CHAPITRE PREMIER
LA TYPOGRAPHIE
La typographie. — Le mot de typographie doit être réservé à un ensemble de procédés d’impression en relief.
A l’origine, la typographie n’employait que des caractères; aujourd’hui, elle utilise des clichés. Ce dernier mode d’impression sera examiné à part, en raison de sa technique toute particulière. (Pour approfondir les questions touchant à la typographie, on lira avec profit le « Manuel de Typographie » et « La Lettre d’imprimerie » de F. Thibaudeau.)
A. — Les caractères
Caractères. — On comprend sous ce vocable les types gravés ou fondus d’avance et qui servent à la composition d’un texte.
Par extension, nous utiliserons ce nom pour désigner l’ensemble des accessoires (filets, coins, etc.), servant à interligner un texte ou à composer un cadre.
Caractères mobiles. — Les caractères livrés tout prêts par des fonderies spécialisées et dont chaque type représente une lettre de compositio)n, sont des caractères mobiles.
La figure ci-dessus montre ce qu’est un caractère mobile.
Caractères linotypes et monotypes. — Sont dénommés ainsi les caractères fondus au fur et à mesure des besoins, par des machines à composer munies d’un clavier, les unes délivrant des lignes entières, machines linotypes, les autres des caractères isolés, ma-
LA TYPOGRAPHIE
chines monotypes. Ces caractères, en raison des perfectionnements des machines à composer, permettent des travaux honorables et sont utiles pour les longues compositions.
En matière de publicité où nous cherchons toujours le maximum de perfection, nous ne nous servirons que de caractères mobiles ou tout simplement de « mobile », comme disent les typos. Seuls ces caractères offrent toutes les ressources au point de vue de la diversité des formes et des dimensions, et ils sont les seuls à permettre un travail impeccable, tant au point de vue de la composition que de la reproduction. Les linotypes, d’ailleurs, rendent la correction très difficile; quant aux monotypes, elles permettent les mêmes corrections que les caractères mobiles. :
Caractères simples. — La publicité, exigeant une grande lisibilité, ne doit comporter que l’emploi de caractères très simples.
Nos plus beaux caractères, qui sont d’ailleurs les plus lisibles, sont certainement ceux qui dériyent de l’Elzévir primitif.
Caractères gras. — MéHtent cette appellation ceux dont l’empreinte sur le papier est épaisse.
Un caractère peut être gras simplement dans ses pleins, tout comme dans ses pleins et ses déliés. En principe, les caractères gras sont réservés aux titres. Dans quelques cas, maniés avec prudence, les caractères gras minuscules peuvent donner d’heureux résultats, même dans le texte des annonces. j
Caractères maigres. — A l’inverse des précédents, les caractères maigres sont ceux dont l’empreinte sur le papier est mince.
Ces caractères sont surtout indiqués pour les paquets de texte; ils font de mauvais titres.
Caractères larges (ils chassent), — Cette désignation est réservée aux familles de caractères ronds et larges.
Caractères étroits (ils tassent). — Cette désignation est réservée aux familles de caractères étroits et élancés.
Les caractères qui tassent beaucoup demandent des lignes courtes pour ne pas alourdir la composition.
LES PROCÉDÉS d’IMPRESSION
Familles de caractères. — On appelle famille, un ensemble de caractères variant quant aux dimensions mais restant identiques quant à la forme et au style de la lettre.
Ces familles varient à l’infini, les fonderies s’ingéniant à trouver presque chaque année, sur quelque vieux thème, une variante nouvelle.
Subdivision des familles. — Typographiquement, les familles et sous-familles se subdivisent en capitales et bas de casse.
Les capitales. — Ce sont les caractères servant à Id reproduction des majuscules.
Précisons dès maintenant que les capitales rendent la lecture très difficile et très lente et que, sauf les restrictions examinées plus loin à chaque chapitre spécial, elles doivent être bannies du texte publicitaire pour la formation entière tie mots ou de lignes.
Les bas de casse. — Ce sont les caractères servant à la reproduction des minuscules.
Sous-familles de caractères. — Nous divisons les familles de caractères en sous-familles lorsque des modalités différentes du type originel conduisent l’œil à une nouvelle accommodation on modifient profondément l’aspect de la composition.
C’est ainsi que certaines fanijilles comportent à la fois des caractères gras, étroits et larges et des caractères maigres, les uns et les autres conservant, malgré leur valeur optique différente, toutes les caractéristiques génériques.
Forment également des sous-familles :
1. Les caractéristiques des types d’une même famille ne sont pas toujours reproduites géométriquement, augmentées ou diminuées. Dans les dimensions extrêmes on les atténue pour conserver l’harmonie à toute la famille.
De ceci découle pratiquement l’obligation de toujours composer les textes dans les corps où ils doivent être imprimés. Faute de quoi, la réduction (ou l’amplification) ne pouvant que réduire (ou agrandii-) géométriquement, déformerait les types et compromettrait la beauté de la composition,
typographie
et)
Les caractères éclairés ou champlevés. — Ce sont ceux dont l’empreinte reproduit seulement les contours plus ou moins accentués en réservant un blanc, lequel, avec certains types, peut être, dans les corps importants, tiré en une deuxième couleur au moyen d’un « fond ».
Il ne sera guère fait usage de ces caractères que dans les titres, et avec l’intention d’éclairer par opposition un ensemble trop noir, d’alléger pour le même motif une composition trop lourde.
Les caractères italiques. — On appelle ainsi les caractères penchés.
Nous répudions tous caractères italiques intercalés dans une composition établie avec des caractères droits, car ils fatiguent l’oeil, en exigeant de lui une nouvelle accommodation, et rendent la lecture plus diffiqile de ce fait.
D’autre part, on doit les écarter délibérément, lorsque l’ensemble est compris dans un cadre portant des montants verticaux, afin de lui conserver son harmonie architecturale.
B. - Les mesures typographiques
Nous regrettons que le monde de l’impression, qui a tant fait pour le développement du système décimal métrique, emploie encore, et nous impose l’emploi de mesures d’un autre âge, point ou cicéro L
La justification. — Ce mot est employé en typographie comme synonyme de longueur de la ligne. — La justification des lignes, variable à volonté, s’évalue aujourd’hui en millimètres. Rares sont les typos qui usent encore de l’ancienne unité de mesure typogra-
1. Nous savons qu’il y a des difficultés pour changer le matériel des fondeurs : mais d’autres corps de métiers ont su néanmoins se plier aux exigences de la loi commune et de la raison.
LES PROCÉDÉS d’IMPRESSION
phique, le cicéro. Celui-ci équivalait à douze points, soit environ quatre millimètres et demi, et servait à mesurer la ligne dans son sens horizontal, comme le point sert encore à la mesurer verticalement.
Le point. — La hauteur du caractère se mesure en points. — La
hauteur totale du caractère est déterminée jjar les extrémités supérieure et inférieure des has de casse, comme le montre la flgureci-contre.
Le point typographique est la sixième partie de la ligne de l’ancien pied de roi, soit 1/6 de 0 m. 002256, c’est-à-dire 0 ni. 000376.
Les fondeurs livrent des caractères mesurant depuis 5 points jusqu’à 72 pofi.nts, généralement.
Le corps. — La hauteur du caractère s’exprime en corps, dont chacun correspond, à un nombre égal de points. — Si un caractère mesure 7, 8 ou 9 points, on dit qu’il est en corps 7, 8 ou 9. La planche ci-dessous donne une gamme des corps de 5 à 36.
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LA TYPOGRAPHIE
Nous donnons ensuite, pour faciliter l’étude, une échelle comparée au millimètre de 10 lignes dans les corps, allant de 6 à 11 points avec lesquels il est facile de reconstituer tous les autres.
L’œil. — Cd terme sert à désigner l’ouverture de la lettre sur le caractère, abstraction faite de ses « longues » (ou boucles).
Le grossissement de l’œil donne, dans un même corps, les avantages optiques du corps supérieur.
Le lignomètre. — C’est une règle graduée à l’échelle des corps le plus souvent en usage (5, 6, 7, 8, 9) eH servant à mesurer le nombre de lignes comprises, pour un corps donné, dans un espace donné.
U existe des lignomètres de toutes formes et dimensions, aussi bien rigides que pliants.