‹ Précis historique, généalogique et littéraire de la maison d'OrléansChapitre 28 sur 39 · TROISIEME PRINCE DE LA BRANCHE HÉRÉDITAIRE DES BOURBONS-ORLÉANS · texte numérisé non relu

TROISIEME PRINCE DE LA BRANCHE HÉRÉDITAIRE DES BOURBONS-ORLÉANS

(DE 1733 4 17b2.)

LOUS , duc d'Orléans , de Valois , de Chartres, de Nemours , de Montpensier, ete., premier prince du sang, premier pair de France, chevalier des ordres du Roi et de la Toison-d'Or, colonel-général de l'infanterie française et étrangère, grandmaitre des ordres royaux militaires , hospitaliers de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem ; gouverneur du Dauphiné, est né à Versailles, de Philippe d'Orléans et de Mademoiselle de Blois, le 4 août 1703.

(I porta le titre de duc de Chartres jusqu'au 2 décembre 1723, que, succédant à son père, il prit celui de duc d'Orléans.)

Il épousa, le 14 juin 1724, Auguste-Marie- Jeanne, princesse de Bade. Le comte d’Argenson, chargé des pouvoirs du prince , signa le contrat à Rastadt. Le mariage fut célébré Le 13 juillet suivant à Sarry, maison de campagne de l’évêque comte de Châlons (Nicolas de Saulx-Tavannes), qui donna la bénédiction aux deux époux. Cette jeune

princesse mourut en couches à Paris, le & août

Les enfans nés de ce mariage SON :

1°. Louis-PiztprE d'Orléans, né le 12 mai 1925, dont l’article suivra.

2°. Louise-MaDELEINE , princesse d'Orléans, née le

5 août 1726, morte en 1728.

Louis, duc d'Orléans, mourut à Paris, le 4 février 1752, dans un appartement qu'il avait pris à l'Abbaye de Sainte-Geneviève, où il vivait retiré depuis 1730, il s’y était fixé définitivement en

1742, dix ans avant sa mort.

NOTICE HISTORIQUE

Louis d'Orléans a parcouru une carrière bien différente de celle de son père, quoiqu'il eüt également reçu de la nature un esprit pénétrant et d’'heureuses dispositions pour tous les genres de connaissances. Mais il eut un goût particulier pour l'étude , goût qui prit sa source dans l’éducation soignée que lui donna l'abbé Mongault, homme de beaucoup d'esprit et d’érudition. Ge sage précepteur s’attacha à inspirer à son élève des principes religieux qui se gravèrent profondément

dans son cœur. Si d'abord ils ne garantirent pas 5 l

la jeunesse du prince d’un certain penchant aux plaisirs, penchant assez naturel lors de l’effervescence des passions dans le jeune âge, ils se réveillèrent ensuite avec force, et ne l’abandonnèrent plus jusqu’à la fin de sa vie. Nous conviendrons donc que Louis d'Orléans , encore due de Chartres , séduit par l'exemple qu'il avait sous les yeux, mena dans le principe une conduite peu régulière. Mais frappé de la mort subite de son père (en 1723), et de la perte d’une épouse chérie (en 1726), il fit un retour sur lui-même, résolut de quitter le monde, et se consacra entièrement aux exercices de la pénitence , aux œuvres de charité et à l'étude de la religion et des sciences qui y ont rapport, sans négliger les autres. Comme à la cour et dans le monde, il se trouvait naturellement gêné pour suivre le plan que sa piété et son ardeur pour l'étude lui avaient tracé, il se décida, en 1730, à prendre un appartement entre l'église de Sainte- Geneviève et celle de Saint- Étienne du Mont, mais tenant à l’abbaye (1), puis s’y établit entièrement en 1742, remettant l’administration de ses affaires à la duchesse d'Orléans

(1) « Là, dit un historien ecclésiastique moderne, le premier « prince du sang assistait aux offices, récitait le bréviaire, com- «muniait fréquemment, couchait sur une simple paillasse, se « levait à quatre heures du matin, ne buvait que de l’eau, jeû-

« nait rigoureusement, donnait souvent audience aux pauvres,

sa mère, et ne se réservant sur ses revenus qu une somme de 1,800,000 livres, pour pourvoir à ses

besoins et aux œuvres de bienfaisance qu'il pro-

jetait.

Le prince savourant de plus en plus les douceurs de la retraite, continua à se livrer à ses goûts favoris, et à se perfectionner dans les langues anciennes. L'hébreu, le chaldéen, le syriaque, le grec, lui devinrent familiers ; il s’appliqua à la géographie et à l'histoire universelle ; il trouva d'heureuses distractions dans l’étude de la physique, de l’histoire naturelle, de la botanique, de la chimie: il cultiva aussi les arts, tels que le dessin, la peinture, etc. Avec tant de connais-—

re ee

sances acquises, et un goût sl prononcé pour la

RE Re NE TE es

retraite , il n’est pas surprenant que ce prince ait L4 L LE À . 7 Ê éprouvé le désir et même le besoin d'écrire sur

Tr mrsae

différens objets conformes à ses sentimens religieux et à son genre d’études. Aussi a-t-1l laissé un certain nombre d'ouvrages marqués au coin de l'érudition et de la piété. Mais sa modestie s’est toujours opposée à ce qu'on les publiät. Ses travaux relatifs à l’'Écriture Sainte consistent dans

visitait même les malades, relevait de pauvres familles, en-

voyait des aumônes à Berlin, en Silésie. il distribua de

grosses sommes en 1733, en 1739 et en 1740. Il lisait et étu-

diait beaucoup. »

LOUIS D'ORLÉANS. 73 des traductions littérales , des paraphrases et des commentaires sur une partie de l’Ancien-Testament. Parmi ces traductions on remarque celle des Psaumes, faite sur l’hébreu , avec une paraphrase et des notes. On y trouve des explications savantes , ingénieuses , et une saine critique. Il a aussi des dissertations très remarquables par la profondeur des recherches, entre autres une dans laquelle il est le premier qui ait prouvé que les notes grecques sur les psaumes, insérées dans la Chaïne des Pères grecs du P. Balthazar Corder, et qui portent le nom de Théodore d'Héraclée , sont de Théodore de Mopsueste. Notre pieux auteur a encore plusieurs dissertations contre les Juifs , pour réfuter le fameux livre hébreu intitulé Bouclier de la Fox, qui avait été déjà réfuté, mais faiblement, par Jacques Gousset, en 1712. On lui doit de plus une traduction littérale des Épitres de saint Paul, faite sur le texte grec; un Traité contre les Spectacles ; une Réfutation des Hexaples ; plusieurs autres Traités et Dissertations curieuses sur toutes sortes de sujets. On doit regretter que des manuscrits aussi précieux n'aient pas été imprimés. s

Le duc d'Orléans ne bornait pas ses occupations à bien penser, à bien dire, à bien écrire ; ses actions étaient encore au-dessus de ses ouvrages. Il ne sortait de sa retraite que pour aller visiter les

oo

églises et les hôpitaux ; il marquait tous ses jours par de bonnes œuvres variées à l'infini , telles que pourvoir aux frais de l'éducation de pauvres enfans , leur faire apprendre un métier ; marier des filles indigentes ; doter des religieuses , fonder des écoles et des colléges , répandre ses bienfaits sur les missions, sur les nouveaux établissemens utiles. Comme il ne pouvait tout faire par luimême , il avait un homme de confiance qui, à sa prière , visitait les prisons , pénétrait dans les tristes réduits de la misère , payait les dettes des pères de famille détenus pour cet objet, faisait des pensions à des veuves, assurait la subsistance des orphelins, secourait de vieux soldats ou d'anciens officiers ; et le secret voilait toujours tant d'actes de bienfaisance. C’est donc à bien juste titre que la Reine, lorsque ce prince mourut, dit : « C'est «un bienheureux qui laisse après lui beaucoup « de malheureux. »

Par son testament, qui est de décembre 1749 et qui renferme une grande quantité de dispositions pieuses, son altesse légua son médailler à l’abbaye de Sainte - Geneviève , sa bibliothéque ainsi que ses manuscrits aux Dominicains , et son cabinet d'histoire naturelle à Guettard , célèbre naturaliste, qu'il s'était attaché en 1748. Mais celui-ci le remit au duc d'Orléans, héritier de Louis, et le duc accorda à Guettard le titre de

garde de ce cabinet, avec une pension et un logement au Palais-Royal. L’excès du travail et l’austérité de Louis d'Orléans avaient sensiblement et rapidement altéré sa santé. On rapporte que cette austérité avait fini par échauffer son cerveau au point que, par une manie singulière, il s'était imaginé qu'il ne naissait ni ne mourrait personne (sans doute qu’il prenait le genre humain en masse pour un seul individu, identifié avec le Créateur) ; et il voulait persuader cette rêverie aux autres , à tel point que Silhouette, son chancelier, fut obligé d’avoir l’air d'y croire. Malgré cela, le prince vit approcher le terme de sa vie avec calme et résignation. Ayant réglé ses affaires , il se prépara à la mort. Il avait fait appeler le curé de Saint-Étienne-du-Mont, nommé Bouettin. On a prétendu que cet ecclésiastique avait voulu lui faire rétracter quelques opinions suspectes de jansénisme, que le prince résista, et que le curé lui refusa la communion. Cela, dit-on, n’est point exact. La lettre que ce prince écrivit à M. de Caylus, évêque d'Auxerre, et dans laquelle il blâme ce prélat de sa résistance à reconnaître la bulle, lettre qui est dans la fe de Caylus (par Dettey), tom. it, p. 265, prouve que son altesse ne partageait pas les opinions réprouvées. La discussion entre le prince et le curé de Saint- Étienne-du-Mont , était relative aux enfans na-

turels du duc de Chartres, son fils, qu'on désirait qu'il reconnût ; ce à quoi il s’opposa. On eut beau lui représenter les conséquences de ce refus, 1l persista, et mourut pendant cette discussion sans recevoir les sacremens. Mais on sait combien il était animé de cette piété douce et de cette foi ardente qui firent la tranquillité et le bonheur de sa vie. Il fut inhumé sans pompe, comme il l'avait prescrit, dans l’église du Val-de-Grâce, sépulture des ducs d'Orléans. On assure qu'il avait exprimé le désir que son corps füt livré à l’école royale de chirurgie, pour servir à l'instruction des élèves. Vaugelas, cent ans auparavant (en 1650), avait exprimé un semblable vœu dans son testament. (1)

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

1°. Histoire de Louis, duc d'Orléans, premier prince du sang, fils du Régent; par Louis Balthazar Néel. Paris, 1703, in-12.

Cette histoire est la seule que nous connaïssions de ce prince; l’auteur était de Rouen, et est mort en 1754.

2°, Oraison funèbre de Louis, duc d'Orléans, premier

prince du sang, prononcée dans l’église des Jacobins

(1) Voyez Choix de testamens anciens et modernes, etc., par Gab. Peignot ; Paris, Renouard, 1829, 2 vol. i7-8°.T. I, p. 341.

de la rue Saint-Honoré, le 14 avril 1752, par le P. Jouin. Paris , 17952, in-4°.

3 Éloge funèbre du même prince, par l’abbé J. B. Louis De la Roche, prédicateur du Roi. 1953, in-4°.

4°. Oraisons funèbres du même, par le P. Bernard, chanoine régulier ; par le P. Renaud, jacobin ; par l'abbé Barathier ; par M. Poullin ; par M. de la Tour du Pin. Paris , 1752, in-4°.

Parmi ces oraisons funèbres , celle de M. Poullin excita quelques réclamations. On connaît une Lettre d'une dame retirée à la campagne, au sujet de l'éloge funèbre de M. le duc d'Orléans, prononcé par M. Poullin (sans date}, in-12 ; puis une Seconde lettre sur le méme sujet; par M. Johanneton, greffier au criminel à Orléans ; 1752, in-12.

5°, Oraisons funèbres du même prince, par M. Besault,

prononcées dans l’église de Sainte-Croix d'Orléans, le 23 mars, et par M. Jean-Francois Colas; prononcée à Saint-Aignan d'Orléans, le 20 avril. Orléans, 1792, in-/°.

6°. Oraison funèbre de S. A. S. Mar le duc d'Orléans

(Louis), premier prince du sang (par J.-J. Rousseau), avec ce texte : Modicum plora supra mortuum , quoniam requievit ; « Pleurez modérément celui que vous avez perdu , car il est en paix. » ÉCCLÉS., ©. xxI1, V. 11.

Cette oraison funébre se trouve dans les OEuvres de Rousseau ; Paris, Belin, 1817, 8 vol. in-8°, tom. V, pag. 542-552. Elle est trés bien faite ; on y reconnaît l’ongle du lion. Composée pour être débitée dans la chaire de vérité, elle est parfaitement dans le genre; et le théologien le plus rigoriste n’y trouverait certainement rien à redire, ni pour l'expression des sentimens religieux et catholiques, ni pour les citations de l'Écriture Sainte, et encore bien moins pour le talent. Comment se fait-il, dira-t-on , que Rousseau , l’auteur du f'icaire Savoyard, ait fait une espèce de sermon des-

tiné à être débité dans une église catholique ? Le voici : Il exis-

tait dans ce temps un abbé d’Arty, neveu de madame Dupin, qui était assez bien avec Voltaire et Rousseau. Il n'avait pas grand talent, maïs il voulait en faire parade, et allant aux emprunts littéraires, il ne s’adressait pas mal. Chargé, en 1749, du Panégyrique de Saint-Louis à prononcer devant l’Académie Francaise , il pria Voltaire de le lui faire, et, paré des plumes de paon, il le débita, le 25 août, avec beaucoup d’assurance. A la mort du duc d'Orléans, voulant rendre publiquement hommage à la mémoire de ce prince , il pria Jean-Jacques de lui en faire l'éloge funèbre, moyennant salaire compétent. Rousseau y consentit, composa cet éloge, et fut payé ; mais, selon toute apparence , l’abbé recula devant cette nouvelle forfanterie, car le discours ne fut point prononcé. Il n’a été imprimé que dans les OZuvres de Rousseau. C’est de cet opuscule que parle l’auteur (Jean-Jacques) dans sa lettre du 12 décembre 1761, à son ami Moultou : « J’ai trouvé parmi mes chif- « fons , dit-il, un petit morceau que je vous destine, puisque vous « l'avez souhaité. Le morceau est très faible, mais il a été fait « pour une occasion où il n’était pas permis de mieux faire ni de « dire ce que j'aurais voulu ; d’ailleurs il est lisible et complet ; « c’est déjà quelque chose; de plus, il ne peut jamais être im- « primé, parce qu’il a été fait de commande et qu’il m’a été payé. « Ainsi c’est un dépôt d’estime et d'amitié qui ne doit jamais passer « en d’autres mains que les vôtres, et c’est uniquement par là « qu'il peut valoir quelque chose auprès de vous. Je voudrais bien « espérer de vous le remettre; mais si vous m’indiquez quelque « occasion pour vous l’envoyer, je vous l’enverrai. »

Je me suis un peu étendu sur cet objet, parce que l’anecdote est singulière , en ce que cet abbé d’Arty, homme obscur et inconnu, a eu pour auxiliaires en littérature les deux plus grands écrivains du xvrr siéele. Cela prouve que, s’il manquait de talens littéraires, il avait du moins celui de bien choisir ses faiseurs.

tetete 1eteteitetetete eTe0e0e01e0e006000e060e02001e080®0@0e50e0160©

QUATRIÈME PRINCE DE LA BRANCHE HÉRÉDITAIRE DES BOURBONS-ORLÉANS. (0e 17952 A 17985.)

LOUIS-PHILIPPE, duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, de Nemours , de Montpensier, premier prince du sang, chevalier des ordres du Roi et de la Toison d’or, etc., est né à Versailles, le 12 mai 1725, de Louis, duc d'Orléans, et d’Auguste- Marie-Jeanne, princesse de Bade.

Ce prince, titré duc de Chartres à sa naissance, ne prit le titre de duc d'Orléans qu'à la mort de son père en 1752. |

Il fut marié , le 17 décembre 1743, à Louise- Henriette de Bourbon-Conti (née le 20 juin 1726). Le contrat de mariage avait été signé la veille, 16 décembre, dans le cabinet du Roi, où la cérémonie des fiançailles , faite par le cardinal de Rohan, eut lieu de suite. Le lendemain 17, son éminence donna la bénédiction nuptiale aux deux époux. La princesse est morte le 9 février 1750.

De ce mariage sont nés :

1°. Louis-Paicrppe-Joserx d'Orléans, né le 13 avril

1747, dont l’article suivra.

Le

2°. Louise-Marie-Tnérese-BarTiLDE, princesse d’Or-

léans, dite Mademoiselle, née à Saint-Cloud le 9 juillet 1790 (1); mariée, le 24 avril 1770, à Louis-Henri-Joseph, duc de Bourbon, né le 13 avril 17956 (2). Cette princesse est morte subitement à Paris, au milieu d’une procession qui se faisait à Sainte-Geneviève, le 10 janvier 1022 ; et son époux, le due de Bourbon, est mort subitement , ou plutôt de mort violente (la strangulation), dans

la nuit du 26 au 27 août 1830.

Louis-Philippe d'Orléans à eu dans sa jeunesse des enfans naturels : les abbés de Saint-Far et de Saint-Albin , ainsi qu'une fille, leur sœur, qui a été mariée à.....).

Mais il épousa de la main gauche, c’est-à-dire secrètement , le 23 avril 1773 , madame de Montesson. Dès 1971, il en avait obtenu du Roi Îa permission, mais avec certaine restriction (3). I n’y a point eu d’enfans de ce mariage.

(x) Gette princesse et son frère Louis-Philippe-Joseph , furent inoculés le 25 mars 1756, par le célèbre Tronchin, que le duc d'Orléans fit venir exprès de Genève. Cette opération , regardée alors comme très courageuse de la part du prince, fut le résultat de la révolution produite dans les esprits par La Condamine, qui venait de publier son Mémoire sur l'inoculation de la petite verole. Le succès de l’opération assura en France le triomphe de cette découverte, à laquelle a succédé celle de la vaccine, que l’on doit au docteur Edward Jenner.

(2) C’est de ce mariage qu'est né, le 2 août 1772, l’infortuné Louis-Antoine-Henri de Bourbon-Condé, duc d’Enghien , fusillé à Vincennes, le 21 mars 1804.

(3) Cette restriction était, selon toute apparence, que le ma-

LOUIS-PHILIPPE. O1 Ce prince est mort le 18 novembre 11004 Sainte-Assise, château en Brie, Madame de Mon-

tesson (1) lui a long - temps survécu (jusqu’en

riage resterait secret autant qu'il se pourrait. Un édit de Louis XIII avait défendu à tous les prélats du royaume de marier aucun prince du Sang, avant qu'ils n’eussent recu une lettre écrite de la propre main du Roi qui les autorisât à faire la cérémonie. (Cet édit avait sans doute sa source dans le mariage de Gaston d'Orléans avec Marguerite de Lorraine , qui se fit contre le gré du Roi.) La lettre de Louis XV à l'archevêque de Paris, pour l’autoriser à célébrer le mariage du duc d'Orléans avec madame de Montesson, ne contenait que ces mots : « Monsieur « l'archevêque, vous croirez ce que vous dira de ma part mon « cousin le duc d'Orléans, et vous passerez outre. « Signé Louis. »

Madame de Montesson, femme de beaucoup d’esprit et qui a laissé plusieurs ouvrages, est morte à Paris, le 6 février 1806, âgée de 69 ans. Son acte de décès porte : « veuve, en secondes « noces, de Louis-Philippe d'Orléans. »

(1) À la mort du prince, on agita la question de savoir si cette dame draperait, c’est-à-dire prendrait le deuil. Le Roi décida qu’elle pourrait porter dans son intérieur le deuilcomme bon lui semblerait, mais nullement en public. Alors elle se décida à se retirer dans un couvent pendant l’année de son veuvage ; On croit que ce qui s’est passé à la mort de Louis XIV a réglé cette étiquette. Madame de Maintenon ne drapa point; elle habilla ses gens couleur de feuille morte, et se retira à Saint-Cyr, où elle mourut le 15 avril 1719, âgée de quatre-vingt-trois ans. Elle a survécu trois ans et huit mois à Louis XIV, mort en CAT l’âge de soixante-dix-sept ans. Leur mariage, non avoué, ayant eu lieu sur la fin de 1685, a duré près de trente ans.

Où" LOUIS-PHILIPPE,.

NOTICE HISTORIQUE

Louis-Philippe d'Orléans, n'étant encore que duc de Chartres, obtint, par commission du 28 mars 1757, un régiment d'infanterie qui porta son nom. La carrière militaire ne lui fut point étrangère, et il prit part aux diflérentes campagnes qui eurent lieu de 1742 à 1757. Héritier du courage de son aïeul et de son bisaïeul , il débuta par commander la cavalerie dans la campagne de Flandre en 1742. Il ne s’y passa rien de bien remarquable, parce qu'on se tint sur la défensive. Mais en 1743, se trouvant à notre armée d’Allemagne , il exécuta trois belles charges à la tête de la maison du Roi; et le 27 juin, il eut un cheval tué sous lui à lamalheureuse batailledeDettinghen. IL fut fait maréchal-de-camp au mois de juillet suivant , et lieutenant-général le 26 juin 1744, après avoir assisté aux siéges de Menim, qui s'était rendu le 4 juin, et d’Ypres, conquis le jour même de sa nomination, le 26; Furnes fut prisle 11 juillet. IL se trouva à la tranchée de Fribourg (en Brisgaw), ouverte le 30 septembre de la même année 1744. La ville se rendit le 1°’ novembre, en présence du Roi, qui venait de Metz, où la plus grave maladie l'avait mis aux portes du tombeau. Les

LOUIS-PHILIPPE. 83 châteaux se rendirent le 25, et la garnison fut prisonnière de guerre. Le prince fit la campagne de 1745, assista au siége de la ville et de la citadelle de Tournay, puis se distingua à la fameuse bataille de Fontenoi, qui eut lieu le 11 mai de la même année 1745.

Le Roi lui accorde, en 1747, le gouvernement général du Dauphiné, en survivance de son père, par provisions du 8 novembre; il prend séance au parlement le 22 novembre 1750. Le roi d'Espagne lui donne l’ordre de la Toison d’or, le O juin 1752 (il avait alors le titre de duc d’Orléans), et le Dauphin le recoit chevalier de cet ordre le o décembre suivant.

Employé à l’armée du Rhin en 1757, Louis- Philippe marche , le 4 juillet, à la tête de trois bataillons et de vingt-deux escadrons pour s’emparer de Cassel, que les ennemis avaient évacué. À la tête de cent compagnies de grenadiers et de tous les dragons, il prend Winkelsen , et ensuite se distingue à la bataille d'Hastembeck, qui fut gagnée le 26 juillet 1757, par le maréchal d’'Estrées sur le duc de Cumberland. Ici se termine la carrière militaire du prince; et dès-lors il se livre aux douceurs de la vie privée.

Pour varier ses plaisirs, il fit construire un théâtre dans sa maison de campagne de Bagnolet, et, chose qui eüt sans doute paru inconvenante

dans tout autre temps, il y joua lui-même la comédie avec les personnes admises dans son imtimité. Il excellait, dit-on, dans les rôles de financiers et de paysans. C'est lui qui, le premier, remplit le rôle de Michau, dans la Partie de Chasse de Henri IF”, charmante pièce que Collé fit en 1766 pour ce théâtre, et que l'on revoit toujours avec plaisir. Il s'était attaché, en qualité de lecteurs, Collé, Saurin et Carmontelle, hommes de lettres dont le genre de talent convenait parfaitement pour embellir les fêtes de Bagnolet.

Le duc d'Orléans ne prit qu'une très faible part aux démêlés du parlement avec la cour, lors des affaires du chancelier Maupeou. On désirait beaucoup qu'il se mit à la tête de la noblesse pour engager le Roi à renvoyer ce chancelier, et même un parti considérable en Bretagne demandait ce prince pour son-chef; mais, attaché de cœur au monarque , il déclara qu'il ne voulait point entendre parler de guerre civile, et il ne tarda pas à se réconcilier avec la cour.

C’est en 1784 qu'il céda au Roi le château de Saint-Cloud, d’après une lettre très affectueuse de la Reine, qui lui demandait la cession de ce château, comme le lieu estimé par la Faculté le plus propre à la santé et à l'éducation physique du dauphin.

Louis XVI était très attaché à Louis-Philippe

LOUIS-PHILIPPE. 8) duc d'Orléans. Lorsque ce prince tomba dangereusement malade au château de Sainte-Assise , le Roi envoyait de quatre heures en quatre heures savoir de ses nouvelles, et il fut très sensible à sa perte (1). Les Parisiens le regrettèrent aussi beaucoup à cause de sa bonté, de son affabilité et de sa popularité. Quoiqu'il aïmât les plaisirs, il avait hérité de la bienfaisance et de l’inépuisable charité de son père. Mais ses bonnes œuvres étaient enveloppées d’un tel mystère, que ce n’est qu’à sa mort que l’on a su les droits qu'il avait à la reconnaissance des malheureux. Il leur donnait chaque année deux cent quarante mille francs au moins, sans compter les pensions et les gratifications qu'il acquittait, soit en son nom, soit au nom de son père et de son aïeul. Citons un trait de son excessive bonté : Parmi ses valets de chambre, l’un d’eux vint à mourir; le prince demanda sur-le-champ s'il avait une femme et des enfans, et il dit en soupirant : «Il y a vingt « ans que cet homme me sert et qu’il me dé- « plaît. » Quelqu'un reprit : « Comment Votre

(x) Dans le temps, on a attribué la mort de ce prince à la mal adresse de son premier médecin, qui a mal vu sa maladie ; d’autres prétendent que ce prince avait l'estomac usé. Il était gros mangeur, comme tous les Bourbons; il faisait des tours de force dans ce genre, et l’on compte vingt-sept ailes de perdreaux qu’il a mangées dans un repas , outre d’autres mets.

« Altesse a-t-elle pu le garder si long-temps ‘ « — Chez qui, riposta le prince, aurait-il trouvé « à se placer en quittant mon service ? » Puis il ajouta : « J'aurai soin de sa femme et de ses en- (« fans. »

Il eut, avant de mourir, la satisfaction de voir son gendre le due de Bourbon , avec lequel il était brouillé, venir lui rendre visite et opérer une réconciliation à laquelle il tenait beaucoup. La duchesse de Bourbon était cause de cette brouillerie; cette princesse était douée des dons de l'esprit joints aux charmes de la figure, mais sa grande causticité a répandu un nuage à peu près continuel sur son union. Louis-Philippe d'Orléans est mort dans des sentimens d’une sincère piété, après avoir reçu les sacremens du curé de Saint-Eustache , son pasteur.

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Nous n'avons découvert aucune histoire spéciale qui soit consacrée à ce prince; et la raison en est toute simple, d’après l'opinion très judicieuse du sayant qui a rédigé son article dans la Biograplue universelle de MM. Michaud, tom. XXXIT, pp. 122- 124 : « Prince éminemment bon et affable , dit « M. Hipp. Delaporte en terminant cet article,

« Louis-Philippe d'Orléans n’eut point un de ces « caractères qui fixent l’attention des hommes.

«Dégoûté de bonne heure, pour son propre

ns

«compte , de la gloire des héros , il préférait les

Es

« qualités qui attachent dans la vie privée; et l’on «a dit avec raison que la sienne offrait plus à « louer qu'à blämer. » Ne soyons donc point surpris si nous sommes forcé de nous en tenir ici aux seules oraisons funèbres que l'étiquette et la religion prescrivaient dans le temps. Voici celles dont le Catalogue hebdomadaire de 1786, tom. xxiv, me fournit la liste.

1°. Oraison funèbre de très haut, très puissant et très excellent prince Ms Louis-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, premier prince du sang, prononcée dans l’église de Saint-Eustache sa paroisse, le lundi 20 février 1786, en présence de MS le duc d'Orléans, de M2 le duc de Bourbon, et de M£r le duc d’Enghien ; par M. l'abbé Fauchet, vicaire-général de Bourges , prédicateur ordinaire du Roi. Paris, chez Lottin, 1786, in-4°.

L'auteur de cette oraison funèbre est le trop célèbre abbé Fauchet, qui, d’une exaltation inconcevable sous l’Assemblée Constituante et l’Assemblée Législative, a fini à la Convention par une modération qui l’a conduit à l’échafaud le 31 octobre 1793. Correspondance de Grimm, 3e pare, page 361.

2°. Oraison funèbre de très haut, très puissant, etc.,

Louis-Philippe d'Orléans, prononcée au service solennel que MM. les maire et échevins de la ville d’Or-

léans ont fait célébrer en l’église cathédrale, le 8 mars

fete) LOUIS-PHILIPPE.

1786, par M. De la Fosse, chanoine de ladite église,

et bachelier en théologie. Orléans, Couret de Villeneuve, 1706 , in-4°.

3°. Oraison funèbre du duc d'Orléans, prononcée à Saint- Agnan d'Orléans, par M. Rozier, chanoine de la cathédrale de cette ville. Paris , veuve Valade, 1786, in-4°.

4°. Oraison funèbre de M. le duc d'Orléans , prononcée au Val-de-Grâce , le 17 février 1786, par M. Verninac de Saint-Maur. Paris, chez Knapen et fils, 1786, in-4°.

Oatre ces quatre oraisons funèbres annoncées dans l’Æebdomadaire , il en existe encore deux autres qui n’y sont point mentionnées. Les voici :

5°. Oraison funèbre de M. le duc d'Orléans, prononcée

dans l’église Notre-Dame, en présence de la famille du prince, par M. l’abbé Maury. (1)

L’orateur, si connu par le rôle qu’il a joué à l’Assemblée Constituante, et si mortifié, dans la suite, par celui qu’il a joué sous l'empire, avait déjà un peu manqué de jugement dans la composition de l’oraison dont nous parlons. Il s’y était étendu avec beau coup trop de complaisance sur le mariage secret du prince avec madame de Montesson; c'était plutôt le panégyrique de cette dame que celui de son époux. Ces détails parurent tellement déplacés, que le Roi défendit l'impression du discours, et il n’a pas vu le jour.

6°. Discours aux enfans du due d'Orléans sur la mort de

leur aïeul (Louis-Philippe), par Simon-Jacques Bourlet de Vauxcelles. 1786, in-8°.

Ce morceau est écrit avec une douce sensibilité, et un abandon plein de grâce. Son auteur, Simon-Jacques Bourlet de Vauxcelles, né à Versailles en 1734, est mort le 18 mars 1802.

(1) Jean Siffrein Maury, né à Vauréas, dans le comté Venaissin , le 26 juin 1746, est mort cardinal dans une profonde et obscure retraite, à Rome, dans la nuit du 10 au 11 mai 1817.

0000000006 06000600060600606:6060e090e06082060e0e 0e c@Ietetetetetete

CINQUIÈME PRINCE DE LA BRANCHE HÉRÉDITAIRE DES BOURBONS-ORLÉANS. (DE 1785 A 1793.)

no

LOUIS-PHILIPPE-JOSEPH, duc d'Orléans, de Valois, de Chartres, de Nemours, de Montpensier, etc., est né à Saint-Cloud, de Louis-Philippe , duc d'Orléans, et de Louise-Henriette de Bourbon-Conti, le 13 avril 1747:

Il eut le titre de due de Chartres jusqu'à la mort de son père, en 1785 ; 1l prit alors celui de duc d'Orléans.

Il se maria, le 5 avril 1769, avec Louise-Marie- Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, née le 23 mars 1755, du vertueux duc de Penthièvre et de Marie- Charlotte-Félicité de Modène. Cette digne duchesse d’Orléans-Penthièvre est morte à [vry-sur- Seine, près de Paris, le 23 juin 1821.

De ce mariage sont nés :

vo. Louis-Piipre d'Orléans , aujourd’hui Ror DES Français, né à Paris, le 6 octobre 1 7713.

>. Anroinx-Pniripre d'Orléans, duc de Montpensier, né le 3 juillet 1995 ; il n’a point été marié, et est mort à Londres en 1867.

Page 1