‹ Précis iconographique des maladies de la peauChapitre 53 sur 120 · É R Y T H È M E P 0 L Y AI 0 R P 11 E · texte numérisé non relu

É R Y T H È M E P 0 L Y AI 0 R P 11 E

Yérythème papidetcx dont la coloration peut aller jusqu'au violet foncé [érythème livide, érythème piirpurique) ; suivant les dimensions de? papules, l'érythème peut être miliaire , lenticidairc , pisiforme, papvlo-tuberculeux, etc., parfois, la papule est très étendue comme dans V érythème ortie [erythema iirticatum, lichen urticatus), souvent centrée d'une croûtelle sanguine, brunâtre, due au grattage occasionné par le violent prurit qui accompagne cette forme.

Quand la saillie est plus considérable, c'est l'érythème tuberculeux .

D'autres fois, existent des lésions vésiculeuses yérythème vésicideux) , ou bulleuses [érythème bulleux, érythème phlycténoïde). (Voir la planche XIII.)

Dans une forme spéciale, érythème iris, érythème en cocarde, herpès eu cocarde^ herpès iris de Willan et Bateman, hydroa vésicideux de Bazin, hydroa vacciniforme ou en cocarde, herpès cerclé, herpès annulaire, hydroa vrai (voir la planche XIV), on voit se produire d'abord une vésicule ou une bulle se desséchant bientôt sous forme d'une petite croûtelle, puis, tout autour, une couronne de vésicules encadi'ée ou non par un troisième cercle d'éléments vésiculeux, le tout reposant sur un fond érythémateux de couleur plus ou moins foncée, d'oii un aspect en cocarde caractéristique, cocarde formée par des cercles concentriques de vésicules et de macules.

C'est principalement dans cette forme d'érythème que l'on rencontre les lésions des muqueuses buccale, anale, génitale, bien étudiées par E. Quinquaud (angines hydroïques), mais qui peuvent néanmoins coexister avec les autres formes de l'érythème polymorphe.

Toutes ces lésions érythémateuses, vésiculeuses, bulleuses, etc., peuvent coïncider les unes avec les autres, ou, comme cela arrive dans la plupart des cas, ne se montrer

ÉRYTHÈME P01,YM0RPHE.

chez un même sujet qu'à l'état papuleux, chez un autre, à l'état érythémateux, etc.

L. Brocq isole sous le nom de dermatite polymorphe douloureuse aiguë [hydroa bénigne de Unna) une variété d'érythème polymorphe vésiculo-bulleux qu'il place à côté de la dermatite herpétiforme de Duhring et dans laquelle les phénomènes douloureux de cuisson, de prurit, de brûlure sont exceptionnellement intenses.

Souvent existent des symptômes généraux accompagnant ou mieux précédant l'éruption : courbature, céphalalgie, mélalgies, arthralgies, inappétence et embarras gastrique, fièvre, etc.

Les mains et les pieds peuvent être froids au toucher ; le plus souvent, toutefois, la température locale est plus élevée qu'à l'état sain.

Un certain nombre de complications de gravité variable peuvent survenir dans le cours de l'érythème polymorphe; on a noté des douleurs rhumatoïdes, des arthrites, de l'endo-péricardite, de la pleurésie, de la pneumonie, etc.

Marche. — Cette affection a une marche aiguë ; elle dure en moyenne de dix à quinze joui's ; elle peut se perpétuer pendant cinq ou six semaines, le processus réapparaissant à l'état aigu lorsque les lésions sont à leur déclin.

Elle est fréquemment récidivante; certains sujets peuvent en être atteints deux fois par an.

En disparaissant, les lésions laissent après elles des taches pigmentaires plus ou moins foncées, et dans le cas oi^i l'éruption affecte la forme vésiculeuse ou huileuse, des taches de môme nature si le liquide a été résorbé; des croûtes ou des squames dans le cas contraire.

Pronostic. — Le pronostic est favorable puisque, sauf

Pl. XIV. — Herpès iris.

ÉRYTHÈME POLYMORPHE.

lorsqu'il se produit des complications, l'affection se termine presque toujours d'une façon spontanée.

Diagnostic. — La marche de la maladie éclaire toujours le diagnostic ; mais, s'il fallait l'établir d'une façon extemporanée, il pourrait y avoir confusion dans la forme érythémateuse avec tous les énjtJièmes^ dans la forme papuleuse avec la variole au début; si les papules sont grosses, elles peuvent simuler les nodosités lépreuses ou syphilitiques.

urticaire s'en distingue par ses démangeaisons violentes, les sensations de cuisson, etc., qu'elle détermine.

Uérijthème noueux diffère de la forme tuberculeuse de l'érythème polymorphe par sa localisation souvent typique à la face antérieure du tibia.

L'érythème iris, dans ses localisations sur les muqueuses buccales, peut être confondu avec les plaques muqueuses, la stomatite ulcéro-membraneuse .

Enfin E. Besnier signale (( la série nombreuse des érythèmes de la -première enfance dans lesquels une multiformité spéciale et parfois étrange donne à ces érythèmes un aspect paradoxal qui éveille l'idée d'affections absolument différentes » [syphiloïdes d'E. Besnier, érythèmes papuleux fessiers post-érosifs et syphiloïdes post-érosives de L. Jacqoet, érythème papuleux et syphilide lenticulaire de Parrot, érythème lenticulaire de Sevestre, érythème simple ou vésiculeux des fesses).

Étiologie. — Les conditions étiologiques des érythèmes polymorphes sont encore mal connues; ils peuvent être d'origine réflexe : pharyngienne (Gaesar Boeck), rénale, utérine (Fuchs), uréthrale (Lewin); d'autres se rattachent soit à l'ingestion de certains médicaments, de certains

ÉRYTHÈMES RUBÉOLOIDES.

aliments; coïncident avec des maladies graves : rhumatisme, choléra, lèpre, blennorrhagie, etc., etc. formant la classe des énjthèmes multiformes infectieux secondaires en opposition avec les érythèmes polymorphes infectieux primitifs succédant au surmenage (Dreyfus-Brisac et Dufour).

Les hommes sont moins sujets à l'érythème polymorphe que les femmes (atteintes de troubles utérins) {menokelis de FucHs) et les adultes que les jeunes gens.

On l'a considéré comme une angio-névrose(LEwiN) , comme une affection de nature rhumatismale (auteurs français).

Anatomie pathologique. — Il s'agit ici de lésions inflammatoires vulgaires.

Traitement. — L'érythème polymorphe ne réclame ordinairement que le repos et l'hygiène.

On peut et l'on doit même évidemment traiter l'état général du sujet atteint; mais les divers médicaments préconisés jusqu'à présent, comme l'iodure de potassium (Villemln), le salicylate de soude, le sulfate de quinine, etc., ne semblent pas avoir ici une action bien déterminée.

Localement, suivant les formes, on emploiera les poudres sèches, les lotions de sublimé ou phéniquées contre les démangeaisons, le Uniment oléo-calcaire dans les formes huileuses.

ÉRYTHÈMES RUBÉOLO IDES

Synonymie. — Roséoles. — Érythèmes rubéoliformes.

Définition. — On décrit encore sous le nom de roséole une série d'affections distinctes qui ont pour caractère com-

ÉRYTHÈMES RUBÉOLOIDES.

miin d'être constituées par de petites taches rosées, isolées les unes des autres, peu ou pas saillantes, discrètes ou généralisées, à évolution variable et se terminant toujours par résolution.

En dehors de la rougeole dont les dermatologistes ont l'habitude de laisser l'étude à la médecine générale, on range dans la roséole :

'PDes érythèmes saisonniers [roséole estivale, automnale, vernale) ;

2° Des éruptions artificielles à type rubéolique [roséole copahique, iodiqae, etc.);

3° Les éruptions rubéoliformes consécutives à des affections infectieuses {^roséole syphilitique , cholérique, typhique [taches lenticulaires rosées) , pyohéniique , rash rubéoliforme de la variole, érythème mamelonné , etc., = érythèmes infectieux, dermatites infectieuses, érythèmes toxiques de Kaposi, etc., etc.) ;

4° Des érythèmes dus à des troubles vaso-moteurs [roséole pudique) ;

Enfin, deux éruptions distinctes :

5° L'une décrite par les Allemands sous le nom de Rotheln, affection niée par les uns et admise par d'autres comme entité morbide distincte, mais qui, dans tous les cas, s'identifie presque complètement avec la rougeole;

6° L'autre, à laquelle Hardy réserve le nom de roséole {roséole fébrile, infantile), véritable fièvre éruptive, affectant souvent les petits enfants, débutant par un peu de fièvre, quelques troubles digestifs, caractérisée à la période d'état par des taches rosées, distinctes, occupant la face, le tronc, les membres, et disparaissant au bout de deux ou trois jours.

Cette affection, que Habdy admet comme contagieuse, se termine toujours favorablement.

ÉRYTHÈMES SCARL ATINOIDES.

Traitement. — Le traitement ne consiste qu'en soins hygiéniques et en un léger purgatif dans le cas d'embarras gastrique.

ÉRYTHÈMES SCAR LATI N I FO RM ES

Synonymie. — Erj'throdcrmies exfoliantes érythémateuses. — Erytlièmes desquamatifs scarlatini formes récidivants. — Dermites érythémateuses exfoliatrices, aiguës, récidivantes.

« Aigus ou subaigus, disent E. Besnier et A. Doyois, ces érytlièmes ou ces dermites érythémateuses se rapprochent des pyrexies érythémateuses par la réaction générale, parfois intense, qui les accompagne à leur début ; de la scarlatine par les caractères de l'éruption, voire môme quelquefois par des localisations ou des complications qui rendent l'assimilation plus étroite; mais leurs conditions étiologiques et pathogéniques variables, leur durée inégale, irrégulière, leur mode évolutif, leur non-contagiosité, et leur caractère récidivant les ramènent beaucoup plus près des érytlièmes proprement dits. » (Voir l'article Dermatite exfoliative aiguë, bénig7ie.)

ÉRYTHÈMES SC A R L ATI N O I D ES (Besnter)

Synonymie. — Érytlièmes scarlatinitormes (Hardy).

« Ce terme, disent E. Besnier et A. Doyon, s'applique à 4es érytlièmes secondaires, vraiment scarlatinoïdes par la

ÉRYTHRASMA.

rapidité de l'invasion, la réaction fébrile, l'hyperthermie, les localisations muqueuses et viscéi'ales, les accidents graves, et le mode évolutif; sauf leur desquamativité souvent hâtive, l'éruption est entièrement celle de la scarlatine.

« Toujours consécutifs à une affection infectieuse (1), le plus habituellement pyrétique, ils n'en constituent qu'une localisation à la peau, ou une complication proprement dite, selon qu'ils naissent eux-mêmes de l'élément infectieux primitif, ou qu'ils procèdent d'une autotoxémie deutéropathique, ou d'une toxémie médicamenteuse ou alimentaire. Le puerpérisme infectieux, la septicémie chirurgicale [scarlatinoides traumatiques)^ la gonoliémie, etc., sont au premier rang des états pathologiques au cours desquels on les voit survenir sous l'action de l'un des modes divers cidessus indiqués. »

ÉRYTHRASMA (B^rensprung)

Définition. — L'érythrasma est une affection parasitaire de la peau, fréquente chez les arthritiques du sexe masculin, due à un parasite de très petite dimension (microsporon minutissimum), découvert par Burchardt, en 1859.

Parasite. — Le parasite est composé de spores très petites, rondes ou ovalaires, disposées en groupes ou isolées et d'un mycélium à tubes flexueux, très nom.breux, très grêles, irréguliers, isolés ou en réseaux.

(1) Erythèmes infectieux, dermatitcs infectieuses.

ÉRYTHRASMA.

Ce parasite n'envahit que la couche cornée de l'épiderme ; il est très peu irritant.

Symptomatologie. — L'affection consiste en plaques d'aspect uniforme, plus ou moins arrondies, parfois festonnées (contour géographique), circonscrites, d'un rouge orangé à l'état typique, parfois d'une couleur brune ou jaunâtre plus ou moins foncée ; les bords, légèrement saillants, sont bien nets ou se continuent avec une zone érythémateuse; l'étendue des placards est variable; tantôt ils ont un diamètre de un à trois ou quatre centimètres ; tantôt ils sont grands comme la paume de la main ou acquièrent des dimensions bien plus considérables encore.

Au niveau de la plaque, l'épiderme est sec, rugueux, chaginné, comme surélevé; il desquame mais finement et difficilement.

L'affection ne provoque aucun symptôme subjectif, en dehors parfois d'une légère démangeaison qui parait en rapport avec l'abondance de la transpiration; la maladie n'est donc bien souvent décelée que par le médecin chez les sujets qui en sont atteints.

Siège. — L'érythrasma siège presque exclusivement dans la région inguino-scrotale ou mieux scroto-crurale ; on le trouve encore aux aisselles, aux plis des seins, d'oià il peut gagner les bras, la paroi abdominale, mais on ne le rencontre presquejamais dans les régions découvertes.

Marche. — Le parasite envahit très lentement le tégument ; il faut plusieurs années pour la formation d'un placard d'érythrasma de cinq centimètres de diamètre.

Pronostic. — L'affection comporte un pronostic bénin,

ÉRYTHRASMA.

sa contagion est peu fréquente, mais elle est très tenace et sujette à récidiver.

Diagnostic. — Le siège de l'érythrasma est déjà un boa signe diagnostique ; toutefois, on le confond encore avec Vintertrigo dont il diffère par sa coloration moins rouge, son caractère de sécheresse et de rugosité, sa forme moins en rapport avec les surfaces en contact, enfin son indolence. La trichophytie cutanée, le jiihjriasis versicolor, l'eczéma séborrhéique, les taches pigmentaires pourraient être pris parfois pour de l'érythrasma; mais les cercles réguliers de la trichophytie cutanée, la couleur jaune, la desquamation épidermique produite parle coup d'ongle dans le pityriasis versicolor, l'absence de desquamation par le raclage dans les taches pigmentaires faciliteront le diagnostic, que l'examen microscopique établira, d'ailleurs, sûrement.

Traitement. — Le traitement a pour but la destruction du parasite par l'exfoliation de la couche cornée où il siège . On arrive à ce résultat par les badigeonnages iodés, les lotions de sublimé, les onctions et frictions avec les pommades soufrées, cadiques, salicyliques, iclithyolées, »tc. On devra, après la disparition de la maladie, faire continuer pendant quelque temps l'usage de bains sulfureux et insister sur les soins de propreté les plus minutieux.

FARCINOSE

Certaines formes de la farcinose cutane'e chronique, passée presque complètement sous silence dans les grands ouvrages de dermatologie français ou étrangers, sont cependant très importantes à signaler, ne fût-ce que pour éveiller l'attention des dermatologistes sur certaines lésions confondues le plus ordinairement avec celles de la syphilis, ressemblant parfois à la tuberculose ou à l'épithélioma.

E. Besnier et h. Hallopeau et E. Jeanselme en ont publié en 1891 et 1892 des exemples très intéressants.

Symptomatologie. — Les lésions consistent en pertes de substance, en ulcérations plus ou moins considérables. Ordinairement, on constate au début, sur une base inliltrée, d'un rouge violet ou livide, une saillie pustuleuse de petite dimension, grosse comme un grain de mille! ou une lentille.

C'est à cette saillie, « gomme farcineuse », que succède l'ulcération à bords décollés, creusés en dessous, renversés en dehors, irréguliers, déchiquetés, dont le fond, plus large que l'ouverture, fournit une sécrétion purulente, abondante, jaunâtre, gommeuse, dit H. Hallopeau (huile de farcin des vétérinaires).

Les ulcérations, dont la dimension varie suivant le plus ou moins de confluence des éléments primitifs, sont indolentes.

FARCINOSE.

Siège. — Elles siégeaient, dans les cas relatés ici, au nez, au palais, aux lèvres.

Marche. — Au bout d'un certain temps, dans un des cas d'E. Besnier, on voyait se produire à la périphérie de la lésion un bourgeonnement cicatriciel « laissant au milieu de vastes ulcérations composites un mélange tout à fait caractéristique de lobules, de mamelons de toutes les formes et de dimensions très variées, qui produisent un aspect irrégulièrement granuleux et déchiqueté, comme vermoulu, vraiment particulier ».

Deux des malades observés ont succombé à un accès de morve aiguë.

Pronostic. — Le pronostic est donc grave.

Diagnostic. — «Chaque fois, dit H. Hallopeau, que des ulcérations des fosses nasales, de la voûte palatine et des lèvres présentant les caractères spéciaux que nous avons indiqués, coïncident avec des cicatrices d'abcès qui se sont développés successivement sur diverses régions du corps, et sur les membres en particulier, il y a lieu de penser à l'infection farcino-morveuse, de faire une enquête et de recourir à l'expérimentation. »

Ce moyen de diagnostic est, en effet, couronné de succès et consiste en inoculations du j)us sécrété à l'âne, au cobaye, au chien, au mulot, en cultures et en examens microscopiques.

Extemporanément, l'examen pourra faire éliminer le lupus dont on ne trouve pas les nodules caractéristiques et qui donne lieu, non pas à une suppuration abondante, mais plutôt à une sécrétion qui se concrète facilement en croûtelles.

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