ALIÉNATION MENTALE
D'un autre côté, les déterminations instinctives peuvent trés bien exister sans cerveau. On a vu des poules et des tortues se diriger vers la nourriture quoiqu’on leur eût enlevé le cerveau. Les fœtus anencéphales exécutent des mouvements avec leurs membres, sucent les corps introduits entre leurs lèvres. En descendant dans l’échelle des êtres, on voit les déterminations raisonnées décroître en mêmes proportions que l’évolution cérébrale et les diamétres du crâne, tandis que les déterminations instinctives persistent dans toute leur vigueur.
Tous ces faits prouvent que ces deux déterminations ne doivent pas être confondues , mais séparées en deux groupes. La source des déterminations instinctives paraît exister dans le système ganglionnaire. Elles sont le résultat de l’action de ce système sûr la moelle épinière.
Enfin, il faut encore distinguer l’automatisme de l’instinct. Dans ce dernier, chaque détermination , quoique non raisonnée , à un but qui le plus souvent se réduit à celui de la conservation, tandis que rien de semblable n’a lieu dans l’automatisme. Ceci est facile à observer dans toutes les maladies dans lesquelles les centres nerveux sont profondément affectés. Ayant divisé de la sorte les facultés intellectuelles, il nous sera trés facile de nous rendre compte des troubles qu’elles présentent dans la folie.
Les déterminations raisonnées peuvent être altérées tantôt d’une manière générale, tantôt d’une manière particulière, et les déterminations instinctives être conservées, c’est ce qui constitue la manie et la monomanie ; les déterminations raisonnées peuvent ensuite être complétement abolies, et il peut ne rester de toutes les facultés que les déterminations instinctives, c'est ce qui constitue l'idiotisme et l'imbécillité; ou même il ne reste plus que les mouvements automatiques, c’est ce qui constitue le dernier degré de la démence.
La manie, la monomanie, la démence et l’idiotisme constituent les quatre classes principales de la folie que nous admettons avec M. Foville. Les altérations fonctionnelles qui signalent chacune de ces divisions peavent exister seules, ou se compliquer des troubles de la sensibilité ou de la locomo-
‘tion. Toutes ces complications font supposer les mêmes complications dans les altérations anatomiques.
La premiére classe de l’aliénation mentale comprend ies
HYPOCONDRIÉ. 025
désordres intellectuels, moraux, affectifs, sas âücune complication de la sensibilité ni de la locomotion.
Manie. La manie est quelquefois précédée par quelques prodromes, tels que le changement rapide des habitudes , de la maniére d'être morale,accompagnés de constipation, d’amaigrissement, de perte de l'appétit, etc. Les maniaques chargent souvent de caractère depuis la date de leur maladie. Ils deviennent moroses, concentrés, de gais qu’ils étaient, et vice versä. Quelquefois la fiévre accompagne le début de l’affection; les malades perdent l'appétit; mais bientôt ces phénoménes cessent, et il ne reste que le désordre de l'intelligence. Georget a distingué trois variétés dans les symptômes de la manie. Dans la première variété, il classe les fous dont l’intelligence est exaltée comme chez les personnes qui ont pris une dose un peu considérable de vin de Champagne; ils babillent beaucoup, s'expriment avec volubilité, mais avec beaucoup de justesse et de précision. Dans la deuxième variété, on observe ces symptômes qu’on a qualifiés du nom de folie raisonnante ; souvent ici les malades cessent de raisonner lorsqu’on cesse de fixer leur attention. Le troisième degré, et le plus intense , renferme les maniaques qui ont des idées rapides, incohérentes, violentes, exprimées avec des cris, des menaces, etc. La manie est souvent intermittente, et les intervalles lucides peuvent durer depuis quelques jours jusqu’à un an et plus. Elle se termine par résolution, par l'état chronique ou la démence. La mémoire est en général faible chez les maniaques, ils sont attachés presque complétement à l’état actuel.
Monomanie. La monomanie consiste dans un délire partiel et roulant sur un seul ou sur un petit nombre d'objets. Les monomaniaques tombent souvent dans l'exagération des idées qui leur étaient familiéres dans l’état de santé.
Selon la nature des objets quioccupentlesmmonomaniaques, on a distingué cette forme de la folie en tristimanie où l'ypémanie, eten aménomamie, ou manie triste et gaie. Ces deux divisions renferment encore différentes variétés , telles que la monomanie hypocondriaque, mélancolique, religieuse, ambitieuse , érotique , etc. Nous dirons deux mots de chacune.
… L'hypocondrie consiste primitivement dans une déviation “de l'esprit, et dans une fausseté du jugement qui fait voir aux /