CI GÎT L’OISIVETÉ
importans que lui imposa la Régence dans des temps difficiles.
Philippe débuta , comme son père, par la carrière des armes. Il fit sa première campagne en 1691 , et se signala sous les yeux de Louis XIV, son oncle, au siége de Mons dont nous avons parlé à l’article de son père. Ensuite 1l accompagna le duc de Luxembourg, général de l’armée de Flandre. Chargé l’année suivante de commander le corps de réserve au combat de Steinkerque, il y fit des prodiges de valeur, et fut blessé à l'épaule. Le 29 juillet 1693, il montra le plus grand courage à la sanglante journée de Nerwinde, près de la Guette à quelques lieues de Bruxelles ; il faillit être prisonnier, s'étant trouvé cinq fois au milieu des ennemis. Cette victoire remportée par le duc de Luxembourg, coûta plus de sept mille hommes à la France. C'est à cette occasion que l’on dit qu'il fallait chanter plus de De profundis que de Te Deum.
De retour à Paris , Philippe , qui n’était encore que duc de Chartres, s’occupa, pendant la paix , à cultiver les sciences et les arts ; rien ne lui fut étranger : géométrie, chimie, peinture, gravure, musique (1), littérature , poésie ; il embrassa tout
(1) Il a fait la musique de deux opéras, dont Lafare composa le poëme, et qui furent joués dans son palais ; on lui doit la gra-
PHILIPPE II, RÉGENT. 23 et réussit en tout, du moins autant qu'il est possible en appliquant ses facultés à tant d’objets divers (1). I se livrait à ces doux loisirs, quand Louis XIV l’envoya en 1706 , commander l’armée en Piémont. Elle était alors devant Turin, dont elle formait le siége. Le prince Eugène le suivit de près, venant au secours de la place. Fallait-il l’attendre ou marcher à lui? Philippe était de ce dernier avis; on suivit l’autre, et l’armée fut battue. Ce qui contribua à cette défaite, fut que le duc
vure des estampes du roman de Daphnis et Chloé (nous en parlerons ailleurs ) ; et avant la révolution , on voyait sur les murs du château de Meudon de très belles peintures de sa composition.
(x) C’est sans doute alors qu’il répara ce que son éducation ou plutôt son instruction primitive pouvait avoir de défectueux. « Car, dit un historien, par une déplorable fatalité , la mort lui « enleva successivement cinq gouverneurs qui tous avaient com- « mencé à diriger vers le bien les qualités précieuses dont le « ciel avait comblé ; il ne lui resta plus que l'abbé Dubois , qui « devint, après la mort de Saint-Laurent, son sous-précepteur, « et qui devait avoir sur la destinée de ce prince une influence « si funeste. »
Les cinq gouverneurs dont il est ici question sont : le maréchal de Navailles, mort en 1684; le maréchal d’Estrades, mort en 1686; le duc de La Vieuville, mort en 1089, le marquis d’Arcis, mort en 1694 ; et enfin Saint-Laurent , le plus vertueux des précepteurs , qui eut toutefois le tort d'introduire auprès de son élève le trop fameux Dubois. Madame de Sévigné écrivait à sa fille, au sujet de la mort de ces cinq messieurs : « On ne pourra donc jamais élever un gouverneur pour le neveu du Roi. » Le mot est de Benserade.
d'Orléans y reçut une blessure considérable au bras. El fut obligé de se retirer pour aller se faire panser, et, pendant son absence, on perdit la sataille le 7 septembre. L'année suivante, 1707, 1! passa en Espagne, et y arriva le lendemain de la bataille d’Almanza, donnée le 26 avril ; mais s’il n'eut pas part à cette grande victoire, il sut du moins en profiter en habile capitaine. Il soumit, presque en les parcourant, les provinces de Valence et d'Aragon. Requena se rendit le 3 mai; Valence, le 8, Saragosse, le 24; et Serpa en Portugal, le 26; Alcita , le 18 juin; Mequinença , le 7 juillet; Moncon , le 7 août; Puycerda , le 12 septembre ; Ciudad-Rodriso , le 14 octobre ; la ville de Lérida fut prise le 13 octobre, par le duc d'Orléans en personne; et le château, devant lequel avaient échoué nos plus grands capitaines (Condé et le comte d'Harcourt) , subit le même sort le 12 décembre. Le même prince s’empara de la ville et du château de Tortose, le 11 juillet 1708.
Il courut dans ces temps le bruit que Philippe V second fils du grand dauphin, nouveau roi d'Es-
quer , et que le duc d'Orléans songeait à obtenir la couronne d'Espagne pour lui-même. Il est certain que ce trône lui appartenait au défaut des enfans du dauphin. Il prenait déja des mesures,
dit-on, pour disputer à l’archidue le seeptre aù
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PHILIPPE Il, RÉGENT: 25 moment qu'il échapperait à Philippe. La princesse des Ursins , pénétrant ces projets, les présenta à Louis XIV et à Philippe V sous la forme de la plus odieuse conspiration. Le monarque français ne pardonna jamais au duc d'Orléans ces manoœuvres (1), quoiqu'il s’opposât à ce qu’on lui fit son procès, ainsi que l'avait demandé dans le conseil le dauphin, père de Philippe V. Voilà le motif pour lequel , dans les arrangemens que Louis XIV prit à sa mort (arrivée le 1°" septembre 1715), il eut grand soin de priver le duc d'Orléans de la Régence, qui lui appartenait de droit, tout ayant l'air de la lui conserver , puisqu'il le plaçait à la tête du conseil de Régence. Mais il mettait en même temps la personne du jeune Roi sous la tu-
(1) Ajoutons que par la suite il y eut bien d’autres sujets d'inquiétude. La mort promena rapidement sa faux dans la famille de Louis XIV. Le dauphin, son fils unique , meurt le 14 avril 1711 ; le duc de Bourgogne, devenu dauphin, meurt l’année suivante, le 18 février 1712, n’ayant survécu que six Jours à sa femme, morte le 12; trois semaines après, le duc de Bretagne , leur fils aîné, les suit au tombeau. Paris vit le même char funèbre renfermer le père, la mère et l'enfant. Le duc d'Anjou, depuis Louis XV, unique rejeton de la ligne directe, fut à deux doigts de la mort. On assure que la duchesse de Ventadour, sa gouvernante, par un amour d'autant plus courageux qu’elle osait se charger de l'événement, éloigna les médecins, et pleine des idées funestes qui naissaient de tant de morts précipitées, lui donna du contre-poison que lui avait apporté de Turin la
comtesse de Vérue, qui en avait fait usage. Eh bien, tant de
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telle et garde du conseil, ayant le due du Maine pour surintendant de son éducation. Le duc d’Orléans, qui connaissait ses droits, piqué de ce que le défunt Roi les blessait, ne perdit pas de temps; le lendemain de la mort du monarque, 2 sep tembre, il fait casser son testament en plein parlement et se fait déférer purement et simplement la Régence.
Alors tout changea de face. Le duc d'Orléans donna aux affaires une direction diamétralement opposée à celle que Louis XIV avait suivie. Les controverses et les divisions qui agitaient alors le clergé , et auxquelles on attachait une grande importance, fixèrent son attention. Ses premiers soins furent de gagner les jansénistes et de pacifier
malheurs arrivés coup sur coup, avaient fait planer sur le duc d'Orléans les plus affreux soupçons, d'autant plus que , dans ses loisirs, il se livrait à l'étude de la chimie, science à laquelle on s'était adonné naguère pour y apprendre la préparation des poisons. Le prince, incapable de pareils forfaits, fort de sa conscience, demanda au Roi de se constituer prisonnier, avec Hombert, célèbre chimiste, son maître dans cette partie. Le Roi, prévenu par les ennemis de son neveu , était près d'accepter la proposition , lorsqu'il en fut détourné par le fameux Maréchal, son médecin, qui connaissait à fond le duc d'Orléans ; et il finit par dire à Maréchal , qui l’avait convaincu : « Savez-vous ce que « c’est que mon neveu ? c’est un fanfaron de crimes. » La conduite du Régent à l'égard de Louis XV, enfant, prouve comben tous les soupçons dont nous venons de parler étaient absurdes et calomnieux.
PHILIPPE II, RÉGENT. 27 les querelles de l’Église; il y réussit en partie. Il rendit aux parlemens l’usage des remontrances. Il maintint la paix avec les puissances étrangères ; il s’unit avec l'Angleterre, abandonna la cause des Stuarts , et rompit avec l'Espagne.
Le czar Pierre [°° vint visiter la France en 1717; il arriva à Paris le 7 mai, et n’en partit que le 21 juin. Il y fut reçu , logé et défrayé avec une grande magnificence. L'état de sa dépense était de 1,800 livres par jour. Rien de plus touchant que ses entrevues avec le jeune Roi, âgé de 7 ans. Le Régent lui témoigna continuellement les plus grands égards , et eut pour lui les attentions les plus délicates. (x)
En 1718, le cardinal Alberoni, premier ministre de Philippe V, dressa en France des batteres secrètes pour enlever la Régence au duc d'Orléans, et la procurer au Roï son maître, dans un pays où il ne pouvait plus régner. La conspiration
(1) Un jour il le conduisit à l'Hôtel des Monnaies. Le Czar, après avoir examiné la structure , la force et le jeu du balancier, se Joignit aux ouvriers pour le mettre en mouvement. Rien n’égala sa surprise quand il vit sortir de dessous le coin son portrait, supérieur pour la ressemblance et pour l’art à toutes les médailles qui avaient été frappées pour lui. Il parut aussi fort satisfait du revers, qui représentait une renommée passant du nord au midi, avec ces mots de Virgile : Vires acquirit ceundo , par allusion aux connaissances que ce prince acquérait en voyageant.
était près d’éclater, lorsqu'elle fut découverte par une Courtisane ( la Fillon). Les lettres intércep— tées et les papiers saisis chez le due de Cellamare , ambassadeur d'Espagne à Paris, la prouvèérent Jusqu'à l’évidence. Le Régent pardonna aux con- Jurés avec une clémence digne de Henri IV. Mais ses ministres moins indulgens en firent mettre plusieurs à la Bastille (1). Le duc du Maine fut arrêté le 29 décembre et conduit au château de Doulens ; la duchesse du Maine fut envoyée au château de Dijon ; et c’est sur les révélations qu'elle