‹ Précis iconographique des maladies de la peauChapitre 97 sur 120 · A. FOURNIER · texte numérisé non relu

A. FOURNIER

Définition. — Le pityriasis rosé de Gibert, isolé comme entité morbide distincte par ce dermatologiste en 1860, est

Pl. XXXVIII. — Pityriasis rosé de Gibert.

PITYRIASIS ROSÉ DE GIBERT

une affection pseudo-exanthématique dont la nature (parasitaire?) est encore inconnue et caractérisée, à sa période d'état, par une éruption siégeant surtout au tronc et à la partie supérieure des membres.

Cette éruption consiste en taches rosées (macules), de dimension variant de celle d'une lentille à celle d'une pièce de cinq francs en argent, parfois légèrement saillantes (papules) au début, mais s'aplatissant très vite, s'agrandissant et devenant rapidement squameuses du centre à la périphérie oii la desquamation forme une sorte de collerette entourée d'une aréole érythémateuse plus ou moins complète tandis que le centre de la tache prend un aspect plissé caractéristique.

Symptomatologie. — L. Brocq a démontré que l'éruption débutait par une plaque unique (plaque primitive), plus ou moins grande, à siège variable, de forme ovalaire ou circulaire, présentant les caractères ci-dessus décrits et persistant seuls pendant un laps de temps plus ou moins long (quatre à quinze jours).

La maladie peut présenter plusieurs formes; les taches peuvent être plus ou moins nombreuses : ici, discrètes; là, confluentes ; plus ou moins grandes : ici, larges comme un pois [pityriasis maculata)^ là, formant par leur cohérence de vastes placards; ailleurs circinées et encadrées exactetement par un bord rouge [pityriasis circinata) : en général, leur étendue ne dépasse guère celle de l'ongle (Gibert). La couleur des éléments éruptifs est, elle aussi, variable, passant du rose au gris.

Les symptômes subjectifs ne sont pas constants; chez certains sujets, la démangeaison n'existe pour ainsi dire pas; chez d'autres, elle peut être très vive et très difficile à soulager. On a signalé, comme symptômes prodromiques

PITYRIASIS ROSÉ DE GIBERT

(Bazin, Hardy), des douleurs dans les membres, de la courbature, de l'inappétence, une fièvre légère, symptômes disparaissant quand survient l'éruption (Bazin).

Marche. — Les éléments éruptifs apparaissent successivement et la marche de l'affection est ordinairement typique : débutant par le thorax (partie supérieure et cou), très abondante sur ses parois latérales, l'éruption descend symétriquement sur les membres supérieurs et inférieurs, ne dépassant pas souvent les poignets et les jambes et n'atteignant que rarement la tête. (Bazin disait cependant l'observer ordinairement sur la face et le cuir chevelu.) L'évolution est cyclique, mais la durée est variable, le plus souvent de quinze à soixante jours mais pouvant dépasser ce terme largement.

Pronostic. — C'est une affection sans gravité, peu ou pas récidivante (Thibierge), non contagieuse et guérissant plus souvent spontanément.

Diagnostic. — Dans les cas typiques, le diagnostic s'impose, mais parfois il y a lieu de le discuter.

Veczéma séborrhéique du tronc ressemble quelquefois au pityriasis rosé de Gibekt, surtout quand celui-ci a. été irrité d'une façon quelconque, mais, outre que dans l'eczéma séborrhéique le prurit est souvent plus intense, la marche de l'affection éclaire le diagnostic.

hlierpès circiné, que l'on pourrait confondre avec la plaque primitive, s'en distingue par ses bords plus nettement arrondis^ vésiculeux et par l'examen microscopique.

Le psoriasis à petits éléments peut ressembler au pityriasis rosé de Gibert, mais le grattage avec l'ongle développera dans le premier cas une desquamation nacrée

PITYRIASIS ROSÉ DE GIRERT.

caractéristique ; la marche de ces deux affections est aussi bien différente.

Parfois, le pityriasis versicolor simule le pityriasis rosé de Gibert, mais outre que, dans la première de ces maladies la plaque, plus jaunâtre, laisse l'ongle détacher à son niveau une lamelle épidermique caractéristique, on aura encore, pour éclaircir le diagnostic, la découverte du parasite d'EiSCHTEDT.

Enfin, on doit citer la confusion faite par les médecins peu habitués aux choses de la peau, entre la roséole syphilitique, jamais ou presque jamais squameuse, et le pityriasis rosé de Gibert dans lequel la présence de squames suffira pour fixer le diagnostic.

Étiologie et Pathogénie. — Le pityriasis rosé de Gibert paraît s'observer plus fréquemment en été et plus souvent chez les jeunes enfants et chez les femmes (Gibert).

On a signalé dans le pityriasis rosé de Gibert la dilatation de l'estomac et l'existence de troubles gastriques (L. Jacquet).

Ce serait pour 0. Lassar, de Berlin, une maladie de nature infectieuse.

Traitement. — Le seul traitement utile consiste en bains d'amidon et en applications de glycéré d'amidon pour calmer les démangeaisons et en purgatifs salins si l'état des voies digestives l'indique. Toutefois, chez les sujets dont la peau n'est pas irritable on pourrait user des bains sulfureux et d'une pommade soufrée.

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