‹ Précis iconographique des maladies de la peauChapitre 55 sur 120 · GANGRÈNE CUTANÉE · texte numérisé non relu

GANGRÈNE CUTANÉE

Une seule des formes multiples de 1 a gangrène nous paraît devoir intéresser spécialement le dermatologiste, c'est la

GANGRÈNE CACHECTIQUE MULTIPLE DE LA PEAU décrite pour la première fois par 0. Simon en 1887.

Depuis cette époque, bien des formes analogues ou similaires ont été étudiées sous des|noms divers comme la

GANGRÈNES DIVERSES.

dermalitis gangraenosa infantum[K. Crocker), la varicelle gangreneuse (Hutchixson et Abercrombie), le pemphigus gangraenosm (W. Stokes), le rupia escharotica (Fagge), Yecthyma infanlile gangreneux (Pineau), Vecthyma térébrant infantile (Barthélémy), Yecthyma térébrant de l'enfance (G. Baudouin et L. Wickham).

Cette affection, qui n'atteint que les jeunes enfants cachectiques, est constituée d'abord par des bulles apparaissant sur les régions du corps les plus diverses, simultanément ou successivement. Après la chute des croûtes qui leur succèdent, on constate l'existence d'ulcérations plus ou moins profondes, parfois dénudant même les os, ordinairement confluentes, à bords taillés à pic.

Le pronostic de cette affection considérée « comme une gangrène occasionnée par une thrombose marastique » est favorable lorsqu'on institue un traitement précoce et rationnel : fer, vin, lait ; bains, pansements au zinc et à l'iodoforme (0. Simon).

GANGRÈNES DIVERSES

Des lésions analogues ont été observées chez les enfants et les adultes, soit à la suite de maladies générales graves : rougeole, variole, athrepsie, diabète, tuberculose, etc. ; soit compliquant diverses affections cutanées : êry thème noueux, psoriasis, pityriasis rubrd, purpura, ^eic, soit sous la dépendance d'un trouble de l'innervation comme le décubitus acuius de Samuel, la gangrène des hystériques [erythema gangrsenosum), la liodermie essentielle d'Auspixz [glossy-

GOMMES SCROFULO-TUBERCULEUSES.

skin de Mitchell, Moorholse, Keen, Dennite nerveuse essentielle àQ,Kkvo?>\)'^ à citer aussi Yérythème gangreneux des simulateurs de Tilbury Fox, la gangrène symétrique ou asphyxie locale des extrémités [ynaladie de Maurice Raynaud).

Outre le traitement spécial de l'affection générale, on traitera la gangrène suivant les règles de la plus minutieuse antisepsie.

GOMMES SCROFULO-TUBERCULEUSES

Synonymie. — Tubercules celluleux. — Intumescences graisseuses. — Abcès froids (Alibert). — Abcès scrofuleux (Guersent, Leber, J. Del- PECH, Rayer). — Abcès dermiques. — Tubercules scrofuleux cutanés et sous-cutancs. — Écrouclles cellulaires (Bazin). — Hydrosadénite scrofuleuse. — Scrofulide phlegmoneuse (Hardy). — Scrofulides ulcéreuses. — Piupia scrofuleux.

E. Besnier divise les gommes scrofulo-tuberculcuses en trois groupes :

1° Gommes scrofuleuses dermiques;

2° Gommes scrofuleuses hypodermiques ;

3° Gommes scrofuleuses sous-aponévrotiques, dont il donne les caractères cliniques et diagnostiques suivants que nous résumons :

1° Gommes scrofuleuses dermiques.

Constituées au début par de petites nodosités correspondant à une tache rouge livide de la peau, douloureuses à la pression, elles gagnent plus ou moins rapidement les couches superficielles du derme et se ramollissent en un

GOMMES SGROFULO -TUBERCULEUSE S.

OU plusieurs points constituant autant d'ulcérations en cul-de-sac plus larges que les orifices à fond bourgeonnant et blafard, recouvertes de croûtes fines et adhérentes, saignantes, dont les bords, de couleur plus ou moins violacée, sont décollés, irréguliers, s'étcndant parfois excentriquement d'une manière serpigineuse ; la peau forme parfois au-dessus d'elles des brides ou ponts d'un aspect particulier.

On les rencontre isolées ou confluentes, parfois en nappes surtout sur les parties latérales de la face, le long des branches montantes du maxillaire inférieur, dans les régions sous-maxillaires, au thorax, etc.

Quoique pouvant s'observer à tous les âges, elles sont plus fréquentes chez les adolescents.

Au début, elles peuvent facilement se confondre avec les gommes syphilitiques; lorsqu'elles sont ulcérées, elles en diffèrent par leur superficialité, l'irrégularité de leurs bords livides et non pigmentés comme dans la syphilis et non décollés.

2" Gommes scrofuleuses hypodermiques [méliccris scrofuleiix, etc.).

Dans cette forme, après une période relativement longue (plusieurs semaines) pendant laquelle rien n'existe du côté de la surface de la peau, la petite nodosité, arrondie, dure au début, indolente, non adhérente à la face profonde du derme, se ramollit, devient alors adhérente à la peau sur laquelle on aperçoit à la loupe quelques fines varicosités; bientôt, le tégument, douloureux, se colore en rouge livide ; la tumeur devient fluctuante, donnant naissance à une petite quantité de liquide ordinairement séreux, sanguinolent, sanieux ; elle s'ulcère, rappelant alors l'aspect ordinaire de l'ulcère scrofulo- tuberculeux.

GOMMES SGROFULO-TUBERCULEUSES.

3° Enfin, les gommes scrofuleuses sous-aponévrotiques, plus rares dans les muscles que dans la peau, se développant à la face externe des gaines tendineuses, dans le voisinage du périoste, sont souvent confondues avec les gommes syphilitiques , les abcès ossifîuents, les gommes tuherculeuses vraies.

Diagnostic. — Dans les trois formes de gommes scrofulo-tuberculeuses, l'épreuve thérapeutique par l'iodure de potassium et le mercure éliminera la syphilis.

Traitement. — Ceci fait, on pourra donner le traitement interne de la médication dite anti-scrofuleuse (huile de foie de morue, fer, arsenic, iodoforme) et traiter par les caustiques, le raclage, ou chirurgicalement les foyers suppuratifs et les ulcérations.

HÉMATIDROSE

Synonymie. — Stigmates de sang.

Définition. — « La sueur sanguine, sanglante, hématique, ou hématidrose, représente une névropathie glomérulaire hémorrhagique... Le fait pathologique qu'elle constitue est aujourd'hui bien connu, nettement déterminé dans son siège, le réseau vasculaire idradénique, son mécanisme, la diapédèse sanguine, sa pathogénie, l'action nerveuse. » (E. Besnier et A. Doyon.)

Symptomatologie. — L'écoulement sanguin qui se fait à la surface de la peau sans aucune solution de continuité des tissus peut être précédé d'une sensation de chaleur, de douleur, de picotement, de battement, parfois d'une éruption érythémateuse, vésiculeuse dans le cas de Cham- BERs ; le liquide, d'une couleur rouge ou rosée, s'écoule habituellement en petite quantité et pendant peu de temps, mais l'écoulement sanguin apparaît presque toujours à plusieurs reprises.

Siège. — L'hématidrose est ordinairement localisée aux extrémités des doigts, au front, aux aisselles, etc., mais parfois ne se montre que d'un seul côté du corps.

Pronostic et Diagnostic. — Le pronostic de cette affec-

HERPÈS FEBRILE

tion, dont le diagnostic s'impose, est celui de la maladie qui l'a engendrée.

Patliogénie. — Parrot a démontré qu'elle était d'origine nerveuse; Hebra la rattachait à l'hémophilie.

HERPÈS FÉBRILE

Synonymie. — Herpès miliaire. — Oloplilyctide labiale cI'Alibert. — Herpès exedens de Russel. — Herpès plilycténoide de Willan. — Herpès en groupes dissémiaos. — Fièvre herpétique (J.-B. HiLLAiRiiT).

Définition. — On désigne actuellement sous ce nom une affection aiguë caractérisée par une éruption vésiculeuse dont les éléments, généralement groupés, reposent sur une base érythémateuse et qui évolue régulièrement en dix ou quinze jours.

Symptomatologie. — Période érythémateuse. — L'herpès fébrile, annoncé par des sensations d'élancement, de picotement, de tension, de brûlure, etc., commence par une ou plusieurs taches congestives, rouges ou rosées, ordinairement de petite dimension, un peu saillantes, arrondies, allongées ou plus souvent irrégulières, diffuses.

Période de vésiculation. — Très rapidement, au bout de quelques heures, on voit apparaître, au centre de la tache, des vésicules grosses comme des têtes d'épingle, arrondies ou acuminées, transparentes et contenant un liquide citrin, clair et transparent. Ces vésicules sont

HERPÈS FÉBRILE

groupées côte à côte en nombre variable, de quatre à dix ou même plus, formant des placards ayant une dimension comparable à celle d'une pièce de cinquante centimes, de un ou de deux francs ; lorsqu'elles sont confluentes, elles ressemblent à des bulles [herpès'phlycténoïde).

Période de dessiccation. — Au bout de vingt-quatre heures environ, on voit le liquide devenir louche et purulent dans les vésicules ; celles-ci, ou bien se dessèchent et s'affaissent du troisième au sixième jour environ et disparaissent sous forme d'exfoliation épidermique du cinquième au dixième jour, ou bien elles se transforment en croùtelles superficielles, fines, brunâtres, jaunâtres ou noirâtres qui se détachent au bout de quelques jours (de trois à huit), laissant à leur place rarement une exulcération, presque toujours une macule rosée qui ne tarde pas à disparaître sans laisser aucune trace cicatricielle.

Les malades se plaignent souvent de sensations de brûlure, de picotement, de chaleur, de démangeaison au niveau des régions sur lesquelles se développe l'éruption.

Ces symptômes sontordinairementprécédésd'un malaise général, d'anorexie, de courbature, etc., et d'un état fébrile qui cesse assez souvent au moment de l'apparition des vésicules. Dans quelques cas, les symptômes peuvent être très graves (délire, température de 40 degrés).

Marche. — Durée. — Les placards éruptifs peuvent se développer en même temps ou à quelques jours d'intervalle les uns des autres, ce qui allonge plus ou moins la durée totale de l'affection.

Siège. — L'herpès fébrile peut siéger sur la peau ou sur les muqueuses.

HERPÈS FÉBRILE

Sur la peau, on le rencontre le plus habituellement à la face, sur les lèvres [herpès labialis), sur le nez [herpès nasalis), sur les paupières [herpès palpebralis), sur les oreilles [herpès auricnlaris), siiv les joues, le menton, toute la face en un mot [herpès facialis de Hebra) ; on le rencontre encore sur le cou, la poitrine, les bras, les parties génitales, etc.

Sur ces dernières régions, chez la femme, il peut acquérir une intensité considérable : herpès vxdvaire confluent, vulvite couenneuse de Bruneau, forme qui s'accompagne souvent de symptômes généraux et locaux assez graves : brûlure, cuisson, démangeaison, tuméfaction des régions atteintes, écoulement muco-purulent et fétide, ulcérations, adénites.

Sur les muqueuses buccale [angine herpétique), vulvaire, etc., les vésicules, en raison de la conformation des tissus, sont remplacées non plus par des croûtes, mais par des exulcérations recouvertes d'un enduit blanc ou grisâtre pseudo-membraneux [angine couenneuse commune de Breïonneau et Trousseau, herpès guttural de Giuler) ; dans la cavité buccale, la déglutition est souvent fort gênée.

Enfin, l'herpès peut siéger sur les régions du tégument mi-partie cutanées et mi-partie muqueuses : herpès des régions mixtes ou péri-orôiculaire ou herpès orhiculaire d'E. Besnier [herpès péri-orbitaires sourcilier, palpébral, herpès narinaire, herpès péri-buccai, herpès labial, etc.).

Pronostic. — Le pronostic est bénin en lui-même, mais il est subordonné à l'étiologie ; on a signalé la récidivité de l'éruption herpétique aux lèvres, à la bouche [herpès récidivant buccal de Fournier), aux organes génitaux [herpès névralgique zostéroïde de Mauriac), aux mains, sur la peau [herpès récidivant de la peau de Bertuolle).

HERPÈS FÉBRILE

Diagnostic. — Les caractères de l'éruption, son siège neuf fois sur dix à la face, les symptômes généraux qui l'accompagnent, distinguent assez facilement l'herpès fébrile.

Il se différencie de Yeczéma par sa marche rapide ; du zona par sa bilatéralité fréquente et sa non-localisation à un territoire nerveux, par l'absence de douleurs névralgiques.

Aux organes génitaux, le diagnostic peut être très délicat. (Voir herpès génital récidivant.)

Étiologie. — L'herpès fébrile apparaît à tout âge, plus fréquemment toutefois chez les enfants; on l'a noté dans un grand nombre d'affections générales [herpès symptomatiqnes), la pneumonie {herpès critique des anciens), la fièvre intermittente, l'inffuenza, l'embarras gastrique, la fièvre typhoïde, la méningite cérébro-spinale; il peut être consécutif à certaines maladies nerveuses [herpès traumatique). On Ta signalé encore comme accompagnant la menstruation (J.-B. Hillairet), ou succédant à un traumatisme (Verneuil).

Traitement. — Sur la peau, le mieux est de laisser la lésion évoluer et se terminer spontanément ; on peut néanmoins prescrire avec quelque utilité des lotions antiseptiques et l'application d'une couche de vaseline boriquée.

Sur les muqueuses, il faut: faire pratiquer des lotions astringentes, appliquer des poudres isolantes, séparer les régions à l'aide de coton hydrophile et enfin, en dernier lieu, cautériser avec des solutions de nitrate d'argent de 1 à 3 p. 30.

HERPÈS GÉNITAL RÉCIDIVANT.

HERPÈS GÉNITAL RÉCIDIVANT

Synonymie. — Herpès préputial. — Herpès progénital. — Herpès récidivant des parties génitales de Diday et A. Doyon.

Définition. — Cet herpès, qui n'est pour Hardy qu'un eczéma, ofFre ce caractère particulier de survenir, par poussées successives, séparées par des intervalles d'accalmie plus ou moins longs, variant de deux à six mois.

Symptomatologie. — L'éruption n'est pas souvent accompagnée de symptômes généraux ; il existe parfois un peu de cuisson, de démangeaison loco dolenti, mais, souvent, l'apparition des vésicules sur une base rouge et tuméfiée est le seul signe de l'affection.

Les vésicules, miliaires, grosses comme une tête d'épingle, sont en nombre restreint et ne durent que peu de temps ; dans certains cas, les exulcérations consécutives persistent un temps plus ou moins long.

Siège. — Le siège de l'affection est: chez l'homme, le prépuce, le sillon balano-préputial et la peau de la verge; chez la femme, le capuchon, les petites lèvres et la face interne des grandes lèvres.

Pronostic. — L'affection est bénigne, mais désagréable par ses caractères de récidivité et de ténacité.

Diagnostic. — La récidive est un signe caractéristique de la maladie, mais le diagnostic peut être très difficile

CHATELAIN. — 2' ÉDIT. lî)

HERPÈS GÉNITAL RÉCIDIVANT.

lorsqu'il s'agit de différencier l'herpès génital à la période exulcéreuse (et c'est presque toujours le cas), des diverses manifestations vénériennes : chancre induré ou chancre mou.

Voici, résumés en un tableau, les principaux caractères différentiels de ces trois affections :

Herpès

Base souple, sauf induration thérapeutique.

Contours micro-poly cycliques (A. FOURNIER.)

Erosions multiples.

Erosions superficielles.

Sérosité obtenue par expression.

Pas de ganglions.

Prurit, cuisson.

Évolution rapide.

Inoculation négative.

Chancre induré Base indurée.

Contours arrondis.

Érosion unique le plus

souvent.

Érosion un peu moins

superficielle.

Peu do suppuration.

Pléiade ganglionnaire.

Evolution lente.

Chancre mou

Base souple, sauf induration thérapeutique.

Bords déchiquetés, décollés.

Érosions multiples disséminées.

Ulcérations creusées , profondes.

Suppuration abondante.

Bubons.

Douleur.

Évolution plus lente que

celle de l'herpès.

Inoculation positive.

Étiologie. — Pathogénie. — Des causes différentes ont été invoquées par divers auteurs pour expliquer la production de V herpès génital récidivant : affections vénériennes chez les arthritiques (Diday et A. Doyon) ; troubles digestifs (Plumbe et Kaposi) ; on l'a regardé comme un zona (B^eerensprung) ; son origine nerveuse est admise par Mauriac, Verneuil, IJnna; mais, disent E. Besnier et A. Doyom, il est dû « à des causes rarement uniques, le plus souvent concomitantes, à l'ensemble desquelles un nosologiste judicieux doit impartialement faire appel ». Dans tous les cas, un fait curieux, c'est qu'il ne s'observe pas chez des sujets vierges (E. Besnier).

Traitement. — Outre une hygiène générale appropriée,

HERPÉTIDE EXFOLIATRICE.

ilfaut prescrire, au pointde vue prophylactique, des lavages astringents fréquents ; puis, dès les premiers symptômes, employer les poudres inertes, les pâtes isolantes

Oxyde de zinc.

Vaseline. . . .

aa parties égales.

OU maintenir en permanence, sur la région atteinte, des compresses ou des boulettes de coton hydrophile imbibées d'alcool à 90° additionné pour 100 grammes de 2 grammes de résorcine pure, de 1 gramme de thymol, de 3 grammes de menthol, de 25 centigrammes d'acide phénique, de 3 grammes de résorcine et de l à 2 grammes de cocaïne, de 2 grammes de tanin et recouvertes de taffetas gommé; renouveler le pansement douze fois par jour (H. Leloir).

On a fortement conseillé l'emploi des eaux minérales d'Uriage, de Saint-Gervais, de Luchon, etc.

HERPÉTIDE EXFOLIATRICE

Synonymie. — Dermatite maligne chronique exfoliante (H. Leloir et E. Vidal). — Erythrodermies exfoliantes secondaires terminales ou cachectiques, pernicieuses, malignes (E. Besnier et A. Doyon).

Définition. — « L'herpétide exfoliatrice, dit Bazin, est une forme d'éruption cutanée dénature herpétique, remarquable par sa généralisation et par l'abondance des squames qui sont sécrétées à la surface de la peau, et dont les caractères ne permettent pas de reconnaître la lésion primitive de l'affection.

«... Cette forme d'éruption est éminemment tardive : elle

HERPÉTIDE EXFOLIATRICE.

représente, en effet, soit comme extension, soit comme produit, le dernier terme que peuvent atteindre les manifestations cutanées de l'herpétis. »

Symptomatologie. — Quelle que soit la maladie primitive à laquelle succède l'iierpétide exfoliatrice (dont H. Hal- LOPEAU considère l'existence comme problématique), cette dernière offre, une fois constituée, un tableau toujours le même.

La desquamation est ordinairement générale ; dans certains cas, cependant, la face, les régions palmaires et plantaires, toujours envahies en dernier lieu, restent indemnes.

Les squames sont minces, légères, transparentes, noircies; elles sont sèches, de forme et de dimension variables : petites ou larges; elles se produisent sans discontinuer et tombent sans cesse en grande abondance.

La peau, d'une sécheresse remarquable, est d'un rouge plus ou moins foncé.

Parfois existent quelques démangeaisons, plus fréquentes au début que dans le cours de l'affection.

Au bout d'un temps plus ou moins long, la fièvre apparaît, le malade maigrit, s'épuise et meurt dans la cachexie ou par le fait d'une diarrhée incoercible, ou d'une complication viscérale quelconque.

Diagnostic. — Les commémoratifs permettent de faire le diagnostic : il a existé des bulles de pemphigus de plus en plus larges et aplaties, presque sans soulèvement épidermique {pemphig^is foliacé à& Hardy) ;des placards d'eczéma devenant de moins en moins suintants, mais couverts de squames plus ou moins abondantes et plus sèches; des plaques de psoriasis dont les squames deviennent moins

HYPERIDROSE.

épaisses, mais plus abondantes, plus larges, plus minces.

Traitement. — Il faut d'abord relever le plus possible l'état général du malade auquel on donnera les toniques les mieux appropriés, et qu'on entourera des soins hygiéniques les mieux compris.

Au point de vue local, ce sont les onctions grasses avec le Uniment oléo-calcaire, la vaseline, la lanoline, l'huile de foie de morue, etc., etc., additionnées, dans le cas de démangeaisons intenses, d'essence de menthe à 1 pour 100 qui réussissent généralement le mieux.

On recommande aussi tout particulièrement l'usage des bains continus.

HYPERIDROSE

Synonymie. — Idrosc. — Sudatoria.

Définition. — On donne le nom d'hyperidrose à la production exagérée de sueur.

Pour certains dermatologistes (Hardy, Kai'Osi, etc.), la production exagérée de sueur à l'état normal due à la chaleur, aux efforts physiques : travail, danse, marche, etc., n'est pas de l'hyperidrose, qui, pour Hardy, est l'exagération morbide delà sueur. £. Besnier et A. Doyon font justement remarquer que l'hyperidrose, pathologique dans le second cas, est purement et simplement physiologique dans le premier.

L'hyperidrose peut être symptomatiqiie dans certaines

HYPERIDIiOSE GÉNÉRALE

maladies comme la suette miliaire en particulier, les fièvres intermittentes, le rhumatisme, etc.; ou essentielle, idiopathique.

Cette dernière forme, seule, intéresse plus particulièrement le dermatologiste.

Elle peut être généralisée ou localisée.

HYPERIDROSE GÉNÉRALE

La sueur est sécrétée en plus ou moins grande quantité ; on la voit sur le tégument sous forme de gouttes, mouillant les vêtements.

La peau est chaude ou fraîche, si la sueur a séjourné longtemps.

Quoique généralisée, la sueur est plus abondante en certains points du corps, comme les aisselles, les aines, les faces antérieure et postérieure du thorax, les régions palmaires et plantaires.

L'hyperidrose est souvent précédée d'une sensation de prurit, de cuisson, de picotement; parfois d'un sentiment de resserrement, d'oppression que Hkbra attribue à l'accumulation du sang dans les vaisseaux papillaires excitant ainsi les nerfs cutanés, toutes sensations qui disparaissent après l'apparition de la sueur.

Sa production est parfois accompagnée d'éruptions dites sudorales comme la miliaire et les sud ami na et, dans certaines conditions (absence de soins de propreté), d'éruptions eczémateuses.

L'hyperidrose n'est pas continue ; elle se montre à la suite d'un léger effort physique ou intellectuel, d'une contrariété, sous l'influence d'une chaleur modérée.

HYPERTRICHOSE.

On la constate surtout chez les sujets gras, les arthritiques, les nerveux.

L'hyperidrose localisée constitue les épliidroses. (Voir ce mot.)

Traitement. — On doit instituer d'abord un traitement en rapport avec la constitution du sujet atteint; on peut aussi prescrire certains médicaments qui agissent réellement sur la sécrétion de la sueur : le sulfate d'atropine, la belladone, le phosphate de chaux, le tanin, l'ergot de seigle, l'arséniate de strychnine, etc.

Localement, on lotionnera la peau avec de l'eau alcoolisée et on la saupoudrera de poudre de talc. On a conseillé des frictions sur les régions atteintes avec un Uniment belladoné (Sidney-Ringer).

HYPERTRICHOSE

Synonymie. — Hypertrophie des poils. — Polytrichie. — Hypertricliiasis. — Trichosis. — Trichauxis. — Hirsutie. — Poils accidentc?ls, etc.

Définition. — Ces divers noms désignent le développement exagéré et anormal du système pileux.

Cet état peut être généralisé ou localisé, congénital ou acquis.

Généralisée [dasytes)., l'hypertrichose est rare (hommechien); même dans ce cas, les régions palmaires et plantaires, la face interne des grandes lèvres, le gland et le prépuce ne sont jamais envahis.

HYPERTRICHOSE.

Localisée, l'hypertrichose, assez fréquente, est congénitale ou acquise ; elle peut ne consister qu'en bouquets de poils siégeant çà et là (extrémité du nez, espace intersourcilier, sourcils, narines, joues, oreilles, mamelon, région intermammaire, etc.). ou envahir de plus vastes surfaces : joues (femmes à barbe), partie inférieure de la colonne vertébrale, ou n'être qu'un développement exagéré des cheveux et de la barbe.

E. Bes.mer et A. Doyon appellent particulièrement l'attention sur \ hyper tri chose commune coexistant régulièrement avec \ Jiyper séborrhée et V hyperstéatidrose du cuir chevelu.

Lorsqu'elle est acquise, l'hypertrichose est due souvent à des irritations locales : vésicatoires, pommades irritantes mercurielles, iodurées, pâtes épilatoires, etc.

Chez certains enfants qui naissent avec un système pileux exagérément développé [lanugo) sur le cuir chevelu et la face, les poils tombent en général spontanément au bout de quelque temps.

Étiologie. — En dehors des irritations extérieures dont l'influence est connue, l'étiologie de l'hypertrichose est obscure; on a dit qu'elle était héréditaire ; on a noté dans l'hirsutie de la face, chez la femme, des troubles sexuels.

Traitement. — L'hypertrichose généralisée est audessus des ressources de la thérapeutique.

Le traitement de l'hypertrichose localisée est palliatif et curatif.

Le traitement palliatif consiste dans l'épilation par la pince, l'emploi de pâtes épilatoires (pilivores), la rasure; mais ces procédés sont plus nuisibles qu'utiles, car les poils repoussent toujours plus gros et plus foncés.

HYPERTRICHOSE.

Le traitement curatif actuel consiste dans la destruction des poils par l'électrolyse, méthode d'une application relativement difficile due à Michel, de Saint-Louis, introduite en dermatologie par Hardaway et dont la technique a été complètement et parfaitement tracée par L. Brocq, mais qui, en somme, ne peut encore actuellement entrer dans la pratique courante de tous les médecins.

ICHTHYOSE

(Voir la planche XIX.)

Synonymie. — Xcrodcrmie. — Xérodcrmic ichthyoïde. — Ichthyose vraie ou congénitale.

Définition. — L'ichthyose est une difformité de la peau, congénitale, mais n'apparaissant que quelques mois après la naissance, toujours avant la troisième année, caractérisée par une sécheresse et une desquamation continues du tégument.

Symptomatologie. — L'ichthyose consiste en une grande sécheresse de la peau qui est parcheminée, ridée, l'ugueuse et desquame incessamment.

Cette desquamation épidermique se manifeste elle-même sous diverses formes constituant par là des variétés nombreuses parmi lesquelles on peut citer :

La xérodermie, quand les téguments sont simplement secs et desquament insensiblement {ichthyose furfuracée)\

Uichthyose nacrée [ichthyosis nitida d'ALiBERT), quand les squames sont luisantes, argentées; scululée [ichthyosis scutxdatd), lorsqu'elles sont adhérentes ou déprimées au centre ;

Uichthyose pityriasiqtie^ quand les squames sont semblables à du son ;

Pl. XIX. — Ichthyose.

ICHTHYOSE.

\Jichthyose serpentine, quand les écailles sont larges, molles, à contours plus ou moins arrondis;

Vichthyose cnimée, quand les saillies squameuses sont pleines, dures et saillantes, rappelant l'aspect de la chair de poule, de la peau de crocodile {ichthyose sauriasiqzic , saiiriasis d'ERASMUs Wilson, saurodermie de Lailler), du porc-épic {ichthyose hy s trix, hystricisme) ;

Vichthyose lichénoïde, quand la peau est sillonnée de longs plis quadrillés s'entre-croisant.

Enfin, suivant la couleur des squames, on a décrit Yichthyose blanche [ichthyosis albà) et YicJithyose noire (ichthyosis nigricans) .

Sous les squames, la peau a sa couleur normale, mais les poils sont rares, les ongles secs et cassants.

Siège. — La généralisation symétrique est la règle dans l'ichthyose avec une prédisposition pour certaines régions comme les membres du côté de l'extension (coudes et genoux), respectant ordinairement les plis articulaires (le creux poplité, le pli de l'aine, le pli du coude, le creux axillaire) qui sont quelquefois le siège d'une hyperidrose locale (Aubert) ; il en est de môme de la paume des mains, de la plante des pieds, du visage, des parties génitales. Au cuir chevelu et à la face, on peut observer, dans l'ichthyose nacrée, une desquamation pityriasiforme ; la peau est alors sèche et écailleuse, les cheveux sont clairsemés et secs.

Il n'existe que peu ou pas de prurit, mais un sentiment de sécheresse désagréable, surtout en hiver, l'affection s'atténuant beaucoup en été.

Pronostic. — L'ichthyose constitue une difformité permanente qui, pour Hebra et Hardy, pourrait disparaître

ICIIÏIIYOSE.

après certaines maladies aiguës; E. Besnier est d'un avis opposé et dit qu'il s'agit, dans ces cas, de pseudoichthyoses.

Diagnostic. — L'ancienneté de l'affection, son indolence, sa généralisation, avec les territoires qu'elle respecte, son apparition au début de la vie, sa résistance au traitetement, la différencient des fausses ichthyoses : ichlhyoses sénile , tuberculeuse, cancéreuse, professionnelle (cuisinières), ichthyose due à des affections nerveuses, etc.

Les mêmes caractères la distinguent des séborrhées sèches qui ont des squames plus ou moins graisseuses; du psoriasis, dont les squames recouvrent une peau rouge qui est le siège d'un piqueté sanguinolent; du lichen, formant des placards non symétriques, constitués par des groupes de papules rouges; du pityriasis ru br et pilaire qui offre toujours une certaine teinte rouge et envahit les plis articulaires, les faces palmaires et plantaires des mains et des pieds.

Étiologie. — L ichthyose est une difformité congénitale parfois mais non toujours héréditaire directement ou indirectement.

Anatomie pathologique. — 11 s'agit ici d'une hyperplasie exagérée de l'épiderme avec atrophie des follicules pileux et lésions plus ou moins accentuées des glandes sudoripares et sébacées, des nerfs cutanés et des racines médullaires.

Traitement. — Pour certains dermatologistes le traite-

ICHTHYOSE.

mcnldc l'iclithyose est simplement externe ; pour d'autres, il doit être à la fois externe et interne.

Le traitement externe a deux buts à remplir : décaper le tégument et le lubrifier au moyen de corps gras.

Le premier desideratum est rempli par l'usage des bains plus ou moins prolongés (à Louèche, dans le Valais, l'iclithyosique l'este dans le bain trois ou quatre heures et même davantage), alcalins, savonneux, de glycérine, des douches, des frictions savonneuses dans les cas légers ou de moyenne intensité; l'enveloppement dans le caoutchouc, les frictions avec la pierre ponce, les applications d'emplâtres médicamenteux à l'huile de foie de morue, à l'acide salicylique dans les cas plus graves; le raclage et le curettage chez les sujets atteints de la forme saillante.

En second lieu, la peau a besoin d'être graissée d'abord deux fois, puis une seule fois par jour, puis tous les deux, trois, quatre, six, huit jours avec l'une des pommades suivantes, selon l'effet à obtenir : axonge, vaseline, lanoline, giycéré d'amidon, pommade au naphtol à 5 p. 100 recommandé par IvAPOsi, qui l'emploie une ou deux fois par jour concurremment avec un lavage fait tous les deux jours à l'aide d'un savon au naphtol ; pommade à l'acide phénique de Lassar :

Acide phénique 1 gramme.

Ung. plumbi. . . .

Lanoline

Page 1