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#06 SONORÉITÉ ANORMALE.
rencontre dans toutes les pleurésies avec les fausses membranes. Nous croyons que, faute des lumières que nous fournit aujourd'hui l’auscultation, Corvisart à pris plus d’une fois des pleurésies avec épanchement pour des pleurésies avec des fausses membranes. |
Mais ce qui est rare dans les pleurésies aiguës, ne l'est pas dans les pleurésies chroniques. Souvent, il nous est arrivé de voir des malades qui avaient eu des épanchements chroniques considérables: ces épanchements ayant été résorbés, le poumon ne revenait pas à son volume primitif, il était retenu prés le médiastin, et il en résultait un léger affaissement du côté correspondant du thorax ; la percussion nous a offert de la matité dans une étendue plus ou moins grande ; ne trouvant alors aucun signe d'épanchement pleurétique, nous étions obligé d'attribuer cette matité à la présence des fausses membranes et à l'impénétrabilité du poumon à l'air.
Dans tous les faits, que nous venons de passer en revue, l’état anormal présentait un défaut ou une diminution d’air dans les voies aériennes, et se distinguait par la matitéduson et par une résistance plus ou moins grande aux doigts. Dans les occasions suivantes, au contraire, l’état morbide résultant de la présence d’une quantité d’air trop considérable dans les voies aériennes, se manifestera par un son plus clair que dans l’état normal.
Ce dernier phénomène s’observera, 4° dans la dilatation des vésicules par l'air (emphyséme vésiculaire); 2° dans quelques cas de dilatation des bronches; 3° dans les pneumothorax et les hydro-pneumo-thorax, avec une petite quantité de liquides et beaucoup de gaz.
Dans ces deux derniers Cas, le son tympanique est dû aux gaz renfermés dans la cavité plévrale tantôt à la suite d’une exhalation gazeuse des plévres, tantôt à la suite de la rupture d’une caverne dans cette cavité.
Enfin, lorsqu'une vaste caverne seraremplie d’une quantité d'air considérable, la percussion rendra également un son trés clair, son de creux; mais dans quelques occasions, l'impérforation de la caverne du côté de la plévre, forçant l'air à s'échapper par les tuyaux bronchiques, à chaque impulsion des parois, modifiera tellement le timbre de ce son qu'ilressemblera parfaitement au son d'un pot félé.
BRUIT DE POT FÊLÉ. 707 - On se fera également une idée exacte de ce bruit, en Tâpprochant, comme font souvent les enfants, les deux paumes des mains, de manière à former une cavité imparfaitement close, et en choquant les mains ainsi réunies contre les genoux. L'air comprimé s’échappant par une légère fissure analogue au calibre de la bronche produira le même bruit.
Ce n’est donc pas à la présence des liquides que nous devons le rapporter comme ont fait les auteurs quil’ont nommé bruit humorique ou hydro-pneumatique.
Sa ressemblance avec le son d’un métal percuté l’a fait désigner aussi sous le nom de tintement métallique. Mais toutesces expressions consacrant une idée, fausse ou équivoque, nous adopterons exclusivement la dénomination de bruit de pot félé reçue généralement aujourd’hui.
Pour obtenir le bruit de pot félé, bien manifeste, il faut faire entr'ouvyrir la bouche aux malades pour mieux donner issue à Pair. Si la bouche et les narines étaient exactement fermées, ce phénomène disparaîtrait immédiatement.
Le bruit de pot félé, comme la plupart des autres bruits que l’on perçoit par l’auscultation et par la percussion, ne constitue pas à lui seul un caractère pathognomonique. En percutant la poitrine des enfants à la mamelle, surtout quand ilscrient, on produit, presque à tout instant, le bruit de pot félé, sans que ce bruit indique autre chose qu’une prompte et rapide expulsion de l'air du poumon. Chez les adultes on l’observe rarement ailleurs que dans les cas de cavernes. Cependant on le trouve encore quelquefois chez les sujets maigres, et surtout lorsqu'on frappe pendant les expirations. On augmente alors la force qui chasse déjà l’air au dehors. D’un autre côté les malades portent quelquefois des cavernes sans qu’on puisse produire chez eux le bruit de pot félé. Cela paraît avoir lieu surtout lorsque les cavernes sont entiérement remplies par du liquide, ou lorsqu'elles sont trés éloignées des parois thoraciques que l’on percute.
Pour terminer tout ce que nous avions à dire sur le diagnostie de l’état des poumons par la percussion, nous devons ajouter que l'examen de cet organe double doit être fait comparativement des deux côtés de la poitrine.
La sonoréité d’un même poumon, pendant l'inspiration et la rétention de l'air et pendant l'expiration, doit également
308 PERCUSSION ANORMALEF.
faire l’objet d’une comparaison attentive. Ainsi, si l’on trouvé du son obscur dans une région qui corresponde au poumon, avant de conclure de l’état morbide , il faut, d’après le conseil d’Avenbrugger, ordonner au malade d’inspirer et de retenir l'air, puis de l’expirer et percuter la poitrine dans chacun de ces temps différents. Si le poumon est induré, l'air ne pourra pas entrer en quantité plus considérable dans les vésicules, pendant l'inspiration, et le son sera le méme avant et après l’expulsion de l'air, similitude qu’on ne rencontre pas dans des poumons sains. |
Nous avons dit que, dans l’état normal, l'estomac rend le son tympanique dans la partie inférieure de la moitié gauche du thorax comprise entre les septième et dixiéme côtes. Mais il peut arriver que ce viscére, distendu par une quantité de gaz considérable, refoule en haut le diaphragme et les parties sus-jacentes, au point d'offrir le son tympanique jusqu’à la cinquième côte.
Les affections du cœur ont aussi une influence marquée sur le degré de sa matité et de sa résistance, et sur l’étendue dans laquelle se présentent ces deux caractéres. C’est ainsi qu’une congeslion sanguine du cœur, la présence de caillots considérables dans ses cavités, une hypertrophie principalement avec dilatation , un épanchement du péricarde , etc., s’indiqueront par une matité et une résistance plus grandes, et le cœur refoulant les poumons, par l'augmentation de son volume, donnera lieu à la manifestation de ces signes dans une étendue plus considérable.
Le foie, ainsi que la rate, peuvent également donner le son mat au-delà des limites de l’état normal.
Tantôt, c'est le bord supérieur du foie qui, par hypertrophie, ou congestion de cet organe, s'élève au-delà de ses bornes habituelles; tantôt, c’est son lobe gauche, qui se prolonge jusqu’au cul-de-sac de l'estomac, quelquefois même jusqu’à larate, et la matité s'étend avec cet organe. Si la substance du foie est parsemée de masses squirrheuses, elle opposera aux doigts une résistance trés prononcée. La présence des hydatides offrira à la percussion un frémissement particulier, analogue à celui que produirait une montre à répétition placée par son boîtier sur la paume de la main gauche, et percutée sur le verre avec les doigts de l'autre main. Les vibrations de la montre sont dues aux oscillations du timbre
HYDATIDES, 709
de la sonnerie ; dans un sac hydatifére , le frémissement dépend des oscillations des hydatides. On aura , je pense, une tés juste idée de ce bruit, en se rappelant la sensation qu’é: prouve la main, lorsque aprés avoir fra ppé avec elle le coussin d'un meuble élastique, on la retient un peu à sa surface. M. Briançon , dans une thése soutenue à ce sujet à la Faculté de Médecine, soutient que ce frémissement est en raison directe de la quantité des acéphalocystes et inverse du liquide, dont la présence est cependant absolument nécessaire pour sa production (1).
La rate, quoique moins sujette que le foie aux affections morbides , n’en est pourtant pas exempte. Une de ses lésions principales est le gonflement par congestion dont on déterminera les bornes par l'étendue de la matité correspondante à la rate.
Pour terminer tout ce que nous avons eu à dire sur Ja percussion appliquée à l’exploration des organes thoraciques, nous devons donner comme une loi générale, qu'avant de juger l'état d’un organe quelconque, il faut s'assurer de l’état de ceux qui l’avoisinent, autrement on serait souvent exposé à commettre des erreurs, quelquefois graves. M. Louis dit avoir vu un médecin habile annoncer une hépatisation du poumon droit chez un sujet atteint d’une affection typhoïde, et dont le ventre était très météorisé, parce que percutant la poitrine du côté droit, il trouvait un son mat, beaucoup plus haut qu’on ne le trouve à l'état normal, Mais l'ouverture du cadavre ne tarda pas à faire voir que le poumon était réellement sain , que la cause du son mat observé était le foie refoulé trés haut par l'énorme distension du gros intestin (9), Souvent il arrive que par une cause analogue le cœur se trouve refoulé en haut, et que l’on trouve son bord supérieur à une certaine distance au-dessus du mamelon. Au lieu de crier de suite, à l’état pathologique, poursuivez votre examen, apprenez où se trouve le bord inférieur du cœur, et si la distance qui le sépare du bord supérieur est normale ou non.
(1) Thèse, n° 126, 1828.
(2) Recherches sur la gastro=entérite, tom, I, 225,