KKIABLISSEMKNT DE L ORIFICE BUCCAL
Cette opération se pratique dans les cas d'adhérence anormale des lèvres ou de coarctation de l'orifice buccal. Si l'adhérence anormale est congénitale et complète sur un enfant nouveau-né, il faut de suite rétablir l'ouverture de la bouche en incisant la membrane qui l'oblitère. Pour cela, une ponction sera faite avec un bistouri étroit sur l'un des points qui correspondent aux commissures des lèvres ; une sonde cannelée sera introduite par cette ouverture pour guider l'instrument tranchant (bistouri ou ciseaux) qui doit rétablir l'ouverture de la bouche. Les deux lèvres sanglantes seront ensuite enveloppées d'un petit linge cératé, afin d'empêcher tout contact entre les deux plaies pendant la cicatrisation.
Quand la coarctation de l'orifice buccal est produite par des cicatrices vicieuses, suites de brûlures ou d'ulcères, le succès de l'opération est plus difficile à obtenir que dans les cas d'adhérence anormale. Le travail de la cicatrisation ramène toujours des adhérences nouvelles qui rétablissent la coarctation. C'est pour empêcher le tissu inodulaire de reproduire la difformité qu'ont été imaginés les procédés que nous allons décrire.
Procédé de Boyer. — L'orifice buccal étant rétabli par deux incisions prolongées autant que possible, mais s'arrêtant toutefois en dedans des artères labiales, on tire en dehors les deux commissures, au moyen de deux crochets mousses en argent, agissant en sens contraire. Un bandage convenable immobilise les deux crochets qui maintiennent ainsi les dimensions de la bouche pendant queles lèvres se cicatrisent. Ce procédé a compté quelques succès.
On a aussi proposé de faire une ponction avec un trocart au niveau des commissures; puis de passer par ces ouvertures artificielles un fil de plomb dont les deux extrémités sont ensuite réunies et tordues, afin de couper les chairs au moyen du fil qu'on resserre chaque jour de plus en plus. Mais les tissus divisés se cicatrisent et se réunissent de nouveau derrière le fil.
Procédé de Krûgen-Hausen. — Le fil de plomb n'est pas destiné à couper les chairs; on le laisse sur place sans le resserrer, et quand les deux petits trous qu'il traverse sont cicatrisés et convertis en ouvertures permanentes, on rétablit l'orifice buccal avec un bistouri; les deux perforations cicatrisées forment les commissures labiales. Par ce procédé les efifets de la cicatrisation sont moins à redouter que par le précédent. Au lieu du fil de plomb, ou pourrait placer une petite canule en argent, ou un clou de
plomb de Scarpa (voy. instrum., pi. VIII, fig, 13), dont la grosse extrémité serait dans la cavité buccale et la pointe tordue à l'extérieur sur la peau.
Procédé de Dieffenhach^voj.TplAihis^ûg. 5 et 6). — Afin d'empêcher le recollement des bords de la plaie, Dieffenback imagina un procédé dans lequel la muqueuse buccale est réservée de manière à pouvoir recouvrir le bord sanglant des lèvres nouvellement formées. L'opérateur introduit dans la bouche du malade l'indicateur de la main qui ne tient pas l'instrument, afin de tendre la paroi buccale; l'autre main, armée d'une paire de ciseaux bien pointus, ou mieux, d'un bistouri étroit et très aigu, enfonce obliquement la pointe de l'instrument un peu au-dessus du point où doit être placée la commissure labiale; la lame ne doit point traverser l'épaisseur de la joue, mais elle doit être conduite de dehors en dedans, à mi-épaisseur des tissus, jusqu'à l'oriBce buccal contracté. Une fois que la pointe de l'instrument est dégagée, il faut tourner la lame, le tranchant en avant, et diviser d'un seul coup d'arrière en avant toute la moitié superficielle des tissus. Une seconde incision est faite de la même manière au-dessous de la première, et ces deux incisions sont réunies dans le point où existera la commissure nouvelle par une petite incision semi-lunaire. Il ne reste plus qu'à exciser le petit lambeau triangulaire ah c d compris entre les incisions, en ayant soin de ménager la muqueuse qui tapisse le fond de la plaie.
Le second temps de l''opération consiste à utiliser la muqueuse réservée. Pour cela, elle est isolée des autres tissus autant que possible, puis on la divise horizontalement, jusqu'à six ou sept millimètres de la commissure. Les deux lambeaux flottans en haut et en bas servent à recouvrir la plaie saignante, et on les unit à la peau par des points de suture.
Procédé de M. Velpeau. — Avant de diviser horizontalement la muqueuse, M. Velpeau passe les fils destinés à la réunion. Chaque fil, armé d'une aiguille , traverse de dedans en dehors la muqueuse et la peau. Une rangée de fil est ainsi passée pour la lèvre supérieure et une pour la lèvre inférieure; c'est entre les deux rangées de fil que l'incision de la muqueuse est pratiquée; en nouant les fils on opère la réunion (voy. pi. 44 lis , fig. 6).
Procédé de M. Serre, de Monlfellier. — M. Serre divise peau et muqueuse au même niveau, puis il affronte et réunit ces deux membranes par des points de suture. Ce procédé est plus simple que les précédens, mais il n'offre pas les mêmes chances de solidité.