TRAITEMENT DE LA LEPRE
Tous les matins la malade prenait un bain sulfureux suivi d'une friction sur chaque plaque avec de la mousse de savon d'ichthyol; ensuite application de pommade à l'iclithyol au i/10 ou d'épithème adhésif suivant les régions. Tous les deux jours, chaque lésion était soumise à une pulvérisation antiseptique de quelques minutes de durée et à un badigeonnage à l'ichthyol pur.
Sous l'influence de la médication, il était possible, au bout de dix jours, de constater un commencement d'aflaissement des nodules et de décoloration des taches, amélioration qui s'accentua peu à peu, mais d'une manière continue, pendant le mois que la malade est restée entre nos mains et qui persistait, nous écrivit-elle, deux mois après son départ.
On peut se servir encore d'huile de noix d'acajou, d'huile de chaulmoogra, des pommades à la résorcine :
Résorcine 5 grammes.
Huile d'olive )
na 50 —
Lanoline )
au pyrogallol à la dose de 5 p. 100, à la chrysarobine ; mais, dans ces deux cas, il faut surveiller l'irritation produite.
Tous ces médicaments peuvent être employés sous forme d'emplâtres.
Les nodules non ulcérés peuvent être détruits par le thermo ou l'électro-cautère après l'application desquels on couvre la région de pansements antiseptiques faibles. Beavkn-Rake tente même l'excision des tubercules dans les cas récents, dans l'espoir que la destruction totale des premiers tubercules lépreux suffira pour empêcher l'infection générale.
Contre les ulcérations, on se sert d'iodoforme, de salol,
LEUCOKÉRATOSES BUCCALES.
d'une émulsion à parties égales de baume de Gurjum dans l'eau de chaux.
Sur les mu({ueuses, on emploie la teinture d'iode, le nitrate d'argent, etc.
Enfin, les diverses indications soulevées par la localisation des lésions sur les. yeux, le larynx, etc., l'intensité des symptômes nerveux, les délabrements de la lèpre mutilante, etc., seront remplies par les traitements ad hoc.
LEUCOKÉRATOSES BUCCALES
(E. Besnier et A. Doyon)
(Voir la planche XXVI.)
Synonymie. — Psoriasis lingual (Sigmund). — Psoriasis buccal (Bazin). — Psoriasis et kératosis mucoste oris et linguîe (Kaposi). — Ichthyosis linguaî (Samuel Plumbe). — Tylosis linguie (Ulmann). — Plaques blanches de la bouche (Devergie). — Plaques des fumeurs (Bqzenet). — Plaques nacrées commissurales (A. Fournier). — Leukoplakia buccalis (Ernst, Schwimmer). — Leucoijlasie (E. Vidal). — Stomatite et glossito cpithéliales chroniques (E. Besnier).
Symptomatologie. — Ces divers termes ont été appliqués à un état spécial de la muqueuse buccale caractérisé objectivement par des plaques pelliculaires, blanchâtres, d'aspect laiteux, d'un jaune verdâtre dans certaines régions, lisses ou rugueuses, adhérentes, à contours réguliers ou déchiquetés, non douloureuses, mais souvent gênantes par suite d'une sorte d'induration qui envahit la muqueuse sous-jacente et des ulcérations qui peuvent se
Pl. XXVI. — Leucoplasie buccale.
LEUCOKËUATOSES BUCCALES.
produire, siégeant sur les muqueuses commissurales, linguale, des joues, des lèvres, palatine, etc.
Ces lésions ont été constatées chez les anciens syphilitiques, les arthritiques, les fumeurs, etc., sans que l'on puisse, actuellement, par les seuls caractères objectifs, diagnostiquer d'une façon précise l'espèce à laquelle elles appartiennent; elles constituent « des manifestations identiques d'une forme particulière d'irritation chronique de lamuqueuse buccale et de la langue, ainsi quede la surface muqueuse de l'ostium génital de la femme (1), laquelle peut naître des causes les plus variables d'irritation, affection chronique qui, dans son terme le plus avancé, franchit les limites du derme muqueux et aboutit à l'épithéliome proprement dit : glossite et stomatite^ vulvite épithéliales, chroniques , superficielles ou profondes » (E. Beskier et A. Doyon).
« Un caractère élémentaire, supérieur et commun réunit naturellement toutes ces affections blanches des muqueuses; c'est le trouble de la fonction épithéliale : kératose, dyskératose, hyperkératose » [leiicokératoses, E. Besnier et A. Doyon).
Pronostic. — Le pronostic est essentiellement variable suivant la cause et l'âge de l'affection; il doit souvent être réservé en raison de la terminaison épithéliomateuse à laquelle celle-ci peut aboutir.
Traitement. — Le traitement général variera suivant les individus : aux syphilitiques, on donnera le traitement mixte : mercure et iodure de potassium ; aux arthritiques et aux goutteux, les alcalins ; aux diabétiques, la diététique
(1) Et peut-être de lamuqueuse préputiale ?(L.Perrin', Posthile chronique d'aspect leucoplas/que.)
LE UCO KÉRATOSE S BUCCALES.
nécessaire; aux sujets chez lesquels on constate la prédisposition aux dermatoses, l'arsenic longtemps continué.
Localement, le traitement à appliquer est médical ou chirurgical.
Le traitement médical comprend :
i° Des bains de bouche avec des solutions tièdes et légères d'acide borique à 1 p. 100, de bicarbonate de soude à 1 p. 500;
2° Des pulvérisations faites avec les mômes liquides pendant dix minutes matin et soir ;
3" Des onctions avec la vaseline faiblement boriquée;
4" Des attouchements sur les plaques blanches avec l'huile de cadc (E. Besnieis) ; l'acide salicylique : eau distillée 50 grammes et acide salicylique do S à 15 grammes (Schwimmer) ; une solution de bichromate de potasse de 2 à 10 p. 100 ; une solution à 50 p. 100 d'acide lactique (Max Joseph} ; la mixture suivante :
Alun 1 gramme.
Tanin 2 grammes.
Glycérine bO —
(Miller.)
go Personnellement, nous nous sommes très bien trouvé, chez un sujet qui avait épuisé toutes les médications connues, des badigeonnages avec un pinceau imbibé d'iclithyol pur ;
6° Des cautérisations au nitrate d'argent mais seulement sur les exulcérations et les fissures.
En môme temps, le malade sera soumis à une hygiène buccale très sévère : abstention complète de l'alcool, des épices, du sucre, du tabac, etc.
Enfin, le traitement par les eaux cuivreuses de Saint- Christau (Basses-Pyrénées), justement recommandé par BAzijN, est applicable dans tous les cas.
LICHEX RUIÎER PLANUS.
Chirurgicalemeiit, oa peut gratter ou ruginer la plaque blanche (Schwimmer), la détruire par l'électro-cautère (E. Besnier), décortiquer la langue avec le thermo-cautère (Léon Perrin) ; enfin, dans les cas les plus graves, il y aurait lieu de songer à l'ablation totale des parties atteintes.
« Même dans les cas d'épithéliome secondaire avancé, même avec des ganglions indurés, on peut obtenir la guérison véritable quand on a su, autant par la perfection de la réunion chirurgicale que par la sévérité de l'asepsie, se mettre à l'abri de l'infection mixte secondaire, si rapidement funeste, des ganglions cervicaux. Toute méthode d'exérèse chirurgicale qui ne met pas immédiatement la surface de section à l'abri de la suppuration et des contaminations de tout ordre est funeste par elle-même, et doit être rejetée. Quand la récidive se produit, ou l'infection mixte, c'est à brève échéance; si rien ne s'est produit dans l'année qui suit l'opération, le succès définitif est à peu près assuré (E. Besïnier et A. Doyon) . »
LICHEN RUBER PLANUS
(Voir la planche XXVII.)
Synonymie. — Lichen phm (I'Erasmcs Wn.sox et Kaposi. — Lichen à papules déprimées et Lichen pilaire par altération fonctionnelle de Bazin. — Herpès chronicus et Dcrmatitis circuniscripta herpetiformis de Neu- MANN. — Lichen vrai ou Lichen de Wii.son (E. Besnier).
Définition. — Le lichen plan est une dermatose constituée par une éruption de papules plates et prurigineuses, ordinairement chronique.
Symptomatologie. — Les papules sont petites, surtout
LICHEN IlUBER PLANUS.
au début, quelquefois fines comme une pointe d'aiguille, non squameuses, du moins dans les premiers temps; elles sont plates, brillantes, à facettes, comme transparentes, à sommet d'un rouge brun spécial ; plus tard, elles peuvent acquérir le volume d'une tête d'épingle, elles sont alors dures, pâles, avec un fin liséré rouge périphérique, leur forme est irrégulière, la base est souvent polygonale et le sommet la plupart du temps ombiliqué.
Les papules peuvent être isolées et discrètes [lichen planiis (liscretm), se grouper géométriquement çà et là [lichen planus annulatiis, lichen planus margiiiatiis), se généraliser [lichen planus diffusus).
Lorsqu'elles sont confluentes, elles se présentent sous l'aspect dcplacards, rouges ouroses, dont le centre, déprimé, est d'un brun livide ; les placards sont de forme irrégulière ou arrondie, ou quadrangulaire, à base infiltrée et saillante audessus du niveau des téguments qui paraissent épaissis, rugueux et granuleux; leur surface est desquamante, striée de lignes blanchâtres et ponctuée par les orifices pileux dont le poil est détruit.
L'éruption s'accompagne généralement de picotements, d'élancements, de sensations de brûlure et surtout de prurit qui peut exister avant l'éruption. Cette sensation de prurit est plus ou moins accentuée, variable d'un extrême à l'autre selon les sujets, assez intense parfois pour empêcher le sommeil [lichen planus pruriginosus d'ERAsaïus Wilson).
L'état général peut rester complètement bon comme il peut exister des troubles digestifs et nerveux.
Dans plusieurs cas de lichen plan des membres inférieurs, on a constaté l'engorgement des ganglions inguinaux (K. Besnier, Héguy, Lavergne).
Siège. — Les localisations les plus fréquentes de l'érup-
Pl. XXVII. — Lichen plan.