‹ Précis historique, généalogique et littéraire de la maison d'OrléansChapitre 33 sur 39 · PES · texte numérisé non relu

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cura à mademoiselle d'Orléans l’entrée dans le couvent de Sainte-Claire de cette ville. Madame de Genlis accompagnait cette princesse (1). Quant au duc de Chartres, il ne put résider non plus à Bremgarten , et M. de Montesquiou lui dit : «J ’ai « placé mademoiselle votre sœur, mais pour vous, «il n’y a d'autre parti à prendre que d’errer dans «les montagnes, de ne séjourner nulle part, et « de continuer cette triste manière de voyager « jusqu’au moment où les circonstances se mon- « treront plus favorables. » Le prince sentit la justesse et l'importance de cet avis, et en profita. Accompagné d’un seul domestique, et toujours à pied, il voyagea pendant plusieurs mois, et visita ainsi divers cantons, pénétrant jusqu'aux parties les plus sauvages des Alpes. Parvenu, un soir, à l’hospice du Saint-Gothard , il y demande l'hospitalité pour lui et pour son domestique. Un religieux met la tête à la fenêtre, et indique aux deux étrangers un hangar sous lequel ils peuvent

duc de Chartres : après avoir combattu pour la république , et avoir obtenu des succès brillans en Savoie, il fut forcé, le 16 novembre 1792, de fuir en terre étrangère, pour éviter le mandat d'arrêt et l’acte d'accusation décernés contre lui par la Convention.

(1) Quelque temps après, mademoiselle d'Orléans alla rejoindre à Fribourg madame la princesse de Conti, sa tante, qui y était réfugiée ; et madame de Genlis se rendit à Altona.

passer la nuit; car la porte du couvent ne s'ouvre

pas a gens de leur espèce. Cet événement a fourni-

à M. Horace Vernet le sujet d’un joli tableau. Cependant les moyens d'existence du prince diminuaient tous les jours , et il sentait que bientôt il aurait besoin d'y pourvoir par son travail. Aussi c’est avec plaisir qu'il reçut une lettre du général Montesquiou qui lui annonçait qu'une place de professeur de mathématiques était vacante au collége de Reichenau, petite ville des Grisons. Notre jeune voyageur s’y rend aussitôt ; c'élait vers le mois d'octobre 17093. Versé dans la partie des sciences exactes , il se présente avec assurance , Mals SOUS un nom emprunté , à l’examen préalable qui doit le faire admettre ou rejeter. Ses réponses sont satisfaisantes ; il est reçu professeur , et entre en fonctions. C’est pendant qu'il donnait ses leçons à Reichenau , qu’il apprit la fin tragique de son père. Il a dû voir par là quel sort lui était réservé s'il n'eût pas quitté la France. Après six à huit mois, pendant lesquels il s’acquitta de ses devoirs de professeur avec autant de zèle que d’exactitude, il sortit de l’établissement, emportant les regrets de ses élèves et les témoignages de l'estime générale des habitans. Il jugea à propos de quitter la Suisse, parce que sa retraite commençait à n y être plus un mystère.

De Reichenau, il part pour Hambourg, et y

arrive , toujours incognito #vers le mois de juin 1704; il y séjourna quelque temps. Mais s’ennuyant bientôt d'un stérile repos, et désirant augmenter ses connaissances, Il parcourt le Danemark , la Norwège , la Laponie, et va jusqu'au Cap Nord; puis revient par la Suède à Hambourg, où il passa encore quelques mois. Ces voyages, que le prince faisait sans suite et presque toujours à pied , durèrent jusqu’en 1705:

Depuis la mort de son père, le duc de Chartres, devenu chef de la famille, avait pris le titre de due d'Orléans. Sa mère, la duchesse douairière , et ses deux frères, le duc de Montpensier et Île comte de Beaujolais, étaient toujours détenus en France, l’une dans une maison de santé dite de Belhomme près de Paris, et les deux autres a Marseille dans le fort Saint-Jean. Cependant , depuis le o thermidor (27 juillet 1794) les mesures révolutionnaires avaient beaucoup perdu de leur rigueur. En septembre 1795, MM. Marec et Rouet, membres de la Convention , obtinrent du comité de salut public la mise en liberté de madame d'Orléans. Mais il paraît que cette liberté et celle des deux frères retenus à Marseille (1) furent ac-

(1) Peu avant cette époque, 1l se passa entre ces deux frères un événement qui mérite d’être rapporté, comme un des plus beaux traits de l'amour fraternel. Les jeunes princes impatiens

cordées à condition que le duc d'Orléans, qui était alors à Hambourg , quitterait l'Europe ainsi que ses deux frères. Madame d'Orléans engagea donc son fils aîné à passer en Amérique; ce qu'il fit. Il s’'embarqua pour Philadelphie, muni d’un passe-port que lui avait envoyé le gouvernement français, et il y arriva dans le mois d’octobre. Le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais l’y rejoignirent au commencement de 1796. Quelle fut la joie de ces bons frères de se retrouver, de se revoir, de s’embrasser, sur une terre libre , tranquille , hospitalière , après tant de malheurs et une si cruelle séparation! Ils parcoururent ensemble tout le nord de l'Amérique, visitèrent les grands lacs des États-Unis , pénétrèrent jusques dans les pays habités par les sauvages, passèrent quelques jours avec eux , puis revinrent à Philadelphie. Mais ils furent bientôt obligés de

‘ de recouvrer une liberté dont ils étaient privés depuis si longtemps, teutèrent de s'évader à la faveur de la nuit. Le comte de Beaujolais passa heureusement les portes du fort, mais le duc de Montpensier fut reconnu et reconduit dans son appartement. Il ne se décourage pas; il ouvre la fenêtre , et, sans calculer le danger au milieu d’une profonde obscurité, il se précipite. Blessé malheureusement dans la chute qui éveille les gardes, il est rapporté à la citadelle. Le comte de Beaujolais apprenant cet accident , revient de lui-même et demande à rentrer dans sa prison, ne voulant point d’une liberté dont il aurait joui sans son frère.

Un pareil dévoûment eût fait grand bruit chez les anciens.

s'éloigner de cette ville , où la fièvre jaune faisait de grands ravages. Ils gagnèrent New-York, puis allèrent à Boston. Ils apprirent dans cette dernière ville que par suite du décret du 19 fructidor an v (5 septembre 1707), qui prescrivait l’expulsion du reste de la famille des Bourbons hors du territoire français , leur mère, madame la duchesse d'Orléans, venait d’être déportée en Espagne (r). Alors ils résolurent de se rendre dans

(1) Elle y fut déportée avec le prince de Conti et madame la duchesse de Bourbon. M. Rouzet, député de la Haute-Garonne, qui de la Convention avait passé au Conseil des Cinq- Cents, l’y accompagna, et fut, comme nous l'avons dit, toujours chargé de l'administration de ses affaires. Cette princesse avait été remise en possession de tous ses biens, le 24 juin 1707; par un décret du Corps Législatif, adopté à l'unanimité par les deux Conseils (des Cinq-Cents et des Anciens), qui ordonnait la levée du séquestre apposé sur ses propriétés. Mais deux mois et demi après, le 5 septembre, le Directoire en l’expulsant de France, lui donna en échange de ses biens immenses, une pension de 100,000 francs. Elle se retira d’abord à Barcelone, et fixa son séjour au village de Saria, à un quart de lieue de la ville. En 1800, elle alla s'établir à Figuières, où elle recut en 1807 la reine d’Étrurie, tombée comme elle du faîte des grandeurs. En 1809, les événemens de la guerre la forcèrent de quitter Figuières pour se rendre à Mahon, où elle se fixa. Cependant elle quitta momentanément cette résidence, pour aller assister au mariage du duc d'Orléans à Palerme; elle revint à Mahon, le 21 janvier 1811, et y resta jusqu’à la restauration. Le 14 juillet 1814 elle rentra en France, et n’en est plus sortie, même pendant les cent jours. Sa famille désolée et les pauvres

ont eu le malheur de la perdre le 23 juin 1821.

ROI DES FRANCAIS. 107 une des provinces d'Amérique soumises au roi d'Espagne, espérant avoir plus facilement par cette voie des relations avec leur mère et pouvoir se procurer ainsi des ressources dont ils avaient le plus grand besoin. Ils se mirent aussitôt en route ( vers la fin de 1797), et, après avoir fait plus de deux cents lieues à cheval, parvinrent à Pittsbourg, où ils s'embarquèrent malgré les rigueurs de la saison et les glaces qui obstruaient la navigation. Ils descendirent ainsi l'Ohio, puis le Mississipi jusqu’à la Nouvelle-Orléans, et de là gagnèrent la Havane , où ils arrivèrent à la fin de mars 1708. Le duc d'Orléans s’empressa d'écrire au roi d'Espagne , son parent, pour lui demander la permission de passer dans ses États avec ses deux frères, afin de pouvoir y rejoindre leur mère. Non seulement il ne reçut aucune réponse, mais on lui insinua de quitter les possessions espagnoles, et aucun secours ne lui parvint. Apres être resté dix-huit mois à la Havane dans une vaine attente, les trois frères partirent pour l'ile de la Providence, d’où ils allèrent sur un vaisseau anglais à Halifax dans la Nouvelle-Écosse. Le duc de Kent , alors gouverneur de cette province, reçut parfaitement les illustres voyageurs, et les engagea à se rendre en Angleterre, où ils arrivérent en 1800.

Le bon accueil que le duc d'Orléans et ses deux

frères reçurent des Anglais leur fut infiniment agréable. Ils eurent aussi beaucoup de satisfaction à revoir les princes français réfugiés alors en Angleterre, et qui les accueillirent très bien. Cependant le duc d'Orléans désirait vivement revoir une tendre mère dont il était séparé depuis plus de dix ans. Après un court séjour en Angleterre , 1l s'embarqua pour l'Espagne, et cingla vers Barcelone , où était la princesse. Mais quelle fut sa douleur ! Il ne put voir que de loin sa demeure. Un enchaînement de contre-temps ou quelque intrigue sourde le priva du plaisir d’embrasser sa mère et l’en éloigna pour long-temps encore. La lettre par laquelle il lui annonçait son arrivée, fut remise deux heures trop tard , et les Espagnols, qui étaient alors en guerre avec les Anglais, ne voulant pas permettre qu'un vaisseau de cette nation restât plus long-temps devant leurs côtes , forcèrent le prince à retourner sur-le-champ en Angleterre. Alors, il se fixa dans cette contrée, et y passa sept ans avec ses deux frères. Ils y menaient une vie tranquille et agréable, lorsque, en 1807, la mort du duc de Montpensier, occasionnée par une maladie de poitrine, vint mettre la consternation dans la petite famille. Le comte de Beaujolais était attaqué de la même maladie; le duc d'Orléans crut que le climat de Malte , au milieu de la Méditerranée , lui serait favorable. I l'y con-

duisit l’'annéesuivante ; mais le malheureux prmce y mourut au mois de mai 1605, quelques jours après son arrivée. (1)

Le duc d'Orléans ne pouvant supporter le séjour où il venait de perdre le dernier de ses frères, s'embarqua sur une frégate faisant voile pour Messine. Il n'avait pas l'intention de visiter Palerme, où se trouvait la cour de Naples, mais il était dans les convenances qu’il informât le roi Ferdinand IV qu'il se trouvait momentanément dans ses États : en conséquence il lui écrivit. Le Roi s’empressa de lui répondre , et linvita de la manière la plus affable à venir à la cour de Palerme. Le prince s’y rendit au mois de juin 1808.

Napoléon venait de s'emparer de l'Espagne.

Ferdinand, roi des Deux-Siciles, frère de Charles IV, roi d'Espagne , oncle et beau-père de Ferdinand VIL, nouvellement roi d'Espagne par l'abdication forcée de Charles son père, Ferdinand IV, dis-je, devaitsoutenir les efforts que les Espagnols allaient faire pour leur indépendance. Il envoya donc en Espagne son second fils Léopold , que le RE a OCR te NEA AUR A SERIE MNT EL MERS ES

(1) Au moment de la mort de ce prince, on n’avait pu lui faire des funérailles conformes à sa dignité; et ses restes n’avaient point encore recu les honneurs funèbres. D’après les

ordres de la cour de France, son corps a été enterré avec toute la pompe convenable dans l’église cathédrale de Saint-Jean de

Malte.

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