BEC DE LIÈVRE
L’opération du bec de lièvre comprend deux temps principaux:
1° L’avivement des bords de la division j 2» leur affrontement et leur réunion.
1» Avivement. — Le malade, s’il est adulte, peut être opéré assis sur une chaise, la tête légèrement renversée en arrière et maintenue par un aide; si le malade est un jeune enfant, on l’enveloppe d'un drap et on le confie à. un aide qui le tient sur ses genoux. L’aide chargé, de fixer la tête du patient doit, avec ses mains, repousser autant que possible les joues en avant, et comprimer les artères faciales sur le maxillaire inférieur au devant des masséters. L’opérateur commence par soulever la lèvre supérieure, afin de diviser avec un bistouri ou des ciseaux le frein qui l’unit aux gencives. L’angle du bord gauche de la division est ensuite saisi avec des pinces-érignes ou avec les doigts, et tiré un peu en avant et en bas; puis, avec des ciseaux forts et bien effilés, on incise d'un seul coup tout le rebord rougeâtre de la division, deux ou trois millimètres au delà de sa limite supérieure. Le bord droit est ensuite excisé de la même manière, par un coup de ciseaux qui vient rejoindre l’extrémité supérieure de l’incision du rebord gauche. Ces deux incisions forment donc un V renversé dont les branches renferment les bords du bec de lièvre.
2° Réunion. — Les deux bords sanglans de la plaie sont ensuite affrontés et réunis au moyen de deux ou trois points de suture entortillée qui se pratiquent de la manière suivante : l’angle inférieur du lambeau gauche est saisi comme pour l’avivement; on le traverse obliquement de bas en haut, de dehors en dedans, avec une épingle qu’on fait pénétrer par le bord muqueux de la lèvre et sortir par le bord sanglant. L’épingle doit traverser entre les deux tiers antérieurs et le tiers postérieur de l’épaisseur de la lèvre, entrant à 3 millimètres en dehors de la division et sortant par la plaie à 3 ou 4 millimètres au-dessus du bord muqueux de la lèvre. L’angle du lambeau est ensuite embroché par la même épingle, mais de haut en bas et de dedans en dehors, en pénétrant par la surface sanglante et en ressortant par le bord muqueux de la lèvre.
Cette première épingle décrit donc une courbe à concavité inférieure, dans le but de faire saillir en bas les deux angles des lambeaux, afin de corriger autant que possible la petite brèche ou encoebure qui persiste presque toujours sur le bord labial après la réunion des lambeaux. Quelques chirurgiens, au lieu d’enfon-
cer la première épingle par le bord muqueux de la lèvre, piquent dans la peau un ou deux millimètres au-dessus de ce bord muqueux.
La première épingle étant posée et la réunion .maintenue sur ce pointa l’aidé d'un fil passé en 8 de chiffre, ôn place là seconde épingle hûfizbütàlemënt au-dèSSus de là prëhiiète, Il égale distance entre celle-ci et l’angle supérieur de la plaie, en la faisant péiié* tref et sortir par la peau, à 3 ou 4 millimètres en dehors de la division. Enfin une troisième épingle est placée de la même manière au-dessus de la seconde (voyez pl. 44, fig. 2). Entre les épingles, on peut encore placer des bandelettes de diachylon, de manière à rapprocher les joues en avant et à maintenir plus fortement la réunion. Enfin, les pointes des épingles seront réséquées, et la peau sera gafahtie de leur contact au moyen de petites bandelettes interposées (voyez les sutures, page 4, et pl. 2, fig. 6). Un pansement simple, composé d’im petit linge eéralé et d’un peu de charpie, complétera l’appareil.
Pendant les premiers jours le malade sera, autant que possible, maintenu dans l’isolement, afin d’être soustrait aux influences extérieures qui, en excitant ses cris ou ses rires, compromettraient par des tiraillemens intempestifs la réunion de la plaie. Dés alimens liquides seront seuls administrés, et si le malade est un très jeune enfant, on pourra le souméltre sans inconvénient à la diète pendant lés deux premiers jours. La plaie sera aussi l’qbjet d’une surveillance toute spéciale, les jeunes enfans pouvant sucer et aValër le sàr.g d’une hémorrhagie qui resterait alors ihapetçué. Du troisième au quatrième jour, oh retirera l’épingle inférieure, en ayant le soin de la tordre sur son axe, pour éviter des tiraillemens douloureux et qui pourraient écarter les parties nouvellement réunies. Le lendemain, on retirera l’épingle du milieu; le surlendemain, celle du haut. Les bandelettes agglutinatives resteront en place jusqu’au neuvième jour.
Procédé de Si. Sialgàighe (voy. pl. 44 lis, fig. 1 et 2). — Bien que pat le procédé ordinaire, ainsi que hoüs venons de le décrire, l’épingle inférieure fasse saillir en bas les déüx angles de la lèvrë divisée, l'enedehure persisté presque toujours après la réunion. C’est pour remédier à cet inconvénient qüe M. Malgaigné a imaginé le procédé suivant :
« Tout étant disposé comme pour le procédé ordinaire, On procède à l'avivement de haut en bas, soit avec des ciséadx, soit avec le bistouri, en longeant d'abord exactement les rebords latéraux du bec de lièvre; puis, arrivé à. l'angle arrondi qui les termine, en suivant la direction dë cet angle, de manière que l’incision représente uuè courbe et aboutisse it 2 ou 3 millimètres dii
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bord naturel de là iëvre, b l’endroit où ce bord reprend la direction horizontale qui lui est naturelle. Ces deux lambeaux he tiennent plus ainsi qu'à un Slince pédicule qui permet de les renverser facilement de ilàiil eh bas, de riiaiiiërè qu'ils se regardent par leur surface saignante. On placé là ptetnièfe épingle, qui doit être très solide, au bas de la lèvre, afin d’affronter du premier coup les deux angles rentrants fësùllarit dü renversement des lambeaux; puis on en place une ou deux au-dessus de la première. Le corps dé la lèvfé est àitisl réuni et il ne reste qu'à donner à son bord libre la forme convehàble.
« Pour y parvenir, on accole lé pédicule des deux lambeaux. Quelquefois, l’incision n’est pas descendue assez bas; les lambeaux renversés ne se continuent pas horizontalement avec le reste du bord labial j il faut prolonger l’incision en bas et de côté jusqu'à Ofe qde cette eontinuité horizontale soit obtenue; Puis, avec des ciseaux, On retranche toute la longueur excédante dés lambeaux, en conservant ce qui est nécessaire pour n’avoir aucune encocbure; il est bon, à cause de la rétraction delà Cicatrice, d’én garder un millimètre de plus. Oh les réunit enfin soit avec de fines épingles à insectes, soit avec des points de suture entrecoupés: Si le bec de lièvre n’occupait qu’une portion de la hauteur de la lèvre, on commencerait par le prolonger uo peu vers le haut jus* qtie sous la narine, pour qrriver à une coaptation plus facile et plus exacte de l’angle supérieur; Si le frein de la lèvre descendait trop bas, on le diviserait également sans balancer. [Manuel de médecine opératoire.)
Procédé de M. Mirault d Angers (voy. pl . 41 bis, fig. 3 et 4) . — L’avi vement se pratique complètement sut l’une des lèvres de la plaie. Un lambeau à pédicule inférieur e3t conservé sur l’autre lèvre. On réunit les bords saignànsdu bec de lièvre, et le lambeau qu’on a gardé est reporté de bas en haut sur l’enoocburé;
BEC BE LIÈVRE DOUBLE. (PL. 44, FIS. 3 et 4.)
Quand le tubercule médian est assez peu volumineux pour pouvoir être excisé sans inconvénient, il est plus avantageux de l’enlever et de pratiquer l’opération comme il a été dit pour le bec de lièvre simple. Mais si le tubercule médiandoit être conservé, il faut aviver les bords du tubercule et ceux des divisions latérales. On réunit ensuite avec des épingles qui traversent l’épaisseur des lambeaux latéraux et du tubercule. La réunion donne une cicatrice en V ou en Y. Il est possible que le tubercule médian soit trop large pour qu’une seule épingle puisse le traverser en servant à réunir les deux divisions latérales. On peut alors appliquer
des poinis de suture isolés sur chacune des branches du V que forme la plaie. L’encochure qui persiste après l’opération du bec de lièvre double, est plus considérable que dans le cas de bec de lièvre simple. On peut appliquer ici les procédés de MM. Malgaiçne et Mirault, modifiés suivant les cas.