CHAPITRE XV
ACCROISSEMENTS DE L' ABBAYE DE BRAYELLE. — LA CINQUIÈME CROISADE. — LES ALLIANCES DE WAVRIN , DE GUINES ET DE BOULERS.
Le terrain] tel qu'il avait été primitivement concédé aux
(1) Duchesne, maisons de Guines et de Béthunc
(2) Ibidem , maison de Guines , p. 476.
(3) Le droit féodal était exclusif des idées modernes qui placent l'intérêt de la patrie au-dessus de toute autre considération. D'ailleurs
religieuses de Brayelle, étant fort étroit et tout au plus suffisant pour y construire leur église et autres édifices , elles en avaient fait Tobsen'ation à révêque d*Arras en lui remontrant que vraisemblablement elles se verraient forcées de quitter ce lieu. Uévêque , touché de leurs plaintes , s'était transporté sur le modeste théâtre des premières constructions et avait constaté par lui-même que leur réclamation n'était pas sans fondement. Il paraît qu*il en avait déféré aux châtelains de Harnes alors engagés si avant dans les affaires de la Flandre , qu'ils n avaient pas vu la possibilité de trouver tout d abord un remède à cette situation. D'un autre côté, les terres du voisinage n'appartenant point aux seigneurs de Harnes, parce qu'elles étaient des commîmes dont leurs vassaux avaient la propriété, il fallait décider ceux-ci à faire l'abandon de leurs droits en ces marais et pâtures. Néanmoins , par un jour solennel du mois d'octobre 1 2i 4 , Michel de Harnes et Michel de Boulers voulant procéder juridiquement à la donation de cette portion du vivier d'Ânnay et Pont-à-Wendin , évoquèrent les mannans et inhabitans dudit Annay, Pont-à-Wendin , Estèves , Harnes , Loyson , Wendin , Wingles et Benifontaine et autres à l'environ , pour donner leur consentement et quitter leur droit de commune au profit desdites religieuses de Brayelle ; ce qu'ils accordèrent, afin d'être participans aux bonnes prières qui se disaient en ladite maison, comme peut apparoir par lettres sur ce faites (1 ).
C'est ainsi que les barons ou roitelets de Harnes qui avaient semblable essence de seigneurie, reconnaissant le bon droit de
l'Artois était alors réuni à la France. Il est en effet à remarquer que le mot patrie ne se rencontre même pas dans les auteurs français avant le lô"' siècle , ainsi que le constate de Tocqucvillo dans son ouvrage sur la démocratie en Anicricino.
(l) Kxtrail d'une sentence rendue au gnind coiiscmI d<* Malinos cm lôif), conlre Auloino d'Âilly. soijiucMir do ronl-n-Vondiii.
leurs sujoLs dans celle porlioii de marais siluc entre le chemin (le Uarncs à La Bassée , les limites du couvent et les courtieux d'Annay, les ont décidés à s'en derestir en faveur de Téglise de Brayelle.
Béatrix de Gavre avait donné le joiir à deux enfants dont ràîné Phelippa ou Philippine de Harnes, et Michel le ¥"• du nom. Elle était morte en 1 ii 7, ainsi qu*il conste d'une aumône faite par Michel de liâmes , son époux , pour servir à la celéhration d'un office divin le lendemain de TÉpiphanie, anniversaire de son décès , ladite aumône consistant en un muid de froment aux dames de Brayelle , cinq sols.au prêtre de Harnes, douze deniers à son clerc , cinq sols aux échevins du lieu pour le luminaire de Téglise , deux sols parisis au prêtre d'Annay et ses successeurs. Un cautionnement contracté par lui vers cette même époque , en faveur de Bauduin de Cuincy , son neveu , touchant la vente de la dîme de Vermelle, nous offre un modèle de son style. Voici littéralement ce monologue : « Che sachent « tout cil qui ches lettres veront ke Jou Mikiel de Harnes sui « pièges anvers le maison de le Braielle de cent mars d'argent « pour Bauduwin de Conchi mon neveu , androit le disme de « Yermesle kil vendi as dames de le Braielle a héritaige. Ke « si H fiur Bauduwin nel octroie devers lan de son aage, jou « rendrai C mars d'argent à le maison de le Braielle. Geste « devise est faite devant le eveske Raol d'Arras, et pour cou ke « chelle devise soitestable jai jou pendu mon seele (1). »
En juin de la même année , le connétable avait de son côté créé au profit de la Brayelle une rente de quarante sols et de douze livres de poivre , payable annuellement et durant sa vie sur ses alleux de Torhout. On trouve aussi sous cette date que l'église de Saint-Pierre de Gand se ressentit de ses libéralités.
(1) Ms.ii«6()6,.
Le [)ape Innocent II ayant fait décider la cinquième Croisade au concile de Latran, Michel de Harnes s'enrôla de nouveau en 1217 parmi la chrétienneté militante. C'est lui que l'historien dom Grenier désigne assurément lorsqu'il le donne pour seigneur de Harnes en Cambrésis. Il paraît qu'il ne fit pas une longue absence dans cette expédition plus infructueuse encore que les précédentes, car en 1 21 8 il était certainement de retour dans ses foyers.
Un ai'bitrage , qui eut lieu en février 1218 , nous oblige à donner quelques explications sur les alliances des maisons de Wavrin, de Boulere et de Guines. Robert II, sire de Wavrin, et Gossuin son frère , ayant épousé , le premier , Alix fille d'Arnoul l^^ , comte de Guines , et de Mahaut de Saint-Omer , le second , Ade de Rœux , cousine de Bauduin V de Hainaut , Talliance avec les de Boulers était déjà formée par ce dernier mariage. Plus tard , Robert troisième du nom, sire de Wavrin et Lillers , sénéchal de Flandre , épousant Sybille sœur d'Alard ou Renaud d'Antoing et de Croisilles, procréa Hellin deuxième du nom, aussi sénéchal de Flandre. Michel de Boulers, le connétable de Flandre , ayant à femme Christiane de Guines , fille d'Arnoul II, beau- frère de Robert III de Wavrin, obtint parenté par cette alliance avec celui-ci et son fils. Il paraît qu'Hellin II de Wavrin , qui mourut sans postérité, épousa la fille du seigneur Alelme d'Arras, et qu'il s'éleva entre lui et Gilles châtelain de Bapaume, et Louis, fils de Philippe-Auguste, une contestation touchant la ville de Coulemont qui fut tranchée par arbitres choisis dans la personne de Hugues de Malannoy , Alard de Croisiles et Michel de Harnes , lesquels adjugèrent cette terre au prince Louis , à l'exception de ce que le sénéchal avait eu lors de son mariage avec la fille du seigneur Alelme d'Arras, à savoir, deux charrues de tt'rre, chacune do soixante et dix mencaudées, ap[)clées Sorictalrs , cicontenMnl rharnu.»
une maison, de plus la moitié d'un four dan$?la ville de Coulemont à rencontre du mayeur de ce lieu , le tiers des forfaitures jugées par les échevins, et le cambage qui est un droit sur les brasseries -1).