‹ Précis historique sur la maison de Harnes, 963 à 1230, suivi d'une version romane, attribuée à MChapitre 13 sur 28 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

TRAITÉ DU PONT-A-VENDIN.— MICHEL IV , SEIGNEUR DE HARNES , A LA BATAILLE DE BOUVINES.— LA ROYAUTÉ DE HARNES.

Selon les dires du chroniqueur Vredius, un parchemin, qui

(1 et 2) Mii'aBus, 1. 1 , p. 765 ; notes. — Recueil des hist. de France , t.XVUl, p.459.

(3) Ms. n» 606, bibliothèque d'Arras.

(4) Mémoires généalogiques de Dom Estienne Lepez , t. II , pp. 280 à 284.

reposait à Tabbaye d'Aldenburg ; indiquait au mois de juillet 1 209, Michel de Harnes pour Tun des grands justiciers de Flandre (1), et au mois d'octobre, un titre de Philippe , marquis de Namur, régent de Flandre en l'absence de Baudouin de Gonstantinople, nous le signale comme cosignataire avec Bernard de Roubaix dans l'établissement de l'une des prébendes de l'église de Courtrai (2).

Le connétable de Flandre aura une faible part dans ce chapitre, bien qu'il soit à la fleur de l'âge au moment de la grande bataille de Bouvines , la plus célèbre du moyen-âge , et que sa fonction éminente le mette nécessairement en évidence dans les hostilités qui sont sur le point d'éclater. Lorsque cet oflScier , que le père Ignace appelle quelque part le grand fourrier de Flandre , prend possession de son fief, il se désigne assez souvent par le nom de sa seigneurie, accompagné de la mention de l'emploi qu'il remplit en Flandre, de sorte que par ces signes il devient facile de le distinguer de son oncle, Michel lY de Harnes. Cependant, comme le sire de Boulers est aussi seigneur de Harnes , la règle que nous allons suivre , vis-à-vis de ces deux personnages , n'est pas si absolue dans son application qu'elle puisse écarter tous les doutes ; mais nous avons observé qu'elle est généralement utile pour éviter la confusion où sont tombés la plupart des écrivains de notre époque.

Cette confusion était peut-être inévitable , lorsque l'on considère la similitude des noms de ces deux chevaliers , dont l'un pourtant avait au moins autant d'illustration que l'autre , puisqu'en <202 il avait pris part à la Croisade , puisqu'on 1207 il s'était fait un certain renom par sa version en langue romane delà chronique de Turpin, parce qu'en 1211 et 121 4 nous

(1) Hist. comitum Flandriae , t. IV , p. 569.

(2) Miraeus , 1. 111 , p. 77.

— elle verrons au milieu de circonstances graves et difficiles. Cette confusion était bien excusable, puisqu'au moyen âge où ne copiait pas toujours exactement les noms , à preuve le nom des de Hames que les chroniqueurs ont écrit de Hamis , de Harmis , de Hemes , de Barmes , de Hemuz , de Arne , de Arues. A preuve encore le nom de Michel qui s'écrivait Mikiel , Mikius , Hikiez, Mikions , Michel dont M. Roger (Noblesse et chevalerie de Flandre , p. 1 11 ) , a fait erronément Nicholas.

Quant à l'orthographe latine du mot connétable , elle se manifeste sous les formes que voici : Constabularius , stabulariu^, eonstablensis , connestablensis , constabilis. Mais revenons à notre sujet.

Ce serait ménager trop la politique du roi de France que de dire qu'il sut simplement profiter de la mort de Bauduin de Constantinople , de la faiblesse et de l'ambition du régent Philippe de Namur , tuteur de ses deux nièces Jeanne et Mar* guérite. Après l'avoir séduit en lui donnant sa 'fille Marie , née d'un troisième mariage , Philippe-Auguste osa arracher la comtesse Jeanne à l'amour de^s sujets et la tenir captive au Louvre , jusqu'au moment ou de concert avec la veuve de Thierry d'Alsace, il la maria au comte Fernand de Portugal qui promit trop facilement l'abandon des villes d'Aire et de Saint-Omer. Le guet-apens de Péronne en fut la preuve. Fernand réduit à dévorer en silence cet outrage , entra en négociations le 24 février 1211, entreLenset lePont-à-Vendin , tout vis-à-vis de l'abbaye de Brayelle , et reconnut que ces deux cités faisaient partie de la dot d'Isabelle de Hainaut. Dans cette entrevue der Louis de France et du comte Fernand, des otages furent échangés de part et d'autre. Telle était la probité de Michel de Harnes , telle était la confiance qu'il inspirait , qu'il servit de garant des deux côtés avec les châtelains de Bruges et de Gand, avec Baudouin de Comines, Jean de Lens , Sybille de Wavrin ,

épouse de Robert sénéchal de Flandre , et Hellin son fils , sei gneurd'Oisy (4).

La justification de la règle que nous avons établie au paragraphe 2 du présent chapitre , résulte d'une charte passée à Lille en juin 1212, par laquelle le comte de Flandre se déclare Tavoué de Tabbaye de Saint-Nicolasnles-Prés , hors Toumay ; Michel le connétable et Michel de Harnes son oncle , y assistaient comme témoins (2). Lorsque la bourgeoisie de Gand eut accepté Tautorité de son jeune souverain , elle traita avec lui , le 9 août , touchant le renouvellement annuel de Téchevinage. Le comte devait choisir quatre bourgeois électeurs (heurlieden) dans les quatre paroisses de la ville, et ceux-ci devaient nommer les treize échevins. Michel de Harnes intervint en l'acte d'octroi de ce privilège (3).

L'offense qui avait été faite à Péronne au comte de Flandre , ainsi que les humiliations qu'il avait essuyées depuis et les concessions qui lui avaient été arrachées par le traité de Pontà-Vendin , étaient autant de griefs qui furent les préludes de la fameuse coalition dont le succès devait amener le partage de la France au profit des confédérés, parmi lesquels on remarquait le roi d'Angleterre Jean-sans-Terre et Othon IV , empereur d'Allemagne, inutilement excommuniés par le Pape , le comte Renaud de Boulogne froissé dans son amour-propre Ipar le roi de France , à propos de sa querelle avec Hugues de Campdaveine , le duc de Brabant , les comtes de Hollande , de Mamur et de Limbourg. Après des représailles exercées par les deux armées sur les villes de Dam , Courtrai , Tournai , Lille , Saint-

(1) Duchesne, maisons de Gaines et de Béthuoe.

(2) Chambre des Comptes , à Lille, t 1, p. 3i2 , !•' carlul. de Flandre, pièce 33.

(3) Chronyke Van Vlanderen by Andras Wydts te Bruges , t. 1 , p. 302, Sanderus, Meyer, Oudegherst.

Orner , on cherchait à en venir aux mains dans les environs de Mortagne. Philippe-Auguste s'apercevant que le pays de plaine qui environne la ville de Lille lui offrait une situation meilleure pour la bataille , s*y replia avec ses troupes , sur les bords de la Marque , non loin du petit village de Bouvines. Le 27 août 1214, jour de dimanche , à une heure de Taprès-midi , le Roi ayant fait ses dévotions à une chapelle , fit appeler à ses cotés Michel de Harnes et lui donna l'accolade.

Lors joint ses mains

Garda el ciel

Puis fist appeler Mikiel

De Harnes , sil baissa en foi

Et dist qu'il fut le jour od soi (1).

Au milieu de la mêlée , le sire de Harnes se trouva non loin d'un chevalier nommé Eustache de Machlines qui excitait les Flamands à faire un grand carnage des Français , lorsqu'un coup de lance vigoureusement porté perça son bouclier, sa cuirasse, lui traversa la cuisse , le cloua à la^selle de son coursier et culbuta cheval et cavalier. Bien que grièvement blessé , Michel de Harnes se remit sur pied. En ce moment , un Champenois serrant Eustache par le cou avait fait tomber son haussecol et mis sa gorge à découvert. Moire héros y plonge son épée et lui donne la mort.

Cet exploit a été diversement interprété par les historiens. Le récit de Guillaume Le Breton est le seul qui s'explique tout à la fois sur la blessure que reçut Michel de Harnes et sur la vengeance qu'il en tira.

Écartant le côté poétique de cette version , dom Bouquet , Guiart et Buzelin ne constatent que la blessure de Michel de

(1) Philippe Mouskes, vers 21,704.

Haraes (i). Voici comment s'exprime Buzelin : Ibi percmsus fuit in alia acie Michael de Harmes [scribendum puto Barnés , ut fuerit Regulus de Hames in Àrtesia , quem Britto quoque commémorât dum ait : et dominans Hariis Michdiel) a quodam Flandrensi , etc.

Ce même Buzelin qui décerne ici la couronne royale au châtelain de Harnes et veut rendre Guillaume Le Breton solidaire en son assertion , est-il suffisamment en garde contre une interprétation* hyperbolique de l'opinion de ce poète , ou sa pensée ne serait-elle pas un sentiment de moquerie ou de flatterie ? C'est une discussion que j'abandonne bien volontiers aux érudits de notre époque.

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