‹ Précis historique sur la maison de Harnes, 963 à 1230, suivi d'une version romane, attribuée à MChapitre 17 sur 28 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

MICHEL DE HARNES, CONSEILLER DE LA COMTESSE JEANNE.— BARNES- LEZ-DOULIEU. — RELIEF DU FIEF ET POESTÉ DE HARNES PAR MICHEL V.

Un religieux de l'abbaye de Saint-Pierre de Gand, envoyé à Harnes, dans le courant de l'année 1335, y fit bâtir une maison pour y demeurer et fit planter le terrain de cette paroisse (2). Nous trouvons sous cette date des lettres du roi de France, confirmatives de la sentence prononcée en 1163 par Thierry d'Alsace, au château de Lens. Il conste de là que depuis que les droits de l'abbé de Saint -Pierre de Gand, dans la justice et coutumes de Harnes, avaient été ainsi solennellement reconnus , il se trouvait à Tabri de toute tentative de la part du châtelain qui eut voulu les contester (3).

La Flandre était agitée en ce moment par un incident qui , tenant du merveilleux , exposait la comtesse Jeanne à perdre sa couronne. Un mendiant, habillé en ermite, parcourait le pays en se donnant pour le comte Bauduin de Constantinople revenant enfin dans ses Etats au milieu de ses sujets bien aimés. Le doute dans lequel le peuple flamand avait toujours vécu, par rapport à sa fin tragique , était des plus favorables au succès d'un intrigant. On accourait de toutes parts à la rencontre du faux Bauduin, qui avait été accueilli en triomphe dans cer-

(1) Chambre des comptes, à Lille.

(2) Mém.duP. Ignace.

(3) Arcli.de la municipalité de Harnes. Cette chronologie doit être vicieuse , puisque ravèncment de saint Louis est de 122G.

laines villes , notamment à Tournai. Bon nombre de seigneurs flamands boudaient à la comtesse à cause de son incrédulité. Un petit groupe de fidèles vassaux , sachant à quoi s'en tenir sur le sort du véritable Bauduin , se pressait autour d'elle et ne l'abandonnait dans aucune circonstance. Philippe Mouskes a célébré leur dévouement comme il suit :

Certes ce fa pies et grand dious Que gentius dame ne pot mious, Que son serf sans force grignour Voloient faire son signour , Si ne fust Ërnous d'Audenarde Ki sa dame avoit prinse en garde*, Idikions de Hames et Radous Et Rasse de Gavre 11 dous , Etii doi frères de Grinberges Qui bien gardèrent leurs héberges, Et Gilles cil de Barbençon Watier de Gistiele par nom , Et Gillebiers de Sottingien , Et li boins castelains de Gant Watiers de Fontaines avant Et Fastres et Watiers de [iigne Qui de grand onour fussent digne.

La manifestation en faveur du faux Bauduin ayant rencontré des résistances auprès des partisans de la comtesse , la guerre civile allait éclater. Autant pour épargner le sang de ses sujets que pour éclaircir ce mystère , elle se retira au château du Quesnoy où elle fit ajourner Bauduin de Rains à comparaître devant un tribunal composé par elle et chargé de l'interroger. Le roi de France, sensible à son malheur, lui dépêcha un petit parlement pour l'aider dans ces difficultés. On comptait les trois grands seigneurs Mathieu de Montmorency , Michel de Harnes, Thomas de Lampemesse.

Li parlement fut al Kesnoit :

Mathieu, cil de Montmorency

V fut venu, tant savancy

Kt pour conseiller la comtesse

Y vint Thomas de Lamprenesse Mikios de Harnes sans desroy

Kt plusieurs autres hommes liroy

Que li rois y faisoit venir

Pour la cose a droit maintenir (1).

Après douze ans de captivité, le comte Fernand avait été mis en liberté, le 6 janvier 1 226. Une commission nommée parle roi de France dans la personne de maître Albéric Cornu et Hugues de Atheis , pour faire le recouvrement du prix de sa rançon , demandait des garants du paiement. Le connétable de Flandre s'offrit en cette qualité ; de son côté, Michel de Harnes s'obligea jusqu'à concurrence de cinq cents marcs d'argent (2).

Le comte rentrait à peine en Flandre que de graves dissensions éclataient à Gand parmi les magistrats. Ils se tuaient ou se chassaient les uns les autres. Pour pacifier la ville, le comte y députa Michel de Boulers, Gilebert de Sottenghien , Rolland de Hazebrouck et Arnoul d'Audenarde. Les treize échevins de Gand furent remplacés par trente-neuf magistrats élus à vie et qui se succédaient mutuellement d'année en année et par rotation triennale. Les Gantois furent très-satisfaits de cet arrangement (3).

C'est en 1 226 que le comté de Harnes a cessé depuis peu de faire partie de la circonscription géographique du pays d'Escrebieux , pour entrer dans celle du Doulieu , paroisse d'Estaiires , en Flandre. Le Doulieu [loetterstède] est une seigneurie qui appartient en 1 227 à Bauduin de Bailleul et comprend- un châ-

(1) imprimé littéralement dans la chronique de Ph. Mouakes.

(2) Hist. de Gand, par Warnkœnig, extrait du Registrum melius de Pierre d'Estampes.

Cî) Oniloghcrsl, t. 11, p. 71.

— 8< — teau , une ancienne chapelle , une prison et autres édifices (1). Cette transition dans le Doulieu a commencé par Tabbaye de Notre-Dame de la Brayelle d'Annay , à cause de la seigneurie de la Wastine , vulgairement appelée la Brayelle , ainsi qu*il appert d'un titre du mois de juillet 1286, où Michel IV de Hames , seigneur de la Wastine , qui a sa demeure en cet endroit avec dix bonniers de terre et un bonnier de pré derrière sa maison , nous fait part lui-même de cette circonstance, après un préambule assez curieux sur le personnel de ses parents et amis : a Je Michel de Hames, fais savoir que du consentement 4L et volonté de Michel mon fils , et en rémission des péchés de « rillustrissime madame Jeanne , comtesse de Flandre et de « Hainaut, de même en rémission des péchés de Béatrice ma « femme , de Michel mon père et de ma mère, Philippe et Jac- « qaes mes frères, Marguerite et Lucie mes sœurs , Robert de « Wavrin , Louis de Messernes , Michel Isengrin , Nicolas de « Fostièresj donne en pure et perpétuelle aumône et j'ai ac- « cordé au seigneur Dieu , un certain lieu en ma terre de la 4L Wastine , lequel s'appelle depuis peu le Doulieu de la bien- 4L heureuse Marie , ce lieu contient trente-deux mesures de 4L terre, etc. (S). »

L'occasion se représentera, dans le cours de nos travaux historiques sur le monastère de la Brayelle, d'ajouter de nouvelles preuves à l'appui de ce titre qui place la seigneurie de Harnes dans le ressort du Doulieu.

Michel de Harnes n'a pas eu le soin de citer en cette occasion tous les personnages de sa famille , car il a dû faire plusieurs omissions. Pour n'en citer qu'une seule, nous dirons que l'époux présumé de sa sœur Marguerite , Hugues de Harnes [Huyo

(1) Sanderus, Fland. illust. : chorog. Dunkerq. au mot Doulieu.

(2) Document déjà cité au chapitre XII.

dictus de Harnes ) nous est connu par une promesse par lui faite à Tabbaye de Marœuil, le 2 mars 1 226, de quatre meneaudées déterre qu'il avait en fief de Gédésie de Harœuil, et dont la dîme devait être refondée au profit de ladite abbaye , aussitôt le décès de son épouse Marguerite (1).

Si Ton peut se guider sur les apparences, Michel lY de Harnés était mort avant le 1 5 octobre 1 226 , après avoir fait don à TabbayedeBrayellede la haute-justice de Bénifontaine dont il avait disposé, le 31 mars 1224, au profit des religieuses de Marœuil (2 et 3) , en présence de Bauduin de Quincy , Michel de Miraumont et Henri de Honschoote. Il est sans contredit le 4;adet le plus illustre de sa maison.

Sous la féodalité , Iliéritier ou Tacquéreur d'un tenant fief , relève ce fief en faisant hommage au seigneur dominant et en acquittant le droit fixé par la coutume locale. Michel Y de Harnés , succédant à son père dans la seigneurie , fit bientôt l'acquisition des droits qu'avait son cousin le connétable de Flandre, dans la villa et poésie de Hames^; puis il fit hommage à Tabbé de Saint-Pierre de Gand pour ce fief, qu'il reconnut tenir de lui et lui devoir cinquante-trois livres parisis , à causedu petit vivier de Hames, jusqu'au jour où Michel de Boulers ou lui-même le satisferaient quant à cette somme , soit entre ses mains, soit à son délégué de confiance (certo nuncio) (4). C'était user de beaucoup de précautions pour le paiement de 53 livres parisis, mais peut-être était-ce là la formule usitée dans les actes de relief.

Selon toutes présomptions , le sire de Boulers abandonnait

(l) Ms. n»606. V. les pièces justificatives.

(2 et 3) Gartulaire de Saint-Vaast et Ms. n^" 19,097 de la bibliothèque de Bourgogne.

(4) Archives de la Flandre-Orientale. V. les pièces justlfîèatives.

— sa—

alors les domaines qu'il avait en Artois ; car, en 4 228, nous le verrons faire rechange de la maison des WastiAes qui avait appartenu à Michel IV son oncle. Ces faits sont des marques non équivoques de sa préférence pour sa seigneurie de Boulers. Nous ne savons rien sur Michel Y de Harnes, si ce n*est qu'il tend à se soustraire à toutes nos recherches. Cependant , son existence ne peut être douteuse à cause de Tacte dont j*ai rapporté le préambule en mon huitième paragraphe, et pour dTautres raisons encore que je renvoie aux appendices. D*un autre eofé, le ms. n* 60ft, si fréquemment cité dans notre rédaction , n'atteste pas suiGsamment sa présence , mais alBrme qu'en 1231 , l'héritage de Michel lY de Harnes est] bien dévolu à sa fille Philippine. Cette incertitude fait que j'hésite à voir an même personnage dans l'héritier du nom de Harnes avec un Michel de Haeren , échevin de Bois-le-Duc en 4 225, 4 226 , 1231, 1234 (4). Pour arriver à ce résultat, il faut au moins démontrer que Michel Y eut en partage la seigneurie de Haeren en Hollande , et qu'à sa sœur Philippine échut le domaine de Harnes. Cette parenté des de Haeren avec les de Harnes d'Artois , on entend l'expliquer par le mariage de Michel lY et deBéatrixde Gavre , fille de Sophie de Breda. Je me serais fait bien volontiers l'auxiliaire de cette opinion , si la fourmilière des femmes et filles de la maison de Gavre m'avait donné la possibilité de colloquer une Sophie de Breda de 1 4 80 à 1 4 90, époque probable du mariage de Michel lY, et, enfin, si la famille de Haeren n'était alors déjà en possession de cette terre (2).

(1) Bulkens, trophées de Brabant , 2 v. , p. 543.

(2) V. plusieurs diplômes de Mirœus sur cette famille , t. I, p. 555.

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