I. — Cestodes
Les Cestodes sont des vers plats, rubanés, dont deux familles, celle des Txnias et celle des Bolriocëphales, peuvent se rencontrer dans l'intestin de l'enfant. Leur cycle évolutif comporte un hôte intermédiaire.
A. Taenias. — Le ver rubané (forme adulte) vit dans rintestin de l'iioinme. Les œufs expulsés au dehors sont ingérés par des animaux variant suivant les espèces; dans Torganisme de ceux-ci ils donnent naissance à la forme larvaire qui gagne les tissus (cysticerque). Ingéré avec la chair des animaux par Thomme le cysticerque se transforme dans son intestin en ver rubané.
1» T/EMA SAGINATA {T.
inerniis). — Il provient de Tingestion de viande de bœuf contenant le Ci/sticercus boois. Il est relativement plus fréquent chez Tenfanl que chez Tadulte, tout au moins à Vienne (Mouti, pour 1 000 sujets.
trouve 18 tœnias chez les enfants, 10 chez les adultes) et dans la Républitjue Argentine i Lynch a trouvé ses œufs dans 4,38 p. 100 fèces de sujets ('e moins de 13 ans, et seulement dans 3,86 p. 100 fèces d'adultes), car à Paris il est assez rare (H. Roger, Comby). Exceptionnel audessous d'un an, il devient plus fréquent après cet âge : sur 100 cas recueillis
chez Tenfant. 3.30 Font été de 3 à 11^ mois, 30 de 1 à 3 ans (Monti). Le T. saginata a une tète globuleuse, pourvue de quatre ventouses, sans crochets. Il mesure de 4 à 10 mètres. Les anneaux sont d'autant plus grands qu'ils sont plus proches de l'extrémité opposée à la tète; les derniers bourrés d'œufs ont 15 à 20 miUimètres de long sur 5 à 7 millimètres de large ; les pores génitaux sont situés sur le bord latéral et alternent irrégulièrement (fig. 18, 19, 20). Les œufs ont de 30 à 40 a de long sur 23 à 35 [JL de large ; ils sont ovalaires on ronds, ont une coque épaisse, striée en rayons, et renferment lembrvon hexacanthe.
Fig. 18. — T(enia saginata : extrémité céplialique (grossie). — a, Etat d'extension; 6, État de rétraction.
Le taenia est généralement isolé ; quelquelois il y eu a 2 ou 3, exceptionnellement davantage. Il habile Tintestin grêle, sa tète étant fixée dans la partie supérieure du duodénum. Les derniers anneaux sont expulsés séparément avec les fèces ou dans Tintervalle, involontairement, par suite de leurs mouvements de reptation; on les trouve dans le lit et dans les vêtements de Tenfant.
2° T.ENiA soi.uM {T. armé). — Sa présence est consécutive à ringeslion
Tienia saginata serments.
litféi-outs
•2u. — Tituia saginata utérus.
de viande de ])orc ladre, c'est-à-dire contenant le Cysticercus cellnlosœ. Il a une longueur moyenne de ± à 3 mètres; sa tète porte 4 ventouses et une double rangée de crochets ; les anneaux mûrs mesurent 10 à 12 millimètres de long sur 5 à G millimètres de large ; les pores génitaux sont latéraux et alternent ri'gulièiemont. lis ne sont expulsés qu'avec les fèces et en chaînes (le 3 à .j anneaux au moins (lig. 21, 22, 23j. Les œufs ressemblent à c(Mi\ (lu taenia saginata. Le t;enia solium est généralement unique dans liulesliu, exccplinniiellement on en trouve 2 à 5.
Il est beaucoup jihis rare (|ue le T. saginata, aussi bien chez Tenfanl (jue chez ladnllc.
VERS INTESTINAUX 21o
Un lait intéressant, c'est que renibrvou i)t:'ut infecter Thomnie et déterminer chez lui une cysticercose généralisée (ladrerie humaine).
8° T.4ÎXIA NANA. — Son hôte intermédiaire est inconnu. 11 mesure 10 à lo millimètres de long, a une tète pourvue de (luatre ventouses et d'une rangée de crochets. Les pores génitaux s'ouvrent du même côté et toujours à gauche. Les œufs sont ovalaires. renferment un embryon hexacanthe et sont limités par une double membrane transparente.
Le T. nana est toujours en grand nombre dans l'intestin (100. -200 et plus).
Il se rencontre surtout en Italie, moins souvent en Russie, au Japon, en Amérique; il est rare en France. Il est plus fréquent chez lenfant que chez l'adulte. A Bueiios-Aires (République Argentine . où il semble augmenter de fréquence. Lynch a trouvé. Il fois sur 60 examens de fèces d'enfants de 1 à lo ans. des œufs de T. nana.
mais pas de vers.
4" T.-EMA CAMNA (7'. Cururiie-
rina\. — Le tamia du chien et du chat s'observe quelquefois
chez rhonnne et presque exclusivement chez l'enfant, souvent audessous d'un an, ce qu'explique la promiscuité avec laquelle les enfants vivent souvent avec chiens et chats. Les cas se rencontrent surtout en Scandinavie, au Danemark.
0° T.K-MA FLAVOPUNCTATA et T.ENIA MaDAGASCAKIENSIS OUt été VUS
chez rt'ufant. mais sont rarement observés.
B. Botriocéphales. — Le Botriorcphalus kitus. le seul important, peut déterminer une anémie grave qui rentre dans le groupe lies anémier pernicieuses. On le rencontre sur les bords de la lialtique. autour du lac de Genève, au Japon, etc. : il est très rare en France, en Italie, en Amérique 11 atteint surtmit les adultes, mais peut se rencontrer chez reniant.
Fijr. 21. — Tïenia soliuni : cxtréruiié côphalicjue /grossiej.
Il se rapproche beaucoup morphologiquement des Tabulas solium et saginata. Ses œufs se développent dans Teau, mettent en liberté un embryon, qui est ingéré par certains poissons et se loge dans leurs muscles. Ces larves, très résistantes à la chaleur, pénètrent dans Fintestin de riiomme avec le poisson qu'il mange.
Nématodes.
Les Xématodes sont des vers de l'orme arrondie et allongée, ils ont un tube digestif, sont unisexués, se reproduisent par des œufs, dont le développement se fait librement, sans liole intermédiaire.
A. Ascaris lumbricoïdes (lombric). — Il se rencontre plus fréquemment chez Teufant et chez Tadolescent que chez ladulle: certains auteurs ont même avancé, à tort, i[u"il était presque spécial à r enfance. Il s'observe dans tous les pays, plus souvent à la campagne qu'à la ville, où Ton use plus volontiers deau filtrée. C'est pour celte raison qu'à Paris il semble être plus rare qu'autrefois ; on ne le trouve plus, comme Gueisant, chez 20 p. 100 des enfants de 3 à lU ans. A Buenos-Aires, Lynch a trouvé ses œufs dans 2.9 p. 100 des selles de sujets de 1 à 14 ans.
Le lond)ric ressemble au ver de terre. Sa longueur, à l'état adulte, est de lo à 20 centimètres i)Our le mâle, <lc 20 à 30 centimètres pour la femelle. Celle-ci dépose dans l'iutt'slin des ceufs caract('risti(|U('s; ils sont ovoïdes, ont une double
Fig. ii.
Tienia solium.
Fig. -33.
Tariia solium : utérus.
Fig. 34. — Ascaris luinl>ricoïdes : œufs très grossis.
enveloiipe, l'externe albuinineuse, mamelonnée, rinlerne lisse, résistante, et mesurent 50 à 75 [j, sur 40 à 60 \j.. Dans les teufs rejetés au dehors se forme un embryon, qui ne sort jamais spontanément, mais est mis en liberté quand Tœuf est amené avec Teau de boisson dans le tube digestif do Thomme.
Le siège habituel des ascarides est Y intestin grêle dans ses premières portions ; il y en a généralement de !2 à 3, rarement davantage (les cas de 30, 100 lombrics et plus sont exceptionnels). Ils parcourent d ailleurs le tube digestif et sont évacués i)ar l'anus ; quelquefois ils passent dans Testomac et sont rejelés par les vomissements ou remontent dans l'œsophage et dans la bouche et peuvent pénétrer dans le larynx. Ils peuvcnl remonter dans le canal d'' Wirsung, dans le canal cholédoque, dans ra|q)eiidice iléo-ca^cal, traveiser la paroi intestinale, pénétrer dans la cavité péritonéale et même sortir à travers la paroi abdominale, généralement grâce aux suppurations qu'ils provoquenl.
B. Oxyuris vermicularis — Il appartient à la même famille que l'Ascaris, mais est beaucoup plus petit : les mâles mesurent 2 mm. 5 à 5 millimètres et les femelles 9 à 12 millimètres; les mâles ont l'extrémité postérieure enroulée en spirale (lig. 25), Il se
Fi
25. — Oxyuris vermicularis. — a, A, femelle fjjrandeur naturelle et très grossie); h. B, mâle (id.).
rencontre également surtout chez les enfants, où il a été vu dès Page de 5 semaines (Heller), mais aussi chez les adultes. Il s'ohserve dans tous les pays,
La femelle [lond des œufs ohlongs, lisses, dont Fenveloppe est
formée de trois couches suj)erposées , ayant environ 50 y.
dans leur grand diamètre. Les embryons qu'ils contiennent se développent dans Tintestin de leur hôte.
Aussi les œufs n'ontils pas besoin de séiournei' au dehors et les embryons sont-ils mis en liberté s'ils pénètrent dans Tesloinac aussitôt après leur sortie de Tintestin. C'est ce qui explique la ténacité de ces vers, car l'enfant transporte les œufs avec ses doigts directement de l'anus à sa bouche.
Les oxyures se trouvent en grand nombre dans le rectum ; ils sortent par l'anus avec les fèces et même sjiontanément. Mais l'intestin grêle constitue la portion du tul»e digestif où ils copulenl;
les femelles fécondées vivent dans le ca'cum et dans l'appendice.
De l'anus les
Fig. -21.— Tricoccphalns lioniinis : œufs (très grossis). OXyureS ])euvent gagner la vulve et le vagin, ce (jiii est fréfjuent; le prépuce et l'uièfre cliez le garçon, ce qui est [tins rar(>.
L'eau ne joue |)as de rôle dans la dissémination de l'Oxyure; il y meurt en elfet ra|>idement. Il est généiaicment apjiorté à la bouehe de l'enfant par cdulagion, réalis(''e par les mains sales des personnes (pu soignent d'autres enfants |torteurs d'oxyures, ou
Fig. 26. — Ox3'uris verni icularis : roufs.
par le liniie. Aussi existe-t-il à Tétat endémique dans les écoles, et peut-il réaliser de petites épidémies.
C. Ankylostoma duodenale. — C'est un Nématode de la famille des Slronicylidcs donl les autres membres ( Èustvongylus gigas, Stro7}g>/lus lom/evaginatus) nout que peu d'intérêt. A Tencontre des précédents, il est plus rare chez Tenfant que chez Tadulle : chez ce dernier il est la cause de Vanémic des mineurs, de ïanémie du Saint-Goth'ird, de Yanémxe des biiqueiiers.
lie. ; chez Tenfant cependant il n'est |ias exceptionnel, au moins dans certains j»ays, et, à Buenos- Aires, Lynch eu a constaté les œufs dans 3,63 p. 100 des selles de sujets de 1 à lo ans, alors que chez l'adulte ils existaient dans 7,69 jt. 100 des examens.
D. Tricocephalus hominis. — Ce nématnde de la l'amille des Trichotrachélides s'observe à tout âge. sauf chez le nouriisson ; il n'a rien de spécial à Tenlance. Il est cosmopolite. 11 pénètre dans le ^'f\,i;^ tube digestif par l'ingestion d'eau contenant des œufs.
Ceux-ci sont très caractéristiques ; ils suut de forme ovalaire. mesurent 50 à 60 a sur 20 à 30 a, ont une coque épaisse et présentent à chaque extrémité un renflement lirillant d'aspect iiiuqneux (tig. 27). Introduits dans le tulje digestif de riionune, les embryons se développent et se transforment en vers adultes, qui vivent dans le caecum et gagnent quelquefois l'appendice, la
Trie
umiis : a. A, mâle
(grandeur naturelle et très grossi); 6, femelle ferrandeur naturelle).
220 MALADIES ET SYiNDROMES INTESTINAUX
terminaison de l'intestin grêle, le côlon. On les trouve an nombre de 5 à oO, parfois en très grande quantité. Ils sont faciles à reconnaître par le fait que les 3/5 antérieurs du cori)s sont filiformes, tandis que la jiartie postérieure est plus épaisse; leur longueur moyenne est de 40 à 43 millimètres; les femelles sont un peu plus longues que les mâles ; ceux-ci ont leur extrémité postérieure enroulée en spirale (fig. 28).
Symptômes. — Le plus souvent les vers intestinaux restent latents. Dans certains cas cependant ils entraînent des troubles plus ou moins marqués, et certaines espèces même peuvent être la cause d"états morbides nettement caractérisés : le Botriocephalus latus, rankvlostome duodénal par exemple causent des anémies graves, pernicieuses.
Les vers les plus communs chez les enfants, les lœnins^ les lombrics, les oxyures, les tricocéphales, peuvent entretenir et même provoquer des troubles gnst ro-inleslinaux . tout au moins chez des enfants qui } sont prédisposés par une mauvaise hygiène alimentaire. Ils jouent en elTet le rôle de corps étrangers, irritent la muqueuse intestinale, réalisent des lésions traumatiques, et entretiennent des fermentations intestinales. Il est permis de leur attribuer par suite Tanorexie ou la boulimie, la constipation ou la diarrhée, les coliques intestinales, etc., quand ces symptômes coïncident avec leur présence et disparaissent quand ils sont expulsés. Par exception, des phénomènes d'occlusion intestinale peuvent être provoqués par un paquet de ta'uias ou d'ascarides.
La pénétration de certains de ces vers ou de leurs uHifs dans rapi»endice ca'cal a été accusée de provoquer \ appendicite. De fait on a souvent trouvé dans les selles des enfants atteints d'appendicite des œufs de tricocéphale (MetchnikofT), des ascarides et des oxyures (Kirmisson, Lannelongue, etc.). Cependant la présence de ces vers dans les appendices malades est exceptionnelle (Letulle et Weinberg, Jalaguier).
Le tricocéphale peut faciliter riufection par le bacille d'Ebeith (Guiart). Les lombrics déterminent parfois des états fébriles pouvant même simuler la fièvre typhoïde aussi bien chez l'enfant (Weil) que chez Tadulte (GhaulTard).
La sortie des oxi/ures par Tanus, et leur mir/ratioii au périnée et surtout à la vulve, détermine des démangeaisons, qu'exagère la chaleur du lit: elles constituent un bon signe de ces parasites,
pt peuvent être cause d'onanisme, particulièrement chez les petites filles.
Les migrations anormales des ascarides sont causes de trouilles divers en rap[iort avec leurs localisations multiples (j). 217).
Enfin chez les sujets dont le système hématopoiétique ou le système nerveux sont prédisposés, les différents vers peuvent déterminer soit des états anémiques, soit des troubles nerveux réflexes, convulsions, attaques épileptiformes. laryngo-spasme, ]ilienomènes méningés simulant la méningite tuherculeuse.
Diagnostic. — Tous ces symptômes nont rien de pathognomoiiiiiue. On ne pourra les rattacher à leur cause que par la recherche attentive des vers ou de leurs œufs dans les fèces.
Pronostic. — Le pronostic est généralement sans gravité. Sauf pour rAnkylostome et le Botriocéphale, les accidents graves sont exceptionnels.
Prophylaxie. — Elle consiste à ne donner aux enfants ni viande de Innuf ni viande de porc crue ou peu cuite (aussi prescrira-t-on, comme viande crue donnée dans un hut thérapeutique, le mouton ou le cheval), à ne leur faire boire que de Teau pure, lillrée ou bouillie, à éviter les légumes et frtiits crus qui jieuvent être souillés, à proscrire la cohabitation avec les chiens et les chats, à empêcher les enfants de porter leurs doigts à leur bouche. 11 n'y a là d'ailleurs rien de spécial à Tenfance.
Traitement. — Le traitement proprement dit a pour but 1 expulsion des vers à Taide des substances anthelminlhiques associées à des purgatifs.
Il est utile de mettre i»réalablement Tenfant au régime lacté ou à un régime léger pendant 1 ou 2 jours. Cette précaution n'est pas jugée indispensable par tous les médecins.
Contre les Txnias, les Botriocéphales, on use habituellement de la fougère mâle associée au calomel ou à la scammonée; — plus rarement des semences de courge mondées, dont Faction est incertaine, de Vécotxe de racine de grenadier, qui donne facilement des vertiges, des malaises, des vomissements (son alcaloïde, la pelletiérine, est généralement proscrit chez l'enfant).
Contre l'Ascaris lumbricoides, le médicament de choix est le semen-contra et son principe actif la santonine.
Les Oxyures comportant comme indication prophylactique spéciale d'empêcher l'enfant de porter à la bouche ses doigts chargés d'œufs après grattage de la région anale, on coupera les ongles
ras, on enduira les doigts d'une substance amère (quassia ainara, aloès). On calmera lirritation péri-anale et vulvaire et on empêchera rémigration des oxyures par des bains locaux, par Tapplicalion dune pommade au calomel ou à Toxyde jaune de mercure. Enfin on provoquera l'élimination les vers par les anthehuinthiques pris par la bouche, notamment la sa7ilO)iine, et à laide de lavements. Ceux-ci seront donnés avec de Veau salée froide à iO ]t. 100, de Veau sucrée, de Veau de savon à 2 p. 100, des solutions antiseptiques faibles, telles que acide borique à 3 p. 100, bichlorure de mercure à 1 p. 5000, etc., de V huile d'amandes douces.
Contre le Tricocéphale^ le meilleur anthelmintliique est le ihlimnl.