AUSCULTATION
doctrine immortelle, M. Double, qui n’avait point encore eu connaissance de son Bavail, comme le disent MM: Louis de La Berge ef Monneret ( cu inscrivait dans sa Séméiologie générale le précepte suivant : « Pour ‘bien apprécier | le bruit que lés malades font en réspirant, et pour le saisir trés ‘clairement, même lorsqu il semblerait d’abord ne pas exister, il faut approcher exactement Pune dés ‘deux oreilles contre la paroi thoracique, et en parcourir. ainsi tous les points et toutes les faces. Non seulement on distingue ‘fort bien ainsi
‘la nature et l'intensité du bruit qui a lieu, mais on en fixe assez précisément le siége. J'ai retiré souvént” dé grands avantages de ce mode d'exploration de la respiration qui m’est propre, et auquel j'ai été naturellement conduit par le même mode d'exploration appliqué aux battements du cœur, dont je fais aussi chaque jour de trés utiles applications cliniques. »
Il est impossible de ne pas voir, dans le passage cité d'Hippocrate, et encore plus dans celui de M. Double , la semence, en quelque sorte, de l’auscultation. Mais jetée, pour ainsi dire, en passant, elle restait stérile, et il fallait réellement un génie observateur et à la fois inventif, pour la faire germer et produire les fruits que nous en retirons aujourd’hui.
Ce n’est qu'après que Laënnec eut vu, à la clinique de Corvisart, Bayle, son condisciple, appliquer loreille sur la région du cœur pour examiner cet organe, qu'il Conçut, en 1816, l’idée de l’auscultation, et l’appliqua aux poumons et aux organes circulatoires.
Le premier instrument dont il se servit, pour procéderà ses recherches , fut un cornet en carton. Plus tard, aprés avoir fait plusieurs essais , il trouva que le bois était la matière la plus avantageuse, et fit tourner un cylindre de seize lignes de diamètre , long d’un pied, percé selon sa longueur d'un canal de trois lignes de diamètre, mais évasé à ses deux extrémités. Cet instrument, nommé stéthoscope (du grec srnôoc, poitrine, eb sxomecw , j'examine }, était foriaé de deux pièces égales se vissant l’une à l’autre. L’évasement de la partie inférieure du canal fut exactement rempli par un cône de
(1) Voyez la troisième livraison du tome I du très intéressant ouvrage intitulé : Compendium de médecine pratique, ete. , in-8°
‘par MM. L, de La Berge et Ed, Monneret,
STÉTHOSCOPE. 71 15 méme matière, à base inférieure, et percé d'un canal du
me éme calibre que la partie moyenne de l'instrument. Celte AE fut nommée l'embout, oul’obturateur.
C’est pour conduire j jusqu à l'oreille les sons développés due les organes que le Stéthoscope fut employé. Lorsqu'il PE d'explorer la respiration, Laënnec conseillait d'ô- Poblurateur, tandis qu'il pensait utile de le maintenir ns exploration du cœur.
Plus tard, on a fait subir plusieurs modifications à cet instrument, dont la plus utile a été la réduction de son YOlume (r}
(1) Le meilleur stéthoscope est celui qui remplit le mieux les conditions d’un bon cornet acoustique dans le plus petit volume,
I] doit conduire à l'oreille les sons produits : a distance , plutôt
augmentés que diminués, et, par conséquent, présenter intérieurement une disposition conique ou tubaire, ayec évasement de la base.
Plus les dimensions de la base , ou de l’orifice inférieur sont considérablés, par rapport à l'ohée supérieur , plus le bruit transmis à l'oreille sera fort, puisque les vibrations concéntrées vers l’ori- . fice supérieur sont la réunion des vibrations sonores, imprimées à toutes les parties de la base du cône d’air.
L’ambout ou l’obturateur que Laënnec conseille d'ajouter au stéthoscope, dans l’exploratio1 du cœur, a pour effet immédiat d'égaliser le diamètre du tube dans toute son étendue, et pour effet médiat de diminuer le bruit.
Si donc l'effacement de l’évasement de la base par l'addition de cette partie pouvait avoir quelque résultat avantageux, ce résultat ne serait pas l'augmentation du bruit vers Da supérieur, Mais sa localisation plus exacte ,ou la détermination de la partie spéciale du cœur dans laquelle il s’ést formé, et qui se trouve seule en rapport avec l’orifice rétréci de la base du stéthoscope.
‘À moins qu'on ne prétende que les ‘solides conduisent mieux les sons que l'air, erreur a laquelle à pu donner lieu une observation mal interprétée.
Si un bruit produit à l’extrémité d’une poutre se propage plus loin, suivant son diamètre longitudinal, qu'il ne s'étend suivant la même direction dans les couches d’air atmosphérique, c’est que l'air atmosphérique n’est pas limité comme une poutre latéralement, et que les vibrations excitées dans un point de ce milieu se propagent dans toutes les directions cardinales, à des distances égales, et cette propagation sphérique diminue d’autant le retentissement