APPENDICES
En jetant un coup-d'œil sur notre tableau chronoloyico-généalogique, le lecteur s*assurera qu'en mettant 33 ans pour chaque génération , nous avons une moyenne qui attache assez heureusement les deux époques de 1071 à 1230. Nous l'invitons à remarquer que si le manuscrit de Rennebourg ne vient pas enrichir la série de nos personnages , rien ne s'opposera à considérer lé sire Dreux de Harnes, vivant en 1071 , comme la souche de sa famille, à le faire l'aïeul du connétable qui châtia l'insurrection cambrésienne et reçut le comte de Flandre, à le regarder pour celui de Wautier de Harnes vivant en 1 1 35, afin d'avoir les deux branches aînée et cadette en cette maison.
Sous Tannée 1142, nous avons omis de signaler (chap. 8, parag. 10,) une charte de Thierry d'Alsace, portant donation de la dîme d'Herlinchove à l'abbaye de Ninove, présents Gérard de Ninove, le constabulaire de cette maison , et Michel de Harnes, le connétable de Flandre (1). Cet acte paraît avoir précédé celui qui a statué sur l'avouerie de ce monastère.
Au chapitre XI, paragraphe 2, p. 46, nous disions par erreur que la première fois que nous rencontrons Michel II, le connétable de Flandre, c'est en 1163, dans la salle de l'abbé de St.-Pierre , à Gand ; une charte que Grammaye rapporte textuellement dans sa CastellaniaFurnensis, p. 146, à propos
(1) Corpus clironicorum Flandria} , an no 1 1 'vl.
(les Renenglies [soUtudines) données à l'église de Fumes par Thierry et Philippe d'Alsace, le jour de St.-Laurent 1161 , nous le montre au nombre de ses co-signataires.
Des personnes très dignes de foi et ordinairement bien informées , m'ayant appris que le nom de Michel de Hames n'est pas inscrit en la salle des Croisades , j'ai pensé que cette omission pourrait être réparée si je rapportais ci-dessus la liste des croisés réunis à Valenciennes en Tan 1201 (1). J'ai cru d'ail-
(1) Ego Balduinus, Flandrensis et Hainonensiscomes,.omnibus notum facio quod Hierosolymam proficisci proponens, volens ecclesias quœ in mêa sunt potestate à malignantium importunitate protegere, couventum feci in meo castro apud Yallencenas ; in medio cujus recognovi , me dédisse in perpetuam eleemosynam multa prœdia monasteriis s- Dionisii in Broquervia , Nivellœ , Ninivœ , Dunarum s. Nicolai de Fumes, s Âuberti , etCantiprati apud Gameracum , Vallencenarum et alibi, super quœ pracepta satîs extant , et munimenta a me data signata et sigillata. Quas omnes donationes et éleemosynas ratas, stabiles, et perpétuas esse intellego etjubeo, etc.
S. mei Balduinis comitis,S. Mariœ uxoris mese, S. Wellelmi patrui, Godefridus fratris mei Camer Achidiaconi , Theodorici Flandrensis , Willelmi Bellmniœ advocati , Cononis ejus fratris , Raineri de Tritb , Cgidii de Trazegnies Fland. Constabulariè^ Joannis de Neele castellani Brugensis, Nicolai de Barbençon , Jocobi de Âvesnis , Matthœi deWallincourt, Balduini deBelveoir (Beauvoir), Guidonis de Hosdeing , Theodorici de Loz , Thiedrici de Dicts , Balduini de Albîgny , Alexandri de Stenkerque , Egidii de Braina, Pétri de Duaco » Willelmi Castellîini s. Audomari , Balduini de Praet, Roberti Seneschalciy Bernardi de Rosbais , Boudelini de Mourkeke , Michaelis de Lembeque, Gerardi de Mancicort , Reneri de Montibus , Balduini de Lobes , Balduini de Vallencenis , Hugonis de Ham, Jocobi de Bonducs , Theodorici de Tenremonda , Hugonis de Hollehaim (d'Ollehain), Rotgeri de Moschre , Willelmi de Lickevelde.venatoris , Simonis de Warnewick, Sigeri Gandensis , Joannis de Lens , michaelis de harnes , Ivonis de de le Zoete , Hellini de Wavrin , Egidii Bertoul , Camerarie , Gilonis de Airimonte (Aigremonl) , Girardi de Jace , Alardi de Gimaio , Gualteri de Lengue (Ligne), Gilonis de Barbençon, Gualteri de Lens, Walterie de Fontanis, Nicolai de Havesdonck, Oslonis de Arbre , Hogonis Busere , Bouduini de YoroUa , Gcnckini de Sotenghem , Pétri de
leurs fairo plaisir à quelques lecteurs qui annolent avec un certain bonheur les noms des familles chevaleresques.
1214. — Pour éviter de surcharger mon récit de citations ,
Husbeque, Hackini de Goieliam , Gerardi de Rignescurtc, Pelri de Maisnii , Gerardi de S. Aul)erto , Willelmi de Hot , Berardi de Oldenburgh , Galdaronis offieialii, Willelmi de Marck, Gisleni Gastellani de fiellomonte , Âlulsi de Struem , Hugonis dicti caprioli de Querceto , Alexandri de Pucques , Odardi de Guistelles , Huardi de le Vœstine , Amoldi de Steenhuise., Odonis de Hamaide , Alardi de Villa , Isembardi de Berlemonte , Philippi d'Axelles , Sit'ridi de Montigny, Anfridi de Gomegoies , Baldrici de Rolsgin , Renaldi de Fresne , Ulrici de Maesteng , Willelmi de Gomegnies , Herberti de Brifeuil , Drogonis de Beaurain , Rustadiii de Sars , Pétri de Louvegnies , Bernard i de Sonbrenghien , Hugonis de ^aldeghem , Gualteri de Boussiers, Isaaci de Stombe , et Gualteri fratris ejus ,.iEgidii de Landas , iïulconis de Sleelant , Franconis de Golemy , Radulfi de Boulers , Sigcri d'Ëscarmeng, Willelmi del Cil, Segardi de Wargny, iEgidii de Pamele, Alelmi de Stavele , Golardi de Campinghem , Manassls de Bellement , Ëustachii de Lis , Lamberli de Morselede , Drogonis de Vormeselle , Herseri de Somerghem , Godefrldi de Guingbicn , Simonis de Bornhem , Willelmi de Yendougies , Ivaini de Treslong, Boidioi^ de Bungies , Sigeri de Hellebeke , Gonrardi de Schaepsbergh , Joannis de Trallis , Joannis de Calster , Pagani de Ruever , Martini d'Âimeries , Balduini de Hove , Walleri de Maulde, Widonis de Saventbem , Sigeri de Heetveldi , Leardici de Pylisers, Renizonis de Maele, Gerardi de Vier, Joannis de Masgreils , Slepbani de Boexstel , Waltcrl de Maerschem , Arnulpbi de Ophem , Hugonis de Molbais , Henrici de Paskendael , Hackerî de Rideworde , Cbristiani de Guestelles , Helvini et Walteri de Betencorl , Joannis Grêlons, Joannis de Marcoing, Walrandi de Haussy , Almani de Bavay , Fulconis de Wormines , Annekini de Brackel , Balduini et ' Blbrandi de Ellignies , Willelmi de Main , Walteri et Roberti de Bambeque , Walteri LeGharon , Sotonis de Bongardcs, Golardi de Warendone , Sigeri de Roeden , Timerii de Rogemers , Hugonis Eschaliers , Roberti del Kaisuoy , Lisberti d'Entrenghem , Hugonis et Gerardi d'Erpe, Joannis de Raempaert, Dirkini et Roberti de Rupelle, Balduini de Havesquerque junioris , Ansclli de Rolengbera , Caroli de Vercli , Ostonis de Vieslis , Hugonis de Belines , Roberti dé Anseng, Walteri de Pons , et aliorum plurimorum militum , qui hic congregati sunt, ut mccum crucem sanctam induant , pra>tcr et alios in magno numere , qui cum hue se reccpcrint, coram illis talera recognitionem
j ai (lu me décider à comprendre dans ces appendices celles qui me semblent les plus importantes» En parlant des combattants de Bouvincs, Guiart dit de Michel de Harnes :
Parmi piétons et par gens d'arme»
Là fut navré Michel de Harnes.
Dans le recueil des historiens de France , je lis ce passage : « En cel ester fu féru Micheaus de Harnes d'une lance parmi « Tescu et le hautbert parmi la cuisse , et fu cousuz aux aoves « de la selle et au cheval et fu tresbuchié a terre et li et li che- « waus. »
Voici maintenant comment Guillaume le Breton rend compte du duel de Michel de Harnes et d'Eustache de Maqueline •
Et Dominans Hariis Micha l , Hugoque Malaunus Post Gampanenses acie glomerantur in un&.
Ëustachius à Maquelinis
Sœpius ad mortem Francorum voce superbâ
Ingeminans - . . .
Jamqueperhorruerat lituorum clangor , et omnes Hinc atque inde acies commixtae in fata ruebant : Harmensis Michael clamenti funera Francis Obviât , et médium forât illius aegidis hasta. Ast illum inferiùs Bustacius impetit , atque Per sellam , per equi costas » agit improbus hastam , Et Domini per utrumque fémur : cadit hic , ruit ille , Vixque potest hastile suis evellere coxis.
Àt Michael , sociis tellure juvantibus ipsum , Se levât , et quamvis coxam gravet ejus utramque Plaga duplex , commendat equo sua membra recenti , Invente ut multis aliis sessore carenti , Gujus humi Dominum p]\)straverat Hugo Malaunus.
facere promitto , in majorem omnium quas dotavi ecclesiarum securilatem et quielem. Fiat ita. Amen. Amen.
Actum apud Valencenas solempniter anno Mcci, mense aprili,etc.
(Mirœus.)
Tune Micbael illuin qui mortiricavcrat cjus Gornipedem , vulausque duplex iotlexerat iiii , Quserit , et iaventum rigidis sic implicat ulnis , Et galeii abstracta , vultum cum gutture iiudat Quo via sit Franci gladio , qui dum necat illuin : « Ut tua nunc saltem , Kustaci , prœsumptio cesset , « Mortem quam Francis inclamas , accipe , dixit ; « Te perimit Francus , Francis dum fata minaris , « Hujus causa necis tibi sola superbia liognœ est , « Nec te servari sinit ad cornmercia vivum , « Ut multos alios qui , te moriente , ligantur. >*
Les chapitres XII et XIII de cet ouvrage sont un terrain glissant à cause de la confusion faite , par les écrivains , entre une belle-mère et sa beUefille , entre un oncle et son neveu. J'ai mis tous mes soins à séparer ces deux derniers toutes les fois que la chose était matériellement possible ; il me reste à compléter les différences que j'ai remarquées dans la figure historique des deux matrones de Harnes.
C'est pour n'avoir pas vu ces différences qu'Aubert Le Mire et son commentateur porteront la responsabilité des erreurs que des hommes érudits ont faites sur la foi de leurs témoignages. Je crois nécessaire de mettre sous les yeux du lecteur deux passages empruntés à cet historien. Dans sa Notitia ecclesiarum Belgii, p. 562, on lit • « Aleidis alias Alidis et Ada , Boula « riae domina ex suo capite , nupsit primùm Michaeli domino « de Harnes , propè Duacum , constabulario Flandriae , post « iEgidio domino de Trasignies et tertium circà annunt 1212 « Rasonide Gavere, filio Rasonis domini de Gavere etCla- « riciae, in fundojorimi sui mariti , eum esset vidua, monas- « terium Braellense anno 1196 condidit , ut supra docui , ta- « bulis in médium productis, in quibus Ada de Har/ies cotisai tabulnria Flandrensis nuncupatur. Ex Michaele nati sunt « Micbael Flandriu) constabulariuî; (\w\ anno 1212 diplomata
« signavit (1) et anno 1239 aut 1230 sine proie obiit; Philip- « pus Boulariae dominus et Ada Gossuini Scendelbecae domini « conjux. » — Dans sti Diplomatique, t. I«^ p. 418, on voit tout autre chose : « Alîdis sive Aleidis , Nicolâ'i BouIariaB do- « mini lîlia et haeres, ter nupta fuit virés nobilissinius ex fami- « liis illustribus de Trasegnies, Gavere et Wavrin. Ex iEgidio a de Trasignies peperit ^gidium nigrum , vulgô Lebrun, re- « gni Galliaeconestabilem, cujusstirpem scriptores genealogici « hactenîis ignorarunt. Ex Gavrio sustulit Philîppum qui di- « ploma de fundatione Belli Prati abbatise cum fratre suo « ^gidio nigro signavit. Tertius Aleidae maritus , Michael de « Wavrin , cum Gisbeilo Sottegemio et Arnaldo Aldenardensi , « controversiam finivit quae inter Ferdinandum Flandrise co- « mitem et Gandenses de novando senatu fuit agitata. »
Veuillez remarquer, tout en tenant compte des contradictions de Tauteur , de combien d'erreurs ces passages sont chargés : . 1» il confond Alix et Ada ; 2" il met en 1212 le troisième mariage d*Alix de Boulers avec Rasse de Gavre , de sorte que les enfants issus du troisième lit n'auraient au plus que 12 à 13 ans lorsqu'ils signent en 1 228 l'acte de fondation de l'abbaye de Beaupré ; 3° il donne à la fondatrice de la Bi-ayelie plusieurs maris ; 4° il fait le connétable Michel de Boulers, le fils de son aïeul Michel l^^ de Boulers ; 5® il confond ce personnage avec son oncle qui signe les diplômes qu'il indique ; 6® il met au degré de frère et sœur germains Philippe II de Boulers et l'épouse du sire de Scendelbeke, quand cette parenté est restée jusqu'àce jour à l'état de mystère; 7o en confondant toujours Ada de Boulers, qui prend trois époux, avec sa bru, il la dit fille et héritière de Nicolas sire de Boulers ; S^ enfin il confond Michel II de Boulers avec son aïeul ou son oncle à propos de la
(1) Ces diplômes concernent l'un la prévôté de Bruges , que j'ai indiqué p. 76, l'aulre est relatif à la prévôté de Tournai.
pacification de la ville de Gand el de lu nomination des trenleneuf. (V.p.80, ann45e<226.)
Tous ces propos de Miraeus ne sont qu'un exemple de la facilité d'affirmer des faits, sans crainte les démentis que pourront donner des ouvrages spéciaux.
Je regrette de ne pouvoir ici , sans nuire à l'intérêt de mes travaux historiques sur le monastère de Brayelle , offrir à la curiosité du lecteur lecartulaire de celte abbaye, ouvrage rédigé sur les lieux par des autorités compétentes sur la généalogie des de Harnes, où les membres de cette noble famille y prennent fréquemment la parole. Rappelons-nous donc que puisque dame Adade Boulers est la femme de Michel I«''de Boulers, la mère de Philippe I«' de Harnes. et de Boulers et aussi de Michel IV, que Philippe est l'aîné de leurs enfants , ainsi que le déclarent son auteur dans l'acte d'achat de la dîme de Vendin (v. ch. XI ,. p. 51} , et son frère cadet (parag. 14, ch. XII) , que puisque la constitution de rente du 6 janvier 11 81 , passée à Boulers [Corpus chronicorum Flandriœ, t. 2 , p. 780) , nous montre Philippe de Harnes pour l'époux d'Alix de Boulers, nous soutenons que le mariage de ses père et mère n'eut lieu vraisemblablement que dans l'intervalle de 1 1 55 à 1 1 60.
Le succès de notre édification historico-généalogique repose sur le titre de cette rente qui est un véritable boulevard dans notre système , fortifié du reste par le décès de Michel I®' de Boulers en 1196, par celui de Philippe de Boulers en 11 98 (je choisis cette date à cause des dix mois de viduité de son épouse) , pai- la reprise de l'avouerie de Ninove en 1201 , par L'exercice de la connétablie de Gilles de Trasignies à la même date , par la majorité de Michel II de Boulers en 1 204. Or , en supposant que dame Ada de Boulers n'eut que 1 5 ans à l'époque de son mariage en 1155 ou 1160, et quelle fut la même personne que celle qui devint l'épouse de Basse de Gavre en 1204 ou 1212, il faut lui accorder 59 ou 04 ans, 67 ou 72
ans et la faculté de devenir encore mère. Usant des mêmes procédés à l'égard de dame Alix de Boulers que nous disons âgée de 1 5 ans en se mariant en 1 1 80, elle a 35 ou 36 ans en 1 201 , quand elle prend pour époux Gilles de Trasignies , 40 au moment de son troisième convoi avec Rasse de Gavreen 1204, ou 48 en 1212 , 63 en 1228 , époque de la fondation de Tabbaye de Beaupré , 65 en 1 230 , 73* en 1 238 , époque à laquelle elle vit toujours , comme vous le verrez dans notre seconde partie.
Il est inutile de multiplier davantage ces expériences chronométriques en cherchant Tâge qu'aurait eu Ade de Boulers en 1 230 ; nous avons encore la substance d'un argument sans réplique dans une donation à l'abbaye de Ninove , en février 1216 , par dame Alix de Boulers. Elle s*y oblige avec le consentement et la volonté de Michel son fils , le connétable de Flandre , de consensu et voluntate domini Michaetis , filii mei, Flandrensis constabularii. Quel est ce per^nnage , si ce n'est réellement son fils Michel II de Boulers? Àdè de Boulers , alors âgée de 76 ans , aurait dit 'iiepos meus dans la circonstance (1).
Nous abordons en ce moment au système savamment élaboré par le P. Cahour dans son intéressant ouvrage intitulé: Bàtiduin de Constantinople, pp. 333 et suiv. Cet auteur consciencieux , voulant se garder d'une confusion entre dame Alix de Boulers et une autre Alix de Liedekercke et de Breda , s'exprime ainsi : « Alix eut deux fils de Michel de Harnes. L'aîné, « qui figure dans une charte de 1 21 6 (2) en qualité de conna- « table, se trouve encore avec cette dignité dans l'acte de 1228 « pour la fondation du monastère de Beaupré. Philippe, son
(1) Corpus chroiiicorum Flandria?, t. il , p. 831.
(2) Celle dont il est question au paragraphe précédent.
a frère cadet , lui avait succédé en 1231 [Corpus chron., pp. « 829 et 870,) dans cette fonction. De cette première alliance « vint peut-être sa fille Ada, mariée à Gossuin de Scendelbeke. « Cependant ce n'est pas chose démontrée par les chartes qui « font mention d'elle en 1216, 1217, 1222 , 1228, 1229 et « ii32 [Corpus chron., pp. 831, 833,844, 873, 876). »
Cette version est à peu de chose près cellede la NotitiaEcclesiarum Belgii; mais elle en difiere en plusieurs points : 1^ elle écarte la personne d'Ade de Boulcrs ; 29 elle unit la belle-fille au beau-père (Alix de Boulers et Michel I«' de Boulers) , ou la belle-sœur au beau-frère (Alix de Boulers et Michel IV de Harnes , et alors leur fils aîné ne sera pas connétable de Flandre , puisque cet emploi appartient à leur frère et beau-frère aîné Philippe et à sa lignée). Dans la première hypothèse, elle sera mère de son mari , de ses beaux-frères et belles-sœurs , Taïeule de ses fils Michel II et Philippe II de Boulers successivement connétables de Flandre; dans la seconde, elle sera la belle-sœur ^e son mari et la tante de ses propres enfants. Mieux vaudrait dire qu'elle épouse un être fantastique du nom de Michel, car il y a impossibilité à priver de leurs droits d'épouses de Michel I®"" de Boulers et de Michel IV de Harnes la connétablesse Ada de
Boulers et sa belle-fille Béatrix de Gavre, 1 1 60 et 1 1 85 ;
mieux vaudrait cet expédient que de supposer un inceste.
Ensuite le P. Cahour nous dit en note de son ouvrage que M. Goethals en donnnant la généalogie de Harnes, à l'article Gavre de Liedekercke , a interverti Tordre des maris d'Alix et il ajoute : « Je ne sais pourquoi. Il la dit déjà veuve de Gilles de « Trazegnies quand elle épouse Michel de Harnes. Outre l'or- « dre des signatures (c'est toujours le P. Cahour qui parle), re- « marquez que Gilles de Trazegnies étant mort en 1 204 , les « fils de Michel de Harnes , second mari d'Alix , en 1205 , « n'auraient eu, dans ce système, que neuf à dix ans en 1216, « quand Michel , l'aîno , déjà connolablo de Flandre , donne
« son consentement aux actes de sa mère [Corp. ckron.Fland., « t. II, pp. 831 , 832). Il y a encore uiîe difficulté plus grave : « d après un acte qui cite Tbistoire de la maison de Gand , p. « 321 , et que M. Goethals rapporte (1) , un Michel de Harnes « se porte caution , en 1214 , pour le comte Ferrand, fait pri- « sonnieràBouvines. Si c'est Michel, fils d*Alix , il n aurait eu a que huit ans , et c'est bien jeune ; si c'est Michel , époux <( d'Alix, comme M. Goethals lé suppose , comment Rasse de « Gavre , que M. Goethals fait mourir à Bouvines en 1214 , « aurait-il été le troisième mari de cette dame? Le Mire , « t. I , p. 418, note 1 , dit qu'elle épousa successivement les « seigneurs de Trazegnies, de Gavre et de Wavrin (Michel). « Cette version est moins soutenabie encore. Butkens, dans ses « Trophées, t. II, p. 171, suit l'ordre que j'ai donné. »
Voilà ce que j'appelle une argumentation solide. Nul doute que si le P. Cahour avait aperçu l'acte de 1181 que nous donnons à la suite de ces appendices, il eut suffi d'un souffle pour faire disparaître les vices des agencements matrimoniaux et des confusions de personnes qui sont l'ouvrage de Miraeus. • Observez que M. Goethals adopte le pire de tous les systèmes, et que sa théorie vient échouer contre le diplôme de 1181 , contre les règles essentielles à l'hérédité de la connétablie de Flandre , contre la logique qui attache l'effet à la cause , et je
(l) Ce document est celui que j'ai analysé p. 68. Le connétable de Flandre est au nombre des signataires pour trois raisons : 1* parce qu'il se range aux propositions de paix pour rentrer en possession de ses domaines ; 2© parce qu'il se porte garant de la comtesse Jeanne à l'occasion de la rançon du comjte Fernand ; 3« parce qu'il se porte fort pour la comtesse qui a promis l'amnistie pour les châtelains de Bruges et de Gand. Doit-on conclure de cet acte., que le connétable avait pris le parti des Français à Bouvines? Sans aucun doute. M Gens prétend qu'il commandait les Flamands qui s'étaient rangés du côté du roi de France. (Gens, Comté de Flandre, 1. 1, p. r28 à 130.)
m'explique en disant que Gilles de Trasignies n'eut jamais été connétable de Flandre. Observez encore que si Philippe de Harnés eut été l'époux d'Alix en 1205 , son fils aîné Michel II de Boulers n'aurait pas eu capacité de faire, à l'âge de 12 ans, le fomeux échange de la seigneurie de Cassel en 1218; or , nous savons que celui-ci était majeur en 1204 (ch.XII, p. 14). Observez enfin que si par impossible , il s'agit ici de Michel IV de Hames , qu'il se déclare veuf en 1 21 7 de Béatrix (v. p. 70). Or, il faut bien qu'Alix de Boulers passe quelque temps en la puissance maritale de Basse de Gavre.
Revenons encore une fois aux réflexions si judicieuses du P. Cahour. A propos des signatures dont sont revêtus les deux diplômes de 1228 et 1229 concernant l'abbaye de Beaupré , il ajoute : « L'ordre de ces signatures , suivies de celles de Basse « de Gavre et de Gossuin de Scendelbeke , époux d'Ade ( fille « d'Alix ) est conforme à l'ordre des naissances et suffirait pour « indiquer celui des alliances successives d'Alix. » Et il continue : 4( Le mariage de Basse de Gavre, fils de Basse , échan- « son de Flandre, et de Clarice, avec Alix, veuve pour la seconde « fois en 1204 , eut lieu vers 1205 au plus tôt. Dans tous les « actes d'Alix (énumérés au § 10, in fine) , cette dame, depuis « l'année 1216, requiert continuellement le consentement de « ses fils. C'est par eux que ses contrats sont confirmés ; c'est « elle aussi qui autorise les leurs, sans qu'aucun de ses maris « y figure à cette date. N'en faut-il pas conclure qu'elle était « veuve pour la troisième fois dès 1246 ? — Un Basse de Ga- « vre mourut peu près la bataille de Bouvines , en 1214, des « blessures qu'il y avait reçues. » — Il ajoute en note : « Mais « ce ne fut pas sur-le-champ , puisqu'on traita de son rachat , « comme le prouve la liste des seigneurs qui , avec Michel de « Harnes, se portèrent caution pour lui. »
Je n'ai pas d'objections à faille, puisque ce système est aussi le mien. Je pense que le Basse de Ouvre cautionné après la
bataille de Bouvines par Michel de Cames et son neveu Michel de Boulers, est Tépouxd'Alix deBoulers, belle-sœar et mère de ces deux chevaliers. On voudra bien remarquer que les cosignataires des diplômes de 1 228 et 1 229 , y déclarent leurs qualités : Hœredes prœfatas Alidis carUsimm matris nostrm. Maintenant encore j'appellerai l'attention du lecteur studieux sur les actes de 1 21 7 et 1 222 du Corpus chron.,^ p., pp. 831 et 844, par lesquels Alix de Boulers déclare qu'Ade sa fille est née de Basse de Gavre ; que par conséquent il ne faut rien préjuger de la charte de 1232 (ibidem, p. 875) , en laquelle Philippe II de Boulaer dit en parlant de celle^ci : prmdilecta soror mea, puisqu'on voit la même chose en notre parag. 4, in fine; que d'ailleurs ils sont frère et sœur utérins.
La démonstration de la distinction à faire entre les deux matrones de Harnes , me paraissant établie d'une façon irrécusable, je dirai maintenant qu'à partir de son veuvage en 1196 , dame Ada de Boulers est assez fréquemment qualifiée du titre de connétablesse de Vltindre^ lors même que son fils aîné, Philippe de Harnes, a succédé à son père dans laconnétablie et que sa veuve Alix serait en droit d'imiter l'exemple de sa bellemère. Si la veuve de Philippe de Harnes s'abstient de prendre ce titre, c'est apparemment parce que sa belle-mère survit jusqu'à l'an 1204, époque de la majorité de Michel II de Boulers, et qu'Alix de Boulers devient l'épouse de Basse de Gavre. Je connais toutefois une circonstance où je supposé q^e dans son troisième veuvage, c'est elle qui s'intitule connétablesseie Flandre dans un mandement à ses habitants de l'Estrevelde près Thourout, auxquels elle enjoint de payer ce qu'ils lui devaient, entre les mains d'Arnoul d'Audenarde qui lui a vendu tout ce qui lui appartenait en ce lieu (1). Cette pièce porte le millésime
(1) De St Génois, Inv. des titres du comté de Flandre , p. 514, cartulaire rouge, pièce 88.
J*ignore la filiation de dame Âda de Boulers. En 1 083 , je vois un sire Etienne de Boulers témoin en la donation de Tautel de Huncghem à Tabbaye de St-Adrien , transférée près de Grammontfl). En H66, je trouve un Willaume deBoular qui dispose de la dîme de Deftinghem au profit de Saint-Pierre de Gand, annuentibus filiâsua Clementia etfiliis ipsius Nicolao atque Willelmo, fratre quoque Stephano atque Gerardo (2). N'est-ce point là la famille de ma châtelaine ?
Il paraît que cette maison était une branche de la maison de Gavrequi en comptait encore uneautre, celle de Liedekercke. Le domaine de Boular se divisait en deux seigneuries connues sous les noms d'Overboulaer et Nederboulaer, qui disent autant que Boular svperior et inferior.
Quelques lecteurs auront remarqué, sans doute, que j'ai omis de dire que Michel de Harnes , Arnoul d'Audenarde , Radou de Mortagne , accompagnèrent dans leur fuite la comtesse Jeanne et sa sœur Marguerite fuyant la colère des Tournaisiens qui leur avaient donné asile au milieu des troubles excités par la présence du faux Baudouin. Ceci se passait en <228. Laissons parler Philippe Mouskes :
Consel^ot qu'ai roi s'en iroit , Son signor , son cousin tôt droit, Mierci protier et guerre aïe Del paumier et de sa maisnie , Et des Valencenois ausi ^ Ki traûe forent ensi.
Mikious de Harnes et Radous Vont od 11 et messire Ernous , Plainte s'est et li rois l'oï Confortée fa , s'el goï Et dist qu'il li rendra sa tlere ,
(1) Mirseus , t m, p. 18.
(2) Archives de la Flandre-Orientale.
Car il estoit ciés de la gierrc Si que Flandres tenoit de lui , Si Tosteroit de cel anui (1).
On voit que ce n'est pas chose facile de reconnaître Tun dans l'autre les deux Michel de Harnes, surtout dans les circonstances du chapitre XVII, dont ce trait aurait du faire partie; il me paraît vraisemblable que le Michel de Harnes qui se joignit à Mathieu de Montmorency, le connétable de France , lors de la formation du petit parlement du Quesnoy, est le sire Michel de Boulers le connétable de Flandre.
J'ai dit de plus dans ceXVII* chapitre que l'existence de Michel V de Harnes ne peut être douteuse à cause du diplôme dont j'ai rapporté le préambule en mon VHP paragraphe ; et parce que c'est lui qui paraît avoir relevé le fief de Harnes , je suis disposé à croire qu'il vivait encore en 1229 à cause d'un titre où Liegarde, abbesse de Brayelle, qui expose que son couvent a cédé au monastère de Saint-Vaast la haute-justice de Bénifontaine, ci-devant acquise de Michel de Harnes (2). Cependant le Ms. 19,099 de la bibliothèque de Bourgogne, fait croire à l'existence simultanée de deux personnages ayant le même prénom , ou seulement à l'un des deux , en nous exhibant un Michel de Harnes cédant à l'abbaye de Marœuil cette même justice de Bénifontaine, en présence de Bauduin de Quincy , Michel de Miraumont, Henri deHondeskot, 1224 et 1229, 31 mars.
Voici, d'après mes documents , l'âge apparent de la plupart des personnes que nous quittons en 1230. Phelippa ou Philippine de Harnes , fille de Michel IV, alors déjà mariée à Hugues d'Ântoing,a 40 ou 42 ans, sa tante Alix de Boulers qui vientde doter l'abbaye de Camere (3) , n'en a pas moins de 66, Michel
(1) Ph. Mouskes , vers 2i,895 à 24,908. .
(2) Cartulaire de Saint-Vaast , bib d'Arras.
(3) Mirreus, t. 1, p 7i5.
de Boulers son germain meurt à 51 ans , Philippe de Boulers , frère de celui-ci, a quelques années de moins, Otton et Gilles de Trasignies sont nés avec le treizième siècle, Rasse de Gavre a 25 ans au plus, sa sœur Ade, épouse du sire de Scendelbek et de Brienne, paraît plus jeune encore.
A BOULAEHE, LE 6 JANVIER 1181.
Michel, le connétable de Flandre, donne à l'abbaye de Ninove une rente annuelle.
In nomine sanctse et individuaeTrinitatis. Ego Michael, constabulariusFlandriae, omnibus inspecturis bas Iitteras,salutem. Norint présentes etposteri , quod ego et uxor mea Adaet filius meus Pbilippus , et uxor ejus Aliz , ob nostrorum et omnium propinquorum nostrorum animarum salutem , bona voluntate et pari consensu dedimus ecclesise de Ninive in perpetuam eleemosynam triginta solidos Duacensis monctse , ut ex bac eleemosyna in ipsa Ninivensi ecclesia coràm Domini corpore luminarejugiter et in seternum procuretur. De terra Walteri clerici sumentui quinque solidi, et apud Onkersellam de terra Rikeinanni quinque solidi , de terra Stephani Stortere octo solîdi, de terra Udelini duodecim solidi. Haec autem eleemosyna in festo sancti Martini quotannis recipietur. Si vero in ipsa die ab bis qui terram possident ecclesise soluta non fuerit , ipsam terram ecclesia de Ninive ut suum allodium saisabit. Ut autem hoc ratum deinceps persévérât , scripto boc sigillo nostro signato et testium qui dono interfuerunt attestatione mumus et auclorisamus. Datum , etc.
(Original , sceau en cire brune , aux archives de la Flandre- Orientale. V. le Corpus chronicorum, p. 782, 2 v.)
A BOULAERE, EN FÉVHÏER 1216.
Alix, dame de Boulaer, donne à Vabbaye de Ninove deux bonniers de pré, situés à Idenghem.
In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Ego Alicia, domina de Boulaer , omnibus praesentem paginam inspecturis in perpetuum. Quse semel gesta sunt , ne lapsu temporis labantur a memoria , necesse est ea litterarum testimonio confirmari : igitur notum sit tam praesentibus quam futuris, quod de allodio meo circiter duo buonària prati , parum plus parumne minus , prope villam de Idenghem , inter duas aquas jacentia , ob mei meorumque memoriam sub censu quatuor denariorum de quolibet bonario apud Boular , in festo sancti Martini , singulis annis solvendorum , et duas partes decimae ipsius prati , de consensu et voluntate domini Michaelis, filii mei, Flandrensis constabularii, in perpetuam eleemosynam ecclesiae Ninivensi contuli, et per hune censum ab omni servitio et exactione à me et meis successoribus ipsa ecclesia libéra erit in perpetuum , et contra omnes calumniàm morentes , ego et successores mei
debemus perpétua Warandire , etc Ut autemhoc ratom
permaneat et inconvulsum scriptum , hoc ego et dominus Michael , filius meus, sigillorum nostrorum appensione et hominummeorum et aliorum testium subnotatione confirmavimus. Signum Walteri , abbatis Gerardi Montensis , cujus sigillum appensum est , s. Samuelis , capellani ; s. Gerardi Scimai , s. Danielis Avrecht , s. Nicolaï de Mael , militum , s. Dionysii de Dutche, Walteri Maldenreia, Arnoldi de Overboulaer; s. Adse filiae meae; hominum meorum, s. Gerardi Lep, Willelmi de Boular , scabinorum. Actum apud Boular in Thalamo , anno Dominicse incarnationis MCCXVI, mense februarii.
(Corpus chron. Fland., t. il , p. 832 Original , le sceau de • Michel est seul conservé.)
NOTIONS BIBLIOGRAPfflQUES