OBSERVATIONS
Observations. Les observations constituent une source précieuse dans laquelle nous puisons souvent les lumières du diagnostic des maladies analogues à celles qui en sont l’objet. Mais pour qu'on puisse se fier à leurs résultats, il faut qu’elles soient complètes, qu’elles possèdent tous les détails sur toutes les fonctions de l’économie. Pour répondre à ce but, elles doivent être nécessairement longues et les faits doivent être clairement exposés.
« Pour qu'une observation particulière soit bien faite, il faut qu’elle soit une exacte et fidéle représentation, une sorte de portrait de l’état du sujet aux différentes périodes de la maladie, simple, ou compliquée, dont il a été affecté. »
« Mais le médecin n’est pas seulement peintre, il est historien, et doit par conséquent retracer tous les événements, toutes les circonstances qui ont modifié le malade avant et pendant la maladie, circonstances trés multipliées sur lesquelles nous reviendrons plus loin, en traitant des causes du traitement, etc. » (Bouillaud, Philosophie médicale.) On doit, en un mot, à cet égard imiter le peintre qui, comme le remarque Sydenham, conserve dans son tableau les taches et les macules de l'original. Cependant il ne faut pas allonger les observations par des choses inutiles et accessoires, n’appartenant pas à la maladie, de même qu'un botaniste en décrivant une plante n’a pas besoin de tenir compte dans sa description de la morsure des feuilles par des vers.
Ce n’est que d'aprés les faits bien détaillés que l’on peut conclure avec précision; les observations faites àgrands traits par les anciens ne présentent presque aucun avantage pour les vrais amis du progrés. «Mais ces observations, si vantées et si brèves , le sont au point, dit M. Louis, qu’il est ordinairement impossible de savoir sila maladie indiquée était réellement celle du sujet, qu’en aucun cas on ne peut avoir Ja certitude que cette affection était simple ou compliquée, de manière qu’en réalité, comme je l'ai dit plus haut, ces observationsne peuvent être d'aucune utilité. Cependant, les médecins qui paraissent le mieux s’en accommoder, et qui ont une sorte d’aversion pour les faits de médecine détaillés, ces médecins ne blâment pas le physicien qui, dans ses expériences, note exactement l’état du baromètre, du thermométre, de l’hygromètre, etc., toutes choses en apparence minutieuses, et dont le physicien ne tient compte que pour
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conclure juste , en concluant rigoureusement des faits observés (1).»
Anatomie pathologique. L'observation ne serait pas compléte si on ne lui ajoutait une cinquième partie admise dans la formule de M.Bouillaud, savoir : la description des lésions anatomiques observées chez les malades qui succombent. On peut même dire que ces observations sont cellessur lesquelles on peut s'appuyer le plus solidement et qui conduisent le plus sûrement au diagnostic du siége de la maladie.
Il y a une foule d’affections dont on n’aurait jamais pu reconnaître positivement la nature sans l'anatomie pathologique.«Les symptômes de l’apoplexie indiquent bien que le cerveau est le siège dé cette affection ; il en est de même de ceux du ramollissement de cet organe; comment savoir que les premiers tiennent à une hémorrhagie, les seconds à un ramollissement , à une inflammation du cerveau, sans le secours de l'anatomie pathologique ? » (Louis, loco citato.)
Une autre fois l'affection peut exister sans se présenter par des signes positifs; nous pouvons néanmoins faire son diagnostic par induction en prenant pour baseles lois établies sur les recherches de l'anatomie pathologique. C’est ainsi que nous pouvons diagnostiquer les tubercules pulmonaires quand même il n’y en aurait pas de signes positifs chez un malade atteint d’une péritonite chronique dés le début. Il est démontré , en effet, par des observations nombreuses de M.Louis que la péritonite, primitivement chronique, survenue chez un sujet au-delà de la quinzième année, est constamment tuberculeuse ; et d’un autre côté, il est démontré par le méme médecin que passé l’âge de quinze ans on ne trouve pas de tubercules, ou de granulations grises demi-transparentes dans un organe, sans qu’il y en ait, et ordinairement à un état plus avancé, dans les poumons.
L'ordre dans lequel on décrira les altérations des solides et des liquides doit être, s’il est possible, le même que celui qui a présidé à la description des symptômes.
Enfin, comme nous avons dit précédemment, l'interrogation des malades nous fait découvrir les différents symptômes
qu’il nous serait impossible de saisir au moyen de toutes les
méthodes dont nous avons parlé jusqu'ici.Tous ces symptômes
1) Mémoires de la Société d'observation , tome I,
DOULEUR. 897 ainsi profondément cachés se rapportent aux sensations des malades , à leur intelligence , etc. Nous allons les passer successivement en revue, et nous aurons soin de déterminer leur valeur diagnostique.
Douleur. A la tête de tous ces symptômes nous plaçons la douleur ; c’est elle qui fixe le plus souvent en premier lieu l'attention du malade et celle du médecin sur les organes dont on se plaint.
La douleur constitue une lésion de sensibilité ; or, comme
il est prouvé que les nerfs seuls sont chargés de cette fonction, la douleur indique par conséquent une lésion du systéme nerveux. En outre, la sensibilité n'appartient qu’à une espéce particuliére de nerfs tirant leur origine de la portion postérieure de la moelle : donc, toutes les fois que l’on observe la douleur dans une affection quelconque, sa présence indique que l'organe malade reçoit des nerfs du système cérébrospinal (le système ganglionnaire étant insensible), et particuliérement de la portion postérieure de la moelle épinière,
La douleur consiste, comme on le pense généralement, dans l'augmentation de la sensibilité. Cette lésion peut être primitive, ou essentielle, sije peux m'exprimer ainsi, comme cela s’observe dans les névralgies, où elle peut être provoquée par une inflammation d’un organe contenant des nerfs de la sensibilité, ou avoisinant d’autres qui en sont pourvus.
»“ Ce n’est qu'en concevant ainsi la chose que l’on peut se rendre compte de la manifestation de la douleur dans les inflammations des tissus privés de nerfs à l'état normal, tels que la plévre, le péritoine, les vaisseaux, le foie, la rate, etc. Il est impossible de soutenir aujourd’hui la thèse d'autrefois qui donnait dans les inflammations la sensibilité aux parties insensibles. El faudrait alors admettre la possibilité de la création des nerfs et leur disparition aprés la résolution de l’inflammation , ce qu'il est difficile et même impossible d'admettre dans l’état actuel de la science.
Enfin, la douleur indique toujours pour nous une lésion de la sensibilité. Toutes les fois qu'un organe devient douloureux, cela prouve l’exaltation de cette fonction dans ses filets nerveux, ou dans ceux qui l'entourent; c’est par cette raison que la douleur constitue un signe précieux qui appelle l'attention du médecin sur l'état de la région où elle se présente (1).
(1) Lisez sur ce sujet un mémoire plein d'intérêt, Quelques ré-
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Celle qui est consécutive à l’inflammation est en général augmentée par la pression lorsque celle qui provient d’un trouble simple et direct de l’innervation n’en est pas influencée, ou que même quelquefois elle se trouve soulagée.
La douleur peut avoir des caractères différents; une fois elle est pongitive , une autre fois déchirante, lancinante, etc. On a voulu pendant long-temps réserver le dernier caractère aux affections cancéreuses; ainsi, la céphalée lancinante, jointe à quelques autres troubles de l’innervation cérébrale, indiquait le cancer du cerveau ; le vomissement chronique, accompagné des douleurs lancinantes à l’épigastre, était regardé comme signe du cancer d'estomac, etc.
S’ilest vrai de dire que le caractère en question accompagne souvent les squirrhes et les cancers extérieurs, il s’en faut que l’on puisse l’ériger en règle générale, et l’attacherätoutes , les affections cancéreuses; si nous ne nous arrétons qué sur celles de l'estomac, nous verrons que dans beaucoup d’exemples cités par les auteurs sans préventions, les douleurs lancinantes existérent dans une simple gastrite; une autre fois ses cancers étaient découverts à l’autopsie chez des individus qui ne s'étaient jamais plaints de douleurs. En résumé, les douleurs lancinantes ne servent pas plus de caractère pathognomonique du cancer de l’estomac, que le vomissement de matiére noire ; et on ne peut avoir de certitude de l’existence du cancer de l'estomac qu’autant que cette lésion organique est assez développée pour former une tumeur à l’épigastre, sensible aux méthodes physiques. Sans cela, la réunion des deux autres signes , jointe à la coloration d’un jaune paille, ne donne que de la probabilité au cancer, car elle peut appartenir quelquefois à la gastrite chronique.
Névralgie. On donne ce nom au trouble de la sensibilité, se présentant par l’exaltation de cette fonction, borné toujours aux troncs nerveux, au nerf lui-même, parcourant ses ramifications, et n’envahissant pas les parties voisines.
La névralgie différe de la névrite en ce que la douleur dans
flexions tendant à prouver que la douleurne doit pas étre placée parmi
les symptômes essentiels de l’inflammation, et que ce phénomène est le signe spécial de l'irritation de la classe des nerfs auxquels on a donné le nom de nerfs du sentiment, par M. Bouillaud, Voyez Journal hebdomadaire , 6e aanée, tom, IL, N° 54, ;