‹ Précis iconographique des maladies de la peauChapitre 99 sur 120 · PLIQUE · texte numérisé non relu

PLIQUE

Synonymie. — Pliquc polonaise. — Triclioma. — Trichosis plica.

Contrairement à l'opinion de quelques dermatologistes, nous pensons que la plique ne constitue pas une entité morbide distincte mais simplement un état spécial des cheveux et quelquefois des poils du pubis et de la barbe dû à leur inextricable enchevêtrement qui se produit surtout chez les gens malpropres ou au cours d'affections diverses ; phthiriase, impétigo granulata, ulcérations syphilitiques, etc.

L'aspect des régions atteintes et l'odeur fétide qui s'en exhale suffisent à faire reconnaître la plique plus fréquente chez les femmes en raison de la longueur de la chevelure.

Traitement. — Les soins de propreté, dans les cas graves la coupe des cheveux, suffiront pour débarrasser le malade sans préjudice, bien entendu, des soins à donner aux affections concomitantes.

PRURIGO.

PRURIGO

Le nom de prurigo, appliqué par les anciens dermatologistes à diverses entités morbides, doit, pour être compris aujourd'hui, être suivi d'un qualificatif : prurigo parasitaire, prurigo ictérique, prurigo de Hebra, etc. On refuse même actuellement la dénomination de prurigo, nom de la lésion élémentaire, de la papule de prurigo, aux affections prurigineuses sans papules, aux prurits. (Voir plus loin.)

Le prurigo peut être symptomatiqued'un certain nombre d'affections cutanées : gale, phthiriase, etc., de maladies générales: diabète, affections du foie, des reins, etc. Enfin ce nom a été appliqué par Hebra à une affection de la peau qu'il a bien catégorisée et que l'on appelle communément en France, avec E. Besnier, prurigo de Hebra (voir ce mot).

Définition. — Quelle qu'en soit la cause, le prurigo est une affection caractérisée par deux ordres de symptômes ; 1° La démangeaison;

2° La production de papules, plus ou moins volumineuses, distinctes , bientôt excoriées par le grattage et présentant alors à leur sommet une petite croûtelle noirâtre provenant de l'exsudation séro-sanguine.

Symptomatologie. — La démangeaison est généralement le premier symptôme observé; elle peut être plus ou moins intense, tantôt légère et supportable, agréable même

PRURIGO.

a-t-on dit! tantôt violente et incitant le malade à se gratter furieusement avec les objets les plus divers. Cette démangeaison, habituellement constante, possède toutefois ce caractère de s'exaspérer le soir, sous l'influence de la chaleur du lit et, par suite de l'insomnie dont elle est la cause, elle peut amener des troubles plus ou moins accentués de la santé générale : accidents digestifs, troubles du système nerveux, etc. ; parfois même, un véritable état cachectique auquel peuvent succéder le dépérissement et la mort.

Après la démangeaison surviennent les papules : cellesci sont ordinairement petites, pâles, de la couleur de la peau ou légèrement teintées en rose; leur sommet, excorié par le grattage, donne à la lésion un aspect pathognomonique ; dans leur voisinage, on constate toujours la présence d'excoriations linéaires (lésions de grattage).

Quand l'affection dure depuis un certain temps, la peau, sous l'influence des grattages répétés, s'épaissit, s'indure plus ou moins et prend une teinte jaune-brun, d'aspect sale sur lequel tranchent quelques lignes ou quelques points blanchâtres, vestiges cicatriciels de lésions secondaires telles que Vecthyma^ complication fréquente des affections prurigineuses due à l'inoculation de microbes pyogènes vulgaires.

Siège. — Un point important dans l'histoire du prurigo, c'est l'étude des lieux d'élection des lésions que nous venons de décrire, permettant souvent, à eux seuls, d'établir d'emblée le diagnostic de la nature du prurigo.

Dans la gale, les lésions siègent principalement dans les espaces interdigitaux, aux poignets, aux aisselles, sur l'abdomen, aux fesses, sur les cuisses.

Dans la phthiriase du cuir cheveh(, les lésions de grattage

CHATELAIN. 2^ KDIT. 25

PRURKIO.

n'existent qu'à la nuque et à la face postérieure du cou.

Dans la pédiculose vestimentaire, c'est d'une part sur la région intérêt sus-scapulaire et, d'autre part, dans la région lombaire, là où les vêtements s'appliquent plus étroitement au corps, que l'on rencontre des lésions de grattage.

Dans la phthiriase pubienne, les accidents locaux se voient à la partie antéro-inférieure de Tabdomen et aux aisselles.

, Enfin, le prurigo lié à des affections générales, a pour caractère spécial d'être disséminé sans ordre sur les diverses régions du corps.

Pronostic. — Le pronostic du prurigo dépend complètement de la cause qui l'a engendré; généralement bénin dans les cas de prurigo parasitaire, il peut être très grave lorsqu'il est provoqué par certaines affections générales ou chez des gens débilités, vieux, alcooliques, etc.

Diagnostic. — Le diagnostic de la lésion élémentaire du prurigo est toujours facile; ce qu'il faut faire en outre, c'est le diagnostic de la variété ou de la cause de l'affection; on y parviendra, en dehors des raisons tirées des caractères mêmes de l'éruption, en faisant l'examen complet du malade au point de vue de la médecine générale.

Traitement. — La principale indication dans le traitement du prurigo, c'est d'instituer la médication la plus propre à combattre les causes étiologiques : maladies générales, parasites, etc.

Localement, on usera des lotions de sublimé au millième, Vies eaux alcoolisées, des solutions de bromure de potassium, etc., des préparations à l'huile de cade, etc.; enfin.

PRURIGO DE HKBRA.

de l'enveloppement ouaté de L. Jacquet. Les bains sont souvent nuisibles. (Voir aussi l'article Prurit.)

PRURIGO DE HEBRA

(Voir la planche XLI.)

Synonymie. — Prurigo agria, terox, mitis, formicans des anciens auteurs français et étrangers. — Strophulus prurigineux de Hardy. — Scrofulide boutonneuse bénigne de Bazin. — Liclien polymorphe ferox d'E. Vidal. — Lichen polymorphe chronique de L. Brocq. (Névrodermite chronique polymorphe).

Définition. — Cette dermatose, rangée encore par un certain nombre de dermatologistes dans le genre lichen, est une affection distinguée par trois caractères :

1° Son début, presque toujours dès le jeune âge, avant deux ans, succédant souvent à des poussées urticariennes.

2° Les localisations de ses papules.

3" Son extrême durée.

Symptomatologie. — Les lésions symptomatiques du prurigo de Hebra sont, en général, précédées ou accompagnées au début par des lésions d'urticaire pouvant exister seules pendant un certain temps avec leur caractère particulier de plaques blanches, de démangeaison, etc., ou présentant les signes du strophulus pruriginosus de Hardy, « papules assez volumineuses ou de la grosseur d'un grain de millet, d'une couleur blanche ou rose, à sommet entier et acuminé ou déchiré et recouvert d'une petite croûte jaunâtre » décrites déjà, comme le rappelle J.-B. Hillairet,

PRUIUGO DE HEBRA.

par les anciens auteurs français : Rayer, Cazenave et ScuÉ-

DEL, GlBERT ct BaZIN.

Une fois constituée, la maladie offre un aspect absolument typique.

C'est sur les membres inférieurs, du côté de l'extension, sur les fesses et sur les membres supérieurs (bras et avant-bras), que siègent surtout les lésions d'autant plus intenses que l'on envisage les régions du corps les plus déclives, l'affection semblant décroître d'intensité à mesure que l'on examine le malade de bas en haut, sens dans lequel la maladie paraît s'étendre.

Les papules prurigineuses, petites, pâles ou rouges, rapidement excoriées par le grattage incessant provoqué par les démangeaisons qui tourmentent l'individu atteint, reposent sur une peau qui a subi des altérations considérables dans sa couleur ct sa consistance. Elle est, en effet, pigmentée, et cette pigmentation se présente soit d'une façon diffuse, soit sous forme de raies; le tégument offre alors une couleur jaune brun, sale, striée d'excoriations ou de cicatricules linéaires, vestiges d'anciennes lésions de grattage. La souplesse primitive du tégument a disparu ; celui-ci est devenu sec, rugueux, épaissi, œdématié, glabre par places par suite do l'arrachement des poils follets ou offrant des signes d'hypertricliose localisée.

A cet état se surajoutent des lésions secondaires : pustules d'inoculation impétigineuses ou ecthymateuses, placards d'eczéma suintant ou squameux (joues, cou, front).

Enfin les ganglions lymphatiques inguinaux sont toujours hypertrophiés (bubons du prurigo de Hebra).

Marche. — Le prurigo de IIebra présente ordinairement des alternatives de diminution et d'aggravation dans ses symptômes; c'est ainsi qu'en général l'éruption et les

Pl. XLI. - Prurigo de Hebra.

PRURIGO DE HEBRA.

démangeaisons diminuent ou cessent pendant l'été pour se reproduire pendant l'hiver. Cette règle, toutefois, est complètement renversée dans certains cas, les poussées se produisant pendant l'été pour cesser pendant l'hiver.

Les démangeaisons, qui aggravent considérablement les lésions décrites, peuvent parfois être intolérables, empocher l'individu malade de vivre de la vie commune, le pousser au suicide par conséquent, etc. ; c'est là la forme grave, le prurigo « agria ou ferox » ; dans d'autres cas, les symptômes observés : intensité de la démangeaison et de l'éruption, fréquence des poussées, etc., sont beaucoup moins redoutables ; on a alors la forme « mitis ».

Pronostic — La distinction de ces deux formes est importante pour le pronostic car elles paraissent rester toujours distinctes (contrairement à l'opinion d'EuLERS, de Copenhague, pour lequel tout prurigo gravis devient, après la puberté, un prurigo mitis), le prurigo mitis ne se transformant pas en prurigo agria mais pouvant au contraire être complètement guéri, tandis que le prurigo ferox a une durée qui semble illimitée.

Diagnostic. — Le diagnostic est facile à la période d'état; il est délicat et doit être réservé dans le jeune âge, à la période urticarienne. Il est difficile aussi quand les lésions eczémateuses masquent les caractères propres à la maladie elle-même en envahissant, par exemple, les plis articulaires; dans ce cas, les commémoratifs seront toujours d'un très grand secours.

L'absence de parasites et les localisations des lésions distingueront suffisamment le prurigo de Hebra des divers prurigos parasitaires.

PRURIGO DE HEBRA.

Étiologie. — Comme causes étiologiques on a invoqué le lymphatisme, l'arthritisme, la syphilis.

Le prurigo de Hebra paraît plus fréquent chez l'homme que chez la femme.

Il n'est pas contagieux, ni transmissible directement aux enfants (Kaposi).

Pour E. Vidal, le prurigo de Hebra n'est pas une maladie indépendante : « c'est la résultante de plusieurs conditions pathogénétiques dont les deux majeures sont le nervosisme et la constitution lymphatique (diathèse scrofuleuse des anciens auteurs) ».

Anatomie pathologique. — En dehors des lésions vulgaires inflammatoires des couches superficielles de la peau, il y aurait, d'après H. Leloir et Tavernier, dans le prurigo de Hebra, une lésion spéciale caractérisée par « la formation d'une sorte de cavité kystique dans le corps de Malpighi, renfermant un liquide clair, quelques cellules épithéliales altérées et quelques rares globules blancs >>.

Traitement. — Au point de vue général, il y a lieu d'instituer une hygiène (alimentaire en particulier) très sévère et de formuler suivant l'état constitutionnel des individus atteints une médication interne : huile de foie de morue, alcalins et iodures, arsenic, tous médicaments qui n'ont bien entendu rien de spécifique; toutefois l'acide phénique donné à l'intérieur à la dose de 0,20 à 0,80 centigrammes par jour a été considéré par plusieurs dermatologistes (AuGAGNEUR, etc.), comme le traitement de choix.

Localement, si la peau n'est pas irritée ou a été calmée par les moyens appropriés, on a conseillé les enveloppements dans l'huile de foie de morue, additionnée ou non d'acide phénique dans les cas de prurit considérable, le

PRURIGO DE HEBRA.

liniment oléo-calcaire , les bains salés, de sublimé, le naphtol recommandé par Kaposi qui fait faire chaque soir une friction légère avec :

Naphtol f> grammes.

Onguent émollient 100 —

OU

Naphtol. de 1 à 2 grammes.

Onguent émollient 100 —

(Pour les enfants.)

et, tous les deux soirs, un lavage dans le bain avec du savon de naphtol et de soufre.

Un excellent traitement que nous avons vu réussir plusieurs fois dans le service de M. le D"" Tenneson à l'hôpital Saint-Louis et qui nous a donné aussi en ville des résultats excellents, mais non dans tous les cas, consiste à occlure complètement la peau avec l'une des colles indiquées par Un.na, la suivante par exemple :

Oxyde de zinc Gélaline . . .

Glycérine. . .

Eau ,

Nous faisons plus volontiers usage de celle-ci :

. . 10 grammes.

aa 200 —

(Tenneson.)

E. Vidal recommande particulièrement les toiles emplastiques à l'huile de foie de morue additionnée de menthol ou de naphtol.

IS parties

Tanm. .

Gélatine.

Glycérine Eau. . .

PRURITS

PRURITS

Synonymie. — Prurigo latent cI'Alibert. — Prurit cutané de Gintrac, CiiAUSiT, Hebra. — Prurigo sans papules de J.-B. Hillairet. — Névrodermies de L. Brocq.

Définition. — Le prurit, lorsqu'il n'est pas symptomatique d'une maladie cutanée prémonitoire ou consécutive (présence d'épizoaires, eczéma, etc.), constitue une alTection spéciale de la peau dont le caractère essentiel, prédominant, caractéristique, est la démangeaison non accompagnée de symptômes objectifs, en dehors des lésions de grattage la plupart du temps même très minimes.

Le prurit peut être généralisé ou restreint à telle ou telle région du corps.

Quel qu'en soit le siège, la démangeaison est soumise à une série de règles en général assez fixes. Elle survient par accès, d'une fréquence plus ou moins grande, quelquefois périodiques. Ces accès peuvent tenir à diverses causes : difficulté de la digestion, émotions morales, mouvements violents ou repos forcé ; la cause déterminante du prurit le plus fréquemment notée est le changement de température, les accès se montrant souvent le soir sous l'influence de la chaleur du lit.

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