THÉORIE DE M, HOPE
et de mouvement en leur portant un coup violent sur la tête, et entretenait ensuite une respiration artificielle, au moyen d'un grand soufflet dont le canon était introduit par une ouverture dans la trachée. ]
Aprés avoir pris cette précaution pour ralentir et rendre plus réguliers les battements du cœur, il sciait prés du sternum les côtes gauches, et les rejetait en arrière, de maniére à découvrir complètement le centre circulatoire. :
Voici ce qu'il a observé :
4o Que le cœur, distendu, ou non, est toujours plein;
20 Que ce sont les oreillettes qui se contractent les premiéres , mais à peine dans leur cinquième partie, et que leur contraction se propage aux ventricules ; de sorte que les contractions de ces deux parties du cœur ressemblent plutôt à un mouvement continu qu'à deux mouvements successifs.
Le ventricule, qui est continuellement plein de sang,comme nous l'avons déjà dit plus haut, se distend en recevant les nouvelles quantités qui lui viennent des oreillettes.
La distension des ventricules détermine aussitôt leur contraction. Celle-ci a pour résultat immédiat la collision des colonnes sanguines et leur brisement, favorisé en outre par les inégalités de la surface interne des ventricules. C’est à cette collision des colonnes par les molécules sanguines qu'est dû le premier bruit. 1
Lorsque le cœur, une fois contracté, revient sur lui-même, le sang retombe des oreillettes dans les ventricules , frappe leurs parois, et donne naissance au deuxième bruit.
On voit que M. Hope assigne au deuxième bruit la même cause que M. Pigeaux assignait au bruit supérieur.
L'idée de la formation du premier bruit par la collision, ou le choc des molécules sanguines, est ingénieuse, et il nous paraît étrange qu’aprés avoir admis ce principe , M. Hope ait cherché une autre cause du deuxième bruit.
Le raisonnement de M. Bouillaud contre l’hypothèse qui
attribue la formation du premier bruit à la chute du sang |
des oreillettes dans les ventricules, conserve toute sa force contre celle qui place la formation du second bruit dans le méme mouvement. Il combat aussi bien l’hypothése de la formation du premier bruit par la collision des molécules sanguines (1).
(1) Journal hebdomadaire, tom, IF, n° 29, année 1634. Res
naine és mere oh mms
THÉORIEŸDE M. MARC D'ESPINE. 267
- Nous avons exposé plus hâut le résultat des expériences directes de M. Hope sur le rhythme du cœur.
Quatrième théorie. — Presque en même temps que le mé-
decin anglais publiait ses recherches sur le cœur, M. Marc
- d'Espine proposa une théorie tout-à-fait analogue à celle de
Laënnec,
M. Marc d’Espine trouve dans l’action seule des parois musculaires des ventricules, pendant leur mouvement de contraction et de dilatation, la solution du probléme des bruits du cœur que Laënnec attribuait partie aux oreillettes, partie aux ventricules.
Les recherches de M. Marc d’'Espine sur le rhythme l’ont conduit aux mêmes résultats que M. Hope.
Cinquième théorie. — Une autre théorie assez répandue aujourd’hui est celle de M. Magendie. Cet illustre physiologiste prétend que le premier bruit résulte de la percussion dés parois thoraciques par la pointe du cœur pendant la contraction des ventricules, et le deuxième de la percussion des mêmes parois par la face antérieure de cet organe pendant la dilatation des ventricules.
L'auteur allégue en faveur de sa théorie :
49 Que, dansles épanchements considérables du péricarde, où les parois thoraciques sont séparées du centre circulatoire par le liquide, on n'entend pas les bruits de cet organe; ë Que, dans une hypertrophie notable, ces bruits n’existent pas non plus, parce que le cœur n’a pas assez de champ pour choquer les parois de la poitrine.
3° Qu’en enlevant le sternum chez les animaux, on cesse d'entendre les bruits du cœur.
Ces faits, s’ils n'étaient controuvés, rendraieht difficile la réfutation de cette théorie; maïs ils renferment au moins plusieurs exagérations.
Nous avons eu bien souvent occasion de voir des péricardites avec épanchement, et pourtant les bruits du cœur étaient toujours sensibles, quoique un peu plus sourds qu'à l'état normal.
Noûs avons constaté la même exagération dans les hyper-
cherches expérimentales sur les bruits du cœur; par M. Hope, avec des notes de M, Bouillaud,
568 THÉORIE DE M. MAGENDIÉ:
trüphies considérables, et si, dans ces deux cas, les bruits sont un peu plus sourds qu’à l’état normal, cette différence dépend de ce qu’ils sont étouffés par la présence des liquides, ou par l'épaisseur des parois des ventricules.
Mais, nous sommes loin de contester que la sonoréité des parties environnantes du cœur, ait une grande influence sur le retentissement de ces bruits, et qu’elle ne puisse même, dans quelques cas, causer des bruits anormaux, comme nous en citerons un exemple.
C’est pourquoi, chez lesanimaux d’une petite stature où ces . bruits, quoique déjà renforcés par les parties environnantes, ne s'entendent que faiblement, il n’est pas étonnant que ces bruits disparaissent aprés l’enlêvement du sternum.
Cependant les expériences de M. Bouillaud lui ont appris que cette disparition n’était qu’une illusion. Ce célébre professeur a entendu distinctement les bruits du cœur sur un cog et sur deux lapins, après leur avoir enlevé le sternum.
Nous sommes parvenus également, avec notre estimable confrère et ami M. Descleaux, à les observer tout récemment sur un lapin, quoique nous n’ayons pu le faire, il y a un an, sur un chat. M. Hope, en Angleterre, les a pu constater sur cinq ânes qui furent l’objet de ses expériences.
A ces faits qui attaquent directement la base de la théorie de M. Magendie , nous ajouterons une observation qui la détruit péremptoirement. La voici :
I nous est arrivé plusieurs fois d'entendre, outre les deux bruits normaux du cœur, un troisième bruit provenant de la percussion des parois thoraciques par la pointe de cet organe;. il se rencontre assez souvent chez les personnes maigres.
Le dernier bruit, que nous connaîtrons plus tard sous le nom de tintement métallique, est essentiellement différent des bruits normaux du cœur, et s’il est incontestable qu'il appartient à la percussion de la poitrine par la pointe du cœur, on ne peut assigner le même mécanisne à des bruits de nature tout-à-fait différente.
Un autre fait qui ne parle pas moins contre cette opinion, c’est que, dans les excurvations de lépine correspondantes au cœur, lorsque cet organe se trouve refoulé en arrière vers le sommet de la bosse, les bruits du cœur s'entendent comme à l'ordinaire,