DONATIONS DU FISC DE HARNES A L'ABBAYE DU MONT-BLANDIN
Le roi Charles-le-Chauve , oubliant le passé et pardonnant à sa fille, ajouta la province d'Artois à la Flandre qui, jusqu'alors,
avait été administrée par les forestiers. Cette réunion dut influer sur la formation du comté ou marquisat de Flandre , dans la maison de Bauduin-Bras- de-Fer ; mais on hésite à croire que dès-lors l'hérédité en fut réellement fixée au profit de sa postérité (1). Depuis cette époque, le domaine de Harnes et ses dé- , pendances suivent le sort de l'Artois dans ses relations avec la Flandre. Un mélange de mœurs, plutôt flamandes qu'artésiennes, témoignent encore de l'ancienne fusion des deux pays. Il n'en pouvait être autrement , puisqu'au point de jonction des deux provinces où sont situées nos trois paroisses également distantes et inséparables dans leur histoire , un seigneur flamand , l'abbé de Saint-Pierre de Gand , y établissant son autorité, les tiendra sous ses lois pendant plus de huit siècles....
L'abbaye de Saint-Pierre , fondée vers l'an 610 ou 628 par saint Amand, sur le mont Blandin, dans le voisinage de Gand, était destinée à devenir la plus célèbre et la plus opulente des institutions monastiques de la Belgique. On peut dire de ce monastère qu'il y eut du prodige dans la rapidité de son développement, et qu'il n'a pas été possible à ses nombreux chroniqueurs de compter les années de son enfance. En effet, depuis saint Amand qui en fut le premier abbé , par ses domaines innombrables il compte des armées de vassaux, des officiers de justice , des mayeurs , échevins , sergents, dîmeurs, préposés , coadjuteurs, censiers, moliniers, péagers; au moyen-âge, il a sa cour féodale, des fiefs et tennements , des octrois , tonlieux , polders ; il a brasserie, sellerie, bouteillerie, ses livres terriers, ses registres de jugements, sentences, décisions, tailles, capitations, collations et gardes d'acquits, de privilèges , son greffier seigneurial , son notaire apostolique , et enfin ses nombreux avoués [advocati) chargés, par lui de le protéger et le défendre
(1) Olivier de Vree est cependant d'un avis contraire.
dans ses diverses seigneuries contre les entreprises des séculiers. Il y a dans ce monastère une chancellerie qui va pour ainsi dire de pair avec celle du comte de Flandre ; partout le prince a contact avec le prélat , car Thistoire de Flandre , considérée dans ses rapports avec les faits locaux , réside sur ces deux têtes. Le couvent du Mont-Blandin n*a-t-il pas des domair nés en Angleterre, indépendamment des seigneuries innombrables qui, en Flandre, relèvent de lui? Citons-en quelques-unes entre mille, telles que celles de Gand, Bruges, Courtrai, Audenarde, Oost-Borch , Thamise, Isendike, Alost, du pays de Waes, Hollaing , Boucle-Saint-Denis, Dickele, Litter-Hautem, Saffelare, Testrep, Overmeersch, Groede, Baerle, Seeverghem, Zwynaerde , Waterfliet , Nazareth , Eecke , Afné, Sainghin-^n- Weppes, Ennetières , Carvin , Camphin , Wingles , et nous arriverons à cette conséquence que le succès de l'histoire de la célèbre abbaye doit dépendre de la perfection qu'une main habile apporterait à celle de chacun de ses domaines en particulier.
Revenons à notre sujet , qui ne peut être autre chose qu'un filet d'eau qui débouche à TOcéan.
Les provinces flamandes avaient payé leur tribut à la cupidité des Vandales en Tannée 879. Le comte de Flandre était parvenu à les refouler. En 961 , ces barbares reparurent en demandant leur revanche et en fixant à Tavance le butin qui serait le prix de leur retraite. Dans cet extrême danger qui allait fondre principalement sur les maisons religieuses , le Pape se décida adonner à Arnoul-le-Vicux toutes les dîmes de Flandre, à condition qu'il chasserait ces païens (1). Ce prince, réunissant ses forces à celles du roi de France, dissipa ces odieux visiteurs.
Il profita du moment de calme qui suivit ces événements
(1) Manuscrit du P. Ignace.
— U) — pour rendre sa lin plus douce. Kn %3 ou 964, voulant justifier de nouveau le surnom de Grand que lui avait valu sa munificence envei's la maison de Saint-Pierre de Gand , il prononça , par une patente qui a tout le caractère d*une disposition testamentaire , la restitution des |)ossessions dont elle avait été privée sous ses prédécesseurs , et y ajouta des libéralités nouvelles c^nsisUml dans le fisc royal de liâmes avec toutes ses dépendances , Aldnais , Loison , féglise de Vendin avec la terre qui paie tribut à ce fisc , le domaine de Carvin , son église et la chapelle de Stefles (1). Ces biens faisaient partie du marquisat de Flandre , ainsi qu'il consle du titre lui-même , dont la chronologie eut été incertaine , s'il n avait été rappelé et confirmé par précepte du roi Lothaire donné à Arras le 3 mai 966 , en la douzième année de son règne. Ce précepte énumératif et descriptif s'exprime ainsi : « Ce que le comte de Flandre a « donné de son propre patrimoine à fabbaye du Mont-Blandin « se comprend, au pays d*Escrebieux, du fisc royal de Hames, « ainsi nommé avec ses dépendances , à savoir : Aldnais avec « son église et les droits d'icelle , celle de Wendin et tout ce 4< que le fisc percevra dans les hameaux du voisinage , c est-à- « dire Neuville, Hennin, Noyelles, Ia^ïïs , Ilmil , Fleurbaix, « Lorgies (2). »
31 janvier 972. — Arnoul II hérita de la générosité de son aïeul , car le 31 janvier 972 , en la vingtième année de la prélalure de Womar, et la dix-huitième du règne de Lothaire, fut passée publiquement , au monastère du Mont-Blandin , une charte rémémorative des donations précédentes , concernant
(1) Annales Sancli Pétri Blandiniensis, auctore Van dePutte, pp. 24 et 25. Stefles, probablement Bstèves, aujourd'hui Estevelles, autrefois annexe de Carvin , appelé quelquefois la Poche du Pont-à- Vendin.
(2) Ibidem , pp. 90-9i.
[ont sî|)écialemcnt les trois paroisses de liâmes, Annayel Loi- .son. Pour la première fois , on rencontre là le nom des patrons (le chacune d'elles. Le prince consent à s'y démettre de son fisc de Harnes en Escrebieux , qui comprend Annay et Loison , les^ quelles paroisses ont chacune une église en l'honneur de saint Martin , de saint Amé et de saint Vaasf. Le roi Lothaire ap • « prouva, daosle courant de cette année, cette adhésion du comte de Flandre à la dotation faite neuf ans auparavant par son aïeul. C'est donc par erreur que des contemporains ont avancé que l'abbaye de Saint-Pierre de Gand n'avait été mise en possession de la seigneurie de Harnes qu'à la date du 31 janvier
Parmi les différences à signaler dans la rédaction des titres précédents , on remarque que le dernier complète la série des lieux où le fisc de Harnes perçoit ses redevances, en ajoutant les noms suivants : Salon, Salleia, Illegias, Sallau, Sailly, lUies. Une omission avait-elle été faite dans le diplôme de l'an 964 , ou la circonscription fiscale s'était-elle étendue dans l'intervalle? Ce point de peu d'importance semble m'inviter à passer outre aux lettres confirmatives du roi Lothaire , qui exposent que les religieux de Saint-Pierre de Gand ont seuls le droit de percevoir des tributs sur les biens des églises , sur les maisons , sur les terres et autres possessions en la seigneurie de Harnes , d'y exiger des cautions , de lever ces droits par voie d'exécution , sur les hommes affranchis comme sur ceux qui sont encore serfs , aut homines ejv^dem loci tara ingenuos quam servos super terram ipsius memorati loci commanantibus aliquateniis distring endos (2).
Ces droits et ces privilèges appartenant exclusivement à
(1) Mirœus,Dipl. Belg., t. 2, p. 941.
(2) Ancien greffe de Saint-Pierre de Gand.
lahlif» lie Saiiit-PieriY de Gand ft à soq coQVf ut coDâtituaifot la seigneurie primitive de Harnes et de ses appendances. Cétait là un fisc royal et domanial tout à la fois , considéré respectivement au roi de France et au comte de Flandre. Par sa donation ce deniier se dessaisissant virtuellement de la dîme qu'il tenait des concessions pontificales par succession de son aïeul en faveur du prélat devenant ainsi le seigneur unique dans la terre d«.^ Harnes , on comprend difficilement le passage suivant emprunté au P. Ignace : « Il n*est pas certain si c'est un comte « de Flandre qui a donné à Tabbaye de Saint-Pierre de Gand H les S43igneuries déliâmes, Annay et Loyson, ou au seigneur 4( du lieu, mais il conste que celui qui a donné la seigneurie « à ce monastère y a aussi donné la dîme. »
Il paraît que ces trois paroisses avaient été autrefois une principauté qui fut démembrée du comté de Flandre , que l'abbé du Hont-Blandin y avait la directe universelle , de plus un terrage seigneurial et aussi universel dans l'étendue de ce domaine, consistant en septyarbes du cent de tous les grains qui s'y récoltaient (1).
Après avoir épuisé ses faveurs sur ce monastère , Amoul II y reçut la sépulture. Le chroniqueur Oudegherst , qui a la prétention d'être aussi un enfant de Calliope, nous a fait parvenir son épitiiphe.
Inclytus Arnulpbus cornes hic est carne sepultus Arnulphus magnus cujus habetur avus, Hic nos ditavit , ab avo nec degeneravit NamGamphin , liâmes et bonaplura dédit.
L'illustre comte Ârnould gist desoubs cestc pierre Duquel Arnould le Grand fut ave et lequel at
(1) .\ncieii greffe de Saint-Pierre de Gand.
Euricliy ceste église et cloistre de Sainct Pierre , En quoy de soadict ave il ne dégénérât- Car, il nous a donné , sans aucune priière , Harnes, Camphin, qui sont situez près d'Arras (1).