Vie privée du cardinal Dubois, premier ministre
archevêque de Cambrai. Londres (Paris), 1789, 1 vol. in-8, de 389 pages, avec portrait.
On attribue cet ouvrage à M. Mongez, membre de l’Institut. Il y a une édition in-18, en deux volumes.
14°. Mémoires secrets, et Correspondance inédite du
cardinal Dubois, premier ministre sous la régence du due d'Orléans, recueillis, mis en ordre et augmentés d’un Précis de la paix d'Utrecht, et de diverses Notices historiques, par M. L. de Sevelinges, chevalier de Saint- Louis. Paris, Pillet, 1814, 2 vol. in-8° avec portrait.
Il doit exister à la Bibliothéque du Roi un recueil manuscrit intitulé Ænecdotes de l'élévation de l'abbé Dubois aux premières dignités de l'Église et de l'État. 3 vol. in-4°. Ce manuscrit avait passé de la bibliothéque de M. Chauvelin à celle de Saint-Germain-des-Prés. C’est sans doute là que l’on aura puisé une Infinite de traits sur la vie du cardinal , et dont la plupart sont bien éloignés de lui faire honneur.
Il n’est pas surprenant que sous la régence, avec lesprit qui dominait, esprit d'indépendance littéraire entièrement opposé à l'esprit de réserve qui existait sous Louis XIV, il n’est pas surprenant, dis-je, que des écrits satiriques aient été répandus dans le public. Il s’en faut beaucoup qu'ils aient été autant multipliés que du temps de la Fronde ; mais ils gagnaient en malignité ce qu'ils perdaient en quantité. Nous allons parler de ceux qui sont venus à notre connaissance, parce qu’ils font partie de l’histoire de la Régence ; mais nous ne nous rendrons pas l’écho du public dans les jugemens qui en ont été portés.
15°. Les Philippiques, par Lagrange-Chancel.
Toute virulente, toute calomnieuse, tout infâme que soit cette diatribe , nous croyons devoir en parler avec quelques détails, parce que son histoire littéraire n’est pas encore bien éclaircie , et que les bibliographes ne sont pas d’accord sur le nombre des éditions furtives qui ont pu paraître avant la révolution.
C’est vers 1720 que la Grange-Chancel (1), poète plein de fiel,
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(1) Je ne puis mieux faire que de placer 1e1 l’article qu'a con-
déjà connu par plusieurs pièces dramatiques, s’avisa de composer contre le Régent trois odes dont l’excessive méchanceté fait le principal mérite, quoiqu’elles ne soient point dépourvues de verve poétique autant que l’ont prétendu La Beaumelle et Duclos. La première, la plus forte de toutes, est relative à la mort de tous les
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sacré aux Philippiques, dans ses Mémoires, le duc de Saint- Simon, témoin oculaire des faits. Voici cet article, qui fera connaître le caractère franc et loyal du duc d'Orléans à Pégard du Jeune Roi.
«€ Il parut, dit Saint-Simon, sous le nom de Philippiques une satire qui fut distribuée avec une promptitude et une abondance extraordinaire. La Grange, élevé autrefois page de madame la princesse de Conti, fille du Roi (Louis XIV }, en fut l’auteur et ne la désavoua pas. Tout ce que l'enfer peut vomir de vrai et de faux, ÿ était exprimé dans les plus beaux vers, le style le plus poétique, etc. M. le duc d'Orléans le sut, voulut voir ce poëme, et n’en put venir à bout, parce que personne n’osa le lui montrer. U nven parla plus d’une fois, et à la fin il exigea si fort que je le lui apporterais qu’il n’y eut pas moyen de m’en défendre, je lui présentai donc cette satire ; mais de la lui lire, je déclarai que je ne le ferais jamais. 11 la prit et la lut bas, debout , dans la fenêtre de son petit cabinet d’hiver où nous étions ; 11 la trouva, en lisant, telle qu’elle était; car il s’arrêtait de fois à autre pour n’en parler, sans en paraître fort ému. Mais tout d’un coup je le vis changer de visage, et se tourner vers moi les larmes aux yeux et près de se trouver mal. « Ah! medit-il, c’en est trop, cette horreur est plus forte que moi. » C’est qu'il était à l’endroit où le scélérat montre M. le duc d'Orléans dans le dessein d’empoisonner le Roï , et tout près d’exécuter son crime. C’est où l’auteur redouble d'énergie, de poésie, d’invocations, de beautés effrayantes et terribles, d’invectives, de peintures hideuses, de portraits touchans de la jeunesse , de l'innocence du Roi et des espérances qu’il donnait , d’adjurations à la nation de sauver une si chère victime de la barbarie du meurtrier, etc. , etc. Je voulais profiter du morne silence où M. le duc tomba, pour lui ôter cet
enfans de Louis XIV et aux dangers que court le royal enfant (Louis XV ); dans la seconde, l’auteur peint les intrigues de la cour, et la troisième regarde le faste et la vie licencieuse que l’on menait, dit-on, au Palais-Royal. Il parut ensuite une quatrième ode assez faible, et qui, assure-t-on, n’est point de La Grange; elle a
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exécrable papier, mais je ne pus en venir à bout. Il se répandit en justes plaintes d’une si horrible noirceur, en tendresse sur le Roi, puis voulut achever sa lecture, qu’il interrompit encore plus d’une fois pour m’en parler. Je n’ai jamais vu homme si pénétré, si infiniment touché, si accablé d’une injustice si énorme et si suivie. Moi-même je n’en trouvai hors de moi ; à le voir, les plus prévenus, pourvu qu’ils ne le fussent que de bonne-foi, se seraient rendus à l'éclat de l'innocence, et de l'horreur du crime dans laquelle il était plongé. C’est tout dire que j'en fus dans le plus grand trouble à me remettre, et que j’eus toutes les peines du monde à le remettre un peu.
« Ce La Grange, qui dè sa personne ne valait rien en quelque genre que ce fût, mais qui était bon poète et n’était que cela et n'avait jamais été autre chose, s'était par là insinué à Sceaux, où il était devenu un des grands favoris de madame du Maine (ennemie du Régent ) ; elle et son mari en connurent la vie , les mœurs et la mercenaire scélératesse , et la surent bien employer. Il fut arrêté peu après et envoyé aux îles Sainte-Marguerite, d’où à la fin il obtint de sortir avant la fin de la Régence. Il eut l’audace de se montrer partout dans Paris, et tandis qu'il y passait aux spectacles tous les jours ainsi que dans les lieux publics, on eut l’impudence de répandre que M. le duc d'Orléans l'avait fait tuer. Les ennemis de M. le duc d'Orléans et ce prince ont été infatigables, les premiers en toutes les plus noires horreurs , et lui à la plus infructueuse clémence , pour ne lui pas donner un nom plus expressif. »
Joseph de Chancel de La Grange est né en 1676 à Antoniat près de Périgueux ; il se livra au théâtre, et sa tragédie de Jugurtha fut représentée et imprimée en 1604. Il donna Oreste et Pilade en 1697 ; Méléagre, puis Athénaïs , en 1690; Amasis en
pour objet la réception de Philippe au Tartare, Enfin long-temps après, La Grange fit une cinquième ode adressée à madame la princesse de Conti, dans laquelle il parle des productions monstrueuses dont il est ici question, et des malheurs qu’elles lui ont attirés, c’est-àdire de sa réclusion aux îles Sainte- Marguerite, de sa fuite, de ses courses dans divers États de l'Europe et de son retour. Cette ode est écrite d’un style bien différent de celui des précédentes, on peut
du moins.en citer quelques strophes. Dans la suivante, il s'adresse aux Muses :
Que de jours remplis d’'amertume M'attira le courroux du ciel, Quand je laissai couler le fiel
Où vous aviez trempé ma plume !
N’aurais-je pas perdu le jour Dans l'horreur d’un affreux séjour, Voisin de l’empire des mânes,
Si mes vœux s'étaient reposés
Sur vos Hercules supposés,
Ou sur vos feintes Arianes ?
J’adressai mes humbles regrets Au Dieu qu’adore une princesse Dont on prise autant la sagesse
Qu'on fut charmé de ses attraits.
1701; Alceste en 1703, Ino et Mélicerte en 1713. Ici il y a longue interruption; son Érigone fut donnée en 1731, et sa dernière pièce, Cassius et Victorinus , sujet sacré dédié à la princesse de Conti, première douairière, fut représentée le 6 octobre 1732. La Grange-Chancel est mort au château d’Antoniat le 27 décembre 1758 ; et sa protectrice, la princesse de Conti, née de Louis XIV et de la duchesse de La Vallière le 2 octobre 1666, légitimée, mariée au prince de Conti en 1680, veuve en 1685, est morte le 3 mai 1730.
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Alors , agréable surprise! L’airain de mes portes se brise ; Ma fuite devance les vents,
Et je vois la plaine liquide M'ouvrir une route solide
À travers deux remparts mouvans.
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Armé d’un si puissant secours (de Dieu), J’ai rendu ma course célèbre
Depuis le Pô, le Tage et l'Ébre, Jusqu’où l’Amstel finit son cours,
De l’Apennin aux Pyrénées
J’ai vu des têtes couronnées
Relever mon sort abattu : (1)
Souvent les âmes généreuses
Donnent aux fautes malheureuses
Les éloges de la vertu.
NUE Sorti des terres étrangères, Où j'ai vu dix ans s’écouler, (2) Qu'il m’est doux de ne plus fouier
Que l'héritage de mes pères!
(1) On assure que le roi d’Espagne lui offrit un régiment d'infanterie ; que le roi de Pologne lui fit présent d’une superbe montre d’or, et l’invita à se rendre près de lui. La ville d’Amsterdam lui avait déja donné des lettres de Bourgeoisie.
(2) Il est difficile de concilier ces dix ans, avec le récit de Saint-Simon qui compose la note précédente. Il y est dit que La Grange reparut à Paris avant la fin de la Régence, qui a cessé le 15 février 1723; or ces Philippiques datent de 1720. L’exil forcé de La Grange n’a donc été que de trois ans; à moins que ne pouvant supporter la présence de Louis, duc d'Orléans, fils du Régent, il n’ait de nouveau quitté Paris et n’y soit revenu que sept ans après, époque où il a donné son Érigone.
Je vis sous leurs antiques toits, Qu’aux superbes palais des rois Préfère mon âme charmée,
Où, plus heureux et plus chrétien, Mon cœur ne se plaint plus de rien,
Que d’un peu trop de renommée.
Des dix strophes de cette ode voilà les quatre meilleures.
Voyons maintenant quel a été le sort des cinq odes en question, c’est-à-dire des Philippiques, depuis leur composition jusqu’à ce jour. On pense bien que la malignité du public en a , dés le principe , fait répandre des copies multipliées, surtout des trois ou quatre premières odes ; aussi en trouve-t-on beaucoup de manuscrits plus ou moins amples dans les différentes bibliothéques , soit publiques, soit particulières (1). Mais on connoît peu d'éditions im-
(1) J'en vais citer quelques uns qui sont venus à ma connaissance. ;
Les Pricipriques par M. de La Grange-Chancel, seigneur d’Antoniat en Périgord, en 1720 ; prises sur l'original de l’auteur, avec des notes au bas de chaque page ; manuscrit très bien écrit, in-8&. encadré, mar. r., vendu chez M. Filheul, en 1779, 24 liv. 6. ( Voyez son catal., n° 1015.)
Les Pmizwpiques, odes par La Grange-Chancel, avec des remarques ; in-8°. v. f., manuscrit singulier, auquel on a ajouté beaucoup de portraits et figures qui ont rapport à l'ouvrage, et à la fin duquel on trouve une strophe des plus hardies , écrite de la main de Mirabeau, supprimée dans le temps avec le plus grand soin, et qui n'a jamais paru dans les Philippiques imprimées. Vendu en 1792, chez Mirabeau, 115 liv. 10 s., voyez son catalogue, n° 319. La strophe en question se trouve dans le Dictionnaire des livres condamnées au feu, 1806, 2 vol. in-8°., tom. I, p. 214; et dans l’édition des Philippiques , Paris, 1705, in-12.
RecueiL contenant ce qui s’est passé au parlement le lendemain de la mort de Louis XIV, avec son testament, etc., etc. ; et les
primées de ce scandaleux ouvrage. La première nous a été révélée soit par le manuscrit de Mirabeau > Soit par une note de Chaudon, que M. Barbier a insérée dans ses Anonymes, n° 14,131; elle date de 1723, eta été imprimée en Hollande , in-12, Cela ne doit former qu'un très petit livret; car on n'y trouve que les trois premières odes. Quelle est la seconde édition ? C’est ce qui n’est pas facile à déterminer. Je trouve dans le catalogue des livres ordinaires de M. le duc de La Vallière, en 6 vo. in-8°, n° 16,041, un ouvrage intitulé : Recueil de pièces touchant La Régence , en prose et en vers, parmi lesquelles sont les INoëls, Les Plilippiques , ete. Amsterdam ( sans date), in-12. Voilà donc une seconde édition ancienne ; car
ce volume a dû être publié en 1724 où 1725, époque où ont paru
Philippiques en six odes, par La Grange, ër-8. mar. r. manuscrit sur papier. Vendu, chez Belin Junior, 1797, 5 liv. ; voyez le catalogue de Belin, n° 2458. (Je n’ai vu mentionner six odes que dans ce manuscrit et dans les Aventures de Pomponius , éditon de 1725, ën-12, où il est dit, en parlant du poète La Grange : « Iécriviten six odes, qu’il qualifia de Philippiques , toutes les « injures, les faux bruits, les médisances , les calomnies que le « peuple avait répandus contre le prince , qui ne fit que s’en mo- « quer. » Voyez Aventures, p. 187.)
Les PniciPriques , poëme par M. D. L. G. (de La Grange), 1799 , än-4°. mar. r. manuscrit, vendu 30 liv. 1 s. chez M. Delcroz, en 1802 ; voyez son catalogue, n° 215.
Les Puiziriques par La Grange-Chancel, manuscrit in-4°. de 12 feuillets, copié de la main de Gresset, dans le cabinet de M. Renouard père.
Les PniciPriQues, divisées en quatre odes, dédiées à S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, régent de France. Manuscrit ën-4° existant à la bibliothéque publique de Vesoul.
(J'ai fait, en 1815, acquisition d’un manuscrit in-4°, dont l'écriture assez courante , et faite à la hâte, annonce une copie faite sur deux imprimés de 1744, ce que semble prouver le premier feuillet présentant le frontispice suivant ) :
Les Puirrwriques de La Grange avec des notes de M. le baron
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