première, comme nous l'avons dit, avec Henriette d'Angleterre , qui fut malheureuse dès le berceau, car sa mére accoucha d'elle à Exeter, dans un camp, au milieu des ennemis qui la poursuivaient avec autant d’acharnement que Charles son mari. Obligée de fuir, cette mère abandonna sa fille, qui demeura prisonnière quinze jours après sa naissance (en 1644). Au bout d'environ deux ans, délivrée de cette captivité par l'adresse de sa gou-vernante, elle fut transportée en France , et élevée sous les yeux de sa mère. Elle devint bientôt l’ad-

Ô PHILIPPE fe.

miration de la cour par les charmes de son esprit, par sa beauté, et par ses bonnes manières. Cependant son mariage ne fut pas heureux, quoique , ou peut-être parce que Louis XIV lui témoignait beaucoup d’égards et se plaisait dans sa compagnie, entretenant avec elle un commerce de belesprit et de petits vers (1). Peu de temps après qu'elle fut de retour d’un voyage en Angleterre, où elle venait de rendre un service important au Roi (en 1670), elle mourut subitement à Saint-Cloud, emportant les regrets de toute la cour. On à fait courir le bruit qu’elle avait été empoisonnée dans un verre d’eau de chicorée. Les présomptions ont été assez fortes , mais jamais on n’a accusé son mari d'avoir pris part à ce crime, s’il a existé.

(1) On raconte à ce sujet quelque chose d’assez plaisant. Louis XIV et Henriette ne s’entendaient pas beaucoup en vers : ils avaient donc recours chacun très secrètement à une personne de confiance qui rendît poétiquement leurs pensées. « Il arriva 3 « dit Voltaire, que le même homme fut à la fois le confident du « Roï et de Madame dans ce commerce ingénieux, C'était le mar- « quis de Dangeau ; le Roi le chargeait d’écrire pour lui, etla « princesse l’engageait à répondre pour elle. H les servit tous « deux sans laisser soupconner à l’un qu’il fût employé par l’autre, «et ce fut une des causes de sa fortune. Cette intelligence si in- « time jeta des alarmes dans la famille royale ; le Roi fut obligé de « réduire l’éclat de ce commerce à un fonds d’estime et d’amitié «qui ne s’altéra jamais. » On connaît les curieux Mémoires de Dangeau.

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Il se remaria avec une princesse de Bavière, dont il eut Philippe IT (le Régent ). Celle-ci ne brillait pas par les charmes de la beauté; c'était une grosse Allemande , virile, tout d’une pièce ; comme elle le dit elle-même dans sa correspondance (1), mais elle était considérée pour sa fermeté et sa justice. Hautaine seulement avec les grands , elle se fit aimer des autres par son caractère doux, affable, compatissant et charitable.

Son mari aimait assez les lettres ; 1l avait même un fonds d'instruction et possédait assez bien la langue latine (2). L'abbé le Vayer fit paraître un Æpitome de l'Histoire Romaine de Florus, mis

(1) Aïlleurs elle fait son portrait avec une candeur et une franchise qui doivent lui faire trouver grâce sur son peu d’attraits : « Dans l’univers entier, dit-elle , on ne peut, je crois, trouver de « plus laides mains que les miennes ; mes yeux sont petits, J’ai le « nez court et gros, les lèvres longues et plates ; de grandes joues « pendantes, une figure longue. Je suis très petite de stature, « ma taille et mes jambes sont grosses ; somme totale, je dois être « une assez vilaine petite laideron. J’ai pris le parti de rire la pre- « mière de ma laideur, ce qui m’a fait grand bien. »

Elle dit ailleurs : « Je nai jamais eu l’air d’une Française , et « n'ai voulu ni pu en prendre les manières. Je ne prends jamais « ni chocolat, ni café, ni thé ; pour la table, je suis toujours Alle- « mande, et de la vieille roche. » Elle aimait beaucoup les chiens, montait souvent à cheval, et s’habillait en homme pour cet exercice.

(2) Mais son écriture était illisible. Charlotte-Élizabeth de Bavière , sa seconde femme, s'exprime ainsi à ce sujet : « Monsieur

« écrivait si mal, que souvent il m’apportait ses propres lettres

en français par Philippe de France, duc d’Or-

léans, Paris , 1656, in-8°; on en publia une seconde édition en 1670; malgré cela, cette traduction n’est plus recherchée, quoique Lenglet Dufresnoy en fasse l'éloge.

Depuis l'instant où Philippe quitta l’armée , c'est-à-dire pendant les neuf dernières années de sa vie, il retomba dans ses anciennes habitudes d'afléterie, de mollesse, et il finit par y ajouter quelques pratiques superstitieuses ou du moins d'une dévotion si minutieuse qu’elle approchait de la superstition. Au reste il était bon, et lorsqu'il mourut , il fut regretté tant pour son affabilité que pour son humanité et sa charité envers

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