CHRONIQUE DE TURPIN
Chi commenche le vie Char- Ici commence la vie de Charlemene tout si com il cou- temagne tout ainsi comme qiiist Espaigne, il conquit VEspa/jne.
Voirs est que li pluisour ont uolentiers oi et oent encore de Charlemaine comment il conquist Espaigne et Galisse. Mais quoi que li autre aipnt oste ne mis. Chi poes oir le uerite dEspaigne selonc le latin de lestore ke Mikiel de Harnes fist par grant estude cerchier et enquerre en liures Rainant le comte de Bouloignc. Et pour rafreschiren cuersdes gens les œuvres et le non le boin roi :
le fist de latin translater en roumans a. Xij« et vij ans de lincarnation Nostre Signeur.
En tans Phelippe le noble roi de Franche et Loey sen aisne fil. Et pour chou que rime se ueut afaitier de mos con(iuetis
Il est certain qu'il y a des gens qui ont ouï volontiers et écoutent encore do même commentCharlemagneconquitrEspagne et la Galice. Mais, quoique d'autres aient ajouté ou mis , ici pouvez ouïr la vérité d'Espagne selon le latin de l'histoire que Michel de Harnes fit par grand étude chercher et rechercher dans les livres de Renaud le comte de Boulogne.
Et pour rafraîchir aux cœurs des gens les œuvres et le nom du bon roi, le fit du latin translater en roman en XII<^ et VII de l'incarnation de Notre Seigneur, au temps de Philippe le noble roi de France et de Louis son aîné ; et parce quç la rime
liorsdestoire : veut Mikiiis que cliil liures soit fait sans rime selon le latin . de lestore. Ke Turpins larcheuesques de Rains traita et escrit tout si com il le uit et oi. Si doit estre chiere tenue et uolentiers oie de tous haus homes. Car pour chou sunt les boines uertus en sieucle auques defalies et le cuer des signerages afebloie.
Car on ot mais si uolentiers qu'on soloit les œures des anchiens. Ne les estoires ou H boin fait sunt quils ensaingnent comment on se doit auoir en Dieu et contenir au sieucle honerablement. Car uiure sans honneur est morir.
Humais commencherai comment et par quel okison Charles mut a aler en Espaigne et Turpins larcheueskedes Rains auec lui qui tout mist si com uous orres en escrit que li uerites fu après aus en mémoire.
Voirs est que li glorieus upostles Mesire saint Jakemes.
Que les autres disciples >\>stre
veut se rendre savante de conquêtes en dehors de l'histoire, veut, Michel, que ce livre soit fait sans rime selon le latin de l'histoire que Turpin , l'archevêque de Rheims, traita et écrivit tout ainsi comme il le vit et ouït. Aussi elle doit être tenue pour chère et volontiers ouïe de tous les grands hommes ; car les bonnes vertus sont défaillies en œ siècle et le cœurdes seigneurs s'est affaibli. On n'écoute plus si volontiers qu'autrefois les œuvres des anciens, ni les histoires où les bons faits sont comme un enseignement pour se comporter envers Dieu et se contenir honorablement en ce siècle. Car vivre sans honneur est mourir. Or, je commencerai comment et par quelle occasion Charies fui porté à aller en Espagne et Turpin, l'archevêque de Rheims, à le suivre, lui qui mit tout en écrit, comme vous le verrez , pour que la vérité fût après eax en mémoire.
La vérité est que le glorieux apôtre Messife saint Jacques , f|ue les autres disciples de No-
Signeur que les diuers lius de monde kierkierent precclia primes en Galisse et puis lochist Herodes li rois. Et ses cors fu portes en le ticrre de IherFm par mer de si en Galilée. Icele meisme Galisse precchierent li apostle. Mais li Galissien iaissierent puis par lor pechi lor foi. De si au tans Charlemaine. Cestui Charle- 'maine fist Salafres chVs en son
tre Seigneur cherchèrent dans les divers lieux du monde, prêcha d abord en Galice et puis fut occis par le roi Hérode. Son corps fut porté en la terre de Jérusalem par mer, de là en Galilée. En cette même Galice prêchèrent les apôtres. Mais les Galiciens avaient depuis perdu la foi par leurs péchés jusqu'au temps de Charlemagne. Celuici fit Galafre chevalier en son
palais a Toulete quant il fu palais à Tolède , quand il fut
de Franche essilies et puis se sorti de France, et ensuite il
combati aBraimant j. fortroi. combattit i^ra^man^^ un roi
Rois estoit des paiens et Char- très-puissant, roi des payons,
les lochist en bataille et après Charles Toccit en bataille et
conquist mainte tierre. Chius Charles fu emperes de Rome et rois de Franche. Si otEnglctierre et Danemarche. Tiesketierre. Baiuiere. Loerainne.
Bourgoigne. Lombardie. Bretaigne et pluisors autres tierresde lune mer de si a lautre.
après conquit mainte terre.
Charles fut empereur de Rome et roi de France. Il eut TAngleterre, le Danemarck, la terre tudesque , la Bavière , la Lorraine , la Bourgogne , la Lombardie, la Bretagne et plusieurs autres terres d'une mer à Vautre.
De CharV quideliurale tier- De Charles qui délivra la re de IhrVm des mains as terre de Jérusalem des Sarrasins. mains des Sarrasins,
En cel grant pooir que Chars ert si tremns et si renom-
En ce grand pouvoir que Charles était si redouté et si
mes pour les halailles dont il auoiteu le uictoire en Saisoigne et en autres lierres fu Ihrl'm assise de paiens et paisenuiron escillies et li cretien en cailiue. Si que li patriarche qui ot non lehans sen issi et pluisour autre boin homme.
Si sen uint droit en Coustantinoble- a lempeour qui ot non Coustentins et ses fins Léo. II li moustraen complaîgnant les cil et le dolour de le tierre de Ihcrrm. Li emperes quant il le seut si fu moult dolans et entra en pensée comment il poroit secourir le tierre. Dont aparut uns angles a lui en sen dormir si li moustra j. biel homme moult grant et tout arme sour j. cheual. Ses escus estoit tous uermaus et ses elmes et li poins de sespée. Et le lanche quil tenoit estoit blanche dont le pointe de fier ietoit fu et flambe souuent :
li angeles dist a Constcntin Charles li rois de Franche et emperes de Romme en cui samblanche tu uois chest homme blanc taidera de le noie dont tu penses. Il sesuella
renommé à cause des batailles dont il avait eu la victoire en Saxe et en d'autres terres , Jérusalem fut assiégé par les payens, les pays aux environs ravagés tît les chrétiens réduits en esclavage , si . bien que le patriarche qui s'appelait Jean s en relira et plusieurs autres bons hommes aussi. Il s'en vint droit à Constantinople h l'empereur qui a nom Constantin et à son fds Léon. Il leur montra avec plainte les ravages et la douleur de la terre de Jérusalem. L'empereur, à cette nouvelle , fut très affligé et se mit à penser comment il pourrait secourir la terre. Il lui apparut un ange en son sommeil qui lui montra un bel homme très grand et tout armé sur un cheval ; son écu était tout vermeil , ainsi que son casque et la pointe de son épée ; la lance qu'il tenait était blanche, dont la pointe de fer jetait souvent feu et flammes.
L'angedità Constantin: «Char- « les le roi de France et em- « pereur de Rome, dont tu vois « le portrait en cet homme
plains de ioie et gaires ne de* mora quil fist faire letrcs aie fourme de se uision si les en enuoia a Charlemaine et ii patriarches lessines de se main escrites. Il furent eslut iiij.
messages doi cretien boin clerc et doi ebrieu. Li uns des clers ot anon Jehans de Naples hom de boine uie et de grant simpleche. Li autres ot anon Dauid de Ihrl'm iustes hom et rcligieus. Li uns des ebriex ot anon Ysaac. Li autres Samuel sage erent et discret en lor loi.
Il tinrent tant lor iournees quil uinrent la ou Charles estoit. Il le saluèrent et li baillierent les lettres et il les fist lire. Quant lites furent il commencha a pleurer pour le pite de le tierre. Dont manda il et comanda par toute Franche quil saparellaissent daler en ost après lai et qui.niroit il seroit siers et il et ses oirs a tous iours. Charles assambla dont moult très grant gent et tant erra quil uint en Constantinoble. Li emperes Constentin de Constanti noble le rechut a tout sen empire et H patriar-
« blanc , t aidera dans la voie « dont tu penses. » Il s éveilla donc plein de joie et ne tarda pas à faire faire des lettres en forme de sa vision pour les envoyer à Charlemagne, et le patriarche les écrivit et les signa de sa main. On choisit quatre messagers , deux chrétiens bons clercs et deux hébreux.
L'un desclercs se nommait Jean de Naples , homme de bonne vie et de grande simplesse, un autre se nommait David de Jérusalem , homme juste et religieux. L'un des hébreux se nommait Isaac , lautre Samuel. Ils étaient sages et discrets en leur loi. Ils tinrent leurs journées si bonnes qu'ils vinrent là où Charles se trouvait. Ils le saluèrent et lui baillèrent les lettres qu'il fit lire. Après la lecture , il commença à pleurer pour la pitié de la terre de Jérusalem. Alors il manda et commanda par toute la France qu'on s'apprêtfit à le suivre à la guerre, et que celui qui n'irait pas serait serf àtonjours,luiet ses hoirs.
Charles assembla une très
ches a graiit ioic et a graiit sollempnite.
Puis esploita tant Charles de par Diii quil deliura toute le tierre et le sépulcre Nostre Signeur. Apres sen reuint en Constantinoble auec lempeour qui moult desiroit Charles atcnir a amour et pour le g'-ant bonté que conneuc estoit en lui fist amener lions et bestes de diuerses manières et chiens etoisiaus et dras de soie et or et argent et pieres précieuses et si li pria quil en presist a se uolente. Charles nen uaut riens prendre pour chou quon ni notast conuoitise. Ains rouna et on li donna de le vraie crois ou Nostre Sires auoit este tormentes pour nous et des reliques de sen crucifiement. Li cmperes de Constantinoble li otria boinement. Ils fisent assanler vesques et archeuesques et moines et abes et eslisent XII des plus sages hom-
grande arinée , et tant marc lia (ju il arriva à Constantinople.
I/empereur Constantin de Constantinople le reçut à empire ouvert et le patriarche avec grande joie et grande solennité.
Puis Charles fit tant d'exploits de par Dieu qu il délivra toute la terre et le sépulcre de Notre Seigneur. Après il sen revint à Constantinople avec l'empereur qui désirait beaucoup tenir Charles en amitié, et par la grande bonté qu'on lui connaissait , il fit amener lions et bestes de diverses sortes , des chiens , des oiseaux , des draps de soie , de Tor , de l'argent , des pierres précieuses , et le pria d'en prendre à sa volonté. Charles n'en voulut rien prendre pour qu'on ne vit pas en lui de convoitise. Mais il demanda et on lui donna de la vraie croix où Notre Seigneur avait été tourmenté pour nous et des reliques de son crucifiement.
L'empereur de Constantinople le lui octroya bonnement. Ils firent assembler les évêques ,
mes pour atemlre le sainte naire con li requeroit. 11 en alerent auant et li doi empeour après et tous li pules par grant humilité au liu ou il cuidoient que le sainte couronne fust et li clau. En chou quil ourirent le saint liu tout confes de lor pechiesetassaus.
Et le casse ou le saintuaires erent rendi si grant odour quil sanla a tous que paradis fust aouers. Et de celé odour furent sane et gari bien iij<^ malades.
Dont mist hors le sainte couronne vns uesques de Gresee qui Daniausauoitanon. Illuec pria Charles que DiuKdemoustrast tel miracle ke tout chil qui le uerroient fussent che^ tain que ciert des espines dont Diux fust couronnes en le crois. Lues descendi une rosée de chiel si arousa les espines qui sèches erent de lonc tans :
que les deuirent toutes uerdes et commenchierent a floarir ausi com le uerge Aaron fist.
Illuec fu entraus li delis si grans et li clartés quil ne cuidierent mie estre en siucle , mais en paradis. Charles fist
les archevêques , les moines , les abbés , et choisirent douze des plus sages hommes pour attendre les objets sacrés qu'on leur demandait; ils allèrent en avant , les deux empereurs après, et tout le peuple avec une grande humilité , au lieu où ils croyaient qu'étaient la sainte couronne et le clou.
Ensuite ils ouvrirent le saint lieu , tout confessés de leurs péchés et outrages, et la châsse où les objets sacrés se trouvaient , rendit une si grande odeur qu'il sembla à tous que le Paradis fût ouvert, et de cette odeur furent sains et guéris bien trois cents malades.
Alors , un évêque de Grèce , qui avait nom Daniel, mit dehors la sainte couronne. En menfte temps Charles pria Dieu de faire un tel miracle que tous ceux qui le verraient fussent certains que c'étaient des épines dont Dieu fut couronné sur la croix. A l'instant une rosée descendant du ciel arrosa les épines qui , sèches depuis longtemps , devinrent toutes vertes et commencèrent àfleu-
mètre en j. sac fiiit de cuir de Bugles les espines moult saintement. Et une partie de le sainte crois et j. des claus et le suaire Nostre Signour. et le loien dont fu loies en son bierchet le brach saint Simeon et le chemise nostre dame sainte Marie. Et quant il eut si grant saintuaire recheu dont auint illuec et en autres lius moult grant miracles.
Charles se parti de Coustantinoble au congie de lempeour et de tous. Si sen uint droit a Àis le Capiele a tout si haut saintuaire que il meismes portoit dignement. Illuec fu chius saintuaires a grant honour gardes et a grant sollempnite et des gens qui de partout i acouroient pour les grans miracles que Diux j faisoit. Desi au tans Charlon le Cauf qui deuotement et deboinairement les depti en Franche.
rir comme fit la verge d*Aaron.
De là provint si grandes délices et clartés, qu'ils ne croyèt^ rent plus être en ce même monde,mais en Paradis. Charles fit mettre fort saintement en un sac fait de cuir de Bugle et les épines, et une partie de la sainte croix, et Tun des clous , et le suaire de Notre Seigneur, et le lien dont il fut lié en son berceau , et le bras saint Siméon , et la chemise notre dame sainte Marie. Quand il eut reçu ces reliques d'un si grand prix, il arriva là, et en d'autres lieux, un grand nombre de miracles. Charles partit de Gonstantinople au congé de l'empereur et de tous. Il s'en vint droit à Aix-la-Chapelle avec ces objets sacrés si précieux que lui-même il portait dignement. Là, ces reliquas furent gardées à grand honneur et grande solennité , et des gens qui de partout y accouraient , pour les grands miracles que Dieu y faisait , de là au temps de Charles-le-Chauvequi dévotement et débonnairement les transporta en France.
De Charles qui ftét porté à De CharV qui mut a aler aller faire la guerre en j en Espaigne a ost, Espagne,
Ed âpres les grans paines et les gries trauaus que Charles auoit eu en Constantinoble et en Iherl'm et en pluisours autres lierres loing et près se tourna a repos et pourposa que il nostieroit mais. Et en son pourposement esgarda une nuit et uit uers le chiel j. chemin destoiles en samblanche de fu qui commenchoit de la mer de Frise et aloit par ties ketierre et par Ytalie entre Franche et Aquitaine et par Gascoingne et par Blacle et par Nauare et par Espaigne desi en Galisse ou li cors mon signeur saint Jakemes gist.
Mais on ne sauoit adonques ou il ert. Cel chemin destoiles esgarda Charles par pluisours nuis si commencha appenser que chou pooit senefier.
En cel pense saparut a lui par nuit uns hoin plus biaus que on ne poroit dire et si li dist. Que fais tu jSus : et il li respondi qui ies tu sire. Jou
Après les grandes peines et les grands travaux que Charles avait eus à Constantinople et à Jérusalem, et en plusieurs autres terres loin et près , il se tourna au repos et proposa de ne plus faire la guerre. Dans ce dessein , une nuit qu'il regardait vers le ciel, il vit un chemin d'étoiles en forme de feu qui commençait de la mer de Frise (ou d'Afrique) et allait par la terre tudesque et par 11talie, entre la France et l'Aquitaine , par la Gascogne, par la terre des Basques , par la Navarre, par l'Espagne , de là en Galice où gît le corps de M*' S.
Jacques, mais on ne savait encore où il était. Charles regarda par plusieurs nuits ce chemin d'étoiles et commença à penser ce que cela pouvait signifier.
En cette pensée, il lui apparut la nuit un homme plus beau qu'on ne pourrait dire et qui lui dit : « Que fais-tu , « mon fils? » Il lui répondit i;
sui disl il Jakemes nourris de Diu fius Zebeden. frère lehan leuangeliste que Nostre Sire daigna eslire par sa grasce a preechier les gens sour mer de Galilée que Erodes le roi ochist. Car on ne set ou iou sui : si sui entre Sarrasins laidement. Si mesmuel moult pour choi tu nas deliure me tierre de paiens qui tantes tierres as conquises. Pour chou te fais iou assauoir que ausi com Diex ta fait plus poissant de tous rois terriens : ausi te loist il a deliurer men sarcu qui taparaut couronne en chiel. Le uoie des estoiies que tu ueis senefie que tu iras en Galisse a tout grant ost et feras uoie a uisiter men sarcu.
et après toi tous li pules qui est de lune mer desi a lantre iront requérant pardon de lor meffais. Et raconteront les loenges Nostre Signeur. et les uertus de lui des le tans de te' uie dusques a ]e fin de sieucle et iront la si con ie te di. Or ua plus tost que tu poras car iou serai tes aidieres par tout.
Et pour tous tes trauaus te
Qui es-tu , Sire? — Je suis, dit il , Jacques , nourrisson de Dieu , fils de Zébédée , frère de Jean Tévangéliste , que Notre Seigneur daigna élire par sa grâce à prêcher les gens sur la mer de Galilée , qu'Hérode le roi occit.
On ne sait où je suis ; or, je suis laidement entre les Sarrasins. Je m'émeus fort de ce que tu n*as délivré ma terre des payens , loi qui as conquis tant de terres. Pour ce, te fais savoir que, puisque Dieu t'a fait le plus puissant des rois de la terre , ainsi il t'appartient de délivrer mon tombeau qui t*apparaît couronné au ciel. La voie d'étoiles que tu vois,signifie que tu iras en Galice avec une très grande armée et feras une voie à visiter ma tombe, et après toi, tous les peuples qui sont d'une meràl'autre irontdemander pardon de leurs méfaits et raconteront les louanges de Notre Seigneur et ses vertus, depuis le temps de ta viejusqu'à la fin des siècles. Ils
ferai auoir couronne en chiel.
Et desi au daerrain iour de sieucle iert tes nons en loenge.
Ensi faitement saparut li beneois apostles sains Iakemes par iij. fois a Charlemaine.
Quant Charles ci tel chose il aunapar le promesse de lapostele grant ost et tant erra qui!
entra en Espaingne.
Le première chite que Charles assist en Espaigne cou fu Pampelune et iij. mois isist que prendre ne le peut: car eleert garnie de très fors murs.
Dont fist Charles proriere a Diu et si dist. Diex Ihesus Cris pour cui foi iou uieng en cesti contrée donne moi prendre ceste cite a lounour de uostre non. Et nous sire saint Iakemes se chou est uoirs que tu taparus a moi donnes le moi prendre. Adont de par Diu et de par le proiere saint Iakemes cairent li mur de le
« iront là comme je te le dis.
« Or, vas plus tôt que tu pour- « ras , car je serai tes aides « partout, et pour tous tes tra- « vaux, te ferai avoir unecou- « ronne au ciel , et d'ici au « dernier jour des siècles , tes « noms seront en louange. »
Ainsi,de lui-même apparut par trois fois. le bienheureux apôtre saint Jacques à Charlemagne. Quand Charles eut oui telle chose, il assembla, par la promesse de l'apôtre, une très grande armée et tant marcha qu'il entra en Espagne.
La première cité que Charles assiégea en Espagne , fut Pampelune. Il y passa trois mois sans pouvoir la prendre , car elle était garnie de très fortes murailles. Alors il fit sa prière à Dieu et lui dit : « Dieu « Jésus-Cbrist, pour la foi de « qui ne fais-je rien en cette « contrée,donnez-moi depren- « dre cette cité à l'honneur de « votre nom, et vous,sire saint « Jacques , s'il est vrai que « vous m'avez apparu, donnezi< moi de la prendre. » Alors de par Dieu et de la prière à saint
cite* Les Sarrasins qui baptisier se uaurent fist tenir en uie et chiaus qui le refusèrent fist ochire. Quant ceus miracles et cens meruelles furent oies, li Sarrasin par tout ou Charles estoit lenclinoient et honneroient. Encontre lui le treu li aportoient. et si li rendoient les cites. Ensi trouua toute le tierre par icele miracle. Li paien seèmeruilloient quant il ueoient le franchoise gent si bien uestue.et si noble de cors et de Xachon. Honnoreement et pasiulement les recheuoient leur armes puer ietees. Dilluec alla Charles sans nul contredit au sarcu mon signeur saint Jakeme mais si desciple erent repairie a le loi des paiens et Turpins larcheuesques baptisa les Sarrasins qui baptisier se naurent. Cil qui recoïure ne uaurent le baptême li j. furent liure a mort li autre furent escaitiue par le règne as chrétiens. Diluée ala Charles par toute Espaigne de lune mer desi a lautre.
Jacques tombèrent les murs de la cité. Les- Sarrasins qui voulurent se baptiser,]] les fit tenir en vie, et il fit occir ceux qui le refusèrent ; quand ces miracles et ces merveilles furentconnus, les Sarrasins, partout où Charles était , s'inclinaient devant lui et rhonoraient. Ils lui apportaient la trêve à sa rencontre et les cités se rondaient.
C'est ainsi qu'il s'empara de toute la terre par ce miracle.
Les payens s'émerveillaient quand ils voyaient la gent française si bien vêtue et si noble de corps et de façon. Ils la recevaient honorablemeat et pacifiquement jetant leurs armes à terre. De là Charles alla sans obstacle au tombeau de Monseigneur saint Jacques , mais ses disciples étaient retournés à la loi des payens. Turpin l'archevêque baptisa les Sarrasins qui voulurent se baptiser; ceux qui ne voulurent pas recevoir le baptême, les uns furent mis à mort , les autres furent réduits en captivité par le royaume des chrétiens. De là Charles alla par toute l'Espagne d'une mer à l'autre.
Les cite.'^ et les grans uiles que Charles conquist dont en Galisse sunt noumees par cens nons con nous ores chi selonc le latin de lestore. Visinic. Lamesce. Dumie. Columbe. Luce. Aureliwie. Vrie. Tude.
Mindone. Vimarenche. Bucare mère des cites. Gramie. Com- {)osterne qui a cel tans estoit petite. De ceics dËspaigne sunt chi li nom en ordene.
Aucaleth, Godarfaiar. Tasamanche. Nede.Vline. Cauales.
Madrite. Macede qui nest mie plentine. Medine cestvne cites haute. Berlange. Osine. Segaude. Segobes qui est grans.
Salamanche. Sepuinlege. Toulete. Calatraue. Badaiot. Turgel. Codiane. Faiente. Auchemore. Palenche. Luserne. Uentouse qui est en ual vert.
Gapare. Astruge. Oueche. Légion. Karion. Burs. Vasres.
Casagurie. Yranche. Lestoile.
Calatraus. Miracle. Saragouche qui est apelee César Auguste. Pampelune. Baione.
Jasce. Orche ou il soloit auoir nonnantenuef tours. Aijot. Teraschone. Le Ride. Tourle-
Les cités et les grandes villes, que Charles conquit dans la Galice , sont nommées comme vous entendrez ici, selon le latin de l'histoire : Vesime, La-' mesce, Dumie, Columbria, Luce, Aureliane, Vrictude , Mindone , Vimarana, Brachara, mère des cités, Crunia, Compostelle qui en ce tempslà était petite. De celles d'Espagne sont ici les noms en ordre : Arschala, Godelfaiar , Talamanca, Usda, Ulmas, Canalias, Madrid, Masreda qui n'est pas dans un sol fertile, Medine est une cité haute, Berlange, Osine, Segaude, Ségovie qui est grande, Salamanque, Séville, Tolède, Calatrava, Badajoz , Turgel , Cordoue , Faiente, Auchemore, Valence, Luzerne, Venozaqui est en val vert, Capare, Asturge,Oviedo, Léon , Cardone , Burgarez , Casagurie , Yranche , Lestoile, Calatraus, Mirale, Saragosse qui est appelée César-Auguste , Pampelune, Bayonne , Jasce , Orche où l'on voyait nonante-neuf tours, Ai- /o/,Tarrascon(', Leride, Tour-
louse castiuus fors. Aurelie uns autres. Barbagale castiaus ausi. Barbaune uns autres ensement. Algate qui est cites.
Adome. Ilpalide. Petrouse ou on fait le très boin argent. Valenche. Denine. Satine. Sébile.
Acinte ou li C9rs mon signeur saint Drogase gist descipies mon signeur saint Jakeme.
Vus oliuiers croist sour se tombe verdoiaus et carchies de meur fruit cascun an au iour de se fieste en mi may. Et si conquist Biserte une cite li chrétien de le tierre sunt trèsfort et si sunt arabiois. Enchore conquist Charlemaine. Bougie ou il a roi. Et Gabie vne isle.
Et Coarre une cite. Et Barbastre. Et Baudaire. Et Cartaige et Septe qui est uns des destrois dEspaigne ou le mer est prilleuse pour les regors que le mer a iluec.
Toute le tierre dEspaigne fu en pooir Charlemaigne. Le tierre a lAudaluf. Le tierre de Portingal. Le tierre dEspors.
Le tierre de Castele. Celé des Nauars. Celle des Aubiiois.
telouse château-fort , Àurélie un autre château-fort, Barbagale château aussi, Bar baume un autre encore , Algate qui est une cité, Adame, Ispalide, Petrouse où Ton fait de très bon argent , Valence, Denine, Satine, Sébille, Acinte où gît le corps de Monseigneur saint Drogase , disciple de Monseigneur saint Jacques. Un olivier croît sur sa tombe, verdoyant et chargé de fruits mûrs, tous les ans au jour de sa fête, à la mimai. Il conquit S^^ar^e, une cité dont les gensde la terre sont très chrétiens quoiqu'ils soient des Arabes. Charlemagne conquit encore Bougie où il y a un roi,etGabieuneîle,etCoarre une cité,et Barbastre^et Baudaire.eX Carthage,et Cette,qui est un des détroits d'Espagne où la mer est périlleuse parles rochers qui se cachent sous l'eau.
Toute la terre d'Espagne tomba au pouvoir de Charlemagne , la terre de rAndalousie , la terre de Portugal , la terre d'Espors , la terre de Castillc , celle des Navarrais ,
Celé des Blascles. Celé des Palagres. Toutes ces cites et ces grans uiles qui chi sont noumees et ces is\es conquistCharlemaine. Les unes par miracle. Les autres par bataille.
Fors Luseme qui est en ual uert qui! ne peut prendre desi au derrdin quil uint la et si lassist et fu au siège iiij. mois.
Adont fist proiere a Diu et a mon signeur saint Jakeme quil le presist. Erraument cairent li mur et a este déserte desi au iourdui. Vns estans de noire iaue crut en mile ou il a grans pissons qui sunt noir.
Etsiconquistiij. autres cites.
Ventoise. Caparre et Adanie et pour chou ne furent puis habitées. Autre roi et autre prinche conquisent en Espagne après Charlemaine et deuant Cloeuis li premiers rois de Franche des cretiens. et si conquist Clotaires. et Dagombert. Pépins. Charles Martiaus.
Charles li Caus. et Loeys conquisent partie et partie en laissierent. Mais li rois Charles conquist tout Espaigne a son tans a lonnor de Nostre Signeur.
celle des Aabiois , celle des Basques, celle des Palagres.
Toutes ces cités, et ces grandes villes, et ces îles qui sont ici nommées, Charles les conquit, les unes par miracle , les autres par bataille , excepté Luseme qui est en val vert , du moment où il y vint et qu'il rassiégea,etfutau siège quatre mois. Alors il fit prière à Dieu et à Monseigneur saint Jacques pour la prendre. Tout-à-coup les murs s'écroulèrent , et depuis elle est restée déserte. Un étang d'eau noire crut au milieu, où il y a de grands poissons qui sont noirs. Il conquit trois autres cités, Ventoise, Caparre et Adanie, qui ne furent plus habitées. D'autres rois et d'autres princes ont fait la conquête de l'Espagne après et avant Charlemagne. Clovis , le premier roi des chrétiens de France , et Clotaire en ont fait la conquête. Dagobert, Pépin, Charles -Martel , Charles -le - Chauve et Louis en conquirent une partie et laissèrent l'autre.
Mais dans son temps , le roi Charles conquit toute l'Espagne en l'honneurde Notre Seifîneur.
Les ytlolcs et les mahooimeries que Charles troua en Espaigne toutes destruist fors une ymagene qui est en le tierre de lAudaluf. Celé ymagene si est apelée Salamcadif. Cadif cest li lius ou ele est. Salam cest Diux en langue arabioise. Li Sarasin dient que le fist Mahommet en se uie et en sen non. Et une ligions de diables enseela ens par ingremanche qui soustient par tel forche.
celé ymagene que par nului ne puet estre depechie. Se aucuns crestiens laproche erraument perist. Et se aucuns Sarrasins j ua pour orer malades :
haities sen dept. Et se par auenture auient que aucuns oisiaus sasieche sus erraument muert. Sour le rive de celé mer est une pierre anchiene taillie dueure de Sarrasins assise sour tierre. Defors léé et quarree. Deseure estroite et haute taus com uns corbiaus puet uoler haut : sour celé pierre est celé ymagene fait darain en semblanche dun homme droite sour ses pies.
Se fâche uersmiedi. Une granl
Les idoles et les mahommeries que Charles trouva en Espagne y il les détruisit toutes , excepté une image qui est en la terre de TAndalousie. Cette image y est appelée Salamcadif. Cadif, c*est le lieu où elle est, Salam,c*est Dieu en langue arabe. Les Sarrasins disent que Mahomet la fit en sa vie et en son nom. Il enferma à rintérieur, par nécromancie (magie), une légion de diables qui ^utient cette image par une telle force, qu'elle ne peut être mise en pièces par- personne. Si un chrétien l'approche , aussitôt il périt ; si un sarrasin maladey va pour prier, il s'en retourne guéri ; et si par aventure il advient qu'un oiseau s y perche , il meurt instantanément. Sur la rive de cette mer , est une pierre ancienne taillée, œuvre des Sarrasins, assise sur terre. Dehors elle est large et carrée , dessus étroite et haute tout comme un corbeau peut voler haut. Sur cette pierre est cette image faite d'airain, semblable à un homme droit sur ses pieds. Sa
clef sicom Sarrasin (lient kerra de se main en lan que uns rois naistra en Franche qui toute Espaigne metra as cretiennes loeys. Es daerrainetes de sieucle. Sitostque li Sarrasin uerront le clef keue il reponront lorauoir en lierre si sen fuiront.
De lor et de largent que li roi et li prinche donnèrent Charles fist le glise mon signeur saint Jakemes en le demouranche que il fist adont en le tierre par iij. ans. Vesque et canoines de lordene saint Ysidore j establi. De clokes. et de liures. et de uestemens. et de tous autres aournemens laourna. Des remanans fist le glise nostre dame sainte Marie qui est a Ais le Capiele.
Et 1q glise mon sîgneur saint Jakeme en celé meisme uile.
Et le glise mon signeur saint Jakeme a Bouourges. Et celi qui est a Toulouse. Et celi qui est en Gascoigne entre le cite qui a anon Ais et saint Jehan de Sorges en le uoie mon si-
face est vers midi. Une grande clef, ainsi que le disent les Sarrasins, tombera de sa main dans l'année où un roi naîtra en France qui mettra toute TEspagne sous les lois chrétiennes. Dans les derniers jours du monde, sitôt que les Sarrasins verront la clef tombée , ils cacherbnt leur avoir en terre et s'enfuiront.
De lor et de largent que les rois et les princes donnèrent , Charles fit Téglise de Monseigneur saint Jacques , pendant son séjour de trois ans en cette terre. Il établit un évêque et des chanoines de Tordre de saint Isidore ; il Torna de cloches, de livres , de vêtements, et de tous autres ornements. De ce qui lui restait, il fit l'église Notre-Dame sainte Marie qui est à Aix-la-Chapelle , leglise Monseigneur saint Jacques en cette même ville, Téglise Monseigneur saint Jacques à Bourges, celle qui est à Toulouse, et celle qui est en Gascogne, entre la cité nommée Aix et Saint- Jean -de-Sorges , sur la route de Monseigneur saint Jacques.
gneur saint Jakenie. Ensement En même temps il fit Téglise
fist celé glise qui est entre Pa- qui est entre Paris et Hontmar-
ris et Monmartre. Et si fist tre, et il fit d'autres abbayes
autres abeies asses par le situées par le royaume. Char-
regne. Charles repaira adont les retourna alors d'Espagne en
dEspaigne en Franche. France.
Le bataille dAgoulant.
La bataille d'Àgoulant.
Quant Charles fu repairies dEspaigne en Franche. Vns paiens rois de Frise qui auoit anon Agoulans. Agoulans uint en Espaigne a tout grant ost.
et prist les cites et les castiaus.
etochisttoutchiaus que li rois auoit laissies en Espaigne pour garder le tierre. Quant Charles oi chou il râla en Espaigne a tout grant ost. et Miles dAngliers auec lui. Si com li ost Charlemaine fu herbergie en soun retour a Boine une cites de Bascles. Vns chrétiens qui auoit non Romars a maladi. Et pour ledoutanche de le mort dont il estoit près se confessa et rechut corpus Domini. Apres commanda a un sien parent que il uendit sen chenal, et departesist les deniers pour same as clers et as
Quand Charles fut reparti d'Espagne en France,unpayen, roi d'Afrique, avait nom Agoulans. Agoulans vinten Espagne avec une très grande armée , prit les cités et les châteaux et occit tous ceux que le roi avait laissés en Espagne pour garder la terre. Quand Charles l'apprit, il retourna en Espagne avec une très grande armée, et Milon d'Angers avec lui. Ainsi comme l'armée de Charlemagne revenait et était logée à Boine, une cité des Basques, un chrétien qui avait nom Romar était malade, et se doutant de sa mortprochaine,iI seconfessa et reçut corpfisDommi.
Après, il commanda à un sien parent qu'il vendit son cheval et départît les deniers pour son âme au\ clercs etauxpau-
poures. Il fu mors. Chiu ucndi le chenal C. saus. en boire et en raengier les despendi et en uesteure. Mais pour chou que le uenianche de urai iugeour est prochaine as mausfaisans saparut li mors a lui achief de XXX iours si li dist. Pour chou que le mien te commandai a douner en aumosne pour mame saches que Diex ma pardaune tous mes pechies. Et pour chou que mausmone tenis XXX jours me fesis estre en paine. Si te di bien quen cel liu dont iou sui issus en iras tu demain et iou^re sauf en paradis. Quant H mors ot chou dit si se departi diluée et chil nella tous esbares. En demain matin conta par lost cou quil auoit oi. Si com il parloient entraus de celé meruelle. estes nous soudainement j. escrois sour lui ausi con ruiemens délions et de leus et de uiaus. En celé eure fu rauis entraus tous uis en lair. Quatre iours le querisent par mons et par uaus chrétiens et serians. Mais ne le peurent trouer. En xij. iours après chou que che fu auenu
vres ; il mourut. Celui-ci vendit le cheval cent sols, en boire et en manger les dépensa , et aussi en vêtements. Mais pour ce que la venue du vrai juge est prochaine aux malfaiteurs, le mort lui apparut à Téchéancede30jours,et lui dit: «Parce « que je t'avais ordonné de « donner mon bien en aumône « pour le salut de mon âme , « saches que Dieu m'a par- « donné tous mes péchés , et « parce que tu as retenu mon « aumône pendant trente jours « et me fis être en peine, je te « préviens qu'en ce lieu dont « je suis sorti, tu iras demain « etje serai sauf en Paradis.»
Quand le mort eut ainsi parlé il se retira. Celui-ci se retira tout effrayé. Le lendemain matin, il conta par l'armée ce qu'il avait ouï ; tout ainsi qu'on parlait de cette merveille, on entendit soudainement un tonnerre sur lui et aussi un rugissement de lions , de loups et de veaux. A cette heure il fut ravi d'entre eux tout vif et en l'air. Chevaliers et sergents le cherchèrent quatre jours par
eiToit losl par le lierre de monts et par vaux , mais ne le
Naruale. et par delà Naruale trouèrent le coi-s en j. perroi tout froit a iij. Hues près de mer a iiij.ioumées de Baione.
llluec trouèrent le • caroigne que li diable j auoient ietee et lame en infier rauie.
Par cel example sachent cil qui les aumosnes retienent as ' mors quil se dampnent perpetuelment. Apres chou comencha Charles a toute sost a querre Agoulant par Espaigne et tant le . siui quil le troua en une tierre qui estoit apelée Cee en uns près dont li lius estoit moult biaus et onnis. Si com les os sentraprochierent XX contre XX ou quarante contre XI. ou C contre C. ou mil contre mil. ou ij. contre ij. ou j. contre j. ensi fu otroie dune part et dautre. Dont enuoia Charlemaine C cretiens a le bataille et Agoulant. C Sarrasins contre C cretiens. et tout furent li Sarrasin ochis. Dilluec en renuoia ij^ Sarrasins
purent trouver. Douze joui*s après cet événement, l'armée passait par la terre de Navarre, et par-delà Navarre, on trouva le corps tout glacé dans une plaine, à trois lieues près de mer. A quatre lieues de Bayonne, on trouva la charogne que le diable y avait jetée après avoir ravi Tâme en enfer.
Qu'ils sachent par cet exemple,ceux qui retiennentles aumônes des morts,qu'ils se damnent éternellement. Après ce, Charles commença avec son armée à chercher A^oiilantf|;)ar l'Espagne , et il le suivit tant qu'il le trouva en une terre qui était appelée Cee, en un pré dont le lieu était très I\pau et uni. Tout ainsi comme les armées s'approchèrententreelles, il fut convenu de part et d'autre de vingt contre vingt, ou quarante contre quarante, ou cent contre cent, ou mille contre mille,oudeux contre deux, ou un contre un. Charlemagne envoya cent chrétiens à la bataille et Agoulans cent sarrasins contre cent chrétiens, et
contre ij*^ cretiens et de rechief les sarrasins furent tous occis
furent tout li Sarrasin ochis. A le parfin enuoia Agoulant ij.
mile contre ij. mile. lUuec fu ochise une partie des paiens et lautre tourna en fuies. Ensi furent par ij. iours. Au tierch iour ietà Agoulans sen sort, et connut bien en son sort, et vit que se il se combatoit gent a gent ke moult i perderoit des siens. Il manda a Charlemaine bataille a lendemain. Eli fu acreantee des ij. os ensanle* Adont li on de nos crestiens le soir douant le iour de le bataille^ aparellierent lor armes moult ententiuement et fichierent en tiere lor lanches droites douant lor herberges es près de iouste liauc. Lendemain malin cil qui en celé bataille deuoient mourir trouèrent lor lanches reprises et charchies deschorches et de fuelles plaines de uerdour.
Moult sesmeruellierent de cel grant miracle. Il les trenchierent près de tierre. Et les rachines qui remesent en le tierre engenrerent de les meismes grant arbroie autre tele corne
Il en envoya deux cents contre deux cents chrétiens, et de rechef furent tous les sarrasins occis. A la (in , Agoulans mit deux mille contre deux mille. Une partie des payons fut occise , lautre prit la fuite.
Ainsi furent les choses pendant deux jours. Au troisième jour, Agoulans jeta son sort, et connut bien et vit en son sort,que s'il combattait de gent à gent, il perdrait beaucoup des siens.
Il demanda bataille à Charlemagne pour le lendemain. Elle fut accordée par les deux armées ensemble. Quelques-uns de noschrétiens, le soir d'avant le jour de la bataille, appareillèrent leurs armes très attentivement et fichèrent droites en terre leurs lances devant leurs tentes, dans le pré et sur le bord de Teau. Le lendemain matin, ceux qui devaient mourir en cette bataille trouvèrent leurs lances reprises, chargées d'écorces et de feuilles pleines de verdure; ils s'émerveillèrent beaucoup de ce grand miracle; ils les tranchèrent près de terre,
longes perches qui en corperenl en cel liu. Merveilleuse chose fu et grans ioie et grans pourfis as unies et grant detement as cors. Il assanlerent (lune part et dautre. Cel iour iot ocis xl. mil crestiens. Et H dus Miles dAiglent pères Rollant fu ochis auec chiaus oui les lanches fuellirent. Etli chevaus Charlemaine fu ochis illuec. Challes fu a pie a tout X mile crestieus entre les Sar- ^jisins. Il traist sespée qui auoit anon Joiouse de coi il ochist illuec moult de paiens.
Ensi furent desi au uespre et a la uesprer se tornerent darabes deus pars a lor herberges. Lendemain uinrent iiij.
marchis dYtale atout iiij.
mil homes secourre Charlemaine.
Quant Âgoulans le sot si se depti dilluec et sen ala es contées de Begion. Challes establi vne abeie la ou le bataille fu et moult riche glise en lononr saint Fagon de cui
et les racines qui restaient en la terre, engendrèrent :d'ellesmêmes un grand bois de longues perches, incorpotées en ce lieu. Ce fut merveilleuse chose, grande joie et grand profit aux âmes,et grand avantage aux cœurs. Ils en vinrent aux mains d*une part et d'autre. Ce jour furent occis 40,000 chrétiens,etle ducMilon d'Angers, père de Rolland, fut tué avec ceux dont les lances avalent été chargées de feuilles, et le cheval de Charlemagne y fut tué. Charles fut à pied avec 10,000 chrétiens contré les Sarrasins. Il tira son ^)ée nommée Joyeuse,dont il tua beaucoup de payens. Tel est ce qui se passa jusqu'au soir où les deux armées se retirèrent dans leurs tentes. Le lendemain vinrent quatre marquis d'Italie, avec quatre mille hommes, secourir Charlemj^ne.
Quand Agoulans le sut, il se retiradecelieuets'en alladans le comté de Léon. Charles établit une abbaye là où se dcmna la bataille, et une riche ^lise en l'honneur de saint Fàgon
li cors gist illuec. Encore i est grans le iiile et pentiue quou apiele saint Fagon. Diluée repaira Charles vers Franche.
En le compaignie que les lanches fueillirent a moult a entendre de salu. Ausi com les gens Charlemaine appareillèrent lor armes deuant le bataille ausi deuons nous appareiller nos armes che sunt boines oeures contres les uisces. Cil qui met foi contre errour mauuaise. Carite contre haine. Largece contre auarisce. Humilité contre orguel.
Caistee contre luxure. Orison assiduel. centre temptation de diable. Scilensce contre tenchon. Obediensce contre carnel corage. Sa lanche iert fleurie au iour de juise. Le lanche chou est lame de celui qui bien se combat en terre contre les uisses. Car si com Ji combateour Charlemaine morurent pour Diu en bataille.
Ausi deuons nous morir en uisces et es conuoitisses. et viure es saintes uertus en monde que nous puissons deseruir
dont le corps y est inhumé. Aujourd'hui encore la ville qu'on appelle Saint-Fagon est grande et prospère. De là Charles retourna en France.
En la circonstance où les lances se couvrirent de feuilles, il y a beaucoup à entendre pour le salut. De même que les gens de Charlemagne appareillèrent leurs armes avant la bataille, ainsi devons-nous appa* reiller nos armes , qui sont les bonnes œuvres contre les vices. Celui qui met foi contre erreur mauvaise, charité contre haine, largesse contre avarice, humilité contre orgueil , chasteté contre luxure , oraison assidue contre tentation du diable, silence contre querelle , soumission contre charnel courage , aura sa lance fleurie au jour du jugement. La lance , c'est rame de celui qui bien combat sur terre contre les vices. Car ainsi que les combattants de Charlemagne moururent pour Dieu en bataille, ainsi devons-nous mourir exempts de vices et convoitise , et vivre dans les saintes
en ciel flourie couronne.
Agoulant qui trait se fu ariere dolaus auna de gent a grant plente. Mors. Sarrasins.
Moalustes. Ethiopiens. Affricans et Parsans. Et ot auec lui IX rois et iiij. aumachors dont chi sunt li non selonc le latin de lestore. Zepunis i fu li rois dArrabe. Burrabiaus li rois dAlixandre. Anisses li rois de Bougie. Osbras li rois dAgabe. Facius li rois de Barbarie. Aylis li rois de Marroch.
Affinées li rois de Maroches.
Moiomons li rois de Melie.
Ebraius li rois de Sébile. Et laumachors de Cordes. A toutes ches gens sen uint Agoulans en Gascoigne et prist Agiens le cite par forche. Dilluec manda a Charlemaine quil uenist parler a lui a petit cheualiers. Il li donroit or et argent et autres ricoises xij.
soumiers carchies sil uoloit eslre a samour. Pour chou le disoît quil le uoloit ueir et connoistre quil le peust ochire en bataille. Mais Challes sen
vertus en ce monde , pour que nous puissions mériter au ciel une couronne fleurie.
Quand Agoulans eut quitté ces lieux avec douleur, il rassembla une grande armée dans son infortune. Elle était composée de Maures, de Sarrasins, de Mametoucs, d'Ethiopiens, d'Africains et Persa^ns. Il eut avec lui neuf rois et quatre almachours, dont voici les noms selon le latin de l'histoire : Zepunis, roi d'Arabie ; Burrabiau , le roi d'Alexandrie ; Anisses, le roi de Bougie; Osbras, le roi deGabie; Facius, le roi de Barbarie ; Aylis , le roi de Maroc; Affines, le roi de Maroches; Moiomont , le roi de Mélie ; Ebraïm , le roi de Séville , et l'almachour de Cordoue. Avec toutes ces forces s'en vint Agoulans en Gascogne et prit par force la cité d'Agen- De là il manda à Charlemagne de venir lui parler avec une petite escorte de chevaliers. Il lui donnerait de l'or , de l'argent et d'autres richesses , douze sommiers chargés, s'il voulait être en son amitié. Aussi lui
apensa bien quant oi les messages. Il H remanda ariere quil iroit uolentiei*s et feroit a se volente. Quant H message sen furent parti : Charles uint a xij. mile chrs a iiij. liues près dAgiens. Illuec les laissa repostement et sen uint a tout xl. chrs desi a .j.
mont que si près est dAgiens le cite con le peut bien ueoir.
Illuec fist Charles ciaus remanoir et canja se uesteure sans lanche. et sen escu tourna derrière sen dos. Si com coustume estoit des messages de guerre. Auec lui j. seul chr sen umt a le cite. Adont sen issirent pluisour Sarrasin contre aus. et enquisent quil querroient. Mous soummes disent il messagier Charlon qui nous enuoie a Agoulant vostre roi. A lui les menèrent et puis li disent : Charles nous enuoie a toi car il uient a tout xl.
chrs. Si com tu li mandas, et veut faire a te uolente se tu li tiens cou que tu li as promis si uien a lui a tout xl.
chrs des tiens ensement et le a lui. Dont lor dit
disait-il qu'il voulait le voir et connaître avant qu*il le pût occir en bataille. Mais Charles y réfléchit bien, quand il ouït les messagers. Il lui manda,de son côté,qu*il irait volontiers et ferait à sa volonté. Quand les messagers furent partis, Charles vint avec 12,000 chevaliers àquatre lieues près d'Agen. Là, il les quitta furtivement et s'en vint avec quarante chevaliers vers un mont qui est si près de la cité d*Agen que de là on pouvait bien la voir. Charles les fit rester là et changea ses vê tements, tourna derrière son dos sa lance et son écu, comme c'était la coutume des messagers de guerre. Avec un seul chevalier il s'en vint en lacité.
Alors en sortirent plusieurs Sarrasins à leur rencontre et s'enquirent de ce qu'ils cherchaient. Nous sommes, direntils, messagers de Charlemagne qui nous envoie à Agoulans votre roi. Ils furent menés au roi et ils lui dirent : « Charles « nous envoie vers toi; il vient € avec quarante chevaliers, « ainsi que tu l'as demandé ;
Agoulant quil r^pairassent a Charlemaine et li desissent quil latendist.
Agoulans ne cuidoit mie que Charles parlast a lui. Mais Charles le connut adont et enquist de quel part le cite iert plus legiere a prendre. 11 uit tout les rois qui ierent en le cite. Apres repairierent as xl. cheualiers quil auoient laissies les le mont. Auec aus sen repaira asxij. mile Agoulans le siui moult tost a tout vij. mil hommes con cil que tous les voloit ochire. Mais Charles qui si ert a penses de se felonnie ne le uaut atendre ains sen ala et repaira uers Franche. Il assanla moult grant ost et uint ariere a Agiens adont i fist vj. mois deuant. Et au sietisme mois fist drechier perrieres as murs et mangouniaus. et castiaus de fust.et autres engiensa prendre le uile. Adont sen issi Agou-
« il veut faire à ta volonté si « tu tiens ta promesse de venir « à lui avec quarante cheva- « liers des tiens et de parlei( menteravec lui.» Agoulans leur dit alors de retourner vers Charlemagne , et de lui dire qu'il l'attendit.
•Agoulans ne croyait pas que Charles lui parlait; mais celui-ci s'en aperçut bien, et il examina alors de quel côté la ville était plus facile à prendre.
Il vit tous les rois qui étaient dans la cité. Ils s'en retournèrent ensuite aux quarante chevaliers qu'ils avaient laissés près de la montagne. Aveceux il rejoignitsesl 2,000 hommes.
Agoulans le suivit bientôt avec 7,000 hommes , comme quelqu'un qui voulait les tner tous; mais Charles, qui avait prévu sa félonie, ne voulut pas l'attendre^ il s'éloigna et regagna la France. Il assembla une fameuse armée et revint à Agen qu'il assiégea six mois durant, et au septième mois, fit dresser perroyers contre les murs , mangonneaux , châteaux de bois et autres engins à prendre
lans de le cite dAgiens vne nuit et li roi qui auec lui estoient. etii plus haut homme par j. faus trau ki lorent fait en mur et passèrent liaue qui keurt de iouste le cite. Lendemain entra Charles en le cite a grantjoie. Adontiot ochis x.
mil paiens.
Dilluec uint Agoulans a Saintes qui doit estre de paiene loi. Illuec demoura Agoulans. Charles le siui et li manda quil li rendist le uile.
Il ne li uaut rendre. Ains sen issi a bataille encontre Charlemaine par tel conuent que le cite fust a celui qui lautre uaincerait. Ensi fu le bataille créantes dune part et dautre. Le soir douant le iour de le bataille drechierent li un des nos crestiens lor lanches en tierre es près qui sunt entre le castel con apiele Taillebourc et le cite sour liaue qui a non Tarente. Lendemain trouèrent lor lanches repises et fuellies cil qui en celé bataille deuoient mort recheuoir si rom
sala ville. Alors Agoulans sortit de la cité d'Agen par une nuit, avec les rois qui étaient avec lui; et les plus grands personnages, par un faux trou qu'ils avaient fait dans le mur,et passèrent Teau qui coule au pied de la ville. Le lendemain, Charles entra joyeux dans la cité,et en ce jour furent occis 10,000 payens.
De là vint Agoulans à Saintes qui doit être de la loi payenne. Il y séjourna. Charles le suivit et lui demanda de lui rendre la ville. Il s'y refusa et se mit en bataille contre Charlemagne, après telle convention faite que la cité serait à celui qui serait victorieux.
Ainsi fut la bataille arrêtée de part et d autre. La veille du combat , certains de nos chevaliers dressèrent leurs lances en terre dans le pré qui est entre le château qu on appelle Taillebourg et la cité sur l'eau qu'on nomme Taren te. Le lendemain , ils trouvèrent leurs lances reprises et couvertes de feuillage, ceux-là (|ui danscelte halaille tlevulent rerevoir lu
douant a Saint Fagon. Il trenchierent lor lanches près de tierre esioissant de sifaite miracle. Cil assamblerent et furent prmes en le bataille. ' Moût ochisent de paiens et en le fin rechurent en ciel couronne par martire. Et iiij" iot de chiaus qui trouèrent lor lanches reprises. Illuec perdi Charles son cheual et fu entre se gent a pie reclamans laide Nostre Signeur. Li Sarrasin ne peurent plus soufrir le bataille ains rentrèrent en le uile. Charles lassist de toutes pars fors deuiers liaue. Celé nuit sen issi Agoulans et ses os par liaue. Quant Charles le sent si le siui et ochist le roi de Gabie et le roi de Bougie et autres paiens entour quarante mile.
Agoulans ala tant quil passa les pors dAspre et uint a Pampelune. Adont manda a Charlemaine quil latenderoit la par non de bataille. Quant Charles oi chou il repaira en Franche et de tout ses pooir fist uenir a
mort , comuie auparavant à Sainl-Fagon. Ils tranchèrent leurs lances près de terre, tout joyeux de ce fait miraculeux.
Ils s'assemblèrent et furent les premiers au combat ; ils y occirent beaucoup de payens , et à la fin ils reçurent au ciel la couronne du martyre. Il y en eut 4,000 de ceux qui trouvèrent leurs lances enracinées.
Là , Charles perdit son cheval et fut parmi ses gens à pied , réclamant Taide de Notre Seigneur. Les Sarrasins ne purent pas supporter la bataille ; aussi ils rentrèrent en la ville. Charles l'assiégea de toutes parts, excepté du côté de l'eau. Pendant la nuit , Agoulans en sortit par l'eau avec son armée. Lorsque Charles le sut, il le suivit et occit le roi de Gabie, le roi de Bougie, et environ quarante mille payens.
Agoulans alla tant qu'il passa le port d'Aspre , et vint à Pampelune. Alors il manda à Charlemagne qu'il l'attendait là en bataille. Quand Charles en fut informé , il retourna en France, et de tout son pouvoir
lui grant ost et de loing et de près. Charles manda et commanda par toute Franche que tout chil qui serf estoient de lor chief par les mauuàises coustumes de lor signours fuissent franc parmanaulement et il et lor lignage celé qui est présente et auenir.
Ensi le fist de tous chiaus qui en Espaigne jroient auec lui.
Tous chiaus quil troua en prison il les desposonna. Les poures et les nus il les reuesti.
Ciaus de maie uolente apaisa ensanle. Les desiretes remist en lor honnors. Les sages dar mes et les boins esquiers ordona dordene de cheualerie.
Et chiaus quil auoit de samour desseures de tout en tout retraist çsamour. Car autrement ne le doit faire rois qui bien ueut tenir tierre. Les princes et les estranges acompaigna a lui. A cel errer iou Turpino arcbeuesques de Rains les assaus tous de lor pechies par lautorite de Diu. Et a mes propres mains me combatoie et rendoie le pule fort et encoragic vere paiens. Cent mile et
lit venir à lui une grande armée, et de loin et de près.
Charles manda et commanda par toute la France, que tous ceux qui serfs étaient de leur chef, par les mauvaises coutumes de leurs seigneurs, fussent affranchis à toujours, et eux et leur lignée présente et à venir.
Il fit ainsi pour tous ceux qui iraient en Espagne avec lui.
Tous ceux qu'il trouva en prison, il les déprisonna, les pauvres et les nus il les revêtit ; il apaisa ceux qui étaient de mauvaise volonté , les déshérités remit en leurs honneurs , ordonna de chevalerie les sages d'armes et les bons écuyers ; il ramena entièrement à son amitié ceux qu'il en avait desservis ; car autrement no doit faire un roi qui veut bien tenir terre. Les princes et les étrangers furent sa compagnie.
En cette guerre , moi , Turpin , archevêque de Rheims, les absolvai tous de leurs péchés par l'autorité de Dieu , et de mes propres mains je combattais et rendais le peuple fort , et l'encourageais contre les
iot dômes estre les payens. On complaît 1 34,000
XXXIIIJ
escuiers et ciaus a pie dont il nest nus nombres. Ichi sunt H non des plus haus hommes qui furent auec Charlemene a cel errer.
Rollans li meneres des os j fu li cuens des Mans. Le sire de Blaues nies Charlemene fius le duc Milon dEngliers nés de Bretaigne de le sereur Charlon .
Chil j fu com hom de gnt corage et de souuraine proeche atout iiij" homes. Et uns autres Charles de cui on se doit taire. Oliuiers li Guieres des os Charlemene chrs bien aigres et sages en bataille. Poissans de bras et despee eues de Geneuois fius Renier le conte cil j fu atout iiij™ homes. Es tous li cuens de Lengres atout iiij™ homes. Aristans li rois de Bretaigne atout vijro homes. Uns autres rois iert en Bretaigne au tans chestui de cui on ne doit fere mention. Engeliers le duc dAquitaigne a tout iiij™ homes. Cist eret sage darmes et plus darc et de saietes. Au lans Engelicr ert uns autres
hommes en outre des écuyers , et ceux à pied dont il n'est nul nombre. Ici senties noms des plus hauts hommes qui furent avec Charlemagne en cette guerre.
Rolland, comte du Mans, y fut le conducteur de l'armée ; le sire de Blaies , neveu de Charlemagne, fils du duc Milon d'Angers , né en Bretagne, de la sœur de Charlemagne.
Ils y étaient comme hommes de grand courage et de souveraine prouesse , avec 4,000 hommes; un autre Charles de qui on doit se taire , Olivier des armées de Charlemagne , chevalier bien redouté et sage à la guerre; puissant de bras et d'épée étàdt le comte de Genevois , fils du comte Renier , qui vint avec 4,000 hommes. Le comte de Langresarrivaaussiavec 4,000 hommes ; Aristan , le roi de Bretagne, avec 7,000 hommes.
Il y avait en Bretagne un autre roi contemporain de celuici , dont on ne doit pas faire mention; Engelier, Icducd'A-
dus en Aqlaigne a Poitiers le cite de oui ne fait nient a dire.
Cil Englier par le linage gascoing ert dus de le cite dAcuitaigne q ert entre Limoge et Bouourges et Poitiers en celé contrée si le nomma Aqtaigne.
A celé cite somist Bouopges et Limoges et Poitiers et Saintes et Engoleme. A toutes les contrées de cascune dont tout chil pais fu et est apeles Aqtaigne.
Celé cite après le mort Engelier veue de son signour troua tout gast p chou q si citoient morurent tout en Rainscheuaus ne puis niot autres abiteours. Gadifres li rois de Bordiaus vint au roi Charlemaine atout iij™ homes. Geriers et Gerins et Salomons q fu compains estout et Bauduins le frères Reliant. Gondebuef li rois de Frisé atout vij. mil homes. Hoiaus li cuens de Nantes atout ij™. Ernaus de Biaulande atout ij". Nammès le duc de Bauieres atout x. mile.
Ogiers li rois de Danemarche a tout X. mile. Coustentins le prouost de-Rome atout xx". Si uintRcnautdAubcspine. Gau-
quitaine, avait 4,000 hommes.
Ils étaient très exercés dans les armes et en outre sur Tare et la flèche. Au temps d'Engelier il y avait un autreduc en Aquitaine, dans la cité de Poitiers, dont je no veux rien dire. Cet Engelier,parle lignage gascon, était duc du pays d'Aquitaine qui est entre Limoges,Bourges, et Poitiers, et cette contrée est nommée Aquitaine. A ce pays il soumit Bourges , Limoges , Poitiers, Saintes et Angoulême et toutes les contrées de la situation de chacune de ces villes formèrent et s'appelèrent l'Aquitaine. Après la mort d'Engelier, cette province étant veuve de son seigneur , resta toute déserte par la mort de ses citoyens qui avaient péri à Roncevaux , et depuis il n y eut plus d'autres habitants.
Gadifer , roi de Bordeaux , vint se joindre à Charlemagne avec 3,000 hommes, Perier, Guirin, Salomon, leurs compagnons, Bauduin, le frère de Rolland, Gondebuf, le roi de Frise , avaient chacun 7,000 hommes, llocl , le comte de
tiers (le Tenues et Givelins et Garins li dus de Loerraine atout iiij. mile. Beges. Aubris li bourguignons et Bernars de Nubles et Guinars. Estourmis et Tieris dArdane et Hues et Yuoires. Berengiers. Uates et si j uit Guenes q puis fu laidement traienes. Li os de le propre tre Charlemaine fu de xl mile homes estre chiaus a pie dont il nest nus nombre. Cil q chi sunt nome erent poissans et de gnt renom et ensauchant le loi crestiene. Car si com Nostre Sires Ih'us Cris atout ses xij. apostles et ses disciples conqst le monde. Ausi Charlemaine le roi de Fnche emperes de Rome conqst Espaigne en lonour de Diu Nostre Signeur Ih'u Crist.
Nantes, avait 2,000 hommes.
Arnould de Biaulande en avait autant. Nammès, le duc de Bavière, en avait 10,000. Ogier, le roi de Danemarck,avait le même nombre. Constantin, le prévôt de Rome, en avait 20,000.
Y vinrent aussi Renaud d*Aubespine , Gautier de Termes , Givelin et Garin^ ducs de Lorraine, avec 4,000 hommes, Begon,Xnhry le Bourguignon, Bernard de Nubles , Guinar d'Estotmnies , Thiery d'Ardenne, Hugues et Aymon , Bérenger , et les joignit Guenelon, qui depuis les trahit vilainement. L'armée de la propre terre de Charlemagne était de 40,000 hommes , outre ceux à pied dont le nombre n*a pu être compté. Tous ceux que nous venons de nommer étaient puissants et de grand renom , ils suivaient la loi chrétienne; car de même que Notre-Seigneur Jésus -Christ a conquis le monde à ses douze apôtres et à ses disciples , de même Charlemagne, roi de France et empereur de Rome, fit la con- (juêtede l'Espagneen l'honneur
Es landes de Bordiaus saunèrent adont les os et couuroient toute le tierre ij. journées en lonc et en le. De xij.
Hues loing pooit on oir le fremour et le noise. Adont passa Ernaus de Biaulande les pors dAspre primes a toutes ses gens et uint a Pampelune.
Apres uint estons li cuens de Lengres a tout sost. Apres uint Aristans li rois et Engeliers a toute lor ost. Apres uint Gondebuef a toute sost.
Apres li rois Ogiers et Costentins de Rome a toutes lor ost.
Et ensi tout li autre li uns après laut®. A daerrains unt Charles et Rollans a toutes lor autres os et couuroient de tre de le riue de liaue de si au mont q est a iiij. Hues de le cite q est en le uoie de Monsigneur s. Jakeme. X. iours miset a passer les pors. Adont manda Charles a Agoulant q ert en le vile ql li rendist tost ou il issist a bataille encontre lui. Agoulans vit ql ne poroit tenir le cite. Si vaux mieux
de Dieu Notre-Seigneur Jésus- Christ.
Les landes de Bordeaux furent le Heu où se rassemblèrent les troupes qui couvraient tout le pays,en long eten large, de deux journées de marche.
De douze lieues à la ronde on pouvait ouïr leur frémissement et leur bruit. Arnoul de Biaulande passa le premier avec ses gens le port d*Aspre et arriva à Pampelune. Après vint le comte de Langres, avec toute son armée , puis le roi Aristan et Engelier , chacun avec ses forces, Gondebuf avec les siennes, le roi Ogier, Constantin de Rome , avec leur armée , ainsi de suite , les uns après les autres; en dernier lieu venaient Charles et Rolland, et de leurs armées couvraient toute la terre , de la rive jusques à un mont situé à quatre lieues de la ville, qui est sur le chemin de Monseigneur saint Jacques. On employa dix jours à passer le port. Alors Charlemagne somma Agoulans, qui était en la ville, de la lui rendre aussitôt, ou de sortir
issir a bataille que niorir laidement et vilainement dedens.
Dont manda a Charlemaine ql li dounast triues tant que sen ost fust issus et apareillies de bataille et tant ql eust parle a lui bouche a bouche.
Meruelles desiroit Agoulant a ucir Charlemaine. Ensi furent dounéés le§ triues. Agoulans sen issi et ses os et se rengierent jouste le cite. Agoulans sen uint a tout xl. de ses plus haus homes au très Charlemaine q est a une Hue de le cite. Lost Agoulant et lost Charlemaine erent en j. muFt biel liu jouste le uile q auoit de lonc et de le vi. Hues si com le voie mon signeur s. Jakeme qe partoit lune ost de lautre.
Qnt Agoulant fu uenus au tref Charlemaine dont pla Charles a lui en langue sarrasinoise ql auoit apris a Toulete qnt il y demeura en enfanche.
en bataille contre lui. Agoulans comprit qu'il ne pouvait rester en la ville, et qu'il valait mieux mourir en combattant que de mort honteuse et laide en restant où il était. Il demanda trère à Charlemagne pour faire sortir son armée , la disposer en bataille, et jusqu'à ce qu'il lui eut parlé bouche à bouche. Agoulans se faisait une merveille de voir Chariemagne; les trêves furent donc accordées. Agoulans sortit avec ses troupes qui se rangèrent auprès de la ville. Il s'en vint avec quarante de ses principaux personnagesàlatentedeCharlemagne qui était;à une lieue de la cité. Les armées de l'un et de l'autre se trouvaientdans un endroit très beau du voisinage de la ville, qui avaitdelong et de large six lieues , comme la voie de Monseigneur saint Jacques, qui allait de l'une à l'autre armée. Agoulans étant arrivé à la tente de Charlemagne, celui-ci lui paria en langue sarrasine qu'il avait apprise, en demeurant à Tolède, pendant son enfance.
Tu ies Agoulans q me ticrrc quauoie conqse a lonor de Diu et conuertie a crestiene loi mas destruite et les cites et les castiaus gastes. Et les crestiens que ioujauoie laissies as ochis en triues que iou repérai en Fnche. Or saches tu q ml't menpoise et mFt me complaing. Qnt Agoulans Toi le sarrasinois ql parloit si biel si en ot mFt gnt ioie. Il respondi adont a Charlemaine.
Jou te pri dist il q tu me dies pour coi tu requiers ceste tierre qnt ten père ne te mère ne tes aues ne tes traues nen furent enqs tenant ne eskeue ne test diretaige. Pour chou dist Charlemaine q Nostre Sires Ih'us Cris criere del chiel et de le tre eslut nostre gent crestiene et establi a estre dame de sour toutes les gens de monde. Et iou tant con iou peue ai conuertie le gent paiene a nostre loi. Nies mie dignes dist Agoujans q nostre gent soit sougite a le toie. Car nostre loi vaut mieux q le uostre. Nous auouns Mahom q fu messages Diu cui com-
« Tu es Agoulans qui as dé- « truit la terre que j'avais con- « quise en Thonneur de Dieu « et convertie à la loi chré- « tienne , qui as ravagé les « cités et les châteaux, qui as « mis à mort les chrétiens que « j y avais laissés pendant que « je revenais en France. Or, « tu sauras qu'il m'en pèse et « que je m'en plains.» Quand Agoulans entendit qu'il parlait si bien le sarrasin , il en fut tout joyeux. Il répondit alors à Charlemagne : « Je te prie de « me dire pourquoi tu récla- « mes cette terre , quand ton « père , ni ta mère , ni tes « aïeux, ni tes fidèles vassaux, « n'en furent jamais les te- « nants , quand cette terre ne « t'est jamais échue en hérite tage. — Parce que, dit Char- « lemagne , Notre -Seigneur « Jésus-Christ , créateur du « ciel et de la terre , a élu no- « tre nation chrétienne et l'a « établie pour être souve- « raine sur toutes les autres « de ce monde , et jusqu'à ce « que j'aie converti la gent « payenncà notre loi. — Notre
inandemens nous tenons. Et «
H Diu q nous aourons nous «
manifestent et demoustrent les «
choses q sunt a auenir par le «
comandement Mahom. Agou- «
lant dist Charles tu folies. Nous «
créons en Diu q nous fist et «
tenos ses comandemens. Et «
vous crées et aoures le diable «
en vos ymagenes. Nos âmes «
iront en le pardurable ioie du «
paradis après le mort p le foi «
q nous tenons et vos âmes «
iront en le ppetuel mort din- «
fier par le creanche q vous «
tenes. Je vous monstre dist «
Charlemaine q nostre loi vaut «
mius q le vostre p chou q «
vous ne crées ne croire ne «
voles le Creatour de toutes «
créatures vaues vous droit en «
chiel ne en tierre. Pour chou «
tedi iou q tu rechoives le bap- «
tesme tu et tes gens ou tu vie- «
gnes a bataille encontre moi «
et que tu miures de maie mort. «
Jachou naviegne dist Agou- «
lans que iou rechoive baptes- «
me. Ne q iou renoie Mahom «
men Diu. Mais iou me com- «
bâterai a toi et a ta gent as «
tant qnaus sil te sict. Par cens «
nation, dit Agoulans, n'a pas mérité d'être sujette de la tienne , car notre loi vaut mieux que la vôtre. Nous avons Mahomet , qui fut le messager de Dieu , de qui nous tenons les commandements , et le Dieu que nous honorons nous manifeste et nous montre les choses à venir , par lé commandement de Mahomet. — Agoulans , dit Charlemagne , tu es fou; nous croyons en Dieu qui nous fit et tenons ses commandements , et vous croyez et honorez le diable en vos images. Nos âmes iront en la joie éternelle du paradis, après notre mort , par la foi que nous tenons , et vos âmes iront dans la mort perpétuelle de l'enfer par la croyance que vous avez. Je vous montre , dit Charlemagne, que notre loi vaut mieux que la vôtre , parce que vous ne croyez ni voulez croire au créateur de toutes les créatures; vous n'avez nul droit au ciel ni sur la terre. Aussi je te dis
couvens q se vostre loi vaut miux q vous vainquies et soit desi au daerrain jour réproche as vaincus et as vainqours durable loenge. Ensurketout jou rechevrai se iou puis escapervis ensi le te creanch.
Dune part et dautre fu otroie le bataille. Erraument furent eslut xx. chresliens et XX. Sarrasins en camp de le bataille par le couuenant de lorloi. Et uinrent ensamble et lues furent li xx. paien ochis.
Apres j furent enuoie xl. contre xl. et de rechief furent ochis li paien. Apres j furent enuoie c. contre c. par lesgart
« ou de recevoir le baptême « loi et tes gens, ou de te pré- « parer au combat , et à mou- « rir de mauvaise mort. — « Qu'il n advienne jamais, dit « Agoulans , que je reçoive « le baptême , et que je renie « Mahomet mon Dieu; je com- « battrai contre toi et ta nation « avec tant de forces que tu le « voudras et sous la condition « que si votre loi vaut mieux « que la nôtre , et que vous « soyez victorieux,d'ici au der- « nier jour en pourrez faire re- « proche aux vaincus, et les « vainqueurs seront en éter- « nelle louange. A la fin , je « recevrai alors le baptême, si « je puis échapper en vie ; je « te le promets. »
De part et d'autre fut décidée la bataille. A Tinstant furent choisis vingt chrétiens et vingt sarrasins pour combattre en champs clos , et pour rengagement de leur loi. Ils se rencontrèrent , et les vingt payens furent occis. Après furent envoyés quarante hommes contre quarante , et les payens furent encore tués.
el par latireiuent des ij. os et pour (fTie li cent crestien furent pourement arme de foi si furent tout ochis. Cist donnent example as boins q se doiuent cobattre encontre les uisces car en nule nianiere ne doit on fuir. Car si com chil furent mort q fuirent ausi muèrent il laidement sil retournent as uisces. Par lesgart des ij. os reuinrent de rechief ijc contre ij« en camp de le bataille et tous furent ochis li Sarrasin. Apres uinrent mil cont® mil ne nus des paiens nescapa. Dont furent triues dounees dune part et dautre. Doiit uint Agoulant a Charlemaine et afrema q le loi crestiene estoit miudre de le lour. Adont ot Agoulant encouuent a Charlemaine q lendemain recheueroit baptesmc il et ses gens. Par cens couuens repaira Agoulans as siens et dist as rois et a ses homes ql se baptiseroit li un li loerent li autre li desloerent.
Puis on en raitcent contre cent par le conseil et la décision des deux armées, et parce que les cent chrétiens étaient pauvrement armés de foi, ils furent tous occis. Ceci est un exemple pour les bons qui doivent combattre contre leurs vices , car on ne doit jamais fuir en aucune manière. Car de même que ceux qui ont fui sont morts , ainsi périssent laidement ceux qui retournent au vice. Par la décision des deux armées, deux cents dhampions vinrent en champ clos contre deux cents , et de rechef les sarrasins furent tués; après en vint mille contre mille, et aucun des payens n'échappa.
Alors une trêve fut échangée de part et d'autre. Agoulans vint trouver Charlemagne, et affirma que la loi chrétienne était meilleure que la leur. Il convint , avec Charlemagne , que le lendemain il recevrait le baptême , lui et ses gens.
Après cet accord , il retourna vers les siens, et dit à ses rois et à ses hommes qu'il se baptiserait, dont il fut loué des uns et désapprouvé des autres.
Lendemain enuers lierche si co trives estoient données daler et de uenir uint Agoulant au roi Charlemaine p baptisier lui et se gent. Il troua Charlemaine séant au mengieretmrt de tables entour lui seans. Les uns ueskes. Les autres abes. Les autres moines noirs. Les autres moines blans. Les autres chVs.
Les autres prêtres. Les autres clers del sieucle. Il demanda à Charlemaine de cascun ordene quel gent cestoient. Et Charles dist a lui cil q tu uois la uestus de dras dune couleur che sunt ueske et prestre de nostre loi q nous espondent les escriptures et nous assolent de nos pechies. Et chil q tu uois en noir abit sunt abe. Et chil q tu uois en blanc abit sunt canoine riule q p nous prient et canlent matines et messes. Apres esgarda Agoulans dautre part et uit de loig bien ensus des autres xij. poures pourement uestus a tre seans sans table et sans nape.
Petit auoient deuant aus a mengier et peu a boire. Il de-
Le lendemain , vers la troisième heure, comme trêve était donnée d aller et de venir , Agoulans vint au roi Charlemagne, pour se faire baptiser lui et sa gent. Il trouva Charles assis et mangeant , et un grand nombre de tables autour de lui placées. Il y avait des évêques , des abbés, des moines noirs , des moines blancs , des chevaliers, des prêtres, des clercs séculiers. Il demanda à Charlemagne quels gens c'étaient que ceux de chaque ordre. Charles lui dit : « Ceux « que tu vois là vêtus de « draps d-une couleur , ce « sont les évêques et prêtres « de notre loi, qui nous expli- « quent les Écritures et nous « absolvent de nos péchés , et « ceux que tu vois en noir ha- « bit sont des abbés , et ceux « que tu vois en blanc habit « sont des chanoines réguliers, « qui prient pour nous et « chantentmatines et messes.» Agoulans regarda d'autre part et vit au loin , bien au-dessus des autres , douze pauvres ,
vêtus pauvrement, assis à terre
manda (juel gont cou eret.
Charles li tlist chou sunt message Nostre Signeur Ih'u Crist en non des xij. apostles. Dont li dist Agoulans. Cil q siéent entour toi sunt uestu et peu et abeure si richement, et chil q sunt mesage ten Signeur en q tu crois mueret de faim la aual et siéent uilement et pourement. Mauuaisement aime sen signeur q son message rechoit si pourement gnt honte et gnt uergoigne li fait. Ce lois que tu dis q est si boine demou stre ci a estrc fausse. Saches q iou ne uoi mie en toi droites œures selonc le baptesme. Jou refus ten baptesme de chi endroit a tous iours. Il sen repaira a sen ost et manda a Charlemene bataille a lendemain. Qnt Charles uit q Agoulans refusa baptesme p les poures : si en fu mFt doulans. Il les rechut puis a se table toute se vie et a nape honneraulement.
et sans nappe. II4 avaient peu de chose à manger devant eu\ et peu à boire. Il demanda quels gens c'étaient. Charles lui dit : « Ce sont les messagers « de Notre -Seigneur Jésus- « Christ , nommés les douze « apôtres. » Agoulans lui dit :
« Ceux qui sont autour de toi « sont vêtus et ont à boire et « à manger richement, et ceux « qui sont les messagers de « ton Seigneur, en qui tu crois, « meurent de faim en arrière, « assis vilement et pauvre- « ment. Il aime mal son Sei- « gneur celui qui reçoit son « messager si pauvrement ; « c est pour lui grande honte « et grand vergogne. Cette loi « que tu dis si bonne , m'est « démontrée pour fausse. Sa- « ches que je ne vois pas en « toi droites œuvres selon le « baptême ; je refuse ton bap- « tême dès à présent et à tou- « jours. » Il rejoignit son armée , et demanda à Charlemagne la bataille pour le lendemain. Quand Charles vit ([u'Agoulans refusait le baptême à cause des pauvres , il en
in
Clii deuons nous prendre garde q gnt coupes aquierent cil q les poures nouneurent.
Charles perdi j. roi et se gent a baptisier p les poures. Kiert il dont de chiaus au derain iour q les poures aront traitiesmalement. Commenteront le uois dame Diu q dira. Vous maleoit deptes dichi aies uous ent en pardurable fu denfier.
Car iou eue faim, et soif et froit. Vous ne me regardastes.
Chi deuons nous entendre q le loi dame Diu et se fois uaut peu en crestiens sans boines œuvres. Car lescriture dist. Si come li cors sans ame est mors. Autres! est en lome fois morte sans boine œuvre. Si corn le paies refusa le baptesmc si deuons nous cremir q Dix ne nous refust au iour de juise. Pour chou q il netruist mie en nous droites œures de baptesmes.
lut trt's aflligé. Depuis il les reçut toute sa vie à sa table avec une nappe et honorablement.
Ici , nous devons envisager quelles grandes fautes commettent ceux qui n'honorent point les pauvres. Charles perdit un roi et sa nation au baptême , à cause des pauvres. Que serat-il donc , au dernier jour , de ceux qui auront mal traité les pauvres? comment entendrontils la voix de mon Dieu qui dira : « Vous ,. maudits , re- « tirez-vous d'ici , allez- vous- « en dans le feu éternel de « l'enfer , car j'ai eu faim , et « soif, et froid, vous ne m'avez « pas regardé ? » Ici nous devons comprendre que la loi de mon Dieu et sa foi , valent peu aux chrétiens sans les bonnes œuvres. Car l'Ecriture dit que le corps sans âme est mort. Il y a un autre exemple , en disant que la foi est morte en l'homme , sans les bonnes œuvres. De même que le payen refusa le baptême, nous devons craindre que Dieu nous rejette au jour du jugement , parce
A lendemain furent arme dune part cl daulre et uinrct en camp par le couuenant de le loy. Lost Charlemaine fu de c. mile et xxxiiij. et lost Agoulant de c. mile. Li crestien fisent iiij. batailles et li paien V. Le bataille des paiens q pmes assambla fu lues uencue. Le seconde après refu uencue mFt tost. Qnt chou uirent li paien il saunèrent ensamble. et Agoulant en miaus. et nostre crestien les enchaucierent de toutes pars.
Dune pt uint Ernaus de Biaulande et toute seskiele. Dautre part uint estons de Lengres et le siue eskiele. Et puis H rois Gondebuef et toutes ses gens.
Apres li rois Ogier et Coustentins le prouos de Rome et ses eskieles. Auderes uint Charles et si autre baron.
Adont se ferirent li crestien en aus et li Sarrasi comenchierent a sonner cors et buisines. Dont oissies si gnt noise q aine nus hom noi grignour.
' (fu'il n'aura pas Irouvéen nous droites œuvres de baptême.
Le lendemain, on s'arma de part et d'autre, et on se mit en bataille, par suite de la convention faite des deux côtés. L'armée de Charlemagne était de 434,000 hommes , et celle d'Agoulans de 100,000. Les chrétiens firent quatre corps de bataille et les payens cinq.
Dans la première où les payens s'étaient assemblés , ils furent bien vite vaincus. La seconde fut de nouveau ettrèspromptement défaite. Ce que voyant , ils se réunirent autour d'Agoulans.
Nos chrétiens les poursuivirent partout. D'un côté, arriva Arnoul de Beaulande et toute sa suite ; d'un autre , le comte de Langres suivi des siens , le roi Gondebuf et ses gens, puis le roi Ogier, et Constantin, le prévôt de Rome , et sa suite ; en dernier , Charlemagne avec d'autres barons.
Alors les chrétiens commencèrent à frapperleurs ennemis, et les Sarrasins à sonner cors et trompettes, d'où provint si grand vacarme , que nul hom-
Ernaiis de Biaulandeala illuec tant ferat a diestre et a seniestre ql uint a Agoulant si lochist illuec de sespee. Par le poissanchede Diu. Dont leuerent gnt li cri et li plour des paiens q il ochioient de toutes pars.
Si gnt ochision ot illuec qua paines en escapas nus. Fors q li rois de Sébile, et laumacors de Cordes a petit de gent, Desi as keuilles estoient en sanc li venqour chou tesmoigne lestore. Adont entra Charlesen le cite et chiaus ql troua en le uile fist tous ochire. Pour chou q Charles uenqui Agoulant senefie q li lois crestiene estsourtoutesautreslois. Suns crestiens tenoit bien foi en cuer et en œure il seroit esleues sour tous les angeles. Car toutes choses sont poissans au bien créant si co Dix dist.
Charles auna ses os lies et ioiaus de si grande uictoire et se heberga sour le pont dArgue en le uoie mon signeur s. Jakeme. Celé nuit retourneret li un de nos crestiens en camp de le bataille p le conuoitiso de lauoir a mors.
me n'en avait encore entendu de plus grand. Arnoul de Beaulande s y porta, tant frappant à droite et à gauche, qu'il parvint à Agoulans et l'occit de son épée par la puissance de' Dieu. Alors s'élevèrent de grands cris et de grandes lamentations chez les payens qui mouraient dejtoutes parts. Il se fit lu un si grand massacre, qu'à peine il en échappa un seul , hormis le roi deSéville et TAlmachour de Cordoue,avec peu des leurs. Le^ vainqueurs étaient dans le sang jusqu'à la cheville, ainsi que le témoigne l'histoire. Alors Charlemagne entra dans la cité et fit occir tous ceux qu'il y trouva. Pour ce que Charles vainquit Agoulans , cela signifie que la loi chrétienne est au-dessus de toutes les autres lois ; si tous les chrétiens tenaient bien la foi enleurscœurseten œuvres, ils seraient élevés au-dessus de tous les anges, car toutes choses sont possibles au bon croyant , comme Dieu l'a dit.
Charles rassembla ses gens heureux el joyeux d'une .si
Mais li boiiis Charles ne le seul mie. Si coni il se furent carchie de lor et de langent et dautres auoirs et il repairoienl. Laumacours de Cordes -q de le bataille ert escapes lor courut sus des montaignes ou il ert repus si les ocliist tous. Entour mil en j auoit.
Chi nous monstre ois examples autresi corne chil q uenqrent lor anemis et il retournèrent par conuoitisc as mors par chou ql furent, ochis de lor anemis. Tout ensi cascus de nous q son pechie uainc et il en prent penitanche il ne doit mie retourner au pechie q si anemi ne lochient. Che sunt li diable. Si co chil q as despoilles retourneret pdirent lepsentc uie et morurent de laide mort. Autresi li religieus hom q laissent le sieucle sil retournent puis as triennes choses il pdent le celestiel vie et vont en le perpétuel mort dinfier.
grande \ictoire , et campa sur le pont d'Argué , en la voie Monseigneur saint Jacques.
Pendant la nuit, un parti de chrétiens retourna au cham[) de bataille, par convoitise de la dépouilledes morts,mais le bon Charles ne le sut pas. Comme ils revenaient chargés d'or,d argent et autres choses, TAlmachour deCordoue, qui avait échappé au carnage , tomba sur eux des montagnes où il s était retiré, et les occit tous.
Il y en avait mille environ. Cet exemple nous montre ici que ceux qui ont vaincu leurs ennemis et qui sont retournés par convoitise pour dépouiller les morts , ont été occis pour cela par leurs ennemis ; tout ainsi chacun de nous qui triomphe du péché , qui en prend pénitence , ne doit pas retourner au péché , sans succomber sous les coups de son ennemi.
Cet ennemi, ce sont les diables (]ui font perdre la vie et mourir de laide mort ceux qui reloiirnèrent pour dépouiller las morts. Encore ainsi , les hommes religieux qui laissent
le siècle et qui retournent ensuite aux choses terrestres, pour se porter à de misérables choses , perdent la céleste vie et vont en la mort éternelle de l'enfer.
Le bataille de roi Fourre. La bataille du roi Fourre,
Av tierc iour après chou fu nonchie a Charlemaine. Cuns pnches de Naruale qui Fourres auoit ano uenoit contre li a bataille. Cil reqsent bataille a lendemain. Charles lor acreanla. Le nuit deuant le bataille fist Charles orison a Diu et reqst ql li demoustrat chiaus q deuoient mourir des sien^ en celé bataille. Lendedemain qnt lost Charles fu armée il uit unes crois uermelles sour les espaulles de cascun q deuoit mourir en le bataille. Qnt il uit chou si fu dolant p le pite de tant preudoume. Il les comanda dedeuant li uenir et coniura sour samour ql alassent en une capielle q de les cel liu estoit et q il latendissent tant (|1 fusl revenus de le i)alaill(\
Trois jours après, on annonçai CharJemagne qu'un prince de Navarre , qui Fourre avait nom , venait contre lui pour le combattre. Les gens de Fourre demandèrent la bataille pour le lendemain. Charles la leur accorda. La nuit d'avant le combat , Charles fit oraison à Dieu et pria de lui démontrer ceux des siens qui devaient mourir en la bataille. Le lendemain , quand son armée fut sous les armes, Charles vit une croix vermeille sur les épaules de chacun deceux qui devaient mourir. Ce voyant, il fut saisi de pitié pour tant d'hommes courageux. Il les fit venir devant lui et les conjura, sur son amour, d'aller en une chapelle, (|ui était dans ce lien , et de l'altcMidre jus(|u'à son retour dr
Il i alerent et Charles uint a le bataille et ochist Fourre et iij. mile Nauars. Charles repaira de le bataille et qnt fu repairies il reuint a le capiele et trouua tous chiaus mors q il auoit laissies ilkiec.
et furent c. et 1. Li iugement de Diu ne sunt mie legier a auoir. Car encor ne mourussent il mie en le bataille ne pdirent mie le courone de martire. Car Dix lor auoit pourueu et chou q il a pourueu ne puet mie estre destourne. Le mont Jourdain et toute le tre de Nauars pst Charles en le bataille.
o2 — labataille.Ilsyallèrent.Charles livra la bataille et occit Fourre et 3,000 Navarrais. r.harles revint du combat,et à son retour, il se rendit à la chapelle et trouva morts tous ceux qu'il y avait laissés. Ils étaient cent cinquante. Les jugements de Dieu ne sont pas légèrement prononcés, car s'ils ne moururent pas en la bataille , ils ne perdirent pas pour cela la couronne du martyre. Car Dieu avait alors pourMi, et ce qu'il a pourvu ne peut être détourné.
Charles prit dans cette guerre le mont Jourdain et toute la terre de Navarre.
Le bataille de Feniagus de Le combat de Fernagus de Nardres et de Hollant. Nardres et de Roland.
En après peu de tant fu dit a Charlemaine q a Nardres ert uns paiens ert uenus de le tre de Sire q auoit anon Fernagu.
Del lignage Goulias si li auoit enuoie li amiraus de Babilone a tout XX. mile Turs combattre a Charlemaine. Chius paiens ert par nature si durs q il ne crenoit nule arme. Le
Peu de temps après,on apprit à Charlemagne , qu'à Nardres était venu un payen de la terre de Syrie, qui avait nom Fernagus. Il était du lignage de Goliath. Les amiraux de Babylone lui avaient envoyé vingt mille Turcs pour combattre Charlemagne. Ce payen était par nature si dur , qu'il ne
forchede xl. hoinines auoit.
Destature auoit xij. choutes.
De fâche j. choute. De nés vneespane. De bras ij. choutes. De dois ij. espanes. Charles uint contre Fernagu a Nardres. Si tost corn il sot se uenue si sen issi de Nardres seus et reqst bataille a j.
seul. Dont i fu enuoies p le uolente Charlemene- Ogiers li danois. Si tost com il fu en camp Fernagus lembracha si lemporta tout arme uoiant toute lost en castel sour sen diestre brach. Apres i fu enuoies Renaus dAubespine si lemporta au tresi. Apres reuint Fernagus en camp et reqst bataille a ij. Li rois li enuoia Coustentin de Rome et Hoel le conte de Nantes. Fernagus les emporta ans deus tous armes iun a diestre et lautre a seniestre. Apres en i enuoia Charles xx. et il les emporta tous XX. primes ij. et puis ij.
Ont Charles uit chou ml't sesmeruilla ne puis non j osa j
craignait nulle arme. Il avait la force de quarante hommes , de stature avait douze coudées, de face une coudée, de nez une paume, de bras deux coudées , de doigt deux paumes. Charlemagne marcha contre Fernagus à Nardres. Sitôt qu'il apprit sa venue, il sortit de Nardres tout seul, et- demanda un combat singulier. Ogier le Danois fut envoyé contre lui de la volonté de Charlemagne. Si tôt qu'il fut en champ clos , Fernagus le prit dans ses bras et l'emporta aux yeuxjde toute l'armée dans son château , en le tenant sur son bras droit.
Après fut envoyé Renaud d'Aubépine, que Fernagus emporta de la même façon. Puis il de-
manda à se battre contre deux guerriers. Le roi lui opposa Constantin de Rome et Hoel , le comte de Nantes. Fernagus les emporta tous deux armés , l'un à droite et l'autre à gauche. Ensuite Charlemagne en envoya vingt qu'il emporta tous les vingt, deux par deux.
Quand Charlemagne vit ce ([uisepassailjlfiitcxtremomont
cnuoicr. Dont uint Rollant au roi et demanda congie de combattre au païen. Li rois ne li uaut mie douner. Tant li pria Rollant ql li dist ql neli pooit véér. Il li otria ml'l a enuis.
Car jouenes ert et mFt lamoit.
Rollas sarnia et qnt il fu armes et il ot oi le seruiche Diu si uint en camp. Fernagus le prist en son uenir a une seule main si com il auoit fait les autres et le leua sour le col de soun cbeual deuant lui si len cuida porter. Si com il lemportoit. RoUans le pst par le menton et le tourna si fort ariere que au doi caircnt a tierre erraument se louèrent et montèrent es cheuaus. Rollant traist Durendal si le feri si q a cel coup li trancha son chenal pmi. Fernagus fu a pie et tint sespée. Adont le referi Rollans en brach dont il tenoit sespée quele li chai de le main mais ne le blecha nient. Qnt li paiens ot lespée perdue il courut Rollant sus et le cuida ferir del poing si feri sen cbeual si en frot ql labati mort desous lui. Rollant ot pdu S(hi
surpris et n'osait plusy envoyer personne. Roland vint alors trouver le roi , et lui demanda congé de combattre le payen.
Le roi ne voulait le lui donner, mais Roland Ten pria tant , que Charles lui dit qu'il ne pouvait Ten empêcher. Il le lui permit avec beaucoup de chagrin, car il était jeune et il Taimait beaucoup. Roland s*arma , et quand il fut armé et qu'il eut ouï le service divin, il vint en champ clos. A son arrivée , Fernagus le prit d'une main comme il avait fait aux autres, le leva au-devant de lui sur le col de son cheval et s'imaginait dal'emporter ainsi.
Comme il l'emportait , Roland le prit par le menton etlepoussa si fort en arrière, que tous deux tombèrent à terre. Aussitôt ils se relevèrent et montèrent sur leurs chevaux. Roland tira Durandal et en porta un coup si violent, qu'il coupa en deux le cheval de Fernagus. Celui-ci mis ainsi à pied, tira son épée, mais Roland le frappa sur le bras dont il tenait l'épée qu'il lit tomber, sans le blesser ce-
cheual. Il se cobulirciU a pie desi uers nonne. Au uespre demanda Fernagus a Rollant triuesdesi a lendemain. Adont reuenissent en camp sas cheuaus tout si coni il estoient ore^ Rollant li otria par tel couuenant ql li dounast congie daporter j. baston tel com il uauroit. et li paiens li otria.
Par le créant de lun et de l'autre sen ala cascuns a se herberge. Lendemain si com il ert deuise reuinrent matin a le bataille a pie. Rollant aporta j. baston lonc et tort et noelleus. Il assamblerent et furent ensi toute iours nonques Rollans de baston ne le blecha. mais moût souuent li ietoit pieres dont il auoit en camp gnt plente car moût le resoignoita aprochierde près.
Ensi si combattirent desi a miedi onques Fernagus ne pot Rollant blecher. Dont reqst Fernagus triues a Rollant tant ql eust dornii car ml't estoit pesans de soumel. Rollant li douna et chil commencha a dormir. Rollans q iouenes ert et de gnt courage li aporta vne
pendant. Quand le payen eut perdu son épée , il courut sur Roland pensant le frapper du poing , mais il frappa le cheval au front et si fort qu'il l'abattit mort sous lui. Roland ayant perdu son cheval , ils combattirent à pied jusqu'à trois heures après midi , où Fernagus demanda trêve jusqu'au lendemain , en convenant que le lendemain ils reviendraient sur le champ de bataille sans chevauXjCommeilsétaientla veille.
Roland la lui accorda, à la condition qu'il lui permît d'apporter un bâton tel qu'il le voudrait; le payen y consentit. Sur la foi donnée , chacun d'eux retourna à sa tente. Le lendemain, ainsi qu'il avait été convenu, ils revinrent le matin au combat et à pied. Roland apporta un bâton long , tortu et noueux. Ils s'attaquèrent et se battirent ainsi tout le jour, mais jamais Roland ne le blessa de son bâton. Souvent il lui jetait des pierres qui étaient là en grande quantité , ce qui le forçait à s'éloigner. Ils combattirent ainsi jusqu'à midi; jamais
pierre a son chief p chou q il dormist plus uolentiers.
Adont tenoient si bien lor loy q nus nenfraisist triues qui donnes les eust fust paiens fust crestiens.
Qnt Fernagus fu refais de dormir il sesuella. Rollans q les lui fist li demanda cornent il ert si durs q il ne crenioit arme. Li paiens li distne puis estres naures fors en lombril.
Mais si lai garni q ie ne criem nule arme par la. Qnt Rollant oi chou si se teut et tourna lorelle dautre part, et fist ausi ql nen eut mie oi ne entendu.
Fernagus esgarda Rollant si H dist comment as tu anon : et il li dist Rollans ai anon. Et de quel gent dist Fernagus ies tu q si fort te cobas a moi. Aine mais ne peut trouer home q si me i>eust lasser. Nés sui
Fernagus ne put blesser Roland. Alors il demanda trêve à Roland tant qu*il eut dormi , car il était fort pesant de sommeil. Celui-ci la lui donna, et il commença à dormir. Ro-
land,qui était jeune et de grand courage, lui apporta une pierre sous la tête pour qu'il dormît plus volontiers. Ainsi tenaient si bien leurs engagements,qu il faut que nuls n'enfreignent les trêves qui sont faites , même entre payens et chrétiens.
Quand Fernagus fut refait par le sommeil , il s'éveilla.
Roland , qui le lui avait procuré, lui demanda comment il était si dur qu'il ne craignait personne. Le payen lui dit :
« Je ne puis être blessé sinon « au nombril , mais je l'ai si « bien entouré, que je necrains « nulle arme en cet endroit.»
Quand Roland entendit cela , il se tut, tourna l'oreille d'autre part et fit comme s'il n'avait rienentendu. Fernagus regarda Roland et lui dit: «Comment te nommes-tu? — Je me nomme Roland. — De quelle nation estu , dit Fernagus , pour me
(list il de Fnche. nies Charlemene sui. De quel loi dist Fernagus sunt fnchois. De crestiens dist Rollant. et faisons les comandemens Ih u Crist Nostre Signeur. et entant com nous poons nous cobatons p no loy ensauchier.
Qnt Fernagus oi le non de Crist : il li demanda q est chius Crist en q tu crois.
Chest dist Rollant li fius Diu q nasq de le Virgene et soufri mort en le crois, et fu enseuelis en sépulcre et au tierch iour resuccita Nous créons dist Fernagus q li criere del chiel et de le tierre est uns Dix ne nului nengenra nient plus q il fu de nului engenres et dont est uns Dix et nient troi. Tu dis voir che dist Rollans q uns est il. Mais la ou tu dis q il ne sont troi la doutes tu de le foi. Se tu crois en Père dont crois tu en Fil et en S. Esperit. Car chest un
combattre si fort , moi qui ne peux trouver un homme pour me lasser? — Je suis né en France , je suis le neveu de Charlemagne. — De quelle loi , dit Fernagus, sont les Français?
— De la loi des chrétiens , dit Roland , et nous suivons les commandements de Jésus - Christ, Notre-Seigneur, et autant que nous le pouvons, nous combattons pour suivre notre loi. »
Quand Fernagus ouït le nom du Christ,ii demanda: «Qu'estce que ce Christ, en qui tu crois?
— C'est, dit Roland , le fils de Dieu , qui naquit de la Vierge, souffrit la mort sur la croix , fut enseveli au sépulcre et au troisième jour ressuscita. — Nous croyons , dit Fernagus , que le créateur du ciel et de la terre, est un Dieu qui n'engendra personne et qui ne fut engendré par personne , et dont est un Dieu et non trois. — Tu as raison de dire, répartit Roland, qu'il est unique, mais là où tu dis qu'ils ne sont trois, tu doutes de la foi. Si tu crois au Père, tu dois croire au Fils et
Dix pinaiians eit iij. personnes. Toutes les iij. persones sunt pardurable en .soi et en eles. Tel com H Pères est : tel est li Fil et le S. Esperit. Es psones est propriétés et unités, et le saintee et o le maieste est unités aorees. En iij. psones aourent li angele j. Diu.
Or me mostre dist Fernagus comment j. sunt troi. Jou le te moust'rai dist Rollans par humaines créatures. Si corne en le harpe. En tementes q le harpe soune a iij. choses.
Le fust. et les cordes, et li souns. et sest une harpe. Ausi sunt eu Diu iij. psounes. Le Père, et le Fil. et le S. Esperit et sest uns Diex. En solel sunt iij. choses. Li blanehors.
Li resplendours. et li calours. et sest j. solaus. En lamande a iij. cheses. Lescorche dehors, et lescaille. et li noiaus et sest une amande. Ausi sunt en Diu iij. psounes et sest un Dex. En le ruée del car a iij.
choses. Li moieus. etli rai. et les gantes et sest une ruée. En toi meisme a iij. choses. Le cors. les membres, et lame et
au Saint-Esprit , car c'est un Dieu permanent en trois personnes. Toutes les trois personnes sont éternelles en soi et en elles. Tel qu'est le Père, tel est le Fils, tel est le Saint-Esprit.
Dans ces personnes sont les propriétés et les unités. Avec la sainteté et la majesté , est Funité adorée. En trois personnes les anges adorent un Dieu.
— Or, montres-moi, dit Fernagus, comment un seul est trois personnes. — Je te le montrerai, dit Roland , par humaines créatures. Comme en la harpe où sont trois choses qui sonnent, le bois , les cordes et le son, et il n y a qu'une harpe , de même il y a en Dieu trois personnes, qui sont le Père, le Fils et le Saint-Esprit , et ce n'est qu'un Dieu. Dans le soleil sont trois choses : la blancheur, la splendeur, la chaleur, et ce n'est qu'un soleil. En l'amande , il y a trois choses :
l'écorce dehors , et l'écaillé et le noyau, et c'est une amande.
Ainsi sont en Dieu trois personnes, et ce n'est qu'un seul Dieu. En la roue d'un char , il v a
si ies vns ho. Ausi est en Diu.
Trinités, vnitcs et deites. Or entench iou dist Fernagus ql est uns en iij. psones. Mais iou ne sai cornent il fu hom q Dix estoit. Cius dist Reliant q list ciel et tierre et tout cria de noient il puet bien faire naistre sen Fil sans humaine semenche. De chou mesmeruel dist Fernagus cornent sans humaine semenche si co tu dis nasq de le Uirgene. Dix dist Rolland q Adam sans semenche dautrui fourma. Il fist naistre sen Fil sans semenche dantrui de le Virgene.
Car a Diu conuenoit. MFt mesmeruel dist Fernagus cornent le Uirgene enfanta sans atoucement doume. Chius Dix dist RoUant q fait le mouske naistre de le faine et de larbre le uermissiel. et le pisson et le serpent sans atouchementde malle. H puet faire legierement q le Uergène ot a Fil Diu et home sans atouchemet de nului. Bien puet estre dist Fernagus ql nasq. Mais sil fust Dix. Il ne peut mie en le crois morir. Car Dix ne mou-
trois choses : le moyeu , les raies et les jantes , et ce n'est qu'une roue. En toi-même , il y a trois choses : le corps , les membres et Fâme, et tu es un homme. Ainsi est Dieu, trinité, unité, déité! — Or, j'entends , dit Fernagus , qu'il est un en trois personnes, mais je ne sais comment celui qui était Dieu fut homme. — Celui , dit Roland , qui fit le ciel et la terre et tout créa du néant, peut bien faire naître son Fils sans humaine semence. — C'est une merveille pour moi, dit Fernagus, que sans humaine semence, comme tu me dis, il soit né de la Vierge. — Dieu qui forma Adam sans la semence d'autrui, dit Roland , fit naître son Fils de la Vierge , sans la semence d'autrui ; ainsi à Dieu convenait. — Je suis très émerveillé , dit Fernagus , que la Vierge enfanta sans attouchement, d'homme. — Ce Dieu , dit Roland , qui fait naître la mouche de la faîne , le vermisseau de l'arbre , le poisson et le serpent sans attouchement du mâle, put facilement faire
IGO
rut onqs. Bien as dit dist Rollant. Il nasq. com ho. Il mourut co hom. Car toute chose q naist muert. et Dix rechut mort co hom en le crois. Mort di iou q humaine chars dormir et li deites veilloit q tout gardoit en soi. Bien entench ore dist Femagus ql morut com hom. mais iou ne puis ueir coment il resuscita.
Car puis q hom est mors : ne uoi iou q il reuiegne en uie.
Fernagu dist Rollant saches q tout chil q furent et erent tr's le comenchement de monde desi a le fin de monde resusciteront au jour del juise.
et recheueront lor loiers selonc chou q cascuns ara fait de bien et de mal. Dix q petit arbre fait gnt et haut et le grain de fourment morir et puis reuiure et porter. Il nous fera resusciter en nos propres cors au iour del juise. Esgarde le lion qnt nature veut ourer en lui il iete iij. pioches de char par sen alener et les fourme en lionchiaus et si fait uie entrer en iij. iours. Ne ne te dois dont meruellier se li
que la Vierge eût un fil^ Dieu et homme , sans attouchement de personne. — Il est bien possible, dit Fernagus , qu'il naquit ainsi ; mais s*il fut Dieu, il ne pouvait mourir sur la croix , car Dieu est immortel.
— Tu as raison, dit Roland ; il naquit comme homme, il mourut comme homme , car toute chose qui naît meurt , et Dieu reçut la mort comme homme en la croix. Maisje dis que pendant sa mort, la chair humaine ne faisait que dormir, et la divinité veillait qui toui gardait en soi. — j'entends bien maintenant , dit Fernagus , qu'il mourut comme homme, mais je ne puis voir comment il ressuscita , car puisqu'il est mort comme homme, je ne vois pas qu'il puisse revenir en vie. — Fernagus, dit Roland , saches que tous ceux qui ont été et serontdepuis le commencement du monde jusqu'à la fin , ressusciteront au jour du jugement, et recevront leurs récompenses selon ce que chacun aura fait de bien et de mal.
Dieu qui fait le petit arbre
fius Diu resuscjta. Elyas et grand et haut, et le grain de Elyseas resusciterent plui- froment mourir , puis revivre soursmors. Plus legierement et porter , nous fera ressuscipeut Dix resusciter q deuat ter en nos propres corps au
se pasion resuscita pluisours jour du jugement .
mors. Lui ne peust tenir mors
Car ele fuit deuant lui. A se
uois resusciteront pluisours
mort.
Alors tu ne dois pas être surpris si le Fils de Dieu ressuscita. Élie et Elysée ressuscitèrent plusieurs morts ; plus facilement peut le faire Dieu qui , avant sa passion , ressuscita plusieurs morts ; il ne peut tenir en lui la mort, car elle fuit devant lui. A sa voix ressuscitèrent plusieurs morts.
Asses uoi ore dist Fernagus — Je vois assez maintenant, chou q tu. dis. mais coment dit Fernagus , ce que tu dis ; monta il es chius. chou ne mais comment monta-til au puis iou ueir. Cil dist RoUans ciel? c*est ce que je ne puis voir, qui descendi del chiel legie- — Celui, dit Roland, qui desrement. Bien i puet remont cendit du ciel faciiemwt, peut et q par lui sesuscita Iegiere< bien y remonter, et qui par lui ment monta p lui es chius. se ressuscita, monta aisément Par pluisours examples le puet au ciel de lui-même. On le on ueir. Esgarde le roe de mo- peut voir par plusieurs exemlin. tant tour cpm ele fait ples.Regardesla roue du mouamont tant tour refait ele lin,tanttoumeenamontquelle