VIII. — MYOCARDITES
Les myocardites, chez l'enfant comme chez l'adulte, sont aiguës ou chroniques.
A. — Myocardites aiguës.
Les myocardites aiguës surviennent au cours des maladies infectieuses. D'une façon générale elles sont plus rares chez l'enfant que chez l'adulte, car le cœur de l'enfant n'y est pas prédisposé par l'alcoolisme, les maladies diathésiques, les infections antérieures. Il est d'ailleurs difficile d'évaluer d'une façon absolue leur fréquence, les statistiques variant suivant qu'elles sont faites d'après les symptômes cliniques, d'après les caractères d'anatomie iiiacros(Ojii(|iie ou d'ajties les lt''sions histologi(pies.
Etiologie. — Toutes les maladies infectieuses peuvent se compliquer de myocardite aiguë; mais elles n'interviennent pas toutes également.
Dans la diphti'n'ïe, elle cau.se la nitirl dans 4.'f p. 100 (Rabot et Philippe), 3 à 4 p. 100 (Weill) des cas; dans les formes toxiques elle existe dans 20 j). 100 des cas (Hugnenin).
Dans la fièvre typhoïde, elle est rare au-dessous de dix ans. plus
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fréquente ensuite (Calamet); Bacaloglu en a réuni 17 ol)servations chez Fenfant (1900) et Weill a rencontré 6 ("ois sur 50 typhoïdiques des troubles cardia^iues. Elle survient aussi bien dans les tonnes légères et moyennes que dans les formes graves (Weill).
Dans le rhumatisme articulaire aigu, elle a été vue par Weill ctBarjon; frétiuenle |>our les uns, elle serait exceplionnelle pour les autres.
Dans la sr(irt(ilini\ (l;ins la variole, elle s'observe parfois. Dans la première les troubles cardiaciues sont fré<{uenls (Trousseau); cependant la myocardite n'a }ias été constatée dans 1 369 cas de scarlatine infantile relevés par de Rochely (1900). Elle n'existe pas dans la rour/eoley ni dans les oreillons.
On peut encore Tobserver dans la coqueluche, la pneumonie, la fièvre récurrente, dans les septicémies, dans la tuberculose aiguë, etc.
Anatomie pathologique. Pathogénie. — Les lésions de la myocardite aiguë sont les mêmes qu'aux autres âges. Elle est simple ou suppurée.
Myocakditk AiGik SIMPLE. — Macroscojti(iuement le co'ur tantôt paraît sain, tantôt est gros, mou, de couleur feuille morte; quel- «luefois il présente des stries alternativement claires et foncées et de petites eccliymo.ses sous-péricardiques.
Les lésions histologi(|ues sont généralement |iarcellaires et siègent dans les parois du ventricule gauche, à la pointe, dans les piliers de la mitrale. Elles portent sur la libre musculaire (myocardite parenchymateuse), sur le tissu conjonctif (myocardite interstitielle), ou sur les deux à la fois (myocardite mixte). Les diverses variétés de lésions peuvent s'ol)server, (juelle ([ue soit la cause.
La forme parenchymateuse se rencontre dans la diphtérie, la fièvre typhoïde, le rhumatisme articulaire aigu, à Texclusiou de toute lésion interstitielle (Weill etBarjon). Suivant Tintensité du processus morbide et sa duiée, la libre cardiaijue i)résente des aspects différents : étal moiré ou granuleux, disiiarition de la striation transversale seule ou de toute striation, atrophie hyperplasmi<|ue, dégénérescence vitreuse, etc.
La forme inlersliticlle a ét('' rencontrée dans la convalescence de la diphtérie (Rabot et Philip[ie), dans le rhumatisme articulaire aigu (Weill et Gallavardin). Les espaces conjonctifs sont remplis de leucocytes niduo- et pohnucléaires, (|uel(|uefois groupés en îlots.
La forme mixte sobserve dans la scarlatine (Romberg) et la fièvre tyithoïde (Bacaloglu).
Parfois, surtout dans la fièvre tyi)hoïde et la di|ihtërie, ou trouve des lésions vasculaires et des lésions du système nerveux intracardiaque. du plexus cardiaque, du |iueuinogastri»jue.
Dans les endocanlites et les [léricardites. il existe parfois de la myocardite au niveau des zones sous-jacentes à ces séreuses.
"2'' Myocardite aiguë supputiée. — Elle se rencontre dans la pyéuiie, sous l'orme dabcès gros comme une tète d'épingle ou un pois, uui»|ues ou multiples, siégeant dans Tépaisseur du myocarde.
La myocardite aiguf' est due tantôt à la localisation dans le myocarde des germes }»athogènes, bacilles d'Ebertli, staphylocoques, strejdocoques, etc.. tantôt à Tactiou de la toxine sécrétée par ces germes en un autre point de Torganisme. On Ta reproduite expérimentalement avec les toxines diphtériques, typhi(pies, etc. Il est possible encore que linfection n'agisse pas directement sur la fibre musculaire cardiaque, mais indirectement par lintermédiaire du système uer\eux. Ce sont là des questions encore mal élucidées.
Symptômes. Formes cliniques. — La symptomatologie des myocardites infantiles est très variable .suivant les cas. Gomme sijmptômes fonctionnels, on peut observer de la dyspnée, des palpitations, des lypothimies, det^ syncopes. Comme signes physiques, ou peut noter la faiblesse du choc de la pointe, une sensation {l'ondulation précordiale, l'augmentation de la viatité précordiale, V affaiblissement des bruits du cœur avec disparition du premier bruit à la base, des bruits de souffles dus à une insuffisance fonctionnelle de la mitrale ou de la tricuspide, un briiit de galop, de la tachycardie, de la bradyrardie, de V arythmie
Suivant l'importance des symptômes on peut distinguer, comme chez Tadulte. 3 formes cliniques principales (Beaumé).
1° Forme atténuée ou latente. — Elle se rencontre au cours ou dans la ccmvalcscencc des malailies infectieuses. Elle se traduit par la dilatation du coeur, la tachycardie tui. au contraire, la l)radycardie. les intermittences et les irrégularités du pouls, etc.
t'^ Forme cardiaque. — Le t}pe est réalisé |tai' la m\ocardite diphtérique du début de la convalescence ( |). 83). L'enfant, d'une pâleur cadavériiiue. a des vomissements faciles rap|»elaul les vomissements cM'rébiaux, de Tasthéuie, de la tachycardie ou de la biad\(ar(lic. ili' rar\lliiiiic. de la dilalafinii du cd'ur. En inéint' li'uqis
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apparaissent des phénomènes tras} slolio et un œdème malléolaire ou généralisé. Puis les symplômes s'allénuent ou au contraire la mort survient, soit par afTaihlissenient jjrogressif du cœur, soit par syncojie.
3" Forme syncoi'ale. — Dans cette forme, la syncope et la mort subite sont les premiers et seuls symptômes de la myocardite.
Ces trois formes dinitpies se rencontrent dans les difTérentes variétés étiologiques, <|ui sont étudiées à projios de la diphtérie (p. 83), de la fièvre typhoïde (p. 682), du rhumatisme articulaire aigu (p. 693).
Quant aux variétés analomiques, elles ne présentent guère d'autre caractère distinclif que Tabsence d'arythmie dans la myocardite parenchymateuse aiguë de Tenfaul (Weill) et Texistence de sym])tômes de septico-jtMiliémie dans la myocarditr ai(/uë suppurée.
Diagnostic. — Le diagnostic n'est guère possible entre la myocardite aiguë et les paralysies du pneumogastrique et du bulbe, qui jieuvent causer les mêmes phénomènes, ]iailiciilièrement dans la diphtérie.
Au cours de la fièvre typhoïde, la m}ocardite peut être confondue avec une perforation ou une hémorragie intestinales.
Pronostic. — Il est toujours grave, mais varie cependant suivant la cause de la myocardite, diphtérie, fièvre typhoïde, etc.
Traitement. — 11 faut prescrire le repos au ht dans le décubilus dorsal, le régime lacté, les compresses froides ou une vessie de glace sur la région précordiale.
Pour combattre l'asthénie cardiaque, on fera des injections .«;ouscutanées de caféine, ou de sulfate de spartéine et de sulfate de strychnine associés, ou d'huile camphrée.
On continuera le traitement de la maladie causale. Les bains tièdes ou refroidis dans la tiè\ re typhoïde, dans la scarlatine, ne seront j)as cessés, s'ils sont bien suppoi'tés.
La maladie aiguë terminée, il faudra se souvenir ]iendant longtemps que le cœur a été touché, et surveiller leufant au point de vue de son alimentation, de ses exercices, de son travail intellectuel.
B. — Myocardites chroniques.
Elles sont rares cbez reniant, qui n'est pas atieinl dalJK'iome, d'arfério-scltMose, de m'-pluite iiitersliliidle. etc.
On a vu cej)eudaiil la myocaiilite clironique interstitielle difl'use faire suite à une myocardite aiguo, dans la scarlatine et dans la fièvre tyi)hoïde notamment.
Chez le nouveau-né et reniant, la syphilis héréditaire peut déterminer de la myocardite clirinilipie.