‹ Précis historique sur la maison de Harnes, 963 à 1230, suivi d'une version romane, attribuée à MChapitre 16 sur 28 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

LE TROC DE LA CIIATELLENIE DE CASSEL —LE SIRE DE BOULERS CONSERVE SA CONNÉTABLIE DE FLANDRE. — IL EST REÇU EN RELIGION A L*ABBAYE DE SAINT-BERTIN.

Tous les historiens ont fait grand bruit d'un certain report ou résignation que fit , en mars 1 21 8 , Michel de Boulers , le connétable de Flandre , entre les mains de la comtesse Jeanne, de rintégralité des droits qu'il tenait de ses prédécesseurs en la châtellenie intérieure et foraine de Cassel. La comtesse lui céda en retour tous ceux qu'elle avait à Bruxelles, Polinchove, Rubroec, Liderzelle, une rente de 43 hoeues d'avoine (2), de 50 en froment , de 90 de molle avoine et le bois de Grammont. Le connétable proniit la ratification de son épouse et de ses héritiers quelconques. En exécution subsidiaire de cet échange, il était tenu de remettre à l'église de Watten ce qui lui appartenait à Voudermont, Waguenard, Balphard, Herscat, Dencoorn, Froncoorn, Waspenche, Widepenche, les poules, les œufs et autres revenus (3).

Voilà, ou à peu près, tout ce que révèle la substance des titres dressés en cette occasion à la curiosité du lecteur. Il n'était venu à l'imagination d'aucun chroniqueur de s'en emparer pour y trouver la preuve que Michel de Boulers abdiquait pu-

(1) Inventaire des chartes d'Artois , par Godefroi , p. 69.

(2) Ancienne mesure qui parait avoir été remplacée par celle des havots.

(3) Ardilvcs do la chambre clos comptes à Lille.

rement et simplement la connétablie de Flandre, ou consentait du moins au sacrifice de' son hérédité au détriment de ses hoirs. Puisque le savantannotateur de la chronique de Philippe Mouskes avait posé le principe de Tadhéritence des de Havnes en cet office, par lalliance contractée en 1072 en la famille des siresde Cassel, il ne pouvait sans contrarier les lois delà logique puiser, aune autre source que celle-ci, le complément de sa théorie. Pour nous , il est démontré d*une manière certaine que la connétablie ne vint que plus tard dans la maison de Hames. Bien loin de nuire à notre système , ces deux textes si minutieux pourtant à Tendroit des intérêts les plus modiques d'un grand seigneur et d'une tête couronnée (1) sont complètement muets sur le fief du connétable, sur l'abandon du titre bériditaire qui en faisait tout le prix. La raison en est que ce fief et la châtellenie de Cassel n'avaient pas d'ahérence, que c'étaient choses parfaitement étrangères , entièrement indépendantes entre elles. C'est par une erreur à peu près semblable à celle qu'il reprochait à Le^pinoy , que notre contemporain a confondu le connétable sire deBoulers avec son oncle Michel de Hames , car il affirme que la dignité du connétable fut héréditaire dans la maison des seigneurs de Harhes , châtelains de Cassel , jusqu'en l'an 1 21 8 , où Michel de Boulers et de liâmes céda sa châtellenie à la comtesse Jeanne. Et pour lui ce personnage serait le fils de dame Adélaïde de Boulers (2).

Au chapitre XIII , je prévenais déjà le lecteur contre cette confusion qui substituait l'oncle au neveu. Les célébrités du jour ne reconnaissant à Michel de Harnes d'autre postérité que celle d'une fille unique , ignorant qu'il eût un enfant mâle qui devait hériter de sa seigneurie , que le connétable de Flandre

(1) V. les pièces justificatives.

(2) Note à la Chronique de Pli. Mousketi, pp. 810 ci 81 1.

— 7t — fût le sire de Boulers , ont cru qu'il n'avait aucun motif de retenir la connétablie de Flandre au profit de ses descendants. A la vérité , celle de Michel de Boulers est totalement inconnue, mais les causes de la cession qu'il fit de la châtellenie de Cassel ne peuvent avoir aucun rapport à son emploi de connétable, puisque dans les onze années qui suivent cet échange , il continue comme par le passé à signer les actes du comte de Flandre ainsi que ceux qui sont conçus en son propre et privé nom, en s'intitulant toujours comme le connétable de Flandre. S'il y avait à distinguer entre la continuité de l'exercice de cette charge et son hérédité, à partir de 1 21 8 , la preuve en serait à faire par les adversaires de notre système (1).

Maintenant nous devons dire que les ressources de l'histoire n'ont pas permis de suivre les seigneurs de Uarn&s et de Bou-

(1) La comtesse Jeanne avait aussi cédé à son connétable certains droits qu'elle avait en la seigneurie de Peene. Dans les temps modernes, un procès s'engageant entre les grand bailly, nobles, vassaux et hommes de fief de Gassel, contre Messire Jules-Honoré de la Planche de Mortières , lieutenant pour le Roi au gouvernement de Saint- Omer, chevalier, seigneur de Zuytpeeue, Neerckem, Kemelove et autres lieux , du chef de dame Marie-Françoîse-Charlotte de Maie dit Walineus-Pratz, dame et vicomtesse de Zuytpeene son épouse, ils prétendaient établir contre lui que la seigneurie de Peene faisait partie de la chàtellenie de Cassel. A cette occasion , l'échangiî de 1218 fut commenté de toute façon , mais il est douteux qu'il y fut question de la connétablie de Flandre. N'ayant pu retrouver les conclusions des demandeurs, nous croyons qu'on nous saura gré, néanmoins, de donner un extrait d'un mémoire présenté au Roi au nom des intimés : « L'échange fait , en 1218 , entre la comtesse Jeanne et Michel de « Hamis , ne fait aucune mention que ce dernier eût dans son troc « transporté à la comtesse Jeanne aucuns droits sur les terres et « seigneuries de Peene et de Zuytpeene qui , dans ces temps , n'en « faisaient qu'une , cette dernière n'étant qu'un démembrement de « la première fait depuis par un partage entre frères , qui peut donc « autoriser MM. les grand bailly, nobles , vassaux et hommes de fief « de la cour, ville et chAtelleaie de Cassel t\ vouloir être les seigneurs

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lei's dans les autres circonstances que les suivantes qui vont nous conduire jusqu'en 1225.

Sous le millésime 1218, nous trouvons encore que Michel de

et prendre les droits de deux paroisses qui étaient leurs égales au temps dont nous parlons ?

« L*on ne niera point que Gasscl ne prit un nouveau lustre en devenant par ce troc le domaine direct du souverain ; l'on convient môme qu'elle devint une espèce de capitale et fut ou fut censée le siège et la cour des souverains de Flandre , parce qu'elle devint leur demeure ou celle de leurs officiers; mais si de vassale qu'elle était des comtes de Flandre sous les seigneurs de Harnis elle devint patrimoine et directe des souverains de Flandre , elle n'acquit pas pour cela des droits ni aucune juridiction sur les terres voisines qui , ainsi qu'elle , avaient toujours relevé directement des comtes de Flandre , chacune sous son seigneur particulier. « De ce nombre était la terre de Peene, indépendante de Messieurs de Uarnis , seigneurs de Boulers et de Gassel ; elle conserva dans la maison de Saint-Omer où Qlle était pour lors , les mêmes droits , justice et prérogatives qu'elle avait avant le troc du seigneur de Uarnis avec la comtesse Jeanne. Quel besoin avaient ces grands hommes, ces héros de l'antiquité, d'orner leur tête du faux brillant d'une seigneurie qui ne leur aurait pas appartenu et que le bailli des de Harnis , ceux de la comtesse Jeanne , après le troc , auraient dû leur contester pour les réduire aux bornes que veulent aujourd'hui leur prescrire MM do la cour de Gassel , dans ces temps où Ton était si jaloux de sa gloire et de la vérité ? Ges seigneurs se fussent-ils exposés à un affront de cette espèce? ceux dont ils envahissaient les droits , leurs ofGciers l'eussent-ils soufiTert? « Philippe de Lespinoy, pp. 133 et 136, place au rang des bannières de Flandre les seigneuries de Peene et de Gassel , il ne leur donne aucune prééminence l'une sur l'autre; celle de Peene , dit-il , fut longtemps possédée par la maison de Saint-Omer qui la transmit dans celle d'Halewyn ; celle de Gassel fut possédée par Michel de Harnis qui la troqua avec la comtesse Jeanne en 1218. I^es faits que cet auteur avance sont constatés par des chartes. 11 est évident que ces deux seigneuries étaient très-indépendantes l'une de l'autre. « Gilebert de Saint-Omer , sir ou seigneur de Peene , vivait dans le douzième siècle ; ce n'est qu'au commencement du treizième que Michel de Harnis , connétable de Flandre , sir ou seigneur de Bon-

Uarnes prête son témoignage aux donations de la comtesse Jeanne , à Tabbaye de Morlède qu'elle avait déjà comblée de ses bienfaits en 1 21 5 (1 ). On le retrouve dans celles qui concernent la prévôté de Bruges , ainsi que le connétable de Flandre dans le diplôme de Sohier , châtelain de Gand. En avril , un homme de fief du comté de Harnes , qui avait à nom Voyez , reconnut devant des délégués du Pape qu'il n'avait aucun droit dans la dîme et terrage de Harnes, qu'il avait eu l'outrecuidance de contester à l'abbaye de Saint-Pierre de Gand ou à rencontre des barons de Harnes (2).

« lers et de Cassel, troqua cette dernière seigneurie avec la comtesse « Jeanne; ils étaient donc tous deux contemporains, tous deux vol- « sins et marchaient chacun avec leur bannière et leurs vassaux.

« D'où et comment les droits que MM. de la cour deCassel veulent « s'arroger aujourd'hui leur ont-ils été acquis , ou aux souverains « qui n'ont pu être substitués qu'aux droits de Michel de Harnis? Ce « dernier ne pouvait , dans la cession qu'il fit à la comtesse Jeanne , « lui transpoi*ter que ceux qui lui appartenaient , et ce n'est qu'une « supposition , la bannière de Cassel avait tout au plus le pas sur « celle de Peene , lorsqu'il était question de rassembler les bannières « pour le service du prince ou celui de la patrie , mais cet honneur « militaire n'influait en aucune façon sur les droits respectifs des « seigneurs de Peene et de Cassel quand ils étaient rentrés chacun « dans leur paroisse.

« De ces faits certains il résulte , à moins de preuves contraires à « fournir par MM. de la cour de Cassel , qu'ils ne peuvent établir sur « les paroisses de Peene et Zuytpeene des droits que désapprouverait « le souverain, parce qu'ils n'ont pu lui être acquis par le troc de « Michel de Harnis , et que ses prédécesseurs dans la souveraineté f de Flandre les avaient concédés aux seigneurs de Peene qui étaient « totalement les égaux de ceux de Cassel , avant que par le troc de « 1218 cette dernière seigneurie eût passé aux souverains. »

( Bibliothèque communale de Lille , BC , 4 , mémoires et arrêts , recueill, t. 1 )

(1) Mirg&us, t. 2, p. 212 ; Duchesne, maison de Guiiies, p. 477,

(2) V. les pièces justificalives.— Ce document uouïî parait InintHlijjjiblc.

Par un chirographe du mois de novembre 1219, qui ne me paraît pas dépourvu d'intérêt , le connétable de Flandre fait connaître qu'ayant examiné de près les privilèges de Tabbaye de Saint-Bertin , il a renoncé devant Tautel de ce monastère à rinjuste prétention qu'il soutenait contre les religieux , par rapport à la cbasse et garenne d'un bois qui leur avait été donné par Philippe d'Alsace, et qu'ensuite il fut reçu frère en religion par l'abbé et tout son couvent (1). Le 24 août 1220 , il mande à Roger d'Annezin de faire hommage à son cher cousin Robert, avoué d'Arras, Béthune et Tenremonde, dont il était l'un des hommes-liges et pairs, pour le fief qu'il tenait de lui (2). En 1221 , il donna au cloîtré de Clairmarais , près de Saint- Omer, cent cinquante hoeues d'avoine (3). En janvier 1223, son oncle fit à l'abbaye de Brayelle une rente de deux muids d'avoine sur les revenus de son fief de Méricourt.

En raison du lien étroit qui l'unissait à Béatrix, comtesse de Guiaes, et Bauduin de Bourbourg son fils , le connétable devait se lenir éloigné de leurs querelles qui faisaient depuis longtemps le malheur de cette maison , et surtout des débats et jugement de cette affaire. Michel de Hames, qui était de tous les arbitrages possibles , fut choisi avec le châtelain de Saint-Omer et Willaumede Fiennes pour cette mission pénible (i). En mai 1225, il déchargea Robert de Béthune envers Jean de Foro , bourgeois de Douai , d'une dette de 410 liv. par. (5) ; au mois d'août suivant , il promit d'indemniser Daniel , avoué d'Arras ,

(1) Malbrancq, de Morinis, t. 3, p. 438, et de Brequigny, recueil des chartes de France.

(2) Chambre des comptes, à Lille.

(3) Lespinoy, p. 104.

(4) Historiens de France, p. 274. -V. aussi Duchesne.

(5) Inventaire des chartes de Rupelmonde, par M. de Saint-Génois, n*20.

(In raulionnemcnl auquel il s'était obligé pour la comli^sc Jeanne, et reconnut en outre qu'il avait pris rengagement dé lui faire obtenir des lettres d'Arnould d'Audenarde et de Raoul de Mortagne , pour sûreté d'une somme de 2050 livres (1).

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