OEDÈME DE POUMON
pneumonies très graves, aprés les phlegmorrhagies , dans la convalescence de la rougeole, dans les agonies, etc.
D’après Laëntec le siége principal de l’œdème pulmonaire est dans les vésicules aériennes ; M. Andral pense, au contraire, que son siége principal est dans le tissu cellulaire intervésiculaire, et il en distingue trois variétés. Dans la première forme, qui est la plus aiguë , les malades sont pris, tout d'un coup, d’une dyspnée se terminant, dans un temps ordinairement trés court,par la mort; dans la seconde forme, la dyspnée est moins considérables elle survient égaiement tout-à-coup, mais elle se prolonge un certain nombre de jours, au bout desquels la mort arrive ; enfin, la troisième forme, l'œdème du poumon, constitue une maladie chronique; la dyspnée n’est plus que légère , surtout dans l’état de repos, et aprés qu’elle a persisté plus ou moins iong-temps, une terminaison favorable peut avoir lieu.
C’est surtout par l’auscultation que l'on peut faire, d’après Laënnec, le diagnostic de cette affection. On entend alors le râle sous-crépitant que l'on pourrait quelquefois, malgré son humidité plus grande , et malgré le volume plus considérable de ses bulles, confondre avec Île réle crépitant de la pneumonie ; mais le râle sous-crépitant de l’œdème n’est ordinairement accompagné d'aucun des symptômes généraux de l’inflammation.
La percussion peuf donner lieu souvent, en même temps, à la matité.
I est un cas oùles signes de l’æœdème du poumon deviennent trés obscurs, ou même tout-à-fait nuls, c’est celui où il survient dans un poumon emphysémateux, ou affecté d’un eatarrhe sec intense. La respiration est alors trop faible et trop peu étendue pour pouvoir faire entendre le râle sous-crépitant,et, le plus souvent, on n’obtiendra ce résultat qu'en faisant tousser les malades.
$ IIT. Affections des organes de la cireulation.
A. Péricardite. — C’est linflammation du péricarde qu’on connait sous ce nom. Gelle affection n’était reconnue par nos ancêtres qu'après l’ouverture des cadavres, et Pon doit regarder son diagnostic comme une acquisition de notre siécle,
PÉRICARDITE. 835
Laënnec, cet observateur si habile, déclare lui-même qu’il n’a jamais pu reconnaître les signes de cetteaffection pendant la vie, et que s’il en jugeait quelquefois la présence , c'était plutôt en la devinant qu’en l’induisant de caractères déterminés.
Plus récemment, M. Louis a sondé ce terrain encore ténébreux , et nous a dévoilé une bonne partie des mystères qu'il | recélait.
Cependant, les signes désignés par cetexcellentobservateur, comme indice d’une péricardite, sont loin d'accompagner | constamment cette affection.
Ce n’est que dans ces derniéres années que M. Bouillaud , en France, et MM. Latham,, Stokes et Hope, en Angleterre, | ont remarqué quelques signes plus certains, et observables par la percussion et l’auscultation.
Il n’est pas de notre objet de discuter la priorité des travaux de ces médecins, et tout ce que nous pouvons faire ici, c’est d'assurer que nous avons vu M. Bouillaud reconnaitre des péricardites, au moyen de la percussion et de l’auscultation, avant que ce médecin célébre ait eu la moindre connaissance des observations des médecins anglais.
La péricardite présente, sous le rapport de l'anatomie pathologique , plusieurs objets à noter. Souvent on aperçoit les ‘traces de l'inflammation dans la rougeur des parties dont elle était le siége. Elle y est différemment distribuée. Tantôt par petits points rouges, tantôt par plaques, ou par arborisations. Les arborisations peuvent avoir leur siége dans le tissu cellu- Jaire sous-séreux, ce qui arrive le plus fréquemment, ou dans
les mailles du feuillet séreux lui-même.
Il est rare que le péricarde soit épaissi à la suite de l'inflammation ; cependant nous avons observé cette particularité.
La sécrétion de sérosité, fonction normale dans le péricarde, est sujette à des variations qui atteignent soit la quantité, soit la qualité du liquide.
La quantité peut s'élever depuis deux ou trois cuillerées , jusqu’à un volume bien plus considérable, capable de produire la distension du péricarde,
La nalure du liquide peut subir plusieurs changements. Tantôt il est limpide, d’un jaune citrin, tantôt sanguinolent. Une autre fois sa masse se divise en deux parties, l’une
836 PÉRICARDITE.
aqueuse et l’autre floconneuse, qui se coagule en se déposant sur les parois du sac séreux sous forme membraneuse,. | Les fausses membranes qu’elle forme prennent des aspects | très différents: tantôt elles sont disposées en forme de brides qui réunissent le feuillet pariétal au feuillet viscéral ; tantôt | elles recouvrent la membrane séreuse du péricarde dans une | étendue plus ou moins considérable. Mais alors leur aspect présente une particularité qu’on ne rencontre nulle part ailleurs dans les inflammations des membranes séreuses. Loin d'être unies comme les fausses membranes des autres séreuses, elles présentent des surfaces inégales, hérissées de nombreuses élevures séparées par des enfoncements. Quelquefois ces inégalités sonttellement régulières, qu’elles & présentent de vraies imbrications qui, contoarnant la forme conique du cœur, imitert assez bien un ananas.Une autre fois la surface interne du péricarde ressemble, d'aprés la juste comparaison de Corvisart, à un bonnet de veau, ou à un gà: | teau de miel. M. Hope l’a comparé à la surface qu’on obtient en écartant deux assiettes enduites de beurre. Dans d'autres cas, M. Bouillaud a comparé ces inégalités à celles quon aperçoit sur la langue du chat. ds Quelle est la cause de cette particularité dans la forme des | fausses membranes du péricarde, et pourquoi ces inégalités ne se présentent-elles pas dans les fausses membranes des ate | tres séreuses ? La ressemblance que M. Hope a trouvée entre | leur aspect et celle d’une surface qu'on obtiendrait en écartant deux assiettes enduites d’an corps gras, n’indique-t-elle pas, comme l’a observé M. Bouillaud, la répétition conti: | nuelle de cette expérience dans les mouvements du cœur ? Tantôt ces fausses membranes disparaissent complétement par résorption; tantôt les parties liquides seules sont résor-| bées, et la partie la plus consistante reste attachée au péri-| carde, où elle forme des plaques laiteuses. Ou bien cetlel matière plastique s'arrange en forme d’excroissances, s0 car-| tilaginifie, ou s’ossifie. | Si le péricarde ne contient pas de liquide, la matité du] cœur s’observera à peu prés dans l'étendue normale, à moins! que le cœur n'augmente lui-même de volume à la suite d'une congestion provoquée par l'excitation de Forgane Lo l'enveloppe.
Dans ce cas, la matité du cœur prend une extension ra
PÉRICARDITE, 837
pide, et les bruits valvulaires s'entendent distinciement el superficiellement.
Cette augmentation de volume peut survenir aussi à la suite de l'inflammation de l’endocarde ; et il sera quelquefois difficile de reconnaitre cette dernière affection de la péricardite séche avec la même complication. Heureusement l'erreur maura pas de suites dangereuses, ces deux états morbides exigeant à peu prés le même traitement.
Si le péricarde contient de la sérosité, la matité sera proportionnée à la quantité du liquide, et son apparition rapide la fera distinguer de la matité d’une hypertrophie du cœur. -
Lorsqw'aprés avoir examiné la région précordiale pendant le décabitus dorsal, on marque bien le niveau supérieur et inférieur du liquide, et qu'ensuite on met le malade sur son séant, les niveaux s'abaissent plus ou moins au-dessous des points précédents, ce qui prouve que la matité ne dépend pas non plus de l'augmentation simple du volume du cœur , résultat de la congestion.
“Pourrait-on tirer les mêmes conclusions du déplacement des limites latérales du liquide , lorsque le malade quitte le décubitus dorsal pour se coucher sur l’un des côtés? Nous ne le pensons pas, car ce changement peut dépendre du déplacement du cœur lui-même.
L'auscultation posséde aujourd'hui plusieurs signes pour faire connaître la présence d’une péricardite.
Lorsque, le péricarde est le siége d’un épanchement plus ou moins considérable, outre la matité donnée par la pereussion , l’auscultation percevra les bruits du cœur, sourds et éloignés, et l'oreille ne sentira pas d’impulsion. Quelquefois à ces caractères pourra se joindre un bruit de souffle, résultat de la compression du cœur et de ses orifices par l’épanchement du péricarde.
Si, sans contenir de liquides, le péricarde est recouvert de fausses membranes, le cœur frottant pendant chaque systole contre les inégalités de celles-ci, produira les différents bruits connus sous les noms de bruits, de frôlement, de frottement, de souffle, de scie, de räpe, € de cuir neuf ; tous produits par le même mécanisme , et ne présentant que les différentes nuances du frottement.
Mais le bruit de cuir neuf observé pour la premiére fois par M. Collin, et que nous avons eu occasion de bien constater
838 PÉRICARDITE, une fois, est presque seul caractéristique d’une péricardite,
Des bruits analogues à tous les autres bruits du péricarde s'entendent dans différentes lésions du cœur.
Cépendant, chaque fois que ces bruits seront superficiels, et sembleront se passer immédiatement sous l'oreille, principalement pendant le rapprochement de la pointe du cœur, on présumera qu'ils se passent dans le péricarde et qu'on a. affaire à une péricardite.
Un autre caractère distinctif propre aux bruits de cette affection, c'est l'étendue de leur retentissement; les bruits provenant d'une lésion des valvules, ou des orifices du cœur!, : s'entendent ordinairement dans une étendue considérable, tandis que ceux qui partent du péricarde, se bornent à la région précordiale, et laissent entendre les bruits valvulaires au-dessus de la clavieule gauche.
Lorsque l'affection est également aiguë, mais que les bruits anormaux, loin d’être superficiels, sont assez profonds, et qu'ils se font mieux entendre vers les orifices du cœur que partout ailleurs, il est très probable qu’ils sont dus à une endocardite, laquelle aurait donné naissance à différentes lésions des valvules, ou des orifices du cœur, ce qui explique la formation des bruits anormaux.
Quelques autres circonstances peuvent encore servir à éclairer davantage le diagnostic.
Ainsi, lorsqu'aprés avoir entendu le souffle dans le déexbitus dorsal, ou dans la position assise, on le voit disparaitre lorsque le malade se couche sur le côté droit, on aura de fortes raisons de croire qu’il existe quelques fausses membranes dans le péricarde , et que le bruit de souffle, qui dépendait du froissement de ces membranes, lorsque la pointe du cœur était rapprochée des parois de la poitrine, a disparu, parce que celle-ci en était plus éloignée dans la nouvelle position,
Gn peut encore faire une épreuve en sens inverse en Ccouchant le malade sur le côté gauche et le rapprochant du bord. dulit. Dans ce cas, le cœur étant encore plus rapproché des parois de la poitrine que dans la position horizontale, le bruit anormal, s’il dépend du tiraillement des fausses membranes, doit être plus prononcé.
. En appliquant la main sur les parois de la poitrine, corres-