‹ Précis historique sur la maison de Harnes, 963 à 1230, suivi d'une version romane, attribuée à MChapitre 14 sur 28 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LE CAUTIONNEMENT DES SEIGNEURS FLAMANDS PRISONNIERS DE BOU- VINES.— CONDUITE POLITIQUE DE MICBEL DE HARNES ET DU SIRE DE BOULERS , CONNÉTABLE DE FLANDRE.

Après cette bataille si désastreuse pour la Flandre , Hessires de Harnes se portèrent généreusement cautions pour la rançon de seigneurs Flamands faits prisonniers par les Français. En voici les noms avec les sommes promises au roi de France.

Pierre de Melvin, àla caution de Michel de Harnes de 1 00 liv.

Gautier de Formeselles et Alard de Bourghelles, à la caution du même de 50 marcs pour chacun d'eux.

Robert de Rumes, à la caution du même pour 250 1.

Gauthier de Ghestelles , à la caution de Michel le connétable *de 1 00 1. , de Michel de Harnes pour même somme.

Rasse de Gavre, à la caution des deux Michel de Harnes susdits pour 100 1. chacun.

(1) V. aux appendices les récits de Guillaume Le Breton , de dom Bouquet et Guiart.

Gérard de Griniberge, u la caution des* mêmes de 250 1. pour chacun d'eux.

Hellifi de Wavrin à la caution de Michel de Harnes et de Michel de Boulers, de 450 h par chacun (1).

Les seigneuries limitrophes de Flandre et d'Artois ne cessaient d*être un terrain neutre vis-à-vis du roi de France et du comte de Flandre , que lorsque la guerre éclatant entre eux, les feudataires se voyaient obligés de sortir de cette situation délicate où l'équilibre était rompu entre leurs intérêts privés et leur dévouement , abstraction faite de leurs convictions politiques entre deux ambitions rivales. C'est dans cette impasse que s'était trouvé Michel de Boulers, le connétable de Flandre , par ses domaines en Artois, et par ceux qu'il avait à Boulers à rencontre des héritiers de Nicolas , Willaume , Etienne et Gérard , ci-devant seigneurs en cette terre. Michel de Harnes , sans être dans une équivoque aussi difficile , jouissait d'un égal crédit auprès des Français et des Flamands. Tout à la fois pensionnaire de Philippe-Auguste, banneret d'Artois, justicier de Flandre , l'un des négociateurs du traité de Pont-à-Wendin , ses allures révèlent une grande intelligence politique qui ne fut peut-être pas bien comprise d'Hellin de Wavrin , séduit par Texemple des vassaux qui prirent parti pour le pays de la situation du gros de leurs seigneuries. Dans ces circonstances , la conduite de certains chevaliers, voisins par leurs fiefs et unis par la parenté, fut très-différente , les uns s'enrôlant sous la bannière du comte Fernand, les autres prenant les armes contre lui. Apparemment qu'il n'en fut pas ainsi chez les barons de Hs^rnes , car si le connétable de Flandre n'est pas le personnage de sa maison qui fut blessé à Bouvines , on ne peut douter un seul instant qu'au moment de cette bataille, la plus célèbre

(t) Historiens de France , 1. 17 , pp. 105 à 107.

— 6() — (lu moyen âge , il ne lût en âge de porter les armes , d'après ce que nous avons dit à la fin du chapitre XII. Nous croirons Lespinoy sur parole quand il nous dit que le connétable de Flandre suivit le parti du roi de France (\).

Sans doute, c'était un fait unique dans l'histoire que l'armée du comte Fernand chevauchant à Tennemi sans en avoir pris l'ordre de son connétable absent , transfuge, traître et parjure. Un écrivain de renom ne voit pas que la conduite de cet officier soit blâmable dans la circonstance , puisqu'il affirme que la connétablie de Flandre ne l'engageant en rien envers son suzerain, il combattit à Bouvinesdu côté des Français- Cependant, au moment de recevoir sa commission, l'impétrant prêtait serment à peu près en ces termes : « Je jure Dieu le Créateur, « par la foi et la loi que je tiens de lui , et sur mon honneur, « que en l'office du connétable dont je suis présentement pour- « veu , et dont je fais hommage à mon souverain pour ce deu , « je servirai icelui envers et contre tous qui peuvent vivre et « mourir , sans personne en excepter , en toutes choses lui « obéirai , sans avoir intelligence ne particularité à quelque « personne que ce soit, au préjudice de lui et de sa principauté : « et que s'il y avoit pour le temps présent ou à venir, sur com- « munauté ou personne quelconque , soit dedans ou dehors « ladite principauté , qui s'élevast ou voulust faire et entre- « prendre quelque chose contre et au préjudice d'icelui , je « l'en avertirois et résisterois de tout mon pouvoir , m'y em- « ployant comme conestable , sans rien épargner jusques à la « mort inclusivement , et jure et promets garder et observer « le contenu es chapitres et forme de fidélité vieux et nou- « veaux (2). »

(1) Lespinoy, p. 134.

(2) V. le Gloss. de Ducange.

— ai —

ileS garanties morales offertes par le conriéfahle , étaient sanctionnées par la commise ou confiscation de son fief nonobstant le principe héréditaire qui y était attaché, de telle sorte que dansTopinion probable de l'auteur dont nous avons parlé, le serment politique n'était déjà au moyen-âge qu'une escobarderie fort à la mode.

En effet, si les rois et les princes n'étaient assurés d'avance de la longanimité bénigne de Dieu et des hommes pour le parjure , ils auraient non seulement horreur de ce crime , mais ils seraient moins cruels et moins vindicatifs contre ceux qui , s'autorisant de leur exemple , ne montrent ni plus de répugnance ni plus de vergogne. Notre cadre n'étant pas assez large pour nous permettre d'examiner de quel côté ou des Français ou des Flamands était le bon droit , lors de la joui;née de Bouvines, les bases du traité de Pontà-Wendin étant une affaire consommée par suite d'exécution subséquente , nous pensons que la noblesse, qui resta fidèle au roi de France, ne faisait que maintenir et garder envers lui ses propres engagements que le comte de Flandre avait méconnus ou brisés pour ce qui le. concernait , et sous peine de tomber en félonie. Les vassaux qui n'imitèrent point le comte Fernand , avaient au moins dans ces hostilités le mérite du rôle le plus honnête au point de vue des textes respectivement échangés dans l'entrevue de Pontà-Wendin. Celui qui était aux mains de Louis, fils aîné du roi de France , s*exprimait dans les termes suivants : Salva fidelitate quam dicti cornes et comitissa carissimo Domino et genitori nostro fecerunt et suivis conventionibus quas ab ipso habuerunt de assecuramento ipsis faciendo ab hominibus suis. L'autre, qui retraçait les obligations contractées par le comte de Flandre , n'était pas moins explicite sous ce rapport, puisqu'on y retrouve le même passage : Salva fidelitate quam nos {cornes et comitissa) Domino nostro Phi-

lippo Régi Francien fecimus et debemus et salvis convention nibiis quas cum eo habemusde assectiramento ipso faciendo abhominibus nostris (1).

D'où Ton voit que la noblesse qui voulait tenir à la lettre de ses engagements , n'avait qu'un seul parti à prendre et qu'elle n'avait pas à craindre d'être mise en accusation par le comte de Flandre pour avoir refusé d'être complice de sa déloyauté. Cependant , comme la*politique la plus malheureuse et la plus funeste à la morale, commande le fréquent sacrifice du devoir, la confiscation fut prononcée pour les fiefs des chevaliers qui avaient déserté les intérêts du comte de Flandre. Mais elle cessa bientôt par l'amnistie que la comtesse Jeanne , privée de son époux , offrit à ses vassaux de Flandre et de Hainaut avec la rentrée en possession de leurs terres , à condition qu'ils jureraient la trêve tout récemment conclue avec la France et qu'ils accepteraient la paix (2). Le connétable de Flandre fit probablement comme son oncle et tous les autres barons et seigneurs qui jurèrent la trêve , aussi peu coupables qu'il l'était luimême (3). En outre , le sire de Harnes cautionna la comtesse Jeanne pour la remise à faire par elle au roi de France du comté deLouvain.

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