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LE ROLE SOCIAL DE LA PUBLICITÉ

Du point de vue politique, l’influence de la publicité-propagande a été capitale ces dix dernières années.

C’est elle qui a créé des mystiques dont certaines ont changé le visage et l’âme de peuples entiers.

De la guerre mondiale qui se déroule encore, nous ne pouvons dire sous nos yeux, mais dans notre entendement, chacun se fait une idée beaucoup plus selon telle ou telle propagande que selon les faits. La propagande est donc devenue une véritable arme psychologique qui cherche à faire le blocus des esprits comme les navires de guerre font celui des estomacs.

Certes, nous ne pensons pas qu’en l’espèce elle ait le dernier mot et la guerre ne se terminera qu’avec le dernier coup de canon ou la dernière torpille d’avion. Mais la propagande prolonge ou abrège la résistance. Pour une arme qui ne tue pas c’est un résultat extraordinaire.

Plus tard, nous retrouverons la propagande, si on le lui permet, au service des partis politiques. Sûrement au service des Etats qui lui demanderont de façonner l’esprit des peuples à l’image, nous voulons l’espérer, de celui des peuples qui furent heureux.

En tout état de cause, et sans vouloir philosopher, vous concevez bien que nous entrons dans une ère où il n’y aura plus de gouvernement possible sans un Ministère de la propagande.

Plus encore, il est fort vraisemblable que chaque Ministère aura bientôt son service de propagande, voire son service de publicité.

Apercevez-vous dès lors, du point de vue politique, le rôle social prochainement dévolu à la publicité?!!

Du point de vue moral, le rôle social de la publicité n'est pas moins important, mais devient fort délicat.

Délicat parce que tant qu’elle a été « libre », la publicité a été responsable de ses méfaits autant que de ses bienfaits. On peut, en effet, porter à son passif (nous avons signalé assez d’heureuses victoires à son actif), nombre d’estomacs ou autres organes délabrés par l’ingestion excessive de produits pharmaceutiques acquis sans ordonnance médicale. A son passif une certaine recrudescence de l’alcoolisme, car ce n’est pas en vain que ceux qui ont un mal- 'heureux penchant pour la boisson se sont heurtés, cent fois par

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APPENDICE

jour à des al'liches, des annonces, des émissions leur rappelant, quand ils allaient peut-être l’oublier, que tel apéritif est absolument délectable et inoffensif. Et, à tout prendre, nous voulons bien que tel apéritif à base de vin ne soit guère nocif à deux reprises quotidiennes, mais si la suggestion forcenée pousse à en absorber dix ou plus... La guerre des apéritifs n’a pas tué les apéritifs mais ceux qui marquaient les points.

11 semble que désormais la publicité ne sera plus moralement responsable de ses actes parce qu’elle va être « légiférée ».

Mais sera-t-elle alors plus ou moins morale?

N’y aura-t-il pas contradiction entre la « moralisation » de la publicité et certains monopoles d’Etat.

Avant qu’il y ait « crise » du tabac, la Régie française faisait une débauche de publicité en faveur de ses cigarettes. Cependant, l’herbe à Nicot n’a jamais passé pour avoir une valeur thérapeutique certaine.

Et actuellement (janvier 42), on interdit la publicité des apéritifs, ce qui est logique si l’on veut combattre l’alcoolisme. Mais alors pourquoi, puisque l’on autorise la publicité en faveur du rhum (contingenté et introuvable), du cognac, de l’armagnac, de la fine ou du marc, interdit-on celle des liqueurs? Est-ce qu’une Chartreuse, une Bénédictine ou une liqueur Kermann sont plus nocives qu’un vieux marc ou une fine frelatés? Si on nous le prouve nous voudrons bien le croire.

En tous cas, si les hautes sphères, qui feront et déferont des décrets et des lois touchant la publicité, voulaient bien entendre notre voix, nous leur dirions :

Du point de vue moral, nous préférons que la publicité soit entièrement libre, d’abord afin qu’elle prenne toutes ses responsabilités.

Ensuite parce qu’il y aura toujours quelques Publicitaires ayant quelque imagination. Or, si vous frappez d’interdit certains moyens de publicité, et même tous ceux qui sont en usage présentement, on s’ingéniera à en forger d’autres pour tourner la difficulté. Et en cas de guerre entre le Publicitaire et le Fonctionnaire chargé de le museler, nous parierions volontiers pour le succès du premier.

Si l’Etat veut moraliser la publicité, et nous le souhaitons, car cela nous paraît nécessaire, il devrait légiférer, non pas contre

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