REDUCTION DES HERNIES
Taxis. — On nomme taxis l’ensemble des manœuvres par lesquelles le chirurgien fait rentrer dans la cavité abdominale les organes déplacés. C’est à l’aide des mains , appliquées directement sur la tumeur, que le taxis se pratique pour opérer la réduction des hernies.
Posilion du malade. — Elle doit être telle que les muscles abdominaux soient dans un état de relâchement complet. Le malade sera donc couché sur le dos , la tête et les épaules un peu relevées par des oreillers. Le bassin sera également relevé de manière que le dos du malade étant dans une position déclive, la tumeur soit un peu élevée relativement à la cavité abdominale. Dans cette position , les intestins n’exerceront aucune pression sur l’anneau que la
hernie doit franchir. Les cuisses seront relevées et les jambes fléohies sur les cuisses.
Règles générales. — Avant de décrire les manœuvres spéciales qui conviennent pour la réduction de telle ou telle hernie , nous expose rons , d’après M. Malgaigne , les règles générales auxquelles il faut s’attacher dans la grande majorité des cas : « 1° Évacuer l’urine pour augmenter d’autant la capacité du ventre ; 2° recommander aux malades de respirer librement, sans crier ni relever la tête, mouvement auquel ils sont très-sujets pour suivre des yeux l’opération ; en un mot de ne faire aucun effort ; 3° exercer dans le commencement une pression légère , afin de pouvoir l’augmenter peu à peu et la continuer plus longtemps sans confondre la hernie ; 4" faire rentrer les premières les parties qui sont sorties les dernières ; 5° faire suivre aux parties herniées la même voie qu’elles ont suivie pour sortir : ainsi, dans les hernies inguinales récentes, on repousse l’intestin d’abord directement en arrière pour franchir le premier anneau , puis en arrière , en haut , et surtout en dehors , selon le trajet du canal; et, enfin, encore d’avant en arrière, lorsqu’on présume être arrivé au second anneau. Dans les hernies congéniales ou les hernies anciennes , il suffit de repousser les parties en arrière et un peu en haut; 6° enfin, dans certains cas exceptionnels, ces règles générales échouent, et les malades ont eux-mêmes l’habitude d’un procédé spécial auquel il est plus sage de recourir. »
Procédé opératoire. — Le chirurgien se place à la droite du malade, embrasse d'une main la base de la tumeur et imprime à celle-ci des mouvements de totalité dans le but de répartir également, dans l’intérieur de la hernie , les matières ou les gaz qu’elle peut contenir ; cette manœuvre exerçant une pression générale vers l’anneau abdominal , refoulerait en masse les matières vers le point de l’étranglement, et la réduction serait impossible si l’opérateur ne prenait eu même temps le soin de saisir le pédicule de la hernie, afin de concentrer et rétrécir le passage des matières vers l’anneau : cette dernière manœuvre empêchant l’écrasement de la hernie sur l’anneau , permet d’attirer celle-ci en dehors et de la refouler progressivement suivant le tyijet du canal qu’elle a parcouru.
On peut également exercer une compression sur tous les points ce la tumeur en appliquant exactement les doigts sur toute sa surface. D’autres fois on fait seulement rentrer successivement les parties les plus voisines de l'anneau.
Pour aider la réduction , on recommandera au malade de ne point respirer, afin de paralyser l’action du diaphragme sur la masse intes-
tinale. On a aussi conseillé d’appliquer sur l’abdomen de larges ventouses pour attirer les intestins herniés.
Il est bien difficile, dans une opération de ce genre, de recourir exclusivement à une seule manœuvre. Dans la réduction d'une hernie, les tentatives qu’on fait comportent toujours l’emploi simultané ou successif des différents procédés de réduction décrits par les auteurs. Le point essentiel est de pousser la hernie dans le sens du trajet qu’elle a parcouru pour sortir. Quand la réduction s’opère , la hernie peut diminuer progressivement de volume et de dureté, puis rentrer tout à coup. La réduction subite, qui s’accompagne d’un bruit de gargouillement, est le signe d’une hernie intestinale. La hernie épiploïque rentre ordinairement sans bruit et d’une manière progressive.
Duree du iaxis. — Le taxis trop prolongé peut-compromettre , dans certains cas , le succès d’un débridement rendu nécessaire par l’inutilité des manoeuvres tentées pour la réduction. M. Amussat, au contraire , préconise le taxis prolongé et fournit , à l’appui de son opinion, un certain nombre de cas de guérison. Cette question ne saurait être décidée apriori d’une manière absolue. L’opérateur puisera donc, dans les circonstances concomitantes de l’accident, les inspirations qui devront régler sa conduite à cet égard.
ItoflK
OPÉRATION DU DEBRIDEMENT (kÉLOTOMIe).
Fig. 1. Un pli de la peau est soulevé au niveau de la tumeur et transversalement à la direction du pli de l’aine. Ce pli cutané est tenu en dedans par la main d’un aide ; en dehors par la main gauche de l’opérateur qui, la main droite armée d’un bistouri , incisera le pli cutané avec précaution. Cette incision du pli cutané peut se faire de dedans en dehors, en plongeant le bistouri, le tranchant en haut, ii la base de la tumeur.
Fig. 2. Cette première incision (fig. 1) intéresse seulement la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. Les lèvres de la plaie étant écartées , la tumeur a , apparaît recouverte de ses enveloppes qui seront incisées couche par couche avec un bistouri b, glissé sur une sonde cannelée c.
Fig. 3. Toutes les enveloppes de la hernie ayant été successivement divisées, l’opérateur soulève un pli du sac herniaire avec des pinces u, qu’il ouvre en dedans avec un bistouri b.
Fig. 4. La hernie o, est mise à nu ; b, épiploon. Une sonde cannelée c, est glissée entre la hernie et l’anneau constricteur.
Fig. 5. Débridement de la hernie. — L’opérateur glisse sur un doigt de la main gauche un bistouri boutonné dont la lame est garnie de linge dans une certaine étendue , pour diviser en haut et en dehors l’anneau constiicteur.
Fig. 6. Débridement. — Procédé de U. Vidal. — L’opérateur glisse le bistouri sur une spatule cannelée o.