CHAPITRE I
Le foie est un organe particulièrement actif cliez l'enfant. Son poids seul suffirait à le prouver : il pèse en effet 1/20'' du poids du corps chez le nouveau-né, et chez Tadulte seulement 1/33^.
On lexplore par la percussion et la palpation. Le hord supérieur dé la matité hépatique passe, comme chez Tadulte, sur la hgne axillaire droite au niveau du 7" espace intercostal ou de la ""-' côte et sur la ligne mamelonuaire au niveau du o^ espace intercostal. Le hord inférieur atteint presque Fombilic à la naissance, débordant notablement le rebord costal ; il ne correspond à ce rebord qu'à partir de 6 à 8 ans. Cependant la matité verticale augm.ente régulièrement jusque vers 14 ans: elle mesure, sur la ligne mamelonuaire. 4 à 3 centimètres jusqu'à 10 mois, 6 à 7 centimètres vers o ans et, après 8 ans, correspond approximativement en centimètres au nombre d années de l'enfant (Dauchez). sans dépasser 14 centimètres.
Au point de vue histologique : chez le nouveau-né, la lol)ulalion manque ou est peu marquée; les travées hépatiques sont irrégu-
lières, rarement formées de cellules placées bout à bout comme chez l'adulte, généralement constituées par des groupes de 4 à 10 cellules ou poussant des bourgeons latéraux (E. Terrien); le tissu coujonctif est i)lus abondant que chez l'adulte; les capillaires sont distendus (Hutinel), ont un diamètre un peu inférieur ou égal à celui des travées hé[)atiques (Terrienj. Il existe de petits amas de cellules rondes qui peuvent persister jusque vers 6 mois (Herhtzka).
Au point de vue physiologique, le foie a une action d'arrêt pour le glucose plus marquée que chez l'adulte (Nobécourt) : tandis que chez l'adulte, les doses minima de glucose ingéré avec lesquelles survient la glycosurie alimentaire sont de 3 gr. 50 à 4 grammes par kilogramme du poids du corps (Evoli), elles sont de 6 gr. 50 à 7 grammes chez les enfants de 4 à 6 ans iFinizzio), supérieures à 6 grammes (Nobécourt), à 5 grammes (Terrien i chez les enfants plus jeunes.
La sécrétion biliaire commence dès le 3*^ ou 4* mois de la vie fœtale. La bile, qui jjasse eu partie dans le tube digestif, s'élimine principalement par la voie sanguine. Aussi la cholémie fœtale est-elle plus marquée que celle de la mère : le sang du nouveauné contient 2 fois plus de bilirubine que le sang du cordon et 3 fois plus que le sang maternel. Mais après la naissance, la cholémie physiologique de l'enfant a le même taux que chez les enfants plus âgés et les adultes jeunes (Gilbert et Herscher).
Étiologie générale. — Les causes des altérations hépatiques, chez l'enfant counne chez l'adulte, sont : 1° les infections et les intoxications endo(jcnes el exogènes; :2"les troubles mécaniques de la circulation ; 3° les parasites animaux \ 4° les néoplasmes. Mais toutes n'ont pas, chez l'enfant, la même imjiorlance que plus tard. C'est ainsi que les néoplasmes hépatiques, que les lésions dues aux poisons exogènes (le }>lomb, l'alcool, le phosphore, etc.), aux auto-intoxications relevant de la goutte, du diabète, etc., sont rires, alors qu'on les rencontre fréquemment chez l'adulte. Mais, par contre, les jiarasites animaux s'observent assez souvent, et surtout interviennent fréquemment les infections et toxi-infeclions digestives, respiratoires, générales; ce sont là les grandes causes des affections hé|(aliques de l'enfance.
Certains enfants ont un foie prédisposé à subii- l'action de ces iufections et toxi-inlections jiar les tares bérédilaircs qui lui créent une susceptibilité particulière, et (]ui, objectivement, se tra-
(luisent parfois par le tempérament bilieux, la cholémie familiale (Gilbert et LereI)Oulleti. Ces tares, qui se font sentir pendant toute la vie, ont leur maximum fraction chez le nouveau-né et le nourrisson. A la naissance d'ailleurs peuvent exister des lésions du foie causées pendant la vie fœtale par les infections, les intoxications et les affections hépatiques de la mère. L'exj)érimentation a en effet démontré que les hépato-toxines maternelles déterminent des lésions liépatiqnes chez le fœtus (Chai'rin et Delamare).
Anatomie pathologique générale. — Les infections et les intoxications réalisent dans le foie des lésions qui n'ont rien de spécial à Fenfance et qui varient d'une part suivant la nature de l'agent causal, d'autre part et surtout suivant l'intensité, la dose et la durée d'action de cet agent. Les agents très actifs ou agissant à dose forte provoquent des modifications vasculaires, des altérations de la cellule hépatique, des afflux leucocvtiques; les agents peu actifs et à action prolongée déterminent à la longue des dégénérescences cellulaires et des réactions conjonctives, des cirrho.ses. Ce sont surtout les faits de la ])remière catégorie que l'on observe cliez l'enfant et notamment les lésions, dont l'association constitue le foie infectieux. Ceux de la seconde catégorie consistent principalement en altérations cellulaires; les observations de cirrhose hépatique sont, sinon exceptionnelles, au moins beaucoup moins fré({uentes que chez l'adulte (Rilliet et Barthez, Frerichs, West, etc.), et on n'observe guère en moyenne qu'un cas de cirrhose pour 1000 petits malades (Neureulter, Hutinel et Auscher*). Les cirrhoses les plus fréquentes dans le jeune âge sont celles qui dépendent de la stase veineuse sushépatique, à laquelle s'ajoutent des actions toxiques ou infectieuses, tuberculose notamment [cirrhoses cardiaques et cardiotuberculeuses), les cirrhoses biliaires, la cirrhose syphilitique; la cirrhose alcoolique, les autres cirrhoses sont ]ilus ou moins exceptionnelles.
Dans toutes ces lésions hépatiques, la voie d'apport du germe ou du poison, artère hépatique, veine porte, canaux biliaires, lymphatiques, la zone d'action des trou])les mécaniques (veine sushépali(pie) règlent la localisation des lésions, sans qu'il y ail rien de spécial à noter. Il y a cependant, chez le nouvcau-ué. à tenir
1. Ce chirt'ro esl peul-rlre trop i'ailile pour ocriaiiis pays. A Miinicli, Tii>.lt,cn trouve la cirrhose 1,1 lois sur 100 autopsies; dans presiiue la moitié dos cas clic est latente.
NoBÉcouRT. — Précis de méilecino infantile. 15
compte de la veine ombilicale, jiav où les germes arrivent au foie au cours des maladies de la mère et des infections de Tombilic.
En dehors des lésions l)anales, il existe des lésions spécifiques, qui empruntent à Tàge du malade quelques particularités, tuberculose, syphilis, etc. ; des altérations parasitaires (kystes hydatiques et des néoplasmes.
Symptomatologie générale. — Elle n'a rien de spécial à Tenfance. Le foie traduit sa souffrance ou celle de son enveloppe périlonéale par desfl?ou/e«rs, par àe» troubles duchimisme hépatique^ par Y ictère et par les modifications du contenu intestinal qui sV associent, par des changements de volume, par des troubles circulatoires, par des altérations de l'état général et des autres organes (rate notamment). Ce sont le groupement de ces symptômes, leur évolution, les notions étiologiques qui conduisent au diagnostic.
Parmi les conséquences des maladies du foie propres à l'enfance il faut noter Vinfantilisme hépatique (Hutinel, Gilbert et Fournier, Lancereaux, etc.) et les troubles de l'ossification^ qu'on observe dans les lésions chroniques.
Pronostic. — Les troubles et les lésions hépatiques dans l'enfance constituent le plus habituellement des manifestations secondaires, qui viennent compliquer des maladies multiples et souvent aggravent le pronostic de ces dernières. Quand ils deviennent prédominants et constituent des maladies proprement dites, celles-ci com|)ortent un pronostic qui dilTère pour chacune d'elles.
Traitement. — Le traitement des maladies du foie dans Tenfance comprend un certain nombre de règles générales qui n'ont rien de si)écial à cet âge, en dehors du mode d'application. Il comporte :
i" Le traitement de la maladie causale.
2° La suppression des causes d'irritation de la cellule hépatique par les poisons intestinaux : régime lacté (en dehors de certaines indications particulières), antiseptiques intestinaux, laxatifs, jturgatifs, calomel.
3" La stimulation des fonctions hépatiques par les alcalins, la réfriii:ératiou bicale, les lavements froids.