CHAPITRE XI
MICHEL II , SEIGNEUR DE HARNES —SENTENCE DU COIITE DE FLANDRE TOUCHANT LES DROITS DE JUSTICE ET COLTUBIES.— FAITS DIVERS.
Seize années se sont écoulées depuis que nous avons quitté notre connétable. Dans Tintervalle , c'est-à-dire en Tan H5< , Michel de Harnes, son frère cadet (junior)^ époux présumé de Mechtilde de Bette, intervient comme cosignataire d'un diplôme de Thierry d'Alsace concernant la ghildeballe ou marché de Saint-Omer. D'après nos combinaisons par rapport à son individualité , il n'a pas laissé d'autres traces de son existence , et nous ignorons s'il est décédé dans le courant de cette année. Il paraît avoir laissé deux fils , Gérolfe et Lidvin qui vont se produire dans un instant. Michel I^^'Iaissait un enfant mâle quiavait hérité le prénom et la seigneurie de son père. La postérité de Druon et Wautier de Harnes nous semble avoir disparu de la scène historique.
Nous rencontrons pour la première fois Michel II , le connétable de Flandre , dans la salle de l'abbé de Saint-Pierre à Gand où sont présents le comte de Flandre, le moine Alulfe de Harnes, Wautier le préposé de l'abbé en sa terre, pour une cession de divers droits et rentes que va faire Jourdain, fermier d'Ennetières à son seigneur et décimateur (2). En même temps nous le revoyons lorsque Thierry d'Alsace concède à l'abbaye de Saint-Pierre immunité complète pour la terre et les habitants
(1) Duchesne, maison de Guincs.
C2) VandcPutte, p. I'j6.
(le Ruslède , haute et basse justice sur les terres qu'elle y possède alors et qu'elle y possédera dans la suite (1). Cependant le prélat et le châtelain de Harnes ne vivent pas en bonne intelligence y comme on pourrait le supposer d'après ce qui précède , car il existe entre eux une querelle à peu près semblable à celle qu'avait faite l'avoué Eustache à Tabbé Folkard. Sur les dénonciations fréquentes fournies par son préposé , l'abbé se plaint au comte de Flandre et insiste pour avoir justice. Celuici a enfin fixé le jour où il prononcera en séance solennelle, tenue au château de Lens , sur les droits respectifs des parties litigantes : « Nous avons été touché (dit le prince), des plaintes 4( si fréquentes qui nous parvenaient de notre bien-aimé Wau- « tier , abbé de Saint-Pierre de Gand , à l'égard des nombreuse ses injustices que lui faisait Mychel le connétable dans la « justice et les coutumes de la villa de Harnes , et nous avons « reconnu et proclamé , devant nos pairs , le droit de l'abbé « comme s'ensuit : à savoir , que tous les droits de haute et 4L basse justice, la connaissance de toute forfaiture dans la villa « de Harnes et ses dépendances, appartiendront librement et « absolument à Tabbé et à son couvent, et que nous-mêmes, ne « conserverons en ces lieux aucun droit de juridiction, aucune « souveraineté, si l'abbé ou son préposé n'invoque notre se- « cours , et dans ce cas seulement il sera dû le troisième de- « nier à Mychel le connétable, dans la connaissance des for- « faitures ; voulons en conséquence et ordonnons que l'abbé et « ses frères jouissent librement et paisiblement de toute justice « haute et basse dans le chef-lieu de Harnes et dans ses dé- « pendances (2). »
Au territoire de Harnes , comme en beaucoup d'autres de
(1) Archives de Saint-Pierre de Gand.
(2) Archives de la municipalité de Harnes.
FArtois y il y avait des terres qui ne payaient dîme depuis un temps imménDorial. De ce nombre était le fief des Wastines , mouvant de la seigneurie du lieu. Les comtes de Flandre , qai étaient en possession de jouir des novales depuis plus de cent ans avant le concile de Latran qui se tint en 4402 , abandonnèrent , vers 1 4 64 , la 33°^® yarbe au curé de Harnes pour son entretien. A la même époque , une bulle d'Alexandre lY approuva la concession faite de Tautel de Harnes au monastère du Mont-Blandin (1). Il ne fut pas fait mention en cette bulle des deux autres paroisses , Annay et Loison.
Le connétable et sa maison ne se tinrent pas pour battus par la sentence prononcée en 1 463. Ils crurent avoir plus de succès en 4467, à Tavènement de Philippe d'Alsace. La question lui fut déférée. Par une sorte de concordat dont on ne connaît que le résumé , ce prince termina ces démêlés , tout en maintenant au fond le jugement rendu précédemment par son père. Furent présents en ce concordat : le connétable de Flandre, Gérolfe de Harnes , et Lidvin frère de celui-ci (2). Dans le courant de cette même année, Michel de Harnes et Fabbé de Saint-Pierre transigèrent aussi touchant la pêche d'un vivier situé dans le marais. Le titre qui s'en est expliqué attribue au seigneur de Harnes la qualité d'ccuyer (3).
Si l'on parvenait un jour à étudier de près le contact et les rapports qu'il y avait au moyen-âge entre le clergé et la noblesse, . on aurait fréquemment l'occasion de constater entre ces deux grands éléments de notre ancienne société une lutte incessante qui rend l'autorité incertaine et mobile. Le seigneur séculier, l'homme de guerre armé de pied en cap, est peu endurant vis-
(1) Le P.Ignace.
(2) Duchesne , maison de Gidnes , pp. 97 et 98 aux pr.
(3) Inventaire de titres et papiers concernant la seigneurie de Harnes.— Archives (le la Flandre-Orientalo.
à-visii'un adversaire toujours intéressé à fortifier son église. Nonobstant leur rivalité , le langage diplomatique ferait prendre une idée trop avantageuse de Tun et de rautre,si on devait les croire sur parole. Nous savons ce que les avoués pouvaient faire; nous n'ignorons pas davantage quel bon parti le clergé a tiré des Croisades. Une similitude assez fâcheuse entre les maisons de Hames et deLandast, se montra dans les années 4 1 66, 1 1 69, 4 1 76 , à Toccasion d*un différend entre les religieux de Marchiennes et Amaury, seigneur dudit Landast, dans lequel il s'est agi de fixer leurs droits réciproques dans le vivier de Mohies et la rivière de Scarpe. Le connétable de Flandre fut au nombre des arbitres nommés pour mettre un terme à cette longue et grave affaire (1).
Par son chirographe de Van 1 174 , il avait ajouté aux revenus de réglise de Saint-Augustin , à Saint-Omer (2).
Alors déjà le connétable s'intitulait sire de Boulers, en vertu du mariage par lui contracté dans cette maison. Non moins fameux que ses successeurs et tous ceux de sa lignée , il apparaît , d'année en année, dans tous les chartriers du temps et, pour ainsi dire, comme un personnage dont l'assistance est indispensable. Pour concilier , si faire se peut, la longanimité du lecteur avec la tâche que je me suis imposée, je me bornerai à la nomenclature des litres suivants , qui paraîtra , sans doute , plus que suffisante. En 1 1 69 , il est présent en la création des seize prébendes de l'églised' Ai re-en- Artois (3) ; en 1 171 , à une concession de dîme aux chevaliers de Malte (4) ; en 1 1 75,
(1) Nirseus, Dip. Belg.
(2) Malbrancq, deMorinis , t. 111, p. 563 ; Frag. de Brequigny, t. 3 , p. 498-
(3) MiraBus, 1. 1, p. 186.
(4) Ibid., 1. 11 , p. 1316.
à une donation de soixante mesures de mûriers à Téglise de Saint-Nicolas de Fumes (1 } ; en 1 1 80, à la fondation d*une rente de cinq pesées de fromages pour le monastère deHerckem (2) ; en 4 1 81 , sur mandement exprès du comte de Flandre, il prend sous sa protection et celle de son fils aîné, Philippe de Boulers, labbaye de Ninove , et en donne des lettres de reconnaissance (3). Il comparaît en la double aumône par Gertrude , comtesse de Mortagne , aux cloîtres d'Etrun et d'Avesnes , près d^Arras (4) ; en une dotation de Thôpital de Saint-Jean-en-Lestrée, en même temps qu'à la consécration d'un terrain entre la porte Ronde (Ron ville) et celle de Saint-Sauveur audit Arras(5); en 1 1 85 , en un acte portant donation par le comte de Flandre au cloître de Blandecques (6), en 1187 , à la dotation que fait Roger, châtelain de Gand, à l'église de Saint-Martin de Poplingle (7) et au titre d'approbation de cette libéralité par le comte de Flandre (8) ; en 1 1 88 , aux privilèges octroyés par ce prince aux bourgeois d'Audenarde (9) ; en 1189, à l'exemption de lagavenne pour la cathédrale de Cambrai (10), au jugement de l'affaire d'entre Gérard , abbé de Saint-Pierre et Willaume de Avelghem (11), au titre de constitution d'une rente de huit pesées de fromage à l'abbaye de Liessies en Hainaut (12).
(1) MircDus, l I,p. 712.
(2) Ibid., t. Il, p. 1319.
(3) lbid.,t.l,p. 545.
(4) ibid.,t.iV,pp. 213et519.
(5) Œuvres de dora Lepez, bibliothèque d'Arras, Ms. n« 600, f» 128.
(6) Mir£eus,t.lii,p. 575.
(7) Ibid., 1. 111, p. 63.
(8) Lococitalo,
(9) Oudegherst, 1. 1, pp. 433 et 43i.
(10) Miraius, op. dip.
(11) Duchesne , m. de Bétluine.
(12) Ibidem.
Il part pour la troisième Croisade en 11 91 , et revient après la prise de Sainl-Jean-d'Acre (1 ) . ^
En 1 1 92, il dota, conjointement avec son fils aîné Philippe , Tabbaye de Marœuil , de la dîme de Vendin qu'il avait achetée d*Ibertde Hulluch et de son fils Elvard , dans la proportion de leurs droits (2). Dans Tannée 1 1 96 , qui est celle de sa mort, il fit don à l'église de Saint-Pierre de Cassel, avec le consentement d'Ade, sa femme, et de Michel son fils, de dix livres de rente annuelle surletonlieu qui se levait à Cassel , à TeiTet d*y établir un chapelain à la nomination du Chapitre d*accord avec le châtelain (3). De plus, il contresigna avec son fils Philippe, qui le suivra de peu de jours dans la tombe , un muniment du comte de Flandre qui conférait à Tabbé de Saint-Pierre de Gand la dîme de la paroisse de Carvin (i). Il mourut avoué de Hames , Cassel , Boulers et Ninove.
Le pape Urbain III avait confirmé en 1 1 87 , par lettres données à Vérone, la possession de la cure de Hames et de ses dépendances par Tabbé et le couvent de Saint-Pierre de Gand (4).