HYPERTROPHIE DES AMYGDALES
VÉGÉTATIONS ADÉNOÏDES.
Le ti.-isii lyiiijdidïdc du [iliaiyu.x, qui est si développé et si actif chez lenlaiit, est susceptiMe d'augmenter de volume, soit d'une façon aiguë et passagère, soit d'une façon chronique. Dans ce dernier cas, celte hypt'rtrophie prend une grande importance et constitue une afl'ection, sinon propre à Tenfance et à l'adolescence, mais tout au moins jouant à ces p(''riodes de la vie un rôle qu'elle n'a que rarement à làgc adulte.
Qu'il s'agisse de Yln/perlraphir des (Din/r/dali's j)ala(ines^ de rhyperti'0|ihie de l'amygdale pharuigée [végétal ions adétioïdes)^ de l'hyperlrophie des follii-ules clos disséuiinés dans la muqueuse [phanjngitc chronique granuleuse , phanjnrjile follirulnire hi/pertrophique)^ les conditions (pii en règlent le développement sont toujours les mêmes, et les réactions morhides <pii eu résultent relèvent des mêmes processus pathogéniques. Aussi y a-l-il intérêt à en faire une description d'ensemhle, d'autant i)lus que, si l'hypertrophie peut atteindre isolément tel ou tel segment, souvent elle porte sur plusieurs d'entre eux et même sur tous {j)lian/ngilc liyperlrophi(iut' généralisée, Ruaull) : d'après la statistique de (aivillier, sur 100 cas, on trouve 19 cas d'hypertrophie sinqde des auiygdales palatines. 43 cas d'hypertrophie siuq)le de l'amygdale pharyngt'e. 37 cas d'hypertrophie associée de ces deux amygdales.
Etiologie. — L'hypertrophie du tissu lyuqihoïih^ du [iharynx peut s'observer à toutes les pfhiodes de l'enlance, même chez le nourrisson (Luhel-Barhou) ; sur 100 cas de végétations adénoides observés avant lo ans, 22 avaient trait à des enfants âgés de moins de o ans (Cuvillier). Elle se rencontre avec une égale fréquence chez les gairons et chez les filles.
Il n'est pas rare (b* l'observer à des degrés divers chez les (hîTéreiits membres d'uue même l'aiiilHe, asceudants et coUaléivinx, associi'e (lU non au lyuqdiatisiiie. Le terrain lynqdiatique, héré- (hlaire ou ac(juis, en est la cause prédisjtosante inqiortanle; c'est chez les enfants, ibml b- sy>ténie lynipbali<pie ]ir('seute une dis-
o4 MALADIES DU PHARYNX
[losilion spiM-iale à s'infecter et à réagir aux infections par l'iiypertroiihie ({u'on la rencontre.
La cause déterminante réside dans les infections pharyngées à réi)étition (amygdalites palatines, rhino-pharyngites), qui se développent chez ces sujets prédisposés; c'est à la suite de poussées inllamniatoires successives, à résolution imparfaite, (juon la voit se constituer. C'est en facilitant celles-ci qu'interviennent dans sa genèse le froid, l'humidité, les maladies infectieuses (diphtérie, rougeole, scarlatine, grij)])e, etc.). Quant au rôle de la tulterculose, nous le discutons ailleurs (p. 92).
A côté de ces cas. où l'hypertrophie du tissu lymphoïde du l)harynx est acquise, il en est d'autres où elle est congénilale et existe dès la naissance.
Symptômes. — Les amygdales palatines et ])haryngée hypertrophiées constituent un ohstacle mécanique soit à la déglutition, soit à la respiration. Elles provoquent l'irritation des nerfs [diaryngés. cause de réflexes d oii relèvent un certain nomhre de symptômes. Elles constituent un lieu favoralde à la pullulation des microbes, qui non seulement entretiennent l'inflammation de la muqueuse pharyngée et des muqueuses voisines, mais encore agissent sur tout l'organisme et sur les organes éloignés, soit par leur diffusion, soit par les toxines qu'ils sécrètent. Ces différents facteurs pathologiques s'associent en général pour réaliser les troubles fonctionnels et les troubles généraux. Nous étudierons d'abord ces troubles, puis les signes physiques.
A. Troubles fonctionnels. — a. Troubles digestifs. — Les amygdales palatines hypertrophiées déterminent parfois des trouldes de la déglutition, soit en créant un obstacle au bol alimentaire, soit en gênant le fonctionnement du voile du ])alais; elles peuvent provoquer des nausées et même des vomissements réflexes par leur contact avec la base de la langue ou avec la luette ou bien par l'irritation des lameaux tonsillaires du glosso- ])haryngien (Ruaull).
L'hypertrophie de l'amygdale pharyngée }teul empêcher le nourrisson de téter en sup|)rimant la respiration nasale (Lubet-Barbon).
b. Troubles respiratoires. — L'hvpertrophie de 1 amygdale liharyng<-e. determinanl le létrécissement plus ou moins marqué de Torifice postérieur des choanes, gène ou empêche la respiration nasab' et n(''cessite une res|iiration buccale suj)plêuu'ntaire; aussi l'enfaul a-l-il la bouche eulrouveite, peu à l'état de veille et
HYPERTROPHIE DU TISSU LYMPHOIDE oo
an re|»os, davaiita^'e quand il l'ail un cITort ou jx'ndant le sommeil; la nuit il ronlle, et souvent rinsnlfisanee de la respiration nocturne est cause d'agitation, de cauchemars, de terreurs, de sueurs, d'incontinence d'urine même', troubles liés à une oxygénation insuliisante du sang, (les symptômes d'ordre mécanique n'existent pas dans l'hypertrophie simple des amygdales palatines, sauf quand, exceptionnellement, elles basculent pendant le sommeil et vont obstruer Toritice laryngien.
La gène de la respiration nasale et l'c-tahlissemenl de la respiration buccale ont des coustWpuiuces importantes pour le dévelop- ]iement de la face et du thorax. La face a une conformation s[)éciale, qui constitue le faciès adénoïdien . L'air ne parcourant plus les cavités du nez, les fosses nasales, les sinus frontaux, elbmoïdaux et maxillaires restent ])etits ou s'atrojthient. Le nez est aminci, les ponuuettes sont affaissées, les joues aplaties, les yeux à Heur lie tète, les plis naso-géniens effacés; la lèvre supérieure recouvre imparfaitement les incisives supérieures; la bouche est entr'ouverte. La voûte palatine, rélrécie dans son diamètre transversal, agrandie dans l'autéro-postérieur, est très élevée et ogivale. La courbure du maxillaire supérieur a, contrairement à la normale, un rayon égal ou plus petit que celui du maxillaire inférieur; le maxillaiie inférieur, normal, déborde le supi'rieur; il y a du prognathisme. Les dents supérieures sont irrégulièrement implantées par suite de la déformation du maxillaire supérieur-.
Les drfnniialioiis Ihurariqup.w allribuées pendant longtemps à riiypertropliie des amygdales [talalincs, relèvent des végétations adénoïdes. Elles revêtent deux types : 1° le type vertical, dans lequel le thorax présente latéralement une dépression verticale, surtout dans la région moyenne, tandis que le sternum est projeté en avant <lans ses deux tiers supérieurs et déjirimé dans son tiers inférieur (poitrine en carène) ; 2" le type transversal, dans bnpiel la poili'ine semble aMtir <''l('' sern'e par une ceinture à
1. U'après (Irljiibech, l\ p. 100 des adéiiuiiliciis ont de rincontiniMice nocturne d'urine: la gcnr- do la rospiralion empêche le sommeil profond; par suite le liosoin d'uriner est senti et la miction se fait inconsciemment.
•2. Le faciès adénoïdien résulte de l'obstacle à la respiration nasale. Tous les auteurs n'admettent cependant pas cettcî tliéorie, car il peut se transmettre héréditairement, exister chez le nouveau-né, chez des siij<!ts non adénoïdiens, et inversement manquer chez des adéno'i'dicns.
D'autre part, ce faciès est considéré par les aliénistes comme un stipmate de dé>.'énérescence. Les aliénés ont souvent le fa<-ios adénoïdien et sont d'ailleurs souvent adénoïdiens.
lunion du tiers siqiérieur et des deux tiers inférieurs. Ces déformations, auxquelles s'associent souvent l'asymétrie thoracique (Pliocas) et la scoliose (Redard), sont analogues à celles que produit Tasphyxie aiguë laryngée; elles sont le résultat d'un tirage chronique, dû à rinsullisancc de la respiration buccale complé-
Fi£
Faciès adi-noïdien (Face)
mentaire, à un moment où les cotes sont molles et flexibles; le rachitisme y prédispose (Phocas). Par suite du rétrécissement de la cavité' tlioiaci(|ue. le cœur paraîtra jtlus volumineux (pseudohyperlrdphic canliaqut' de croissance); il sera gêné dans son fonctiuimrmcnl, n- (pii |irn\(i(pi('ra des palj)itations et de la dilatation des ca\ili''s droites.
A côt('' de la gène res|)iratoirc et de ses conséquences, il (wiste d'autres Iroubb's lii's plus ou moins directement à Ihypcrtrophic
HYPEUTROPllIE DU TISSU LVMl'HOIDE 57
(lu tissu lymitlioïde flu pharynx. La loux est fréquente: elle est quinteuse, coquehiclioule, tantôt sèche, tantôt grasse, survient de préférence la nuit ou le matin, i»endant le décubitus ou à la fin de celui-ci; elle est due soit à un réflexe d'origine aniygdalienne i^lîuault), soit plutôt au catarrhe rluno-pharyugieu qui
V\g. Cl. — Faciès adénoïdion 'Profil).
|)ro\0(pie 1 accumulation des mucosités dans le jdiarynx et ilaus le vestihule du larynx; elle ne cède qu'au traitement de TafTection causale. Assez souvent surviemient, par action réilexe ou à Foccasion dune infection htcale. de la laryngite striduleuse, du spasme glotlique, des accès d'asthme.
c. Troubles de la parole. — Quand les amygdales palatines sont hypertr()(ihiées, la voix est soiude, euqiàtée, rarliculalion de certaines lettres (/, r) est d(''fectueuse. Chez les adénoïdieus, la voix est sourde, faible. Tm et Yn sont prononcés cnuime h et d, les sons nasaux [an, en. in, on. tin) son! siip|iiiiiic>.
(/. Troubles de l'oreille. — Les troubles fie l'oreille soiil iVéquenls chez les aclénoïdiens : dureté de Touïe, surdité, bourdonnements d'oreille. Ils sont dus soit à l'obstruction de lorifice de la trompe d'Eustache par la tumeur adénoïde, soit à rinllannuation chronique de la tromi)e et de l'oreille moyenne consécutive à rinflammation du pharynx. C'est par l'intermédiaire de cette dernière qu'ils se produisent quand ils accompagnent l'hypertrophie des amygdales palatines (Duplay). Chez les jeunes enfants, les troubles de rouïc peuvent être cause de surdi-mutité.
Chez certains enfants les troubles de l'oreille sont les plus apparents et attirent l'attention; il faut savoir remonter à leur cause.
B. Troubles gknéuaux. — Ils sont surtout marqués chez les adénoïdiens. Par suite de la gène respiratoire et des troubles consécutifs de l'hématose, par suite de l'infection chronique du nasopharynx, les enfants sont pâles, anémiés, chétifs. Leur croissance se fait mal'. Leur soniiv.eil est troublé. Leur intelligence est souvent affaiblie, leur aptitude au travail très minime; en classe, on les range jiarmi les paresseux et les cancres. L'elTort intellectuel produit la cé}ihalalgie. A cause de leur essoufllement facile ces enfants jouent peu, ne courent pas, restent à l'écart de leurs camarades. Enfin, ils sont sujets à des complications, que nous étudierons plus loin.
Chez les nourrissons, les végétations adénoïdes peuvent arrêter le développement pendant des mois (Yariot, Le Marc Hadour et P. Roger).
C. Signes physiques. — Les amygilales pahilincs hypertrophiées se reconnaissent à la simple inspection du pharynx; elles sont généralement toutes les deux augmentées de volume, mais inégalement. Dans les formes pédiculées (Moure) elles fout saillie dans l'isthme du gosier qu'elles rétrécissent plus ou moins complètement, sont implantées par une base étroite, et de forme ovoïde ; dans les formes enchalonnc'-es (de Saint-Germain) elles ne font pas saillie, mais lepoussent les ])iliers auxquels elles adhèrent en avant et en arrière et s'im])lantent par une large l)ase. Leur surface est unilobée ou mullilolu'e, lisse ou recouverte de saillies et de dépressions, pâle ou gris jaunâtre, sauf au moment des pousses aiguës où elle devient rouge vif. Dans certains cas elles
1. On a (locrit un infantilisme adéuoïilicn. qui cesserait ])ar lalilation des aiiénoïdcs. D'autres enfants au contraire ont une croissance rapide.