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IV. — COLITES

Bien (jiie les inllaïuiiiatioiis localisées au gros inleslin, les colites, puissent s'observer chez le nourrisson, elles ne commencent à devenir fréquentes qu'après le sevrage et surtout chez les grands enfants; leur nombre augmente avec l'âge et devient grand chez Tadulte. Elles comprennent dans leur cadre Yentérile muco-membraneuse. qui, à cette période de la \ie tout au moins, n en constitue qu'une variété. Elles présentent chez l'enfant un certain nombre de particularités cliniques et étiologiques.

Ces colites, dont l'importance s'accroît chaque jour en pathologie infantile, soit qu'on les connaisse mieux, soit que leur fréquence augmente, ont été vues chez Tenfant par Duguet (i868j et Labhé; mais elles u ont été étudiées de façon précise que depuis quelques années. Je citerai les travaux de Gomhy (1897), de Calmels, de Carron de la Carrière, de Guiuon 1898). qui en a établi les formes cliniques, d'Hutinel (1899), qui en a fait connaître certaines formes graves sous le nom de choléra sec, de R. Giffard (1903).

Il faut distinguer, d'après l'évolution, des colites aiguës et des colites chroniques; il existe d'ailleurs entre elles des relations étroites, et leur étude doit être faite simultanément.

Étiologie. — A. Causes prédisposaxtes. — Les colites sont fré<pienles dans 1 enfance; sur 100 cas de colite muco-membraneuse Botteutuit (189:2) en a observé 13 chez des sujets de 4 à 45 ans. Elles sont rares chez les nourrissons, bien que dans certaines gastro-entérites il jiuisse y avoir jtrédominance des phénomènes de colite; elles deviennent plus fréquentes au moment du sevrage, et surtout après; les formes aiguës sont plus fréquentes que les chrouiques avant 3 ans.

Le sexe n'a pas l'intluence si marquée qu'il a à l'âge adulte, où la femme est surtout atteinte.

Les conditions sociales uut une icliou manifeste. Ou les observe plus dans la clientèle de la ville, dans les classes riches et aisées, qu'à l'hôpital; ce fait s'exj)lique par l'inteivention de plusieurs facteurs (|ue nous allons retrouver : l'iuMédiié neuio-arthritique, la siiialiiiii'iitation. la \i(i sédentaire nécessitée par les condiliiuis df I iii-li iirliiiu (les coliics ne sdut pas rai'cs chez les collégiens'.

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D'après l'oitinion générale, Yhérédili- neuro-arthritique constitue une cause itrédisposante de jneniier ordre. On note chez les ascendants, et plus tard les enfants présenteront eux-mêmes, la goutte, la gravelle, rohésilé, rasllime, Thystérie, la neurasthénie, etc. Dans nondtie de cas, il y a Itrrédité directe : la mère est atteinte de colite. La colite est d'ailleuis assez souvent une maladie i'amiliale; les enfants d'une même famille peuvent en être atteints simultanément ou successivement.

Les troubles digestifs et une mauvaise Inujiène alimentaire interviennent soit connue cause itrédisposante, soit comme cause occasionnelle. Souvent il s'agit d'enfants qui ont ('té nourris au lait stérilisé d'une façon inconsidérée et troj) prolongée, qui ont présenté des phénomènes de dyspepsie gastro-intestinale, d'enfants faisant un usage prématuré et exagéré de la viande (Hutinel).

Un des effets de cette hygiène défectueuse est la constipation. Celle-ci est fréquente, ici comme chez l'adulte, dans les antécédents des malades; elle constitue un facteur prédisposant important. Une place à part est à faire à Vhijpprtrophie chronique du tissu lipnphoide du pharynx et aux infections chroniques du naso-pharynx qu'elle entretient (Trihoulet, Aviragnet).

Citons enfin les péritonites aiguës et chroniques, qui déterminent la formation de hrides comprimant l'intestin, les tumeurs abdominales, les ptôses viscérales, surtout la néphroptose, tous facteurs favorisant la constipation; les gastro-entérites aiguës, la fièvre typhoïde, Vappendicite chronique.

P>. Causes occasionnelles, — Elles interviennent pour réaliser des colites aigu s, soit à elles seules, soit en agissant sur un intestin prédisposé. Ce sont la chaleur, un excès alimentaire provoquant une indigestion, Yingeslion d'aliments altérés, de mauvaise qualité ou irritants, tels que fruits crus et insufiisamment mûrs (Guinon), lait altért', Y ingestion à hautes doses de certains médicaments, tels que le calomel, des maladies aiguës (angine, rougeole, scarlatine, grippe, etc.).

Pathogénie. — L'élude étiologi(pie met en relief l'hérédité Meuro-arthiitif{ue, la suralimentation ci l'alimentation défectueuse, qui créent la dyspepsie gastro-intestinale et la constipation. Celleci occasionne une iri-itation chronique du gros intestin et favorise la ]iullulation des microhes à ce niveau. Ces germes agissent à leur tour sur la mu(|ueuse soit directement à titre d'agents [lalhngènes, soit indirectement en réalisant des processus de putriMac-

lion. Suivant leur adivitr et la iliiit'e de leur action, ils réaliseront une colile algue ou une colile chronique^ laciuelle pourra se compliquer de poussées aiguës.

L infection semble donc être la cause importante des colites infantiles. Son rôle se décèle mieux chez renfant que chez ladulle. Parmi les germes qui interviennent, on peut citer les colibacilles (coli-colites d'Escherich) et surtout les streptocoques; il y aurait aussi à préciser le rôle des anat-rohies. (pii interviennent principalement dans les processus de jmtréfaction.

Quant aux actions réflexes, dont Soujiault a montré le rôle dans Ihypersécrétion muqueuse du gros intestin, elles peuvent intervenir chez Tenfant comme chez Tadulte: mais elles ne coustitut'iil lialtituellement qu'une cause prédisposante à Tinfection.

Symptômes. — A. Colites chromqles. — Elles s'ol)servenl surtout à partir de 8 ou 4 ans ; elles font suite à des crises de colite aiguë ou sont chroniques demblée.

On constate dans les selles la présence de mucus sous des aspects très variables ; ce sont tantôt des glaires filantes seml)lal)les à du blanc d'œuf coagulé, des houles grisâtres, une sorte de mousse {type amorphe), tantôt des cylindres tubulés, des rubans. des lanières semblables à du macaroni, à du vermicelle (type membrani forme). La quantité en est variable : tantôt il constitue la majeure partie ou la totalité des excréta, tantôt il n'existe qu'en petite abondance autour de^^ matières fécales. Le microscope décèle quelques cellules épithéliales et quelques leucocytes.

L'hypersécrétion uHKjueuse s'accompagne généralement de constipation., et celle-ci est même dans la plupart des cas la première en date. L enfant n'éprouve i)as le besoin d'aller à la selle : les selles sespacent de plus en plus et finissent par ne plus avoir Heu spontanément; les matières sont sèches, dures, ovillées ou rubanées, entourées de mucus. De temps en temps, la constipation peut faire jilace à la diarrhée: il y a en outre de fausses diarrhées, dans lesquelles, au milieu de matièi-es li(piides et glaireuses, on trouve des scybales.

Quelquefois It^s mucosités sont striées de sang. .\.'>^n souvent il y a du sable ou des graviers gros comme un (K'iiiii tle raisin ou unt' lentille, formés par de la matière organique, des phosphates et des carbonates de chaux et de magnésie, des traces de silice.

Tantôt ralTection est indolente, tantôt il y a des douleurs j»lus ou moins inti'usi's i formas entéralgiques) : ce sont habitut-l-

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Ipincnl (les liiaillemcnb, des (''lancements, des sensations de [tesanteui', au niveau des fosses iliaques, de Tombilic, qui sont permanents ou apparaissent deux à trois heures après les repas; rarement des crises |iaro,\ysti(pies pouvant simuler une péritonite, rocclusioii intestinale on Tappendicite.

Vahiloinen est tantôt gros, ballonné ou flasque, étalé, tantôt dur, aplati et même rétracté. La palpalion du (jros intestin^ généralement indolente, provoque d'autres fois une douleur plus ou moins vive, elle renseigne sur sa consistance et sur son calibre : dans certains cas, il est flastjue, dilaté, donne la sensation de Fintestin eliiffon (M. de Langenhagen) ; dans d'autres, il est contracté, en l'tat île s|tasme, roule sous les doigts, comme une corde (Gléuard): dans (Taulres enlin il présente des jiarties voisines dlternativement dilatées ou en état de spasme. Quand Fintestin est dilaté, on peut percevoir du gargouillement au niveau du cfecuni et du côlon Iransverse, qui est abaissé. On perçoit enfin souvent des scybales sous forme de noyaux durs, roulant sous le doigt.

A côtf' de ces syuqdômes cardinaux, la colite chronique en possède d'autres, en lapport du ne part avec le retentissement profond (ju'elle a sur certains viscères et sur ForganisuKi en général, d'autre jiart avec le tenain neuro-arllirilique sur leipiel elle se dévelojipe.

Les enfants sont généralement pâles, amaigris, ([uelqnel'ois cachecli(}ues. Leur croissance se l'ait mal ; « ils restent petits, les os grêles, les meud)res minces, la poitrine (■Iroite; tel enfant de trois ans |iaraît en avoir deux; un enfant de onze ans est moins développé et (Fapiiarence plus infantile que son frère qui en a huit » (Guinon). Quelquefois leur peau est pigmentée, principalement sur la face et sur le cou, de teinte jaunâtre. Ils se fatiguent facilement, sont sans entrain, tristes, apathiques, irascibles; certains dune sagacité jirécoce se préoccupent continuellement de leur état et des soins (juil nécessite. Leur sommeil est souvent agité, Iroubh' par des cauchemars, des terreurs nocturnes. Ils présentent des réactions vaso-motrices |)arlbis intenses, ont facilement les pomuiettes loiiges, des sueurs. Il y a a]»\i'exie; mais il n'est pas rare de conslater de tenq)S en leuqis un uiou\eui'';ii lebrile.

L'app(''til est nul ou ca|)ricieux ; les dige.slious sont ieiites (;t pénibles, s'acconii»agnent de ballonnement du ventre, de rougeur du visaL'e, de moiteur, etc.

18i MALADIES ET SYNDROMES INTESTINAUX

L'o(l(Mii' (le riialeine osl smivi.'iit fade ou IV'tide, ]trinci|)alenieiit le matin à jeun. La langue est blanche, l'jiaisse. salmrrale, sauf à la |ininte où elle reste rouge. La gingivite est rr('(|uente: souvent il y a des ajildes. Le |)tyalisnic n'est pas rare.

Lcsiomar es! sou \ eut dilati' et le foie un peu gros.

L'enfant se |daint Ac palpilations. H n'est pas rare de noter de Vari/llimie. de la dilnlalion du cœur droite ipii faisait croire autrefois à de riiy|terti'ojiJiie eardiaque de croissance.

Les urines sont peu abondantes, hautes en couleur et contiennent de Tindican: parfois il y a de ralbuniinurie intermittente.

Fréqueunnent il y a de l'urticaire, de Teczéma, des prurits, etc.

Tels sont les principaux symptômes des colites chroniques de Fenfance. Mais un Ici tableau ne se présente pas toujoui's au complet et avec une telle intensité. 11 y a des formes allénuées^ qui ne se traduisent que jiar la constipation et les selles glaireuses, des formes cacheclisnntes dans les(]uelles Famaigrissement est le symptôme j)rédoniinant, tandis que Fétat ]tatliologique de Fintestin n'est décelé que par un examen attentif.

B. Colites akjlks. — Les colites aigu^'s peuvent survenir d'emblée chez un enfant dont Fintestin était sain antérieurement, ou à titre de jioussées aigir's au cours d'un étal chronique. Elles se présentent sous deux aspects (Guinon) : i" forme muqueuse ou catarrhale; ïî° forme dysent('ri(pie.

1° Colite aiguë muqueuse. — F.lle peut éti'c grave, Ixniigne, localisée.

a. Forme grave. — Elle di'hute par des vomissements, de la Plèvre et de la diarrhée putride. Puis peu à peu les matières fécales disparaissent et sont renq)lacées par du nuicus. sous forme de masses et de lilamenls verdàtres ou brunâtres, souvent mêlé de stries sanguinolentes. Les émissions sont }dus ou moins fré(|nentes et abondantes; il y a des coliques, des é]»reintes.

La langue, épaisse à la base, est rouge à la pointe et sur les bords: ses })apilles sont saillantes.

L appétit est nul. La soif est vive. Souvent ringeslion de liquide |ii'o\ii(pic des naus(''('s et des voMiissemeuts. (pii généralement cessent au bout de deux a Imis |uims.

Le ventre est halldiuic. sinidul au ni\i'aii des lianes cl de la région sus-ondiiîica.le. et donliuiifiix à la j>alpatioii.

Le faciès est très altér(''; les ncmx siml e\ca\('s. les lè\res sont si'ches et pâles. La respiration es! lr(''(pieNti' ; le pouls est accé-

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léiv. La fiovre atteint et dépasse 39°, ou reste entre 38" et 38oS.

Les urines sont rares et foncées. L'enfant est d'abord agil(''. jmis lonii)e dans la tor[>ewr.

La maladie évolue ainsi pendant cinq ou six jours. Puis, si le traitement est bien conduit, on voit réapparaître les matières fécales, en même temps que le mucus diminue, que la fièvre tondte, que la langue se nettoie et que l'état général s'améliore.

La convalescence est longue. L'enfant est [tàlf, anémié, profundément débilité. L'alimentation est diflicile à réaliser. Souvent, à l'occasion d'une tentative un peu tro|) brusipic de la cbajoui'. ou sans cause, éclate une recbute. De rechute en reclmlr. r.irfeclion Iteul passer à l'état chronique.

D'autre part, surtout si l'enfanl est mal soigné, si on continue l'alimentation, les phénomènes s'aggravent, une diarrhée cholériforme f)u des ciMuplicatidns apparaissent (pii peuvent entiaîner la mort.

h. Forme bénigne. — Les symptômes sont atténués; il y a du mucus dans les selles, (pii restent fécales; la tenqx'rature ne s'élève que de quelques dixièmes de degré. Bien traités, ces cas s'améliorent ; sinon ils jieuveut devenir graves ou passer ix l'état chronique.

c. Formes partielles ou localisées. — Le piocessus est limité au côlon ascendant et au ca'cum. plus souvent au côlon descendant, à rs iliaque ou aux jiarties su|»érieures du rectum. En ces |toiuts, l'intestin est contracli' et douloureux.

2*^ Colite aiguë dysentériforme. — Le début est insidieux ou lirus(jue. Les symptômes sont analogues à ceux de la forme muqueuse; mais les paroxysmes doulotn-eux et les (-preinles sont jdus intenses, les selles daboid fécales et liquides sont bientôt constituées par un liquide muqueux et sanguinolent peu abondant, semblable au frai de grenouille ou au crachat pneumoni<iue. La lièvre est vive pendant (S ou 10 jours. Puis le sang disparait, les matières fécales se montrent de nouveau et l'affection guéi-il ou devient clu-oniiiue.

Complications et associations morbides . — 1° Tube DiOESTU" ET ANNEXES. — Les irouhles ijastriqups sont fréquents : dyspepsie, dilatation de l'estomac, hyperchlorhydrie ou h\pochlorhydrie, vomissements pt'riodi(|ues.

Le foie est généralemenl h\perlio[ilii(''. Souvent il y a des troubles de la sécrétion biliaire causant soit (b's selles vertes iiohcho-

liques, soit dos selles Manches oligocholiqiies. Pai l'ois il se ])ro(liiit fie rangiocholile catairliale avec ictère.

Les lirmorragies iuh'slinol<\s un peu abondantes sont exceptionnelles (Guinon, (lostinesco).

Plus inipoiiante est lappendicile. On a beaucoup discuté sur les rapports de cette affection avec la colite; la coïncidence a été souvent notée (J. Simon, Coniby, Marfan, Guinon. Hutinel, etc.). L'une ou Tautre peut être la première en date. Les relations pathogéniques sont complexes : souvent les deux affections reconnaissent les mêmes causes; quelquefois Fappendicite est le résultat de rintlanuiiation c;ecale, ou inversemenl rappendicite provoque la colite par irritation réflexe de la muqueuse intestinale (Soupault). Quoi qu'il en soit, il importe de retenir que rarement une appendicite aiguë à évolution rapide coïncide avec une colite nettement caractérisée; ce sont gé-néralement des appendicites chroniques a\ant tendance à aboutir à la sclérose.

2" Système nerveux. — Les manifestations nerveuses sont fréquentes, car les sujets y sont prédisjtosés par leui- terrain neuroarthritique. Ce sont des convulsions et même des accidents inéningitiques, traduisant soit une irritation réflexe ou toxique des méninges, soit plus rarement une intVclion méningée, la tétanie, des états neu)asth(''ni(jues, riiyslérie, lY'pileiisie (Gautier), la chorée.

3" Voies urinaires. — On peut observer du ténesme vésical et même de la cjstite (Escherisch, Tiumpp, Hutinel). surtout chez les filles.

On a noté encore la n(''phroi»tose.

¥ Peau. — Les manifestations cutanées sont fréquentes. Dans les colites chroniques, on observe souvent du sirophulus, du [)rurigo, de Feczéma, des éruptions urticariennes passagères; ces dernières sont généralement en lajiport avec des poussées aiguës. Au cours de ces poussées et dans les colites aiguës, il n'est pas rare d'observer des érythèmes polymorphes, morbilliformes, scarlatiniformes. quelquefois du pur|)ura, qui se localise de préférence à labdomen (Guinon, Hutinel). Ces éruptions s'accomj)agnenl de |)li(''uomènes généraux, liés à la loxi-infection générale. Elles s'observent surtout dans les coliles à streptocoques.

')" Ac(;u)E>TS Toxi-iMKCTiKux. — Ces accideiits, (|u'on observe ilans les colites aigiii-s, révèlent qii(d(piefois une inlensilt- redoul.ihle. Il en résulte un conqilexus symptomatiqiie, sur le(juel Ihilinel (1890) en parliculier a attiré l'attenlion.

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Au cours iriiiic ciiWW aijj;uë siniiile, on voit a|iii;iraitro des symptômes irraves. Leiiiaiil est jtris de vomissements ii-pôtés et reltelles à toute lli(''ra[i('u tique, ayant le caraetère de vomissements cérébraux: les matières vomies, d'altord alimentaires, deviennent muqueuses, puis verdàlres, porracées et même strii^es de sang. Le ventre se déprime et s'excave. Malgré le peu d'abondance des selles, le malade pn-nd l'aspect d'un cholérique, d'où le nom de rholérn si'c donné par Hutinel à cette forme. Les yeux s'excavent, le nez s'cl'lile, les extrémités se refroidissent et se cyanosent. Le foie est gros, douloureux à la pression: les urines sont rares, albumineuses; la respiiafion c>t profonde, suspiiieuse, quelquefois accélérée ou inégale: le pouls est ralenti, inégal, iirégulier. Il n'y a pas de lièvre; quelqueloi.s il y a hypothermie. Souvent apparaissent des convulsions chez les nourrissons; chez les enfants ]dus grands, il y a de la prostration ou de l'agitation, (jui jointes aux autres symptôuies peuvent faire penser à une méningite. Souvent se montrent des érylbèmes polymorphes et même du jiwrpura. de l'infection et des ulcérations buccales, des bronilmpneumonies.

Pronostic. — Le pronostic est toujours sérieux. Les formes aiijurs peuvent être graves immédiatement et amener la mort rapidement. Les formes chroniques, qui sont sujettes d'ailleurs aux jKtussées aigu"'s. sont redoutables par leur durée, par les difficidtés de l'alimentation <ju elles créent, par l'état le cachexie auquel elles peuvent conduire l'enfant.

Diagnostic. — Dans les cas les plus habituels l'existence d'une colite est facile à établir ]iar la constatation du complexus symptoniatique que nous avons décrit. Les colites dysentériformes sont à dilTérencier de la dysenterie vraie (p. 191), de certaines variétés de tuberculose du gros intestin (p. 108).

Mais d'autres fois, les symptômes caractéristiques sont peu marqués et masqués j)ar d'autres symptômes. Suivant les cas on jiensera à une péritonite aiguë ou chronique, à une occlusion intestinale, à une appendicite, à la tuberculose, à la fièvre typho'ïde.

Inversement on pourra prendre pour une colite une invagination intestinale p. I TU .

Traitement. — Le traitement. insj»ir('' par les notions étiulogiques et pathogéniques, doit obéir aux mêmes règles générales que celui îles dyspepsies et infections gastro-iuteslinales des nourrissons et deseidants: il coiiqioile de plus des indications s[(éciales.

A. Formes chkomqlf.s. — l " Évacuation de l'intestin; modification du contenu et de la muqueuse du gros intestin. — Il faut t'viler les inirgatifs et se Itnrner aux laxatifs. On donnera le iiialhi à jeun, plusieurs jours de suite ou de temjjs en temps, du sulfate de soude {'I à 10 gr.) dissous dans Teau de Vichy, ou associé au bicarbonate de soude, de Thuile de ricin ( â à 8 gr.). On prescrira la solution de sulfate de soude, bicarbonate de soude, phosphate de soude, prise au début des repas (un verre à Madère ou un verre à Bordeaux. :2 ou 3 fois par jour]. S'il est nécessaire, on fera un lavage de 1 intestin, à une faible pression, avec la décoction de guimauve ou la solution chlorurée sodique à 7 p. 1000, tiède ou même chaude: on évitera autant que possible la répétition des lavages et on les déconseillera, s'ils sont douloureux et provoquent du sjiasme; en pareil cas on donnera de j)etits lavements d'huile d" olive, pris le soir et gardés toute la nuit. On a préconisé les cultures de B. paralactique (Tissier).

Quand le spasme joue un lùle important, on donnera la belladone sous forme de teinture ou de poudre de racines, qu'on associera au bicarbonate de soude et à la magnésie. En pareil cas les applications humides et chaudes sur 1 abdomen sont indiquées.

Si l'atoni»' domine, on donnera la noix vomique ou la strychnine associées aux alcalins et on fera des applications froides.

Dans le but de modifier l'état de la nunjueuse du gros intestin, siutout au cas d hémorragies, de diminuer les putréfactions, on pourra prescrire les lavages à Teau oxygénée, à la décoction d ipéca, ou au peroxyde de magnésium (hopogan).

Les cures hydn»-minérales sont souvent indiijuées. On prescrira Plombières, dans les formes douloureuses, sjiasmodiques. acconignées de diarihée fréquente; Chàtel-Guyon, Brides, surtout dans les formes atoniqnes, avec constipation permanente.

:2° Alimentation. — D une façon générale le lait pur est conlre-indiqué. car il augmente la constipation et les putréfactions. Il ne sera donné qu'en petite quantité et incorporé aux féculents et aux farineux sous forme de bouillies et de purées.

Le régime alimentaire aura pour base les Itouillies (blé, orge, avoine, riz. anow-root. cacao à l'avoine, racahout, phosphatine, farine lactée, farines maltées, etc.), les panades très cuites, les purées on potages épais (pommes de terre, lentilles, pois secs, haricots secs, châtaignes, les puddings (riz, semoule), les pâles (macaroni, nouilles i, cuites à laiiglaise. Les bouillies et ])urées

seront faites à Teaii ou au lait: b; heiiri-e, einployi' en j»elitp quantité, ne sera pas cuit, «juand FaimMioration s'aeeentuera, on donnera de la viande rùtie on grillée (poulet, mouton), des )»oissons maigres bouillis (mei-lan, sole); la viande crue (mouton. cheval) est parfois mieux tolérée que la viande cuite. On autorisera également les purées de légumes verts (éj)inards, laitues, etc.), les compotes, les confitures, les gelées de fruits, le pain grillé, les breakfeasts. Connne boisson, on donnera de Tean (eau d'Evian, dWlet, etc.), ou des infusions chaudes (camomille).

En règle géné'rale, on fera prendre des rej)as peu copieux an nombre de 4 par ;24 heures, également espacés et à menus mixtes, les aliments azotés n'étant jamais donnés seuls (Combe), et on b'ia boire "2 heures à 2 heures 1/2 après le repas de préférence.

B. Formes .4iguës. — Au début on purgera Tenfant avec du sulfate de soude, on fera des lavages de l'inlestin à la décoction de racines de guimauve et ou instituera la diète hydrique.

Puis on donnera les laxatifs indiqués ci-dessus, Feau d'orge on de riz, le bouillon de légumes, la décoction végétale.

On fera des applications chaudes sur l'alidomen et au besoin on donnera des bains tièdes ou chauds.

Plus tard on recommencera lalimenlation avec les bouillies, les panades, etc.. en évitant de donner trop tôt des aliments azotés.

Si la maladie se prolonge, on se comportera comme dans les formes chroniques.

La dysenterie, qui peut frapper les enfants connue les adultes, est une maladie infectieuse, endémo-épidémique, caractérisée analomiquement par une inflammation ulcéreuse du gros intestin, cliniquement par des douleurs alidominales très vives et un aspect s[i('cial des selles, baclé-riologiiiuement par des germes spécifiques. La présence de ces germes, dont le rôle a été établi par les recherches récentes, la différencie nettement des colites dysentériformes vulgaires, qui viennent d'être décrites.

Bactériologie. — On a attribué la dysenterie à des agents ]iathogènes nombreux. Certains, l'Anguillula stercoralis, le bacille |»yocyanique, les spirilles de Le Dantec, le diplocoque de Lesage, ne sont pas consiib'rés connue tels. Seuls VAjyiœba coli (Lœsch) et le haclUe dijseulérique (Chantemesse et Widal, Shiga, Flexner,

190 MALADIKS ET SV.NDROMKS INTESTINAUX

Kriise. etc.) ont un rôle hien établi. A ce.s deux germes eoriespondent deux variélés bien distinctes de la maladie : 1" la dysenterie ofiiibienne, 2" la dyscnlerie bncillaire.

Étiologie. — 1" La d'jsenlerii; antihienne, dans les pays où elle ii'{,Mir, est assez fréquente chez fenlanl : à Poito-Alegre (Brésil), Olinto de Oliveira en observe annuellement une cinquantaine de cas sur près de 3 000 enfants atteints de maladies diverses. Elle nexiste pas de 0 à 1 au. est exceptiimuelle de 1 à :2 ans, et devient fréquente ensuite. C'est une maladie endémique, exotique, qui s'observe dans les pays cbauds, en Egypte, dans TAmérique du Sud. aux États-Unis, etc.. tandis quelle est tout à fait exceptionnelle en Europe ; elle existe toute l'année et subit une légère recrudescence 1 été, mais sans réaliser de vraies épidémies. Elle n'est pas habituellement contagieuse : Olinto de Oliveira a cei)endant observé la contagion dans 10 p. 100 des cas chez les enfants. Ses causes sont mal connues : l'eau de boisson ne paraît pas jouer un rùle bien actif: l'ingestion de fruits altérés est plus importante.

Dans les selles des enfants atteints de dysenterie amibienne, on rencontre idus ou moins fréquemment d'autres parasites : 7'richoinonas inteslinulis, Lamblia inleslinalis, Anguillula stercoralis, bactéries diverses (OUnto de Oliveira).

2" La di/sen(erie bacillaire est une maladie épidémi(}ue et contagieuse des pays tempérés et tropicaux : on l'a observée en France, en Allemagne, en Italie, en Russie, au Japon, aux Philippines, aux États-Unis. etc. Elle apparaît sous forme épidémique principalement pendant la saison cliaude. Elle se rencontre chez les enfants comme chez les adultes; Mason Knox (1904i à Baltimore. K. Leiner 1 1904) à Vienne, Auché et Mlle Cami)aua (1905) àBonleaux, etc., l'ont spécialement étudiée chez eux. Elle s'observe à toutes les périodes de l'enfance, et atteint avec une fréquence particulière les eufants de moins d'un an (Mason Knox).

Le bacille de la dysenterie a d'ailleurs été rencontré dans les iliarrht'ês d'été de l'enfance non dysentériques, surtout en Améli.pie. j.ar Dnval et Basset (1902). Flexner et Enunet-Hnll (1904). Veaver, TunnidilT, Heinemann et Michael (190oj; quebiuefois à Paris jiar Lesage et à Bordeaux par Auché et Mlle Campana.

D'une façon gi'nérale. la dysenterie frappe surtout les enfants diiiit le lubi' digi-stif est on mauvais état, les d<'bilités. etc.

Anatomie pathologique, — 1° Les lésions de la dysenterie

aiinhwnne sont localisées au gros intestin; exceptionnellement elles jieuveul alleiudre une petite portion de iiutestiu gièle et l'appendice. Les parois intestinales sont très épaissies, surtout au niveau de la sous-niufjueuse. La surface inteine présente des ulct'-ratious plus ou moins noud)reuses- qui peuvent être microscopiques ou atteindre plusieurs centimètres, et sont séparées par du tissu légèrement congestionné et épaissi. Les ulcérations sont cratériformes, taillées à Temporte-pièce. à bords épaissis, décollés, formant hourrelet. de coloration gris rosé ou ardoise; elles atteignent la muscnleuse et même la séreuse; leur fond est formé par une bouillie épaisse, grisâtre, mêlée de sang. Quelquefois Tulcération est recouverte d'une escarre, qui peut être gangreneuse, ou d'une meinliraue librineuse blanchâtre.

Les lésions, qui aboutissent à Tulcération, débutent dans la sousmuqueuse; elles consistent surtout dans la nécrose de coagulation.

t" La dysenterie bacillaire est caractérisée par Tépaississement du côlon, par la formation de mendiranes et d'ulciMations, débutant par la surface de la muqueuse, généralement superficielles, quelquefois profondes, de formes irrégulières, à bords ni épaissis, ni décolés, à base indurée. Les follicules ne sont pris que secondairement.

Les caractères anatomiques. que je viens de résumer, n'ont rien de spécial à Tenfance. 11 en est de même des symptômes.

Symptômes. — La dysenterie, dans ses deux variétés, est caractérisée par des douleurs et par l'aspect des selles.

Les douleurs siègent au niveau de Tanus et sur le trajet du côlon : elles sont permanentes et s'accompagnent de paroxysmes, qui se présentent sous forme de coliques, d'épreintes, de ténesme rectal, surviennent brusijuement, arrachent des cris à l'enfant, et ne prennent fin souvent <iu'api'ès 1 exjnilsion d'une petite quantité de matières.

Les selles sont d abord constituées par du mucus mêlé de sang, conqiarables à du blanc d'œuf non cuit, à du frai de grenouille, au crachat pneumonique ; plus tard elles sont séreuses, séro-san- (juiitolenles, lavure de chair, et renferment souvent des laud)eau\ de nuKjueuse sphacélée: parfois elles sont sanieuses, purulentes, hémorragiques; il y a de plus des débris de matières fécales verts, jaunâtres ou brunâtres. Leur odeur est tantôt peu marquée, tantôt extrêmement fétide. Leur quantité est souvent extrêmement minime. Leur nombre peut être considérable; elles se ré])ètent

souvrnt plusieurs fois jiar heure. Leur émission est douloureuse. Lanus, eontraeturé au début, est ensuite Ix'ant, rouge: parfois il y a du prolapsus de la muqueuse rectale.

Formes cliniques. — 1° La dysenterie am'ihlenne peut être aiguf', suliaiguf- ou chronique.

La forme aiguë a une invasion brusque marquée par de la fièvre (38-39"), de la courbaturé, des vomissements, des douleurs de ventre, de la diarrhée fétide. Puis apparaissent les selles caractéristiques, tandis que la fièvre tombe. Non traitée rafTection se prolonge: jiar le traitement elle peut guérir rapidement.

La forme subaiguë débute par des douleurs abdominales, de la diarrhée fétide, sans fièvre, ou avec une légère élévation de température. Puis les selles deviennent glaireuses, sanglantes et la maladie est constituée.

La forme chronique débute insidieusement par Fapparition des selles dysentériques, qui s'intallent peu à peu, sans réaction du malade. Dans les cas légers, les plus communs chez. Fenfanl. Tétat général reste bon, il n"y a jias de fièvre, les évacuations sont peu nombreuses. Dans les cas graves, Télat général est très touché, il y a de la fièvre, les évacuations sont nomlireuses, les douleurs sont vives, etc.

Quel (|ue soif le mode de «lébut, la maladie a toujours tendance à se prolonger soit sans modifications, soit avec des rémissions et des poussées successives. L'enfant s'anémie: Texamen du sang décèle de riiyjtoglobulie avec une légère diminution de Thémoglobine et de léosinophilie (Olinto de Oliveira); parfois il y a un peu d'œdème transitoire de la face et des extrémités, sans lésions des reins ; Fajjpétit est conservé ; le foie est tuméfié.

Ce[>endant le iironostic n'est pas grave, car, chez reniant plus raiement que chez ladulte, la mort survient du fait de la dysenterie. L'abcès du foie est exceptionnel à cet âge.

2° La dysenterie bacillaire piésente des caractères analogues à ceux des colites aiguës dysenlériforines décrites plus haut (p. '18oi. et dont elle est souvent difficile à différencier cliniquement. Les formes légères ne sont pas rares chez l'enfant, comme .\uché l'a vu à Bordeaux.

Complications. — On peut observer des iK'moriagies intestinales mortelles, l;i perforation de Finlestin, le rétrécissement cicatriciel du côlon, le ])rolapsns définitif du rectum, les abcès du foie, des arlludpalhies. des paralysies, des convulsions, des luyocar-

ilites, (les endocardites, des phlébites, des broncho-pneumonies, des néphrites, des œdèmes.

Pronostic. — Le pronostic varie avec la variélt' de dysenterie nbservée ; je n"\ reviens pas.

Diagnostic. — Le diagnostic se fonde sur les conditions étiologiques. les caractères cliniques, Télude bactériologique des fèces, qui décèle l'amibe ou le bacille, ragglutination des bacilles par le sérum du malade dans les dysenteries bacillaires. Ces procédés de laboratoire sont souvent nécessaires jiour différencier la dysenterie des colites dvsentériformes simples (p. 185 , ou tuberculeuses (p. 198».

Traitement. — Prophylaxie. — Il faut isoler les dysentériques et prendre les précautions dusage dans les maladies infectieuses : lavage des mains, désinfection des déjections, du linge, etc.

Traitement ciratif. — Dans la dysenterie bacillaire on peut employer le sérum antidyseutériqiie : il a donné de bons résultats chez les enfants (Yalagussa, Aiiché et .Mlle Campana).

En dehors du traitement sérothérapique spécifique, la cûiidiiili' à tenir est la suivante.

Au début, on prescrira la diète hydrique, puis les décoctions de riz, d'orge, le bouillon de légumes, enfin les bouillies, les panades, les purées, les œufs, la viande crue. Le lait ne sera donné qu'en petites quantités et de préférence associé aux farineux.

On ordonnera des purgatifs à j)etites doses répétées tous les jours, tous les deux ou trois jours : huile de ricin, sulfate de soude, calomel ; ipéca en macération ou en infusion dans une grande quantité d'eau, donné par doses fractionnées, pour ne pas déterminer le vomissement. Le soufre siibUmé et lavé à hautes doses peut avoir une action favorable dans les formes prolongées.

Les astringents ne seront donnés qu'après la phase aiguë : ratanhia, simarouba. guarana. tanin. L'opium à petites doses peut être prescrit contre les douleurs, en même temps que les purgatifs.

Les antiseptiques intestinaux (bismuth, naphtol) n'ont pas d"intluence très marquée. L'acide lactique a été employé avec succès après la j)hase aigm^

On obtiendra de bons efTets des lavages de riulestia laits avec de l'eau de guimauve ou de Teau amidonnée dans les phases aigui's. — avec des solutions antiseptiques dans les formes chroniques : nitrate d'argent à la do.se de 0 gr. Oo à 0 gr. 10, per-

NoBÉcounT. — Précis de méJecine infantilo. 13

manganate de potasse à 0 gr. 50 p. 1000, sulfate de cuivre à 0 gr. 40 p. 1000, tannin à 5 gr. p. 1000, Itlou de méthylène à 0 gr. 10 p. 1000, eau oxygénée à 1 p. 10.

Enfin on traitera Tétat généi-al et les complications suivant les indications.

La tuberculose intestinale est fréquente dans Fenfance aussi bien qu'à lage adulte. Cependant elle est plus rare au-dessous de deux ans que chez les sujets plus âgés; les conditions de son déve loppement en établissent la raison.

Étiologie. — La tuberculose intestinale relève de causes déterminantes et de causes prédisposantes.

A. Causes déterminantes. — Ce sont celles qui amènent le bacille de Koch dans la paroi intestinale. Il faut distinguer la tuberculose inteslinale primitive et la tuberculose intestinale secondaire.

1° La tuberculose intestinale primitive est rare. Elle s'observe surtout de 1 à 5 ans et est beaucoup plus rare chez les grands enfants et chez Fadulte, réserve faite de certaines formes atypiques. Elle est généralement due à Tingestion d'aliments bacillifères, lait et viande (p. 698).

!2" La tuberculose intestinale secondaire est de beaucoup la plus fréquente. A Tautopsie des enfants tuberculeux de 2 à 15 ans on la trouve ':28 fois sur 100 (Widerhofer). Elle s'observe dans trois conditions différentes, parmi lesquelles la dernière a seule une véritable importance :

: a. Dans la granulie (tuberculose par voie sanguine), où elle est rare aussi bien chez l'enfant que chez l'adulte.

b. Dans la péritonite tuberculeuse (tuberculose par propagation).

c. Dans la tuberculose pulmonaire, et c'est là le fait le plus habituel. En pareil cas l'infection de l'intestin est réaUsée par les crachats tuberculeux déglutis et ne se produit que s'il y a tuberculose jtulmonaire ulcéreuse. C'est ce qui explique la rareté de la tuberculose intestinale au-dessous de 2 ans, sa fréquence de plus en plus grande ensuite, à mesure que la tuberculose pulmonaire picnd les caractères de la tuberculose chronique ulcéreuse; chez

les grands enfants et chez les adultes, on la rencontre en effet à Tautopsie de presque tous les phtisiques; au-dessous de 2 ans, quand elle existe, il s'agit de faits rares de tuberculose pulmonaire ulcéreuse (cas de Marfan, dWudéoud, etc.).

Exceptionnellement, la tuberculose intestinale est consécutive à une ulcération tuberculeuse de la bouche (Marfan et Apert), ou du pharynx.

B. Causes prédisposantes. — Le jeune âge crée une prédisposition à la tuberculose intestinale primitive; Chauveau, Cadéac, Straus ont en effet montré expérimentalement la susceptibilité plus grande des animaux jeunes à la tuberculose par ingestion. De même les gastro-entérites chroniques et Talimentation artificielle à laquelle elles sont souvent bées.

Anatomie pathologique. — Les lésions de la tuberculose intestinale sont variables.

1° Dans la granulie, on trouve parfois à la surface de la muqueuse intestinale, depuis le duodénum jusqu'à la terminaison du gros intestin, des granulations très petites, grises, transparentes, dures; leur transparence, leur dureté, leur extrême dissémination permettent de les distinguer des follicules clos (Marfan).

"2° Dans la péritonite tuberculeuse, les parois de l'intestin peuvent être envahies de dehors en dedans et présentent un aspect spécial.

3° Dans la forme commune, généralement secondaire à une tuberculose pulmonaire ulcéreuse, on trouve quelquefois de petits tubercules jaunâtres enkystés, habituellement des ulcérations. Comme chez l'adulte, celles-ci siègent principalement dans la terminaison de l'intestin grêle, dans le Cc-pcum et dans l'appendice ; elles n'ont pas été vues dans le duodénum, et d'ailleurs les ulcérations duodénales chez l'adulte sont tout à fait rares. Leur nombre est plus ou moins grand. Leur aspect varie suivant leur siège. Dans l'intestin grêle, elles sont lenticulaires, arrondies, en godet, ou ovalaires à grand axe longitudinal, ou plus ou moins complètement annulaires, suivant qu'elles se sont développées au niveau des follicules clos, ou des plaques de Peyer ou sur le trajet des vaisseaux; elles ont leurs bords irréguliers, déchiquetés, saillants, tuméfiés, infiltrés de granulations jaunâtres, leur fond rugueux, inégal, brunâtre. Dans le ca'cum et le gros intestin, elles sont irrégulières, larges, profondes, anfractueuses, à fond formé par la tunique musculaire (Giroile). Tl n'y a dans cette descri])tion rien

de spécial à renfance. non plus dailleurs que dans les lésions hislologiques. sur lesquelles jt^ ninsisterai pas.

4° Le tuherculome hypertrophique du cœcum (Dieulafoy), surtout observé chez Tadulle, a été vu chez des enfants de 5, 11 et 13 ans par Yinas (1901). Phocas et Carrière (190^), Epstein (1904). etc. Il se rencontre chez des sujets n'ayant généralement aucune localisation tuberculeuse manifeste du côté du poumon. Le caecum h}'])ertrophié et entouré par des adhérences péritonéales et du tissu scléro-liiiomateux forme une véritable tumeur dans laquelle est englobé l'appendice ; sa cavité est rétrécie par Tépaississement de la muqueuse, qui est recouverte de végétations et d'ulcérations. La coupe de la paroi montre un tissu lardacé, d'apparence sarcomateuse. Au microscope, on constate une infiltration embryonnaire avec début de sclérose dans les dilTérenfes tuniques intestinales, quelques rares granulations et bacilles de Koch.

5° La tuberculose de l'appendice iléo-cœcal peut coexister avec la tuberculose iléo-cîecale ou être isolée. L'appendice paraît normal, ou atrophié et scléreux. ou hypertropiiié, lardacé; on peut voir à sa surface des granulations tuberculeuses, des petits abcès caséeux; les ganglions sont atteints d'hypertrophie simple ou tuberculeuse; il y a souvent des granulations péritonéales tuberculeuses au voisinage. La surface interne présente des ulcérations rares ou continentes. Histologiquement, on voit de l'infiltration embryonnaire des différentes tuniques et des follicules tuberculeux.

6° Les rélrécissemenls tuberculeux de V intestin, qui donnent lieu cliniquement à des phénomènes d'occlusion intestinale, sont, comme chez l'adulte, de quatre sortes : a. rétrécissements cicatriciels: b. rétrécissements par sclérose sous-muqueuse développée au niveau des ulcérations annulaires; c. rétrécissements par tuméfaction pariétale (type : tuherculome hypertrophique du ca»cum) ; d. rétrécissements par lésions entéro-péritonéales. Généralement il y a à la fois lésious scléreuses et lésions péritonéales. Ces lésions peuvent déterminer, au niveau de l'intestin grêle, des rétrécissements multiples, au nombre de 5 à 7 en moyenne, plus ou moins distants, qui se rencontrent plus exceptionnellement chez l'enfant que chez l'adulte (o cas réunis par Hérard et Leriche). Une coiniilication de ces sténoses, même peu serrées, est l'occlusion intestinale aiguë par spasme ou par paralysie.

Comme lésions compliquant la tuberculose intestinale, on peut trouver :

a. V invagination intestinale : sur 7 cas publiés, 4 ont été observés chez Tentant (Czeruy, Morgan, Bérard). Les sujets de Bérard avaient 4 et 8 ans. Elle complique les ulcérations tuberculeuses et les sténoses tuberculeuses, du fait de l'exagération de la contractilité intestinale. Le rôle de la tuberculose intestinale dans Tétiologie de Tinvaginatiou intestinale serait peut-être, d'après Bérard, plus important qu'on ne le suppose.

b. La perforation intestinale^ qui est encore plus rare chez l'enfant que chez l'adulte, et est exceptionnellement cause de péritonite généralisée.

c. La tuberculose péritonéale^ qui est étudiée ailleurs (p. :274).

d. Les lésions hépatiques banales ou spécifiques (p. 255).

e. La tuberculose des ganglions mésentériques. — Cette tuberculose, qui a joué autrefois un grand rôle en ])alhologie sous le nom de carreau, est exceptionnoUeraenl primitive (:2 fois sur 100, Carrière), réserve faite de la tuberculose latente, dont l'étude se poursuit actuellement. Elle est souvent associée à des localisalions bacillaires extra-intestinales (tuberculose [)uImonaire, i»éritonite tuberculeuse, adéuopathies médiastines, tuberculose ostéoarticulaire). Elle accompagne presque toujours les ulcérations tuberculeuses de l'intestin; les ganglions malades correspondent aux ulcérations et sont principalement situés près de l'angle iléo-cîccal ; ils sont plus ou moins hyi>ertrophiés, isolés ou adhérents, contiennent de petites granulations grises, des tubercules crus ou caséeux, et peuvent même subir la dégénérescence caséeuse totale.

Symptômes. Formes cliniques. — Les symptômes de la tuberculose intestinale varient avec les formes anatomiques.

1" La granulie intestinale, généralement latente, ne joue guère de rôle un peu important que dans la forme typhoïde de la tuberculose miliaire (p. 704 1.

2" La tuberculose intestinale par propagation contribue à la symptomatologie digestive de la péritonite (p. 277).

3° Les ulcérations tuberculeuses chroniques, qui constituent la forme la plus habituelle, peuvent, connue chez 1 adulte, rester latentes ou ne s'acconq»agner que de la diarrhée banale des phtisiques, due au moins autant aux lésions d'entéiite non spécifique. Dans les cas les plus typiques, il y a une diarrhée intense,

qui jieut aller jusqu'à 12 ou 15 selles par jour : d'abord miliquides et mêlées de grumeaux grisâtres consistants, les selles deviennent ensuite aqueuses, souvent gris noirâtre du fait de petites hémorragies, fétides, d'odeur presque gangreneuse ; elles renferment des globules de pus et des bacilles de Koch. Parfois il y a des alternatives de constipation et de diarrhée. Souvent il y a des douleurs spontanées (coliques) et provoquées par la pression, surtout au niveau de la fosse iliaque droite. Le ventre est normal ou météorisé ; la palpation profonde révèle parfois des ganglions hypertrophiés. Il y a de Finapiiétence, parfois des nausées et des vomissements. L'enfant maigrit, a de la fièvre hectique, etc., tous symptômes qui, dans les formes secondaires, relèvent pour une part de la phtisie pulmonaire concomitante. Quand les ulcérations du gros intestin prédominent, il y a des symptômes dysentériformes : épreintes, ténesme, selles peu abondantes, séreuses, mêlées de membranes ou de glaires souvent sanguinolentes.

4° Le luberculome hypertrophique du csecum^ étudié surtout chez Fadulte, donne lieu à des symptômes d'obstruction intestinale chronique : douleurs prédominant dans la fosse iliaque droite, constipation avec alternatives de diarrhée. On perçoit de plus dans la fosse iliaque droite une tumeur de volume variable, généralement mobile, ou une induration diffuse. Il n'y a pas de fièvre. Au bout d'un certain temps les troubles digestifs s'accusent, l'amaigrissement paraît.

5° La tuberculose de Vappendice est généralement méconnue quand elle accompagne les autres localisations de la tuberculose intestinale. Quand elle est isolée, elle est souvent latente, ou bien tantôt elle donne lieu aux symptômes d'une appendicite banale subaiguë ou atténuée (appendicite tuberculeuse), tantôt elle évolue comme un abcès froid péri-ciecal.

6° Dans la forme entéro-mésentérique ^ spéciale à l'enfance, les troubles intestinaux s'accompagnent parfois de troubles de compression des veines cave inférieure ou iliaques (cedème des membres inférieurs), de la veine j)orle (dilatation des veines souscutanées abdominales), de phénomènes dépendant de la tuberculose péritonéale (ascite, etc.), de tumeurs ganglionnaires perceptibles à la palpation au-devant du rachis.

1° Les sténoses tuberculeuses donnent lieu aux symptômes de l'occlusion intestinale à marche chronique et quebjuefois à l'occlusion aigui'. Le jdus souvent la syinptomatologi(> n'a ncn de

caractéristi<iiie : accès douloureux, vomissements, diarrhée jiermaneiite ou alternant avec la constipation, niéléorisine abdominal, etc. (Rérard et Leriche).

Marche. Pronostic. — La marche de la tuberculose intestinale varie suivaiit les formes. Dans la granulie, elle est rapidement mortelle du fait de linfeclion tuberculeuse généralisée. Dans les formes ulcéreuses, elle aggrave la tuberculose pulmonaire antétérieure, quand elle est secondaire, a une marche régulièrement progressive, quand elle est primitive. La tuberculose hypertrophique du caecum, la tuberculose de lappendice, les sténoses ont une évolution hal)ituellement lente et peuvent avoir leur pronostic modifié du fait de rintervention chirurgicale.

Les complications importantes hémorragie, jiéritonite par perforation i sont exceptionnelles.

Diagnostic. — Quand les troubles intestinaux décrits surviennent chez un tuberculeux avéré, le diagnostic de tuberculose intestinale peut être fait avec de très grandes présomptions.

Dans les formes primitives, il est beaucoup jdus difficile. Suivant les cas, on pensera à une dyspepsie ou à une infection intestinale, à une colite ou à une appendicite banales, à un sarcome ou à un lymphadénome du caecum, à une occlusion intestinale de cause quelcou(|ue. En dehors des caractères propres à chaque forme clinique, il faudra tenir comiite des antécédents héréditaires et personnels, de l'état général, qui font de fenfant un suspect de tuberculose, rechercher le bacille de Koch dans les fèces et au besoin faire une injection de tuberculine.

Traitement. — Il est médical et dans certains cas chirurrjicul.

Le régime comprendra, après le sevrage, le lait, les œufs principalement les jaunes d'œufs crus), les crèmes, les bouillies au lait, la viande de mouton ou de cheval crue et pulpée.

Les médicaments auront pour but de combattre la diarrhée : bismuth, tannigène, acide lactique HayenV. bleu de méthylène I Renom. L'opium et ses dérivés (élixir jiarégorique . laudanum, etc.) ne seront donnés que chez les grands enfants, et surtout pour calmer les douleurs. Contre celles-ci. on prescrira rapjilication sur fabdomen de cataplasmes simples ou laudanisés, de liminents calmants.

Le traitement chirurgiral sera indiqué dans la tuberculose hypertrophique du ca'cum, dans les sténoses, dans faiipendicite. avec certaines réserves cejtcndant pour cette dernière.

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