RHINITES
Les rhinites de l'enfance sont ahjui's ou clirninques; idiopathiques ou sijmploniii tiques ; calarrhales, purulentes ou membraneuses. Ces caractères permettent de décrire un certain nombre de formes cliniques, mais ne répondent pas à des affections distinctes. Quelle que soit la cause qui intervienne, la rhinite est toujours, sauf quelques exceptions, le résultat d'une infection ; quels que soient les aspects des sécrétions nasales, les symptômes qui y sont associés relèvent toujours des mêmes facteurs, Vobstruction nasale, Vinfection et les réflexes d'origine nasale.
Etiologie. — Les rliinites sont fréquentes chez les enfants, surtout cliez les jeunes, et notamment chez le nouveau-né. Elles sont aiguës ou chroniques.
A. Rhinites aiguës. — On distingue :
1° Des rhinites idiopalhiques, dues à Faction du froid (coryza idiopathique a frigore), à Finhalation de poussières irritantes, d'eau savonneuse pendant le bain, etc. Aux rhinites a frigore, occasionnées par un courant d'air, par l'humidité des pieds, etc., sont prédisposés les enfants à tonqiérament arthritique ou scrofuleux et porteurs de végétations adénoïdes, d'iiypertrophie des cornets, de déviations de la cloison, etc.
2" Des rhinites sijmptomatiqiies dues :
a. A des corps ('trangers des fosses nasales, à des intoxications (iode et iodurcs).
b. A des maladies générales infectieuses telles que rougeole, grippe, érysipèle, scarlatine, etc. Parmi elles, les unes résultent de l'agent de la maladie elle-même (rhinite du début de la grip|)e, de la rougeole), les autres, généralement tardives, d'infections secondaires.
c. A Tinfectioii diplil(''ii([ue (•ons(''Cutive à une angine ou primitive; ce second cas est h' |ilus fré(]uent chez le nourrisson.
d. A rinfeclioii hh'niionliagi<pic contractée pendant raccouchemenl, chez le nouM'au-iK-.
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c. Enfin à rhéivdo-syphilis. Cette rhinite syi»hiiiti<{ue est tantôt précoce et apparaît pendant les 2" et 3" semaines, parfois seulement dans le deuxième ou le troisième mois, tantôt tardive et se manifeste vers 8 à 10 ans, surtout au voisinage de la puberté. Par sa persistance, elle se rattache aussi bien aux rhinites cluoniques.
B. Rhimtes cinioNiQUES. — Elles sont la conséquence d'une rhinite aigui^ ou sont chroniques d'emblée. Souvent elles sont entretenues par Texistence de végétations adénoïdes ou de vices de conformation des fosses nasales. Une place importante est à faire aux rhinites hérédo-syphilitiques et à la rhinite atrophique fétide ou ozène.
Bactériologie. — Dans les rhinites idiopathiques, comme dans les rhinites s\ nqitomati(jues d'alTections dont le germe spécifique est inconnu, les sécrétions nasales contiennent des microbes vulgaires : staphvlocoipio doré ou blanc, stroplocoque. pneumocoque, etc.
Dans les cas |»articuliers on peut déceler le gonocoque, le bacille de Lœftler.
Dans l'ozène on a décrit des germes divers : coccobacille fLowenljerg), hacillus fœtidus ozena^ (Hajek). bacille analogue au bacille diph.térique (Belfanti et délia Vedova), coccobacillus betidus dzena' iPi'rezt.
Pathogénie. — Les germes connus ou inconnus qui causent les rhinites tantôt sont apportés sur la muqueuse au moment où la rhinite se déclare (infection exogène), tantôt y vivent en saprophytes depuis longtemps et deviennent pathogènes sous les iutluences énumérées plus haut, le tVoid notamment, qui provoque une vaso-constricfion de la muqueuse et une diminution du mucus sécrété (infection endogène). Dans tous les cas riufection est facilitée par les déformatidus des fosses nasales et les végétations adénoïdes, qui entretiennent des troubles circulatoires et déterminent la stase des sécrétions.
Symptômes. — Les rhinites se traduisent par des symptômes fonclionnels. physiques et généraux.
A. Symptômes fonctionnels. — Ce sont d'abord des éternuements, puis des signes de Vobstrurtion nasale déterminée par la tuméfaction de la muqueuse; ceux-ci sont au maximum chez les nourrissons. La respiration nasale devient bruyante, d'abord sifllante, puis gargouillante. L'enfant ouvre la bouche pour lespirer; il respire assez bien à l'état de veille et dans la position verticale,
(lil'licil(Mnent dans le ilt*riil»itiis el jitMidaiit le sommeil, car la r('S|iiration ne se fait pas spontanément par la Itouclie (p. 39); anssi le voit-on se eyanoser, étoniïer et se r(''veiller en ponssant des cris; le sommeil devient impossible. D'antre pari la sn[)pression,de la respiration nasale rempèclie de téter, provocpie des efforts maladroits qni font pénétrer qnelqnes gouttes de lait dans le larynx et causent des accès de sufl'ocation.
Chez Tentant plus grand, Toltslriictiou nasale a des conséquences moins sérieuses, car le malade y sujtplée par la respiration buccale. Il se plaint par contre comme Fadulte de picotements et de sensations pénibles au niveau des fosses nasalts. de lourdeur de tète.
La voix est nasillarde.
B. Signes physiques. — Pia[)i(lement les narines et la lèvre su])érieure sont rougeS; tuméfiées, excoriées. Par les narines se fait un ('■coulemeut dont les caractères sont variables suivant les périodes de la rhinite et suivant sa cause : lautùl c'est un li(piide clair, transparent, a(jueux, qui s'é(»aissil au hoiil de (U'\\\ ou (rois jouis et devient muco-purulent {rhinUo cnlarrha/e); tantôt c'est un liquide purulent, ci(''ineux, épais, verdàtre ou jaunâtre, ou un liquide séro-purnlent abondant, véritable jetage (rhinite purulente), qui peut être mêlé de débris et quelquefois de véritables moules membraneux [rhinilo mevihranciise). Souvent il y a des stries sanguines el parfois de véritables éjtistaxis.
L'examen des fosses nasales ]iar la rhinoscupie anh'rietire montre dans la rhinite catarrhale une nHi(|ueuse tuméfiée, rouge sombre, sans érosions, qui obstrue la ca\ilé; dans les rhinites purulentes, une mu(|ueuse rouge, tumi'liée, |U"ésentant. surtout au niveau de la cloison, de petites éi'osious grisâtres, parfois recou\ertes d'une membrane peu éj)aisse; dans les rhiniles membraneuses, des meudiraues plus ou moins épaisses, reposant sur une iiiuipieuse tuméfiée, rouge, ecchymotique.
(j. Sv.Mi'TÔMES GÉNÉr.AUx. — Ils sout plus OU uioius mar(piés, suivant Tàge du sujet, la cause el rintensilé de rinfeclion.
Complications. Klles résulleul de la propagation et de la (lilTusiou de rinleclion primili\ement localisée. Elles sont d'autant plus iuqiorlaules el plus graves que les sujets sont |dus jeunes et sont porteurs de (h'formatious nasales, de vi'gélalions adénoïdes.
l/écoidement continuel du [tus par les narines peut provo(|uer de Véri/lhèinc, de Vimpi'titjo. de Vrnj^'ijirlr de |;i lèvre supérieure, des ailes du nez, de la face.
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La ]iroitagalioii de riiifeclion jtar le canal nasal est canse de conjonctivites, de hli'phd rites, de kératites, de dacri/oci/stites^ etc.
La propagation à travers la lame criblée de rellinioïde cause des mèniufjites.
La propagation à la liompe (rEuslaclie et à 1 <iii'ill<^ nKiyenue. qui est très fréquente, donne lieu à une otite moyenne cntltarrale ou suppurée.
La jirojiagation au }iliar\ ii\ et les anijines sont partie uliérement tiéquentes chez les sujets prédisposés par Ihypertrophie chronique de son tissu lymphoïde. L'infection frappe par ordre décroissant de fréquence lamygdale pharyngée, les amygdales palatines, lamygdalf linguale. Ces infecli(»ns pharyngées secoudaires évoluent souvent pnur leur })ropre coniiite et coulribuenl à entretenir la rhinite.
La jiropagalion aux voii-s respiratoires inférieures [innnqm- di'<' litri/Hi/ili's. des trachra-bronrhiles, des broncha-pneumonies, surtout ciiez les nourrissons. L'infection nasale ne constitue en pareil cas que la première étape de linfection des voies respiratoires; les autres étapes se succèdent ]»arfois chez les tout petits avec une rapidité foudioyante.
La déglulilion des produits septiipies peut causer d 's troubles iligeslifs, mais ceux-ci sont généralement minimes ; quand ils ont une certaine intensité, ils sont surtout le fait de la pharyngite coexistante.
Enlin l'excitaliun des filets nerveux de la muqueuse nasale occasionne parfois, chez les enfants prédisposés, des troubles n-flexes : toux coqueluchoïde. spasme de la glotte, asthme.
Formes cliniques. — 1" Rhi.mtk cATAruiHALE Aiciii; mioPA- THiQUE. — C'est le coryza aigu simple. Chez le fjrand enfant, il se présente comme chez ladulte : il débute par de Tenchifrèneu\ent, des élernuemenls, de la lourdeur de tète, souvent de la lièvre; puis ap[)arait un écoulement nasal successivement muqueux et muco-purulent. En 4 à o jours les phénomènes aigus sont terminés, bien qu'il |tersiste pendant jilus ou moins longtemps une hypersécrétion nuico-|iiMulente. 11 n'est pas rare cependant de voir le coryza suivi de lar\ ngo-trachéo-l)r<»nchite. Les autres comidications ne s'observent guère que chez les adénoidiens.
Chez les nonrrissons, les phénomènes sont de même ordre; mais les troubles respiratoires, pour peu que la rhinite soit assez
intense, sont ])eau('Oiip pins marqués, la propagation aux voies respiratoires se fait plus aisément et aboutit plus facilement à la liroaclio-pneumonie. Cependant, à cùté des cas sérieux, il y en a (faulres, et ce sont les plus nninl)reux, cpii guérissent rapidement '.
2° RhIMTES CâTARUUALES AIGIKS SYMPTOMATIQIES. — ElleS s'oll-
serveul au début de la rougeole, de la grippe, de la coqueluche : leur description sera faite à propos de ces maladies.
3" Rhinites AiGiES PURULENTES ET MEMBRANEUSES. — Elles Comprennent elles-mêmes jilusieurs types.
a. La rhinite purulente aiguë du nouveau-né. presque toujours gonococ(i(pie, coïncide généralement avec la conjonctivite, qu'il y ait infection simultanée ou propagation par les voies lacrymales d'une muqueuse à Tautre. Elle débute le deuxième on le troisième jour après la naissance. Il s'écoule par les narines nn pus crémeux jaune, souvent strié de sang; le nez est rouge, tuméfié: les symptômes dVilistruction sont très marqués; l'état général est sérieux. Les complications otitiques et broncho-pulmonaires sont fréquentes. Souvent l'alTection passe à l'état chronique et dure un on deux mois.
h. Les rbinites purulentes aiguës des enfants plus grands s'observent assez souvent au cours des maladies générales à déterminations nasales : rougeole, grippe, etc. Elles ne se voient guère que chez les adénoïdiens et sont plutôt des rhino-pharyngites: elles sont dues à des infections secondaires à streptocoques ou à staphylocoques; elles s'accompagnent souvent de broncho-pneumonies, de stomatites, d'adénopathies cervicales. Il s'agit en somme d une localisation d'un processus infectieux plus généralisé. p]lles se traduisent par un écoulement nasal muco-}turulent ou purulent contenant quelquefois des débris membraneux, et par des symptômes généraux graves liés aux diverses localisations infectieuses aulant qu'à la rhinite elle-même.
c. La rhinite membraneuse diphtérique sera étudiée à propos de l'angine diphtérique (p. 79). à laquelle elle est généralement associée; il s'agit d'ailleurs surtout d'une localisation au rhinophaiynx.
1. La rhinite spa.imotli(/iie ou rhume des foins ne se rencontra pas avant la puberté; c'est une atl'cction de l'adolescence et de l'âge mur.
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4° Rhinite? chuoniqles. — Elles succèdent généralement à une ou plusieurs atteintes de rliinites aigui's, et sont le plus souvent liées à l'existence de végétations adénoïdes ou de déviations de la cloison. Elles sont caractérisées par une sécrétion abondante, muqueuse ou niuco- purulente , inodore, exceptionnellement fétide, qui s'écoule par les narines et dans le pharynx, par une obstruction nasale d'intensité variable. PLUes provoquent de 1 éryihème des narines et de la lèvre supérieure, quelquefois de Teczéma ou de l'impétigo. Par la rhinosco|iie antérieure, on constate que les narines sont remplies des produits de sécrétion, que la muqueuse, rouge ou pâle, est tantôt d'épaisseur normale (catarrhe chronique simple), tantôt épaissie [catarrhe chronique hypcrtrophique) .
Une variété de rliinite chidiiique est la rhinite veslibulaire., co'i'ncidant avec Timpétign de la lèvre supérieure, chez des enfants qui ont le faciès scrofuleux.
o" Rhinite atuophiole iétioe oi: ozène. — Cette rhinite est une entité spéciale, distincte des autres rhinites qui s'accompagnent occasionnellement de sécrétions fétides. Elle débute généralement de 8 à 15 ans. mais peut être plus précoce et apparaître à 3 ou 4 ans (.M. Bouhiy): elle s'observe surtout dans la classe pauvre, est souvent héréditaire et ne parait [las contagieuse.
Le symptôme caractéristique est la fétidité de Vair expiré^ fétidité très spéciale, d'intensité d'ailleurs variable, depuis les cas où elle est à peine perceptible, jusqu'à ceux où elle rend le voisinage de l'enfant insupportable. Les sécrétions nasales sont abondantes, épaisses, jaunes ou verdàtres. Le nez est souvent aplati, élargi! Le^ fosses nasales sont très agrandies: leurs parois sont recouvertes d'une sécrétion épaisse, verdàtre; le cornet inférieur et souvent à un moindre degré le cornet moyeu sont atrophiés. Dans les cas un peu anciens, il y a de plus de la pharyngite sèche., de V atrophie des amiji/dales pharyngée et palatines: le processus peut mèuie s'étendre au larynx et à la trachée.
Généralement il y a de Vanosmie., et le malade n'est pas iuconnuodé. L'état général est bon; souvent cependant l'enfant est pâle et ché-tif.
L'ozène se ilé\elo]qM' iiisiilieusi'ment et a une durée iiidcfiiiie : il est susccqjtible d'amiMioration. mais celle-ci n'est durable qu à l'âge adulte. Les complications infectieuses sont relativement rares.
6° Rhinite syphilitique. — Elle est une nianifestalioii He la syphilis héréditaire précoce ou tardive.
La rhinite précoce aiiparaît généralement vers la 2'' ou la 3^^ semaine. Elle donne lieu aux symptômes Ibnctionnels haliiluels. L'écoulement nasal est séreux, séro-purulent, quelquefois sanguinolent : il contient des germes vulgaires et souvent du bacille
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