‹ Précis historique sur la maison de Harnes, 963 à 1230, suivi d'une version romane, attribuée à MChapitre 2 sur 28 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Une difficulté capitale, eh matière historique, a été le principal motif de la rédaction de ce mémoire.

La Société d'Agriculture , sciences et arts de la ville de Douai, dans son programme des concours des années précédentes, proposait un prix à Tauteifr du meilleur fragment d'histoire locale sur les environs de Douai, et notamment sur le comté d'Escrébieux.

Ainsi posée, la question donnait lieu à plusieurs interprétations. Si le choix du sujet devait se borner à quelque paroisse ou seigneurie du voisinage de Douai, il fallait de plus qu'elle fut située dans le P'agus Scirbiu, La première de ces deux conditions avait rinconvénient d'exclure l'histoire decertaines localités qui s'éloignaient trop des environs de Douai , telles que Lorgies, Sailly,Fleurbaix,Illies, considérées néanmoins comme la limite extrême de cette antique division foncière, par suite d'une extension abusive de la nomenclature empruntée au diplôme du 31 janvier 972 qui sert de guide unique en cette matière. La seconde supposait chez leconcurrent une connaissance acquise de la circonscription de ce Pagus, nonobstant les difficultés de la déterminer avec certitude et précision. On concevra son embarras, en faisant ces réflexions, qu'une seigneurie, assise dans l'ancienne juridiction Douaisienne, ne remplissait pas nécessairement la seconde condition du programme, et qu'en faisant un choix dans le juste- milieu du contour ou périmètre

de ce Payus , comme j'ai cru le faire dans la circpnsUiiice , il courrait les risques de se retrouver à Textrémité du pays d'Escrébieux, par rapporta Douai, en vertu de la radiation que je viens proposer le premier par rapport aux quatre paroisses que je viens d'indiquer. Cependant, dans chacune de ces hypothèses, la réponse à la question était du domaine des choses possibles, bien plus que celle qui , pour satisfaire à une troisième exigence du programme , eut imposé au concurrent la tâche de fournir des détails authentiques sur ce pagtis , sur son ancienneté , sur sa nature , sur son étendue réelle, sur le nombre des paroisses qui en dépendaient , sur la possibilité de le reconstituer et de le décrire aujourd'hui. Il n'y a qu'un zèle imprudent et durable qui puisse lutter contre un 'problême aussi gros de longues et difficiles études.

Ce problême , je n'ai pas eu l'intention ni la possibilité de le résoudre. Le silence de tous les historiens sur cette spécialité était pour moi un enseignement qu'il fallait renoncer à la traiter même sous la forme de simple notice et déjà , sans doute, elle avait refroidi le zèle de ceux dont les lumières leur eussent assuré sur moi l'avantage, puisque les appels successivement faits à leur savoir et à «leur ferveur, étaient restés sans résultat satisfaisant.

Ma seule prétention aujourd'hui est d'y trouver la substance d'une introduction à mon sujet. Dans ce dessein, je vais analyser les actes que le moyen-âge nous a légués , pour arrivera dire quels progrès a faits la question dans nos temps modernes.

Ces actes sont peu nombreux , c'est à peine si nous en comptons au-delà de cinq. Les deux premiers en date figurent parmi les pièces justificatives imprimées à la fin de ce mémoire , ils contiennent les mentions suivantes : «Quae vero venerabiles co- « mes (Arnoul-le-Vieux) concessisse dinoscitur ( monasterio « sancli Pétri Gandensis), ex propria lia^reditatc, in Pagovero

vu « Scirbiu, fiscum rcgium , Harnas dictum, cum omnibus ad « se pertinentibus , id e§t Aldnais , cum ecclesia et omni in- « tegritate, ecclesiam quoque in Wendinio, cum terra ad supra- « dictum fiscum respicien te, etquicquidpars fisci sperare vide- « tur in'circumadjacentibus villulis, scilicet in Novavilla, in « Henninio , in Genella, inLens, in Huvil, in Florinio-, in « Lorgias. Actum Nobiliaco , 3 mai 966. » Ce document, plus complet que celui de Tan 963, est moins détaillé que le diplôme du 31 janvier 972 que j*indiquais tout à Theure. Exclusivement applicable à la donation du fisc de Harnes , il semble décider que ce fisc seul, avec ses deux dépendances Annay et Loison, faisait partie du ressort du Pagus Scirbiu , et semble faire place au doute en ajoutant séparément ce qui suit : « Eccle- « siam quoque in Wendinio in honore S. Leodegarii , cum « terra ad supradictum fiscum respiciente , et quicquid pars « fisci sperare videtur in circumadjacentibus villulis , scilicet « in Novavilla, in Henninio, in Genella, in Lens, in Salon , « in Salleia, in Huvil, in Florinio, in Lorgias, in Illegias (1). Sous cette chronologie , le curé Vande Putte rapporte une charte de donation audit mona,stèredu Mont-Blandin, du domaine de Fiers et des églises de Lanwin [Lauwin] et Belou (2) au paysd'Escrébieux (3). Ensuite nous franchissons tout le XI« siècle sans pouvoir utiliser un seul titre. En 1 1 09 , | Warin^ , seigneur de Bourges , donne à Tabbaye du Mont-St- Eloi , ses

(1) Mirœus, Dip. Belg., t il, p. 9U.

(2) Peut-être Bellone.

(3) Anno Dominicae incarnatiouis 972 , indictione 15 , Lotharli régis anno 23« , Woraari verô abbatis 20« , quidam divae memoriœ Eilbodo cum uxore sua Imma , tradidit Deo sanctoque Petro partes quasdam hœrcditatis sua) divcrsis in locis jacentes, videlicet in Flandrensi solo posscssioncm Waiiiau et Villam Til 1n|pago Atrebateiisi, et Fiers cum ccdesiis duabus cl LaiiNvin tit lîollou, iii pai,'o Scirbiu.

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« goulots dans le pays. Ce^ sont deux canaux grillés à leur « extrémité ; ils reçoivent les eaux de TEscrébieu et celles du « marais de Wagnonville. Ces eaux se répandent dans la Deûle « par le moyen d'un aqueduc voûté, d'où elles filent le long du « bois et du château de Belleforière , puis à Flines oîi elles font « tourner un moulin. » Le manuscrit qu'il a consulté ne dit rien apparemment du Pagus Scirbiu. M. Guérard, auteur d'un annuaire historique, publié par la Société de l'histoire de France , en 1 837 , puisant vraisemblablement dans les titres confirmatifs des actes que j'ai résumés précédemment , la description de ce Pagus , usa d'une extrême prudence en disant qu'il comprend Fiers, Lens, Loison , Vendin, HéninLiétard , Lorgies , canton de Laventie.

La difficulté d'interpréter ces textes, par rapport aux proportions géographiques de ce Pagus y expliquel'hésitation de cet auteur. Lorsque le diplôme du 31 janvier 972, après avoir fixé la situation du fisc de Harnes et de ses dépendances , expose que ce fisc comprend certains droits à Vendin , Neuville (Novavilla), Hénin, Noyelles (1) , Lens, Sallau, Sailly, Fleurbaix , Lorgies, Illies, si ces paroisses sont du Pagus Scirbiu, c'est moins en vertu d'une démonstration toute faite , que par l'effet d'une déduction ou d'une présomption. Nous voyons effectivement par un acte de l'an 1 i 76, que donne Miraeus, la paroisse de Lorgies dans le Pagus Lmtigus (1). Quelques passages de Van de Putte désignent Vendin tantôt dans le Scirbiu, tantôt dans le Carembaut. Fleurbaix, Saiiïy et Illies appartenaient, sans aucun doute.

vait l'historien de l'Artois, à l'exception des deux écluses ou goulots qu'on eut vainement cherchés à Oignies, mais sûrement à Dorignics.

(1) J'ignore s'il s'agit de Noyclles-sous-Lens (Genella) plutôt que de jSoyelles-Godault, appelé Nigella dans le titre de 1 100.

au pays de Lalleu. En réunissant aux indications diplomatiques les localités du littoral de TEscrebieux, je compose mon énumération comme suit : Izcl , Quierry , Cuincy-Baudouin, Lauwin, Fiers, Dorignies, Belleforière , Flines, Bourges , Noyelles-Godault, Harnes , Annay , Loison, et c'est la seule que je signe dans le présent.

Que Ton me permette maintenant de dire que la différence que je vois entre un individu et ses qualités, je la retrouve entre un pagus et un comté comitatus. Le sens historique de ce dernier mot décèle une inféodation dont le titre émane d*un souverain. Be là rimpossibilité de confondre deux choses aussi distinctes. Parmi les auteurs, même les plus recommandables, il en est qui ne se préoccupent pas de vérifier la réalité de cette inféodation avant de dire, en plein moyen-âge, que tel pays ou territoire est un comitatus. Aubert-le-Mire ou son commentateur parlèrent sans discernement du comté de Carembaut (1) , Grammaye et quelques autres encore ne firent pas mieux. Il est d'autres écrivains dont l'imagination féconde évite ce défaut par la richesse des expédions et se montre désintéressée à l'endroit de leur paternité compromettante. Avant \ 844, on ne se doutait pas que l'origine du comté d'Escrébieux remontait à l'an 930, que les œuvres inédites de M. Guilmot et certains manuscrits en la possession du marquis d'Aoust étaient les dépositaires de la vérité sur ce point. Aussi l'auteur qui déclare en avoir profité, va nous dire quôHe fut la vie du sire derEscrcbieux et deLaon. Il a précédemment raconté la fondation du château de Bouai vers le X® siècle.

« B'autres croient, que le premier château construit sur le « mcnie emplacement, (le monticule de St-Amé), le fut plus tard

« par Arnoul , dit le Vieux , comte de Flandre. Cette forteresse,

« selon eux, ayant éveillé la jalousie de ses voisins , qui déjà

« redoutaient la puissance des comtes de Flandre, Hugues-le-

« Grand , comte de Paris, père de Hugues Capet , serait venu

« la lui enlever et en aurait confié la garde à Arnold de TEs-

« crébieux que Ton a généralement confondu avec Arnoul-le-

« Vieux. Sous les faibles descendants de Charlemagne, le pays

« était presque sans gouvernement ; les renée du pouvoir flot-

« taient en des mains si débiles, que tous les feudataires de la

« couronne se paraient du titre de comte et que la surface (J^ la

« France se trouvait divisée en une infinité de comtés dont les

« limites changeaient avec la fortune de leurs possesseurs. Ar-

« nold de TEscrébieux , homme hardi et entreprenant , né au

« bruit des armes, élevé au milieu du tumulte des camps, avait

« suivi l'exemple que lui avaient donné les grands. Il avait su •

« profité de fétat d'abandon dans lequel se trouvait le pouvoir

« pour sîB rendre maître du domaine qu'il ne tenait que comme

« bénéficiaire. Etant parvenu, par son adresse et par son cou-

« rage , à s'emparer de quelques parties des cantons qui envi-

« ronnaient les lieux où il exerçait son autorité, il s'était formé

« un petit Etat et avait pris le titre de comte de l'Escrébieux

« et de Laon. Pour conserver , sans être inquiété , une partie

« des terres qu'il possédait dans le Laonnois, Arnold se donna

« à Herbert , comte de Vermandois. Irrité de cette trahison et

« de cette ingratitude, Hugues, accompagné de Gislebert, duc

<i de Lorraine, vint vers 930~, mettre le siège devant le château

« de Douai et s'en rendit maître. Hugues ne s'était pas plus

« tôt retiré, qu'Arnold avec ses vassaux y rentra sans coup

« férir. L'année suivante , les Lorrains aidés des habitants du

« Hainaut et du Cambrésis , auxquels ils étaient alors unis

« d'intérêt, s'emparèrent de nouveau du château de Douai.

« Hugues alors le mitenlre les mains du coinle llogor (Ilolga-

« rius) , abbé laïc de Sl-Amand , châtelain de Mortagne et dé- <i pendances , fils du feu comte de Laon , à qui Arnold fut « obligé de le laisser. Pendant dix ans, Roger resta le maître « de Douai; mais en 941, le roi Louis-d'Outremer^ s'étant par « surprise emparé de Roger, le contraignit, pour recouvrer sa « liberté , de rendre Douai à Arnold. Voulant se venger de ce- « lui-ci , Roger fit sa paix avec le roi , accusa Arnold de trahi- « sou et s'empara à son tour de ses dépouilles. Las de guerre , « de troubles et de dissension , Arnold à la suite d'un arrange- « ment, revint à Douai qu'on lui abandonna avec ses dépen- « dances. L'année d'après , il fit hommage au comte de Flan- « dre du château de Douai et de sa seigneurie, et ses descende dantsen possédèrent la châtellenie jusqu'au 1i juin 1368.» Assurément, voilà une pêche miraculeuse faite dans les eaux de TEscrebieux , mais non , disons plutôt que c'est une rencontre fâcheuse, puisque les égards que je dois à la réputation de l'auteur quelqu'il soit , ne doivent pas tourner au préjudice de la vérité. Je m'inscris en faux quant à cette page sur le comté d'Escrebieux, en m'ofl'rant spontanément comme auxiliaire dans la vérification des faits. Voici comme je formule mes griefs : Le nom d'Arnold de TEscrebieux n'est écrit nulle part; la confusion de sa personne avec celle d'Amoul-le-Vieux, comte de Flandre, n'est qu'une supposition, on ignore s'il obtint la garde du château de Douai , aucune biographie ne dit mot de son caractère hardi et entreprenant, on n'a point retrouvé son acte de naissance , et conséquemment on n'est pas en droit d'écrire qu'il e.st né au bruit des armes , qu'il fut élevé au milieu du tumulte des camps , personne n'a jugé son ambition et son élévation au comté de l'Escrebieux et de Laon , son titre de bénéficiaire est apocryphe , et ses possessions territoriales dans le Laonnais sont imaginaires. Le pacte qu'il fit, dit-on, avec Herbert de Vermandois n'est pas prouvé. La reprise du châlcau de

Douai ne saurait être attribuée qu*à Arnoul-Ie-Vieux, comte de Flandre. J'en dis autant de la dépossession faite sur lui et de sa réintégration en 941 . La rivalité du comte d*Escrebieux avec Roger de Mortagne , Faccusation de trahison dirigée contre lui, la ruine de sa puissance et enfin le traité de réconciliation, se confirment-ils par des témoignages exempts de suspicion î En rendant au comte de Flandre tout ce qui lui appartient dans ces événements, on voit que la personne du feudataire s'efface, que rhommage fait par celui-ci est une superfétation et que sa postérité est celle du comte de Flandre lui-même.

Puisque le pays d'Escrebieux devenait un comté, sa restauration allait de soi. On y ajouta certaines paroisses , telles que le Pont-à-Vendin , Bois-Bernard, Neuvireuil (1 ) , que les documents connus jusqu'à ce jour n'indiquent en aucune façon , on porta la limite de ce comté le long du Boulenrieu par Courrières , sans rien garantir à cet égard. La paléographie du moyen âge ne cesse de répudier ce comitatus , mais il est possible que postérieurement au XIII« siècle, époque à laquelle le Scirbiu cesse d'apparaître dans le corps des actes comme un pagus primitif , les géographes aient confondus les deux expressions dans la même synonynie. Si les petits scandales publiés en 1844, furent devinés par le corps savant qui pendant plusieurs années proposait un prix au meilleur fragment d'histoire locale sur le cornue d'Escrebieux, je dois croire que la crainte d'éveiller certaines susceptibilités l'auront empêché d'inviter l'auteur de ces prétendues découvertes à faire au moins l'exhibition de ses passeports historiques.

Dans les restrictions que j'ai proposées touchant le périmètre du pagus Scirbiu, je ferai volontiers une exception en faveur de Lenset Hénin-Liétard, nonobstant l'absence de toute pièce

(1) On a traduit peut-être Novavilla par Neuvireuil.

décisive, par cette seule considération que Billy, village intermédiaire, faisait partie de cette circonscription. Un titre de Tan 4483, reposant parmi les archives de la ville de Douai, ne permet pas d'en douter un seul instant (I). Le comté dTscrebieux devait avoir son chef-lieu ou ville capitale. On supposa que c'était Hénin Liétard. Dans le concours de 1845, un concurrent qui s'intéressait à l'histoire de cette seigneurie , se montra disposé à admettre ce complément du comté d'Escrebicux ou parce qu'il était l'avantage de son sujet, ou que sa conviction reposait moins sur un contrôle sérieux des anciens documents que sur un sentiment de confraternité historique (2). L'existence d'un chef-lieu judiciaire me paraît plus rationnelle que celle d'un chef-lieu ou centralisation politique. L'embarras du choix entre Hénin-Liétard et Lens vient susciter une difficulté nouvelle. Ceux qui plaident pour cette dernière ville prétendent que dès le VII« siècle, déjà capitale du comitatus LensensiSy les appellations des sentences rendues par des échcvins de paroisses situées dans X^Scirbiu, seront reçues plus tard en sa châtellenie, que des solennités judiciaires y étaient très fréquentes, que l'enclave du bailliage de Lens représente assez exactement l'ancien rayon du Scirbiuei ils inclinent vers cette idée que c'était là plutôt un ressort personnel de juridiction qu'une division politique du sol (3).

(i) II concerne la succession de Philippe Dubos, demeurant à Billyen-Escrébieux.

(2) « On croit , dit-il du Scirbiu , qu'Iléiiin-Llétard en était la capiale. Ce pays est appelé dans les diplômes pagus ou comitatus Scirbiu, et Scrirbiu. » Où sont ces diplômes qui plaident en faveur de ce comitatuil Ce n'est rien décider que d'admettre les deux opinions.

(3) M. Rapsaet,dans son précis topographique de l'ancienne Belgique, pp. bO à 55, émet à l'égard du pagus Lœtigus une opinion assez

Un filet d'eau, que rien ne recommande à Tattention d'un historien, a donné son nom à une portion de territoire qui aboutit au pays de Lalleu. Cette particularité l'ayant rendu célèbre, on a cherché sa source, ses ramifications, son embouchure. Sur ces points aussi peu embarrassants, les écrivains n'ont pas toujours été d'accord. J'ai trouvé le mérite de l'exactitude chez M. Guilmot , dont la mémoire proteste , devant la muse de l'histoire , contre l'impudence de ceux qui signent de leur nom le produit de ses veilles. Avant i 1 20 , dit-il , l'Escrebieux débouchait dans la Scarpe vers le Pont-à-Raches , mais aujourd'hui il se jette dans le canal de Douai à Lille, à quelque distance de l'endroit où , avant l'ouverture de ce bassin , il se joignait au Boulenrieu. On peut se fier à lui quand il décrit des lieux qu'il a visités. Quant à la source actuelle de l'Escrebieux, elle, est comme nous l'avons dit, à Quiéry-la-Motte. Les géographes perdraient leur temps, si d'après les dires de l'hydrographie de la Cour de Douai , année 1 844 , ils s'avisaient de la chercher à Avion où personne, dans ce village, ne connaît ce cours d'eau (1).

conforme à la nôtre. M. le conseiller Tailliar , qui a fait sur ces matières des études spéciales , ne partage pas cette opinion.

(1) Le lecteur aura l'avantage de s'instruire plus complètement sur cette question intéressante, en se faisant représenter par M. l'archiviste de la ville de Douai , 1® un dénombrement servi au roi en août 1584 ^ par Messire Jean de Bernemicourt , seigneur d'Erré et de Flers-en-Éscrébieux, à cause de sa seigneurie vicomtière de Fiers, tenue du château de Lens ; 2* une carte générale du courant de l'Escrebieux , Huant au pays d'Artois, jusque dans la rivière de Scarpe , indiquant les limites de l'Artois , dressée le 8 septembre 1614, à la requête du procureur-général des archiducs Albert et Isabelle , par Pierre Camp , ingénieur de leurs Altesses, lequel avait aussi besoigné, en 1609, pour les limites des marais de Harnes et de Fouquières , entre l'abbé de Saint-Pierre de Gand et Antoine de Goupigny ; 3® une requête du 26 septembre 1615, adressée auxdits archiducs, par Loys de Landas , es-

Toutes les fi)is qu'il s agira d'écrire Thisloire d'une seigneurie , il sera bon de tenir à son sol parla plante des pieds. L'examen et l'étude de ce sol sont les premières lettres alphabétiques de son antiquité. Ce livre, constamment ouvert , fournira des renseignements dont les résultats, comparés avec ceux des documents imprimés ou manuscrits, des dépositions orales de la génération présente , formeront la base la plus sûre de l'édifice historique. Quelquefois aussi certains us et coutumes donneront la clef des expressions barbares usitées dans le style diplomatique des temps féodaux. Après avoir purgé la tradition de tout ce qui dénote l'invraisemblance et la crédulité, après avoir corrigé les anachronismes, le narrateur qui s'en tiendra aux détails qui ont quelque affinité avec l'histoire générale de la proviDce, parviendra, au moyen de cette épuration, à donner une certaine garantie aux textes originaux jusqu'alors inédits. Tel est le meilleur usage qu'il en peut faire. Mais il ne suffit pas qu'il connaisse un pays , qu'il l'ait traversé, qu'il y ait séjourné même pour qu'il puisse répondre de l'exactitude de son œuvre, par rapport à la description de ce pays, à sa configuration dans le passé, à ses richesses monumentales, à la régularité orthographique

cuier , seigneur de la Haulte-porte , pour obtenir enquête touchant l'abatisson par lui faite de hallots plantés par-delà le ruisseau des Ëscrébieux,que l'eschevinage de Douai prétendait comme choses de sa juridiction ; 4« l'enquête faite par Zeyle Coulez , conseiller commissaire en ceste partie , et l'advocat du Mont-Saint-Éloi, du 25 octobre 1615; 5° un procès-verbal de vue de lieux par Loys de Landas , escuier , s' d'Escarpel , du même jour ; 6« un acte du 26, dudit sieur d'Escarpel , requérant vérification des faits posés dans les 25 articles de son inteadit ; 7<> le désistement des échevins de Douai, du 27 dudit mois.

Si les ressources que j'indique sont insuffisantes, il pourra recourir à la riche collection d'anciennes cartes géographiques du pays que possède M. Robaut père. Son obligeance, bien connue, est un sûr garant du succès de sa démarche.

\\\f (les noms. L'historien, donl les bonnes intentions sont d'ailleurs secondées par le talent propre à donner à son ouvrage un certain cachet de perfection, ne peut assez se prémunir contre les erreurs qui se glissent dans les matières accessoires de son sujet. On ne peut, sans être injuste,exiger de lui une connaissance aussi complète des parties subsidiaires que de ceux la mêmes qui feront leur spécialité de ces sortes de matières. Là, les moindres choses acquièrent de l'importance , il n'est pas jusqu'aux placards ou affiches de nos tabellions modernes qui n'indiquent des tenants et aboutissants dont le sens ne cache certains mystères historiques, comme pour donner plus de relief au génie des investigations. Je dois au dépouillement de nos archives, si peu fécondes en faits antérieurs ù la première moitié du XVII® siècle (1) , certaines découvertes que je tiens pour importantes. Deux exemples suffiront, je pense, pour expliquer au lecteur qui doit retrouver l'application fréquente de la^éthode que j'ai suivie dans ce travail , leur point de ralliement avec la féodalité. Les comptes des revenus de l'église de Harnes exhibent les noms des débiteurs de rentes foncières et des manoirs qui en sontgrevés. L'un de ces débiteurs deysilt autant de sols pour son manoir, oîi était assis ci-devant le lieu plaidoyable des Waslinos. En descendant des générations d'alors, jusqu'au XIX^ siècle, j'ai retrouvé facilement l'emplacement de la cour des francs plaids. A l'aide decememe levier, j'ai retiré de l'oubli la terre des Wastines qui appartint en fief à Michel de Harnes , puis à sa fille, héritière nommée Philippine, puis au comte de Flandre jusqu'à l'an 1260. J'ai remarqué, dans ce cas, que la tradition s'accordait avec les textes quant à la contenance de co fief, quant à la

(1) Elles se divisent en quatre catégories: 1*» les comptes d'église, de pauvreté , de marais ; 2*» mémoires de procédure , informations , assiettes, etc. ; 3* les actes de riHat-civil ; A*» les sonteiicos de Ja hante justice. • '

se présentent dans notre sujet, n'ayant entre eux aucune nexité,j'ai pressenti que des événements intermédiaires, restés ignorés dans rhistoirede Flandre, pourraient produire eneux le trait d'union que je cherchais. Un jour, peut-être , travaux d'un ordre supérieur à celui-ci rétabliront l'accord [ait entre toutes les parties. Dans l'attente de ces résultats , jiî mis en forme d'énumération les événements généraux, pluit que de les revêtir d'un caractère hypothétique. N'ayant pas à de frais d'imagination, je me suis montré parcimonieux commentaires jusqu'à la sécheresse, pour laisser aux monulents leur caractère imposant de vétusté. Or , si quelque lecleur ouvrait ce livre , dans le but unique de varier ses distractions, je me fais un devoir de le prévenir qu'il serait injuste à mon égard en me faisant responsable de sa déception.

Afin d'éviter de grossir inutilement ce volume , j'ai fait un triage sévère parmi les documents qui m'ont été utiles pour com- ""poser ce précis historique.

Parmi nos vieux auteurs, je n'en connais aucun qui ait essayé ïa généalogie de la première race de Harnes (j'appelle ainsi celle dont il s'agit dans cet ouvrage. ) Chez les modernes, nous comptons les tentatives faites par M. de Reiffemberg (1) et par M. Goethals (2). Le P. Cahour (3) a dit de quelle valeur sont les tableaux dressés par ce dernier. M. Arthur Dinaux a essayé (4) la généalogie des d'Antoing de Harnes , que nous discuterons par la suite. MM. Guilmot (5) et Harbaville (6) sont les auteurs

(1) Note à la Chronique de Philippe Mouskes , page 811.

(2) Dictionnaire historique et héraldique de la maison d«Gavre

(3) Baudouin deConstantinople , pp. 333 et suiv.

(4) Trouvères Jongleurs et ménestrels du nord de la France et du niidi de la Belgique.

(5) Notices manuscrites publiées sous le titre de Petites histoires de Flandre et d'Artois.

(6) Mémorial historique du Pas-de-Calais.

de deux articles historiqaes sur cette ancienne et très illustre famille.

L'histoire du comté de Hames I , , se divisera en trois parties. La première est celle que j offre aujourd'hui an public. Elle s arrête à 1 230, pour plusieurs motifs : cette époque est celle à laquelle s*éteint la branche mâle des de Hames « c*est aussi celle de laTénementdes d'Antoing, c'est encore celle à laquelle commencent les symptômes de la renaissance littéraire qui eut Heu trois siècles après, c'est naturellement la place que je devais faire à rœu?re de Michel de Hames. La deuxième partie comprendra la période de 4 230 à 1 789 , et la succession des maisons seigneuriales du lieu.

L'histoire du monastère de la Brayelle-lez-Annai, sera l'objet d'une publication particulière.

Je suis heureux de toute occasion qui me permet de té moigner ma gratitude et ma reconnaissance aux personnes qui m'ont obligé envers elles par leurs services. Aussi je me plais à remercier d'une façon toute particulière M. le conseiller Tailliar, pour les conseils qu'il ma donnés relativement à l'intelligence du texte roman de la chronique dite de Turpin , et M. Henri Dufeutrel, biblothécaire adjoint de la ville de Lille, pour la complaisance incomparable avec laquelle il se prête au succès de mes recherches historique^.

(Ij L'érection de ce comté date de lOiT, comme on le voit au chapitre IV et par le diplôme compris aux pi»cts justificatives.

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