‹ Précis historique sur la maison de Harnes, 963 à 1230, suivi d'une version romane, attribuée à MChapitre 8 sur 28 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DE l'hérédité de la CONNÉTABLIE DE FLANDRE — ORlGIIfK DE LA MAISON DE UARNES.

Le lecteur a pu se convaincre , par le début du chapitre III, et par celui qui précède , que si le comté de Flandre devint héréditaire dans la lignée de Bauduin-Bras-de-Fer , il n'en fut pas de même de l'hérédité des grands offices , notamment de ceux du camérier, de réchanson,du connétable (pr(85/a6u/artiM sire constabularius) et du maître d'hôtel {dapifer^ , dont la

création se rattache tout au plus à Tan 1060. Ce n'est donc que postérieurement que Ton pourrait trouver des traces de leur stabilité dans les familles où ils furent inféodés.

Après avoir dit que la transmission de la connétablie h'^'réditaire de Flandre , de la maison de Cassel en celle de Harnes , fut le résultat d'une alliance entre ces deux maisons , le commentateur de la chronique de Philippe Mouskes ajoute que Lespinoy fait confusion en faisant du seigneur de Wavrin, tantôt le connétable et tantôt le sénéchal de Flandre (i ).

Il nous paraît possible , sinon probable, que la concession en fief de la sénéchaussée de Flandre au profit de Thierry de Wavrin , le premier personnage connu de cette famille en 1 066, ait précédé celle de la connétablie qu'elle suppléait suffisamment au point de vue des opérations guerrières ; que cette chronologie lui est toute spéciale, et qu'il est fort Incertain que dans les six années qui suivent, la connétablie se soit fixée dans la famille de Robert de Cassel.

L'auteur des antiquités et noblesses de Flandre nous apprend que le seigneur de Wavrin {seigneur de Wingles) îuiinstitue' connétable , que Robert de Wavrin s'est qualifié sénéchal par un titre de l'an 1193(2).

Voyons aussi quelle est l'opinion d'Aubert Le Mire : La connétablie, dit-il , appartenait jadis au seigneur de Ninove , ensuite cette dignité passa dans la famille de Wingles. Conestabilis fuit olim dominus Ninhovice , ea dignitas postea ad familiam de Wingle transiit (3).

Trois opinions sont donc en présence , la première, attribuée à de Rennebourg, pose une date à laquelle l'hérédité de la

(1) La note précitée de la chonique de Ph. Mouskes.

(2) Lespinoy , p. 72 et suiv.

(3) Mirœus , Dip. Bclg. , !•' v. , p. 422.

fonction (lui nous occupe est Jéjù vivace ; les deux antres ne déterminent aucune époque à cet égard.

D'où il résulte que si Ton veut mettre entre elles quelque concordance dans les deux périodes de 1060 à 1072 ,de 1072 à 1089, on voit que cette dignité si précieuse par sa fixité dans les familles féodales, devient ambulatoire dans les maisons de Wingles , de Ninove , de Cassel et de Harnes.

Cependant , puisque d'après le système du savant belge que nous examinons ici , la connétablie se trouve gagnée par Michel de Harnes , dès l'an 1 072 , par son mariage avec Cunégonde de Cassel , puisque la famille de Harnes compte des héritiers mâles qui sont nés de ce mariage et ont intérêt à maintenir chez eux, par bons et loyaux services , l'une des premières dignités de Flandre , on doit s'attendre à voir apparaître le sire de Harnes en sa qualité de connétable dans les actes posés par le comte de Flandre dans les trente dernières années du onzième siècle et dans les trente premières années du douzième. Mais il n'en est rien , et les recueils diplomatiques ne justitîent aucunement ce système.

Ces observations, il faut en convenir, sont également applicables au connétable de Flandre , seigneur de Wingles. Nous ignorons s'il a géré ou cessé de gérer sa charge avant 1 072 ; nous ne savons pas davantage , et la faute en est à de Rennebourg ou à son interprète, comment elle appartint à cette époque aux châtelains de Cassel ; mais puisque le seigneur de Wingles fut institué connétable héréditaire , il faut bien se résigner, lorsqu'on n'apporte pas de preuves à l'appui du déplacement de cet office, telles qu'un mariage , une vente , une cession entre les deux familles , à le laisser où il est , c'est-à-dire dans la maison de Wingles, jusqu'à ce qu'il soit absorbé par celle de Ninove.

Mais cette hérédité, nous la regardons comme prématurée

en 1072, puisque d'après le passage d'O. de VredJ'institutioii de la connétablie dut avoir lieu dans un temps assez voisin de la création du chancelier perpétuel de Flandre en 4 089. Alors le connétable de Flandre sort de Tétatde somnolence où il était plongé, et ce dignitaire n'est pas un sire de Cassel, de Wingles ou de Harnes, comme on pourrait le supposer d'après Ie$ principes ci-dessus établis , et si déjà nous n'en avions averti le lecteur. C'est un Gérard de Ninove qui appose le sceau de la connétablie au titre d'investiture du prévôt de Saint-Donat (4), en 4093 , au moment où se répand l'enthousiasme pour les croisades , où les grands pouvoirs héréditaires reçoivent leur dernière perfection. Nous le revoyons en exercice de la connétablie en l'acte de la fondation de la prévôté de Watten , près de Cassel (2) . Ce personnage n'est pas , à mes yeux , dans la fonction d'une connétablie locale comme celle en laquelle nous apercevons, en 4400, le constabulaire Henri, dans une' donation par Thierry d'Alsace de l'église de Sainte-Marie de Courtray (3), et comme plusieurs autres qu'il est inutile de citer. En outre , ce Gérard de Ninove dont nous nous occupons ici, n'est vraisemblablement pas le même que celui qui prend la qualité de connétable de Flandre au titre de l'érection de l'abbaye de Ninove en 4 4 38 (4) , et enfin , en 4 4 42 , le surnom de connétable au diplôme concernant l'avouerie de ladite abbaye de Ninove dont il était le fondateur (5j.

Michel de Uames n'étant connu pour connétable de Flandre que dans l'année 4 4 33, et Gérard de Ninove, le jeune, s'empa-

(i) Miraîus . Dip. Bclg. , 1*' v. , p. 359.

(2) Ibidem, 1. 11, p. 1141.

(3) Ibidem, 1. 11, p. 1311.

CO Lespinoy , Icco cilalo.

(5) Mirœus , 1. 1 , page 530.

ranl de ce tiln» en 1138 , il y a «fun côté ou de Tautre une usurpation, ou une tolérance, ou un conflit de pouvoirs que je ne saurais expliquer. Peut-être trouverait-on la solution de ce nœud gordien au cartulaire de Tabbaye de Ninove , ou en prouvant que Lespinoy a trop retardé ralliance entre la maison de Ninove et celle de Harnes qui , à cette époque , ne porte pas encore le nom de Boulers (4). Il est certain que notre premier connétable prit femme en cette maison alliée aux sires de Peteghem ; que plus tard , en 1 1 81 , sa postérité dut prendre la protection de Tabbaye de Ninove qui avait appartenu au comte de Flandre depuis 1442; qu'en 1201 , après le décès de Philippe de Boulers , le comte de Flandre dut rentrer dans cette avouerie. Élucider toutes ces questions , c'est montrer aussi qu'en 1116 et 1117, Amaury de Ninove était le connétable de Bauduin-à-la-Hache , lorsque ce prince confirma les privilèges de Tabbaye de Saint-Amand et dota l'église de Formeselle (2). La famille de Harnes, indifféremment appelée de Wingles et de Wavrin , est sans aucun doute issue de cette dernière dont elle paraît être une fille bâtarde , ainsi que celle de Boulers dont nous parlerons bientôt. En effet , elle a toujours conservé et son nom et ses armes. L'armoriai des de Wavrin est un écusson dans l'écn ; c'est celui du connétable de Wingles ou Michel de Harnes, c'est celui des sires de Boulers. Les seigneurs Druon ou Dreux de Harnes, cité par Carpentier en 1071 , Michel de Harnes , époux de Cunégonde de Cassel en 1072 ,* Thierry de Wavrin , sénéchal de Flandre en 1066 , Gautier de Wavrin , aussi sénéchal de Flandre en 1 089 , Etienne de Boulers vivant en 1083 , sont des personnages liés entre eux par la parenté résultant d'une souche commune. Dans la seconde moitié du

(1) Lespinoy.

(2) MiraBus, t. Il,p 1153, et t. III, p. 31.

oni'jème siècle, la famille de Wavrin se partageant en deux branches , Tainée aura été apanagée de la seigneurie primitive et de Toffice de la sénéchaussée , la cadette aura obtenu en partage la terre de Wingles et la possession temporaire de la connétablie qui parvint aux de Ninove et revint ensuite à son point de départ. La continuité dans ces deux familles , du onzième au treizième siècle , des offices du sénéchal et du connétable de Flandre» met le sentiment de Lespinoy à Tabri de 'toute critique quant à la confusion qu'on lui a reprochée.

Un document aussi précieux que celui qu'on a attribué à de Rennebourg (in-folio, vélin , mutilé, avec armoiries,) méritait toute notre attention , puisque c'est là sûrement le premier jalon planté dans l'histoire de la connétablie , et nous imposait le devoir de le chercher et de l'examiner de près. Jusqu'au moment oii le sort de ce vieux parchemin sera mieux connu , ou fixera définitivement l'importante question de l'hérédité de la connétablie , nous ferons provisoirement tel usage que de raison de l'emprunt qu'on lui a fait. En conséquence , nous contesterons au moins le principe héréditaire antérieur à 1089, et le mariage de Michel de Harnes avec Mechtilde de Bette , fille de Gérolfe VI de Bette et de Hosaca, contracté vers l'année 1120(1).

Cette controverse nous a paru utile dans le seul intérêt de là vérité. La thèse contraire à la nôtre fait école aujourd'hui parmi les contemporains , et assigne au fief de la connétablie une durée de 157 ans dans la maison de Harnes (1072 à 1229), quand la nôtre la restreint à celle de 97 années (1 1 33 à 1 229). On voudra bien remarquer que dans notre système , il n'y a point de solution de continuité depuis l'échéance de cette charge, jusqu'au moment où nous la perdons de vue.

(I) Y. la note précitée de la Chronique de Mouskes.

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1.»-^ umî:»-^ «lu i-.ir»rii!'î;ili!i' «l;» Fl.irula* ^mi un jieti moindres <|ue (VU! «lu Mfiiérhal. iH>«|ueU ruD<i5tent en vingt coaponstk chandelles . un tortin de cire , quatre pots de rin da meillear, douze sols, vingt-quatre aunes de drap à Noèl , autant à la Pentecôte, deux fourrures de grosvairet une foomxre ordinaire de manteaux T.

Le comte de Flandre rece^-ait le serment da connétable avant de lui donner l'investiture de sa charge par son épée nae qu'il lui mettait en mains. Cet officier lui devait en retour foi , hommage et pleine >oumission.

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