DES MÉTHODES DU DIAGNOSTIC EN GÉNÉRAL
$ r. Division des méthodes en celles qui consistent dans l'application de sens et intellectuelles.
Nous croyons avoir donné une extension suffisante à l’analyse du diagnostic. Il est facile de voir par ce que nous avons dit dans le chapitre précédent, combien est difficile la tâche d’un médecin praticien; qu'il ne suffit plus de regarder comme constamment identiques les affections qui peuvent être rangées dans la même classe d’un système no-
sologique; que l’expression des maladies étant la
SUR LE DIAGNOSTIC. 55 même, leur nature peut être modifiée par les différentes circonstances qui doivent toujours entrer comme éléments dans le diagnostic du médecin, qui doit là-dessus baser ses indications thérapeutiques.
Croyant avoir fait sentir suffisamment limportance de ces éléments , nous allons passer à l'étude des méthodes par lesquelles on parvient à leur connaissance.
Les principaux instruments de ces méthodes sont les sens et l'intelligence.
Par l’action des sens isolés, et surtout par l'action combinée de plusieurs sens, on peut résoudre un grand nombre des problèmes du diagnostic; mais, dans beaucoup de cas , les sens eux-mêmes ne peuvent donner des résultats satisfaisants, et, pour se prononcer d’une manière juste , il faut absolument avoir recours à l'intelligence. La mémoire, le jugement, l’analogie et l'induction seront alors exercés tour à tour.
La mémoire vous présentera des lésions des organes qu’on a trouvées après des symptômes pareils à ceux que les sens vous présentent; elle vous offrira, d’un autre côté, les résultats des expériences physiologiques. Enfin, en rapprochant les unes des autres toutes les circonstances qui se trouvent dans un cas donné ou avec lesquelles vous avez trouvé
des analogies ailleurs, vous porterez un Jugement
sur la nature de l'affection actuelle. Ce que nous venons de dire nous engage à faire une division principale des méthodes du diagnostic en #7éthodes sensuelles et méthodes intellectuelles. Les premières se laissent ensuite subdiviser en méthodes physiques et chimiques.
En établissant cette division quenous jugeonsindispensable , nous faisons suffisamment sentir qu'on ne s’instruit pas seulement par les sens, mais encore par les différentes facultés intellectuelles.
Lorsque nous examinerons les méthodes en particulier , nous nous convaincrons davantage de cette vérité, qu'il y a des circonstances dans la pratique médicale où nous sommes instruits de la présence d'objets sur lesquels nos sens ne nous donnent aucune connaissance au moment du diagnostic. Nous n'y voyons que des symptômes; mais la mémoire nous représentant alors les objets inséparables des phénomènes que nous observons, nous sommes instruits de leur existence non par les sens, mais par une des plus belles et plus fortes facultés intellectuelles, par l’analogie et par l'induction logique. Au moyen de cette induction nous pouvons conclure de ce qui nous est connu par la mémoire, par les résultats de calcul, à ce que nous ne connais sons nullement; que dis-je? souvent sans aucun
secours de la mémoire, ni de l'analogie, l’induc-
SUR LE DIAGNOSTIC. 57 tion nous instruit d’une manière concluante de la présence des objets d’après certains effets ou certaines lois reconnues. Mais on pourra nous reprocher que ce que nous appelons l'instruction n’est qu'une hypothèse; à cette objection nous ne pouvons mieux répondre qu’en démontrant une foule d’hypothèses pareilles qui se sont changées ensuite en degrandes vérités, ou ce qui ne fut d’abord admis que par l'induction peut avoir aujourd’hui reçu la sanction des sens. Les faits pour prouver ce que nous avançons ne nous manqueraient pas; les sciences en fourmillent, C’est ainsi, comme le dit Cabanis, qu’avant d’avoir fait le tour de la terre, on avait deviné lexistence des antipodes {il aurait pu dire qu’on avait appris l'existence des antipodes), qu’on avait soupçonné celle de quelques satellites des planètes, et que même des astronomes plus hardis avaient annoncé de nouvelles planètes avant qu’elles se fussent offertes à l'observation. C’est encore ainsi qu’en étudiant les effets de la pesanteur sur la terre, Newton fut conduit à penser que la lune suivait sa route autour d’elle en vertu des mêmes lois, et qu'après s'en être assuré par le calcul, il essaya d’y soumettre tout le système solaire; et depuis ce grand homme, plus on a observé et calculé, plus aussi ce qui n'avait dû
paraitre d’abord qu'une hypothèse hardie et heu-
reuse s’est trouvé conforme aux faits, et a rendu compte, sans efforts, des apparences mêmes qui lui semblaient si contraires au premier coup d’æil,
Ce même Newton a été instruit de la composition chimique du diamant en ne faisant que l’induction de ses propriétés physiques.
C’est aussi par induction qu’on a d’abord admis, et pour ainsi dire deviné, le principe intlammatoire de certaines maladies encore peu connues, qu’on a rapporté certaines hydropisies à un obstacle au cours du sang veineux, à l’oblitération des veines, par exemple, etc., etc. { Bouillaud, Æssai sur la Philosophie médicale, p. 204.)
Voilà assez de faits pour inspirer cette conviction, qu’on ne s’instruit pas seulement par les sens externes, mais encore par les sens internes, instruments d'une facuité sublime qui ne se trouve qu’ébauchée dans les animaux, et qu'on nomme in telligence.
Tout ce que nous venons de dire justifie parfaitement la grande division que nous avons établie dans les méthodes, en séparant les méthodes sensuelles des méthodes intellectuelles.
Pour que l’action des sens puisse nous conduire à des connaissances réellement utiles, deux conditions sont indispensables: la première c'est la bonne organisation des sens; la seconde, c'est leur
SUR LE DIAGNOSTIC. 5a finesse, La première s'acquiert pour ainsi dire en naissant; la seconde, au contraire, ne s’acquiert que par l'éducation, Les meilleurs moyens pour une bonne éducation des sens sont l'attention et l'habitude.
L'attention, comme le dit très bien M. Bouil- Jaud dans son excellent ouvrage que nous venons de citer, augmente la force de l'instrument observateur , elle le tend en quelque sorte. Corvisart a vivement senti la nécessité de l'éducation des sens. « De toutes les sciences physiques en général, dit-il, il n’en est peut-être pas une dans laquelle il importe plus d'interroger les sens que dans la médecine pratique strictément dite, »
Nous sommes tellement pénétré de la vérité de cette 6pinion que nous avons jugé difficile de trouver une meilleure épigraphe à notre Manuel d’auscultation et de percussion. Une autre méthode d'éducation des sens est, comme nous lPavons dit, l'habitude. Pour acquérir la finesse des sens, il faut les exercer souvent, il faut revenir souvent sur les mêmes objets pour Îes habituer à eux.
« L’attention donnée fréquemment, dit Laplace, à une qualité particulière des objets, finit par douer les organes d’une exquise sensibilité qui fait reconnaître cette qualité lorsqu'elle devient
insensible au commun des hommes. Cette opinion
de Laplace, rapportée par M. Bouillaud dans lou vrage que nous venons de citer, est très vraie, Nous craindrions de fatiguer l'esprit de nos lecteurs en leur citant des faits à l’appui de cette assertion. Cependant nous ne pouvons nous dispenser d’en citer un quenous avons entendu raconter à M. Bouillaud.
Ce praticien distingué s’étant trouvé en consultation pour une affection du cœur avec trois de ses collègues, reconnut, d’une manière incontestable, une voussure dans la région précordiale. L’un des autres approuva l'opinion de M. le professeur Bouillad; mais le troisième ne sut pas dissimuler son étonnement en voyant ses collègues reconnaitre une voussure là où il croyait voir d’abord une dépression.
La voussure était réelle, mais pour la voir il fallait que l'œil s’instruisit, il fallait le tendre et l'habituer à voir des objets pareils; ce n’est qu’à la mauvaise éducation qu’il faut rapporter ‘de pareilles erreurs.
Pour que les méthodes intellectuelles fournissent au médecin des connaissances justes, il faut qu'il soit bon anatomiste et bon physiologiste, Il faut qu'il connaisse la disposition et la situation des organes, leurs fonctions et les lois de l’organisation; il doit aussi préalablement connaître la pathologie, savoir la description des symptômes dont
SUR LE DIACNOSTIC. Gi un groupe plus ou moins invariable constitue des maladies. Le médecin, muni de ces connaissances, saisit le symptôme principal, et procède à l’exploration de l'organe dont il exprime la lésion fonctionnelle, Si cet organe lui paraît exempt de souffrance, il doit chercher le siége de l'affection parmi les organes qui se trouvent liés par sympathie, avec l'organe supposé d’abord malade; et lorsque ce moyen même ne réussit pas, vu la faculté que peut avoir cet organe de sympathiser avec beaucoup d’autres, on saisit alors un autre symptôme, et on procède, comme en premier lieu , à l'examen de organe dont il dénote l'état pathologique. En procédant ainsi successivement avec tous les sympiômes , on peut espérer d’arriver au siége précis de la maladie. C’est donc en comparant le tableau pathologique au tableau physiologique, et en établissant le rapport entre les symptômes et les lésions des organes, que lon fait le diagnostic du principe morbide. Quelquéfois il est impossible de trouver ce rapport, et alors on a recours à l’hypothèse des forces vitales que l'on dit être malades ; mais comme ce diagnostic s'oppose à toute espèce d'investigation et qu'il ne supporte aucune démonstration , il ne peut avoir qu’un degré plus ou moins fort de probabilité.
Enfin, ce n’est qu'après avoir connu les mœurs et
les habitudes de ses malades; ce n’est qu'après avoir étudié attentivement pendant la santé, par des rapports fréquents, leur constitution, leur tempérament et les différentes dispositions de leur organisme, que le médecin pourra parvenir à saisir les modifications que toutes ces circonstances peuvent imprimer à un état morbide donné.
C’est parce qu'il sent, pour ainsi dire, instinctivement cette vérité, que le public accorde toujours plus facilement sa confiance aux médecins habitués à une famille. C’est pour cela que les malades préfèrent les médecins qui les ont reçus à leur entrée dans la vie et qui les ont soignés enfants dans la maison paternelle. Cette confiance n'est nullement déplacée; et si l'instruction scientifique ne lui répond pas toujours , si même nous voyons ces médecins se tromper quelquefois dans Ja localisation des maladies, au moins ils ne sont pas exposés, comme les nouveaux venus, à employer des moyens opposés à la constitution ou au tempérament de leurs malades. C’est à l'expérience, qu'ils doivent tous leurs succès.
Nous avons reconnu que les sens ‘constituent une partie des instruments du diagnostic. Tous les sens peuvent trouver leur application au diagnostic mais les méthodes auxquelles cette application donne lieu n’ont pas toutes La même valeur. Voici
quelles sont à peu près les méthodes dont on se sert dans le diagnostic. | 19 Inspection ; 2° mensuration; 3° palpation'; 4 dépression ; 5° fluctuation ; 6° suceussion { 7° toucher; 8° percussion; 9° auscultation; 10° odoration; 1 1° dégustation.
Ensuite viennent les réactifs chimiques, et enfin
les méthodes intellectuelles,
$ IT, Des méthodes consistant dans lapplication de sens en général. E
L'inspection ne peut pas s’étendre à tous nos organes. Elle ne comprend dans son domaine que les organes situés à l'extérieur ou peu profondément.
Dans le premier cas, Pœil seul, rarement armé d’une loupe, suffit. Dans le dernier cas, on se sert de quelques instruments pour mettre les parties profondes à découvert.
C’est ainsi que nous nous servons du spéculum du vagin et de celui du rectum. Cette méthode peut nous offrir encore quelques avantages, même dans l'examen des organes recouverts par des enveloppes minces, en nous laissant, souvent au moins, ap= précier ses limites.
Ainsinous pouvons quelquefois déterminer à l'œil le volume du cœur, l'état des artères, des veines, etc.; mais si action directe de l'inspection est si limitée,
d’un auire côté elle peut conduire indirectement au diagnostic de beaucoup d’affections. L’œil recueille sur tous les points de l’économie différents symptômes qui servent ensuite de matériaux à l’induction, au jugement et à d’autres méthodes intellectuelles qui les rattachent aux lésions de différents organes,
Partout où l'inspection est susceptible d’une application directe, elle conduit aux résultats les plus positifs en fait de diagnostic. Au moyen de cette méthode, nous pouvons reconnaitre le siége de la maladie et apprécier sa nature. Si nous n'avons pas assez de confiance dans l'appréciation de l'œil, nous pouvons alorsrecourir avantageusement à différents instruments, tels que le pied, le compas, etc.
Enfin, l'application de l’œil ne s'arrête pas là dans le diagnostic. Ce sens peut recueillir ses observations sur les organes des cadavres; il peut même s’insinuer dans les entrailles des animaux vivants. En effet, l’anatomie pathologique et les vivisections sont encore deux précieuses méthodes du diagnostic. Au moyen de la premiere, nous pouvons souvent jeter des lumières importantes sur le diagnostic fait pendant la vie, en indiquant le siége et la nature de l'affection. Mais combien, dans cette méthode, l'œil n’a-t-il pas besoin d’être secouru par les facultés intellectuelles et surtout par
le jugement, pour ne pas prendre toujours les affections de même apparence pour les mêmes, quant à leur nature? La méthode expérimentale appattient en partie aux méthodes sensuelles et en partie au méthodes intellectuelles, mais on peut dire qu’elle appartient plus à ces dernières. N'est-ce pas en effet une opération de l’esprit, comme le dit M. Bouillaud, que l’idée ou la cenception d’une ou de plusieurs séries d'expériences propres à éclairer une question scientifique quelconque ? Qu’est-ce donc que le génie expérimental ? Cette œuvre manuelle, cette fatigue corporelle, n'est-ce pas l'esprit qui les dirige? Certes, c'est bien moins par l’exécution que par la conception des expériences que se distinguent les grands expérimentateurs ; et concevoir une expérience est, je le répète, un acte d'esprit, d'intelligence , d’entendement, comme toute autre conception. La méthode expérimentale nous apprend le siége et la nature des affections en produisant, par des opérations auxquelles elle soumet les animaux, les mêmes symptômes que nous observons sur les malades. Qui oserait douter des grandes lumières qu'ont jetées ces expériences sur les différents points de médecine, tels que les affections du système cérébro-spinal du cœur , les hydropisies, etc. ?
Enfin, cetie méthode, devenue entre les mains 6,
habiles de M. Magendie une des plus abondantes sources de lumières pour servir à résoudre les nombreux problèmes de la physiologie, est par là même extrêmement précieuse pour le médecin, car il lui serait difficile de se rendre compte de beaucoup de lésions fonctionnelles, s’il ne savait pas le mécanisme de ces fonctions à l’état normal.
L’auscultation a un champ moins vaste pour son application. La respiration et la circulation sont les principales fonctions dans lesquelles s'exerce cette méthode. Secondée par les méthodes intellectuelles, elle représente, en général, très fidèlement le siége et la nature de la maladie. Le palper et le toucher peuvent très bien, dans beau- | coup de cas, nous éclairer sur lesiége et la nature de Paffection. Mais le premier, ne s’exercant presque jamais immédiatement sur les organes, a Pinconvénient d'exposer davantage à l'erreur dans la localisation de Faffection. Combien de fois, par exemple, n’a-t-on pas vu prendre des tumeurs appartenant au foie pour celles des ovaires, et réciproquement; celles de Pépiploon pour des tumeurs appartenant à l'estomac, a la rate, etc. ?
Le palper ne nous instruit que rarement sur la nature de Flaffection. On peut souvent, comme nous avons dit, constater, au moyen de cette mé-
thode, ‘une tumeur appartenant au foie, mais il
sera, le plus souvent, impossible de déterminer de quoi dépend la tumeur, si elle est le résultat de Vhypertrophie, de lPamas du pus, des hydatides, ete. Lorsque nous déprimons la peau pour constater lœdème ou l’anasarque, nous ne faisons la qu’appliquer la méthode du palper. Il en est de même dans l’exploration du pouls , en général. Enfin, dans lexamen du ventre, cette méthode est encore mise souvent en usage, surtout lorsqu'il s’agit d'apprécier l’état de tension des parois abdominales. Dans ce dernier cas, par le palper nous pouvons même découvrir la nature de la cause qui produit la tension; il nous permet de distinguer le météorisme des épanchements abdominaux et des différentes tumeurs contenues dans le ventre,
L'emploi du toucher a des limites plus restreintes. On ne s’en sert que dans lexploration des organes accessibles au, doigt : telles sont les païties situées aux deux extrémités du tube digestif chez les deux sexes, le vagin et l'utérus chez les femmes. :
Le toucher obtient, en général, des résultats plus positifs que le palper. En touchant, on reconnaît non seulement si l'organe est malade, mais encore la nature de son affection. L'œil de l’observateur se trouve alors, on peut le dire, à l’extrémité
du doigt, La situation un peu profonde des or-
ganes ne les émancipe pas toujours du domaine de cette méthode. Lorsque les doigts ne peuvent plus atteindre les organes, on peut encore faire l’application du toucher à leur examen en prolongeant les doigts, instruments ordinaires du toucher , avec des sondes, des cathéters, etc.
La fluctuation ne s'emploie guère que dans l'exploration des épanchements abdominaux et dans l’examen de quelques tumeurs plus ou moins superfciellement situées. Jusqu'à présent on n’en a pu retirer de grands avantages , ni dans l'exploration des épanchements du thorax, ni du péricarde.
La percussion peut s'exercer partout où devient sensible la modification dans la densité des organes. Prenons pour guide un fait connu de tout le monde, cette loi de l’acoustique, que partout où il y a de l'air, on trouve, par la percussion, du son clair. Au moyen de cette méthode, nous trouverons une augmentation ou une diminution plus ou moins sensible deson dansles organes , selon que leur densité augmente ou diminue, à la suite des différents états morbides. Ainsi un poumon hépatisé, ayant acquis une densité plus considérable, donnera lieu an son mat ; au contraire, son tissu aréolisé dimi— nuant encore de densité, comme cela se remarque
dans lemphysème, le son deviendra plus clair,
En même temps que nous apprécions au moyen de la percussion le siége de l'affection et son étendue, nous pouvons, par sa combinaison avec l’auscultation, déterminer les conditions anatomiques du changement du son, ou, en d’autres termes, la nature de l'affection.
La suceussion a pour but de constater le mélange du liquide avec les gaz. Hippocrate l’a pratiquée pour constater les hydro-pneumo-thorax. Aujourd’hui on la pratique encore dans les cas et dans le but analogues. L’ébranlement des parois abdominales, pour constater la présence des liquides et des gaz dans le tube intestinal, au moyen d’un bruit connu ordinairement sous le nom de gargouillement , n’est qu’une forme de succussion, L'odorat et la gustation ne sont guère aujourd’hui exercés comme moyen de diagnostic. Cependant, souvent encore, on désire connaitre l’odeur de l'haleine, qui, sans être pathognomonique, n’en est pas moins un signe auxiliaire dans certaines affections, Il en est de même de. l'odeur des sueurs e des urines, qui, dans quelques cas, rares il est vrai, peut nous éclairer dans le diagnostic des maladies. Grâce aux progrès de la science, et spécialement au perfectionnement des méthodes du diagnostic, nous avons rarement besoin d'exercer notre goût sur les substances dont l’idée seule nous
#0 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES inspire déjà de la répugnance. À peine allons-nous aujourd’hui jusqu’à goûter les urines, et quand il nous arrive de le faire, ce n’est, le plus souvent, que lorsque nous les présumons sucrées.
‘ Voilà quelles sont les différentes méthodes sensuelles et physiques du diagnostic. Par elles, comme nous avons pu le voir dans ce court exposé, on ‘peut diagnostiquer les différentes propriétés des parties qui composent notre organisation; mais pour que ces méthodes suffisent à la perception de ces propriétés, il faut absolument que celles-ci soient mises pour ainsi dire à découvert.
Cependant les parties qui composent notre organisation ont encore d’autres propriétés cachées. Pour les faire apparaitre, les méthodes physiques ne suffisent plus, il faut l’intervention des opérations, des méthodes chimiques. Ces méthodes peuvent cependant, dans un petit nombre de cas, éclairer notre diagnostic. C’est ainsi que le papier de tournesol trempé dans la salive rougit dans le cas de l'inflammation du tube digestif. Si ce signe, offert par M. Donné, était prouvé par l'expérience, il est facile de sentir son importance dans le diagnostic.
L’acide nitrique versé dans les urines peut constater leur état albumineux , ce qui est devenu d’une
haute importance depuis que M, Bright a prouvé
SUR LE DIAGNOSTIC, ni que cet état des urines se rencontre constamment dans une espèce particulière d'hydropisie,, tandis qu’il s’observe très rarement dans d'autres affetz
tions,
$ III. Des méthodes intellectuelles en général,
À près avoir fait connaître succinctemenit les différentes méthodes sensuelles, nous allons passer à l'étude des cas dans lesquels le diagnostic est le résultat du jugement, de l'induction ou de l’analyse, méthodes purement intellectuelles. En parlant des méthodes sensuelles, nous n’avons pas manqué de signaler souvent l’impuissance de ces méthodes sans le secours de l'intelligence; actuellement , nous allons nous occuper des cas où l’intelligence a, pour ainsi dire, tout à faire, les autres méthodes ne lui offrant qu’un très faible, et même aucun secours. Dans cette classe d’affections, il faut placer toutes celles des organes profondément situés et dont on ne voit que les lésions fonctionnelles, que jes symptômes. Alors, nous pouvons dire, en nous servant de la comparaison de M, Double, que les symptômes sont à la maladie comme, dans un problème d’algèbre , inconnu x à la donnée D. C’est par les opérations qu’on fait subir à la donnée que l’on parvient à trouver l’in-
connu ; tout comme c’est par les opérations de l'es-
prit sur les symptômes que l’on arrive à la connaissance des maladies. Tout ce travail appartient aux méthodes intellectuelles. Prenons pour exemple le vomissement. Le vomissement est souvent produit par une affection nerveuse, souvent par une inflammation de l'estomac, mais il peut être aussi le résultat d’un trouble de l'innervation partant du cerveau lui-même, etretentissant seulement sur l'estomac, comme cela s’observe fréquemment dans les affections cérébrales.
Voilà un seul phénomène qui peut dépendre de l'affection de plusieurs organes. Il est impossible de découvrir, au moyen des sens seuls, quel est l'organe affecté; mais l'intelligence peut y parvenir avec ses différentes facultés. On dira alors: si le vomissement est le résultat d’une affection locale de l'estomac, il est probable qu’en comprimant la région épigastrique on éveillera la douleur ; si cette affection est une inflammation, il est à présumer que par la continuité de la membrane muqueuse enflammée les follicules muqueux de la langue et de la gorge, impressionnés plus ou moins par l’affection de l'estomac, cesseront de sécréter le liquide avec lequel ils arrosent cette membrane à l’état normal, ou ils le sécrèteront en quantité plus considérable ou dénaturé, ce qui doit donner lieu,
dans ce cas, à différenis enduits de la langue et à
la sensation d’amertume ou d'empâtement, et dans
l’autre cas à la sécheresse et à la sensation d'une soif plus ou moins vive,
Dès qu’on parvient à se représenter le tableau morbide que produirait une gastrite dans l'organisme, dont on connaît l’organisation et les lois à on peut facilement ensuite faire l'analyse de ce tableau lorsqu'il se présente dans son ensemble, trouver le point de départ de tous les phénomènes, diagnostiquer, en un mot, par l’induction, le siége et la nature de la maladie, reconnaître une gastrite chez un malade qui présente une douleur à l’épigastre et chez qui en même temps il y a fièvre, vomissements , langue rouge et soif très vive. S: à dans un autre cas, les vomissements surviennent chez un sujet atteint d’une céphalalgie chronique : présentant quelques troubles dans l'intelligence, Ja sensibilité ou la locomotion ; si la langue n’a pas les caractères que nous venons d'assigner à la gas. trite ; si l’épigastre est indolent, on ne rapportera pas le vomissement à une lésion de l'estomac; et quoiqu'il soit vrai de dire que c’est le plus souvent sous l'influence de l’estomac que le cerveau contracte les muscles abdominaux, de manière à produire le vomissement, cependant une modif cation particulière et primitive du cerveau luimême peut aussi produire chez lui cette contrac.
tion sans qu'il y soit provoqué par nulle lésion d’un autre organe; de même que si, dans beaucoup de cas, le cerveau contracte les membres sous l’influence d’une douloureuse impression qui lui est transmise par eux, dans beaucoup d’autres cas, il les contracte spontanément lui-même, En un mot, an lien de diagnostiquer, dans le cas qui nous occupe, une gastrite, on expliquera le vomissement par une lésion du cerveau. La méthode qui conduit à ce diagnostic ne consiste nullement dans l'application des sens; c’est l'induction des faits observés et des lois de l'organisme; elle est absolument intellectuelle.
Ce qui ne fut d’abord établi que par mduction, fut plus tard confirmé, au moins dans un assez grand nombre de cas, par des nécropsies, ou par l'observation d’autres cas analogues, et alors, en combinant les résultäts de la mémoire avec l'induction , en les soumettant par voie d'analogie aux notions anticipées que nous avons de la marche des maladies, nous formons de toutes ces données rénnies plusieurs résumés , nous en tirons des conséquences, des conclusions , et nous parvenons encore facilement au diagnostic du siége et de la nature de Paffection, quoiqu'il nous soit impossible d'examiner l'organe lui-même,
Une fois qu'une vérité pathologique est bien dé:
SUR LE DIAGNOSTIC. 7 montrée, l'examen attentif de son degré d’analogie, s’il en existe un, avec des affections de nature douteuse, permet à linduction d'éclairer leur diàgnostic , et laisse souvent de cette manière surgir une différence entre des affections qui paraissaient d’abord avoir beaucoup de ressemblance. Dès qu’on a su que la paralysie survenant tout d’un coup, le plus souvent sous la forme hémiplégique, et persistant long-temps, est due à une déchirure de la substance cérébrale dans un hémisphère; de ce seul fait on a fait d’autres inductions, et l’on a reconnu qu'il est impossible que le cerveau présente une lésion également profonde et partielle, lorsque la paralysie est générale et lorsqu’elle ne dure qu’un instant. On a reconnu par l'induction que la lésion, cause de cet effet morbide passager, ne peut être elle-même que passagère, qu’elle ne peut consister que dans une compression momentanée , produite par une congestion forte du sang.
Voilà le diagnostic du coup de sang et sa différence de l’hémorrhagie cérébrale, établis par les méthodes intellectuelles, l’analogie et l’induction.
C’est encore ici le cas de parler d’une méthode intellectuelle dont l'importance retentit sur toutes les branches de la médecine comme sur toutes les
divisions des sciences , et qui fournit à l'induction
76 CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES des éléments importants pour lé diagnostic; je veux parler du calcul des probabilités.
Lorsqu'une vérité quelconque ne peut être démontrée, lorsque nous n'avons pas de certitude pour démontrer que laffection occupe tel organe et pas un autre , que sa nature est telle et pas telle autre, nous sommes obligés d’avoir recours au caleul desfprobabilités. Il rassemble en faveur d’une opinion des motifs plus ou moins nombreux, plus ou moins graves, et d’après leur évaluation rigoureuse, on est plus ou moins fondé à croire que lopinion soutenue par le calcul est la vérité. Ainsi, ayant appris par lexpérience et l'observation que toutes les fois qu’on rencontre réunis les symptômes qui caractérisent l'affection connue sous le nom de fièvre typhoïde, il y a constamment une lésion des follicules isolés et agminés de l’intestin, chaque fois que nous rencontrons cet ensemble, nous diagnostiquons cette lésion en motivant la constance de leur coïncidence. Les mêmes motifs peuvent encore servir au diagnostic différentiel de la fièvre typhoïde d’avec les autres affections avec lesquelles elle peut avoir quelques rapports; M. Louis, considérant la constance de lésion des follicules , refuse le nom de fièvre typhoïde à une
affection quelconque qui, malgré sa grande res-
SUR LE DIAGNOSTIC. Lo)
semblance avec elle, manquerait d'offrir les mêmes caractères anatomiques. Si un individu, venant à succomber à une affection prise pour une pneumonie, n’en offrait aucune trace à l'ouverture du corps,on ne soutiendrait pas, contre le témoignage des organes , que le sujet a éprouvé une péripneumonie: on dirait que cette maladie a été sinulée, que la véritable a été masquée ; on n’en concluerait rien contre les caractères anatomiques de la péripneumonie. Ce qu’on ferait pour cette affection, il faut le faire pour la fièvre typhoïde ; ‘autrement, ce serait avoir deux mesures et substituer le caprice à la raison. { Recherches sur la gastro- ÉTENUE, LD) Dr HOJ.)
Ainsi, règle générale, en nous guidant d’après cette méthode, nous pouvons, lorsque nous avons vu un assez grand nombre de fois la lésion d’un organe succéder constamment à l’ensemble de phénomènes donnés, nous pouvonsdiagnostiquer cette lésion, toutes les fois que se présente le même ensemble de symptômes; mais pour que cette conclusion, ce diagnostic soit aussi positif que possible, il faut que le nombre des faits observés par lesquels nous motivons cette conclusion soit considérable.
Sans doute l’homme qui verrait le soleil se lever pour la première fois, dit Cabanis, sil n'avait d'ailleurs aucune notion particulière de la marche
VA
de cet astre, aurait bien peu de raisons de penser qu’il va s’élever jusqu’au haut des cieux; et lorsqu’il le verrait le soir disparaitre dans les mers, il n’en aurait pas davantage d’attendre son retour pour le lendemain; mais, quand l'expérience des siècles nous a prouvé que cet ordre est constant; quand tous les monuments et tous les récits nous attestent qu’il n'a jamais été troublé, nous ne formons plus aucun doute sur sa continuation future; et plus les faits qui forment les preuves de cet ordre se multiplient, plus aussi l'expérience a de” poids, plus les conclusions qui s’en déduisent acquièrent de certitude à nos yeux.
C’est par suite de ce principe que l’on préfère en général, dans la pratique , les médecins plus âgés ; mais ce principe n’est réellement avantageux dans son application qu’autant que le nombre d'années croit simultanément avec le nombre des faits observés, et avec l'expérience.
Enfin 1l n'est même pas toujours permis au médecin de faire le diagnostic par l’induction directe. Dans ce cas, il peut employer une nouvelle méthode intellectuelle ; il peut parvenir à la vérité par la voie d'exclusion. Il est des expressions fonctionnelles qui peuvent être le résuliat de plusieurs causes. Alors on établit une d’entre elles par hypothèse, et l’on cherche ensuite entre elle et le phénomène
donné le rapport de cause à effet. Si on ne le tronve pas, on passe en revue toutes les hypothèses possibles, et enfin on arrive à la véritable par l'impossibilité d'admettre les autres. Ainsi, pour reconnaitre la vraie cause d’une ascite, nous admettons d’abord par hypothèse l'affection organique du cœur comme lui donnant lieu très souvent; mais l'examen du cœur et la marche de la maladie ne nous ayant pas permis d'adopter la même opinion, nous passons successivement en revue toutes les affections qui peuvent donner lieu à l’ascite, et nous ne manquons pas de cette manière d’arriver par la voie d'exclusion à sa casse véritable.
Mais ne nous dissimulons pas les objections que vont nous attirer nos propositions sur l'importance des méthodes intellectuelles. On va nous objecter d’abord que l'induction ne mène qu’à des probabilités, et les probabilités mathématiques ne peuvent pas s'appliquer à la la médecine; en mathématique, les données des problèmes restent invariables ; lorsqu'en médecine, au contraire, elles sont susceptibles de varier à tout instant. Cette objection ne serait fondée que si nous attachions la même importance à l'induction qu'aux méthodes des sens; mais loin de nous cette pensée ! nous savons reconnaitre la supériorité de ces dernières. Cependant, si, dans
quelques cas de leur insuffisance, les facultés in-
tellectuelles peuvent nous conduire, au moins par le calcul approximatif, à la connaissance de la na- | ture et du siége de l'affection, pourquoi ne pas les | comprendre dans le cadre des méthodes du diagnostic ?
Nous sommes bien heureux de nous trouver, sur | ce point, d'accord avec un célèbre médecin dont la sagacité et le jugement sont pour nous une grande autorité,
«Sans doute, dit M. Bouillaud, on peut arriver à l'erreur par la voie de l'induction, et cela ne sau-
rait manquer , si les données sur lesquelles eette
méthode s'exerce, manquent d’exactitude: mais 2 2
alors l'erreur n’est pas le fruit de l'induction. Or, quelle est la méthode qu’il ne faudrait pas abandonner , si, pour en agir ainsi, il suffisait d’avoir à lui reprocher de pareilles erreurs? En somme ,” poursuit M. Bouillaud, il est très vrai que les jugements par induction sont moins solides que les jugements par démonstration directe, mais ce n'est pas une raison pour y renoncer entierement ; il faut seulement se réserver le droit de les vérifier par cette dernière méthode, » ( Philosophie médicale, p. 204 et 206.)
Un passage de Essai philosophique sur les pro-
babilités rapporté à propos de ce qui précède dans
l'ouvrage que nous venons de citer, trouve encore
SUR LE DIAGNOSTIC. SI ici parfaitement sa place. « L’induction, l’analogie des hypothèses fondées sur les faits et rectifiées sans cesse par de nouvelles observations, un tact heureux donné par la nature et fortifié par des comparaisons nombreuses de ces indications avec l’expérience , tels sont les principaux moyens d'arriver a la vérité. |
Si l’on considère avec attention la série des objets de même nature, on aperçoit entre eux et dans leurs changements des rapports qui se manifestent de plus en plus, à mesure que la série se prolonge, et qui, en s'étendant et se généralisant sans cesse , conduisent enfin au principe dont ils dérivent: mais souvent ces rapports sont enveloppés de tant de circonstances étrangères, qu’il faut une grande sagacité pour les démêler et pour remonter à ce -principe. C’est en cela que consiste le véritable génie des sciences. C’est à ce moyen si fécond que l’on donne le nom d’induction. Newton Jui doit son théorème du binome et du principe de la gravitation universelle, »
Au lieu d'ouvrir une carrière libre aux hypothèses admettant les méthodes intellectuelles dans le diagnostic, ce qu’on n’a pas encore fait jusqu’à présent, nous croyons avoir élargi le champ de l'instruction; et nous ne croyons pas que le dia- Bnostic ainsi établi soit nécessairement erroné:
Nous pouvons même dire que comme, dans les sciences exactes, il arrive assez souvent qu'après avoir admis certains faits par l’induction, on ose émettre des doutes sur les résultats de l’observation; en médecine, le diagnostic fait par l'induction peut avoir une telle force qu'il renverse souvent celui qui est établi sur les méthodes des sens.
Quelques auteurs ayant trouvé chez les épileptiques des traces d’inflammation dans le cerveau ou dans ses membranes, ont cru pouvoir, dans tous les cas, résoudre le problème du siége et de la nature de l'épilepsie, en disant qu’elle n'est qu’une forme de la méningite ou de l'encéphalite.
Ces auteurs se fondaient uniquement sur un petit nombre de faits constatés par les sens. Il en est venu d’autres qui ont fait le diagnostic différent, basé sur l'induction; ils ont dit qu'il est impossible d'expliquer d’une manière satisfaisante, par des lésions permanentes du cerveau, les troubles intermittents de sensibilité, de locomotion et d'intelligence qui caractérisent lépilepsie; que ces lésions ne peuvent constituer qu'une cause provocatrice, mais que la cause efficiente de l’épilepsie doit consister dans une modification passagère de l'innervation , analogue à celle qu’on suppose avoir lieu dans le cerveau pendant toute contraction
musculaire.
Cette explication ne résout pas complétement, il est vrai, la question de la nature de V’épilepsie: cependant elle est beaucoup plus préférable à la première ; car en reculant les bornes de nos connaissances sur cette maladie qu’on regardait déja comme suffisamment connue, elle ouvre la carrière à de nouvelles recherches. Nous croyons avoir assez démontré le rang important que doivent occuper Îles méthodes intellectuelles parmi les méthodes du diagnostic: nous ne pourrons jamais assez répéter que pour donner à ces méthodes tout le degré de probabilité auquel elle peut atteindre , il faut connaître très bien la nature de l’organisation et ses lois, il faut être médecin physiologiste par excellence.
Nous avons commencé la description des méthodes du diagnostic par les méthodes qui consistient dans lapplication des sens; elles nous conduisent, en effet, aux résultats les plus certains,
Au moyen de plusieurs d’entre elles , nous pouvons, sans avoir aucun renseignement de la part des malades, voir,. toucher ou entendre, si je puis m'exprimer ainsi, les organes malades. Avec ces méthodes le médecin ne peut être embarrassé, même dans l’examen d’un sourd-muet, En examinant successivement tous les organes , il trouvera, dans beaucoup de cas, le siége de la maladie et eñ
même temps sa nature; cependant cette facilité né se rencontre pas toujours. Ne pouvant profiter des avantages de ces méthodes que dans les cas où sont accessibles aux sens les modifications que les différentes affections apportent dans les organes, nous étions tout naturellement conduit à examiner les cas dans lesquels ces modifications organiques n'étant pas saisissables aux sens, il n’en reste que des troubles fonctionnels pour en induire le siége et la nature de l’affection, d’après la connaissance des lois de l’organisme.
Nous avons donné une étendue convenable à ces méthodes du diagnostic. Pour compléter ce tableau général de la méthodologie, il nous reste encore à parler d’une méthode dont nous sommes obligés de nous servir chaque fois qu’il nous est impossible de faire l'application des méthodes dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent, chaque fois qu’une maladie non seulement n’imprime aux organes aucun changement sensible , mais lorsqu’elle ne donne pas même lieu à un trouble fonctionnel appréciable pour le médecin. Cette méthode, c’est l'interrogation. >:
En interrogeant les malades, on peut par leurs réponses éclairer vivement les résultats des autres méthodes et même des méthodes physiques les plus
positives. L'interrogation n'offrirait que ce seul
àvantage , elle mériterait déjà un peu d'attention; mais son importance ne s'arrête pas là.
Dans un grand nombre de cas, les affections ne produisent, comme nous venons de le dire, aucun changement appréciable dans les conditions anatomiques des organes: les troubles fonctionnels ne sont pas assez prononcés pour qu’on puisse en induire le siégeet la nature de affection, ou ils ne font que peindre des sensations que les malades percoivent eux-mêmes, qu’ils peuvent imaginer, diminuer ou exagérer à leur gré, quelquefois même à dessein, connaissant l'impossibilité d’un démenti positif. Dans tous ces cas , pour faire un diagnostic, on ne peut se passer de l'interrogation des malades. IL faut absolument que les malades expriment leurs sensations, d’après la conscience qu'ils ont d’euxmêmes ; ils doivent poser la main sur l’endroit douloureux, décrire le caractère de la douleur, les circonstances qui ont accompagné son apparition ; en un mot, faire connaître ce qui n’a été connu que par eux, et nous donner les moyens de faire un diagnostic par l'induction. Comment le médecin peut-il diagnostiquer une névralgie quelconque, les sensations internes telles que celles de soif, de faim, de nausées, de coliques, de froid , de chaud, si les malades eux-mêmes n’accusent aucune
douleur, s'ils ne font point part de leurs sensations ?
Lorsque les malades rendent sensibles par narration les Symptômes entièrement inconnus pour le médecin, alors seulement il peut en faire un diagnostic par l'induction. La seule méthode qui conduise à ce diagnostic, c’est l’éxterrogation des malades, ce sont les renseignements donnés par eux ; le seul instrument de cette méthode, c’est la croyance. Mais malheureusement, avec de pareils instruments de diagnostic, le médecin est souvent dupe de la supercherie des malades qui, ayant intérêt à simuler des maladies, le font avec d'autant plus d'assurance qu'ils savent très bien.
qu'on ne peut leur donner un démenti formel.
N PO degré d'importance respective des méthodes du diagnostic et des différentes causes des erreurs.
Les méthodes du diagnostic dont nous avons présenté le tableau n’ont pas toutes la même valeur, La différence qui existe entre leur valeur respective justifie complétement l’ordre que nous avons adopté dans leur énumération. Les méthodes positives, physiques, qui consistent dans une applica-
tion directe des sens aux organes malades, de:
Yaient naturellement occuper la tête de ce tableau. Par ellés, en effet, nous pouvons très souvent constater immédiatement le siége et la nature de Paffection, Cependant, malgré l'étendue de leur application, ces méthodes, par leur nature, ne peuvent être appliquées à tous les cas. Heureuse. ment il est rare que les maladies, même en ne donvant lieu à aucune modification sensible dans les conditions anatomiques des organes, laissent leurs fonctions dans une intégrité parfaite; le plus sou vent il en résulte quelques troubles fonctionnels. Or, quoiqu’alors le médecin ne puisse, au moyen de ses sens, reconnaître le siége et la nature du mal, son intelligence s'empare des troubles fonclionnels, les juge et part de là, par l’induction, vers la source du mal pour en examiner la nature, Là où les maladies ne présentent plus que des symptômes éloignés au profit des sens, les méthodes in tellectuelles ont encore un champ vaste à moissonner. Enfin, dans les cas même où les organés ne présentent ni lésions anatomiques, ni lésions phy- Siologiques sensibles pour le médecin > il peut encore quelquefois, appliquant la croyance aux renseignements donnés par les malades, faire le diagnostic de leurs affections.
La principale condition pour obtenir de bons résultats des méthodes des sens ; est le perfec-
tionnement des instruments dont elles font l'application. Il est impossible que le médecin qui n’a pas de sens bien développés, puisse faire un bon diagnostic ; plus d’une fois lobtusion des sens deviendra, chez lui, cause d'erreurs. Il trouvera des dépressions là où l'œil exercé verra des saillies; il n’entendra pas des bruits qui constituent quelquefois les caractères pathognomoniques de certaines affections. Son tact peu exercé ne saura pas, en percutant, reconnaitre la différence entre la résistance des organes, etc. Voilà déjà des causes nombreuses des erreurs qu’on commet souvent dans le diagnostic, malgré l'application plus ou moins immédiate des sens aux lésions des organes. La source de toutes ces erreurs part de l'imperfection des sens.
Lorsqu'il est impossible de faire l'application des sens aux lésions des organes; lorsque le diagnostic est entièrement du domaine des méthodes intellectuelles, le nombre des erreurs devient encore plus considérable.
Les symptômes ne se manifestent pas toujours d’une manière bien claire et bien déterminée, il y a souvent des circonstances qui les arrêtent dans leur développement; il est rare qu'une maladie reste sur le même point, pendant toute sa durée :
elle se développe en parcourant des séries, des
métamorphoses; elle peut s'arrêter sur chaque de-
gré de son évolution et former de véritables arrêts,
de développement. Et de même qu’en minéralogie il est difficile de reconnaitre un minéral s’il lui manque le caractère principal, la cristallisation, ou en botanique, une plante qui n’est pas en état d'infloraison ; en médecine, il sera également souvent difficile de reconnaître des maladies qui ne se présentent pas dans leur ensemble ordinaire.
C’est ainsi qu'on méconnait souvent des fièvres typhoïdes, lorsqu'elles ne sont pas accompagnées des phénomènes cérébraux et de la prostration considérable; c’est ainsi qu’on prend pour des embarras gastriques les gastrites qui ne se présentent po avec tout l'appareil des symptômes.
® Une autre circonstance qui rend souvent difficile le diagnostic par l'induction des symptômes, c’est la facilité quelquefois très grande avec laquelle les symptômes se modifient ou disparaissent pour faire place aux autres. C’est ainsi que dans le rhumatisme articulaire aigu, la rougeur, le gonflement et la douleur, peuvent disparaitre rapidement dans une articulation pour se montrer ou augmenter dans une autre, Cette disparition subite des prin- Gipaux caractères de l’inflammation peut détourner gerlains esprits de la voie juste, et leur laisser des
| ste jé LEA à 8
doutes sur la nature inflammataire de cette affec= tion.
Il en est à peu près de même dans laffection connue ordinairement sous le nom de fièvre typhoïde. La grande rapidité avec laquelle la lésion principale de cette affection se communique aux systèmes généraux, nerveux et circulatoire, fait qu'un mouvement fébrile prononcé et quelques troubles dans linnervation masquent quelquefois les désordres du tube digestif et mettent certains esprits dans l'impossibilité de concevoir le point de départ et la véritable nature de cette affection.
Pour avoir donc une boussole sûre dans le diagnostie par l'induction des symptômes, il faut observer surtout les symptômes qui subissent le moins de changement et qui accompagnent la maladie dans presque toute sa durée.
Enfin, il est encore une circonstance qui rend difficile le diagnostic par Pinduction; c’est la facilité qu'ont certaines maladies de perdre ce qu’elles
ont d’essentiel et de revêtir des formes absolu-
ment différentes et propres à d’autres états mor-
bides.
La famille des fièvres intermittentes nous fournit, | > |
sous ce rapport, une preuve frappante. Toutes les |
variétés qu’elle embrasse peuvent faciiemen iéchan
ger leurs symptômes caractéristiques, souvent même elles se changent pour ceux d’une autre ma- ladie essentiellement différente,
C'est ainsi qu’une fièvre quotidienne, ayant duré long-temps, peut se changer en une inflammation des organes de la digestion. De même qu’en botanique, une variété d’algue peut prendre les caractères d’une autre variété ou d’une espèce plus parfaite, comme lorsqu'elle devient mousse.
Toutes ces circonstances rendent très difficile Le diagnostic par l'induction. En se guidant d’après les faits présentés par l'anatomie pathologique, on peut souveñt attribuer un ensemble de symptômes à une lésion qui n’est que la conséquence de celle dont dépendaient réellement les symptômes en question.
Enfin, lorsque les maladies n’occasionnent aucun changement appréciable, non seulement dans les conditions anatomiques d’un organe, mais encore dans ses fonctions, le diagnostic repose alors sur des bases tout-à-fait incertaines, Le médecin est obligé de se rapporter uniquement aux sensations du malade dont l'esprit, rarement guidé par un jugement dépourvu de préjugés, d'idées préconcues, de théories, et souvent même inspiré par la merveillosité , la mauvaise foi, etc., lui offre Le plus
‘souvent un tableau plus ou moins infidèle de la
maladie, Tous les médecins doivent être convaincus de cette grande vérité, qu’il ne faut jamais attacher une grande importance au récit des malades; que tout en admettant les faits qu’ils rapportent, il faudra le plus souvent en rejeter les
explications.
$ 5. Application des méthodes du diagnostic aux affections des différents éléments de l’organisme.
Nous avons dit au commencement, que le diagrostie comprend les affections de l'organisme en= tier; que, par conséquent, le sang, le fluide nerveux, et tout, en un mot, ce qui fait l'organisme vivant, doit entrer dans son application.
Il s’agit actuellement de démontrer jusqu’à quel point il est possible de constater ces lésions, et d'indiquer les méthodes par lesquelles on parvient à ces résultats.
M. Broussais a dit qu'on ne peut reconnaitre les altérations des liquides que lorsqu'elles sont accusées par les solides. Cette opinion, vraie dans un grand nombre de cas, n’est pas susceptible d'une application générale; et, s’il est vrai que le plus souvent les lésions des liquides ne peuvent exister long temps sans refluer sur les fonctions
des solides, il n’en est pas moins vrai qu’alors on
reconnait rarement les lésions des liquides par les troubles des organes, mais par des signes particuliers.
Le sang peut présenter de nombreuses altérations , soit dans sa quantité, soit dans sa qualité, sans que ces altérations produisent le moindre trouble apparent dans les organes. Ainsi la pléthore peut très bien exister, et peut méthodiquement se constater par l’examen du système circulatoire, sans qu’elle soit accusée, d’une manière’ quelconque, par les organes, par le cœur lui-même, qui est le centre de la circulation.
Le même liquide peut être abondamment chargé de principes bilieux, donner lieu à une teinte ictérique générale, sans que cette altération soit aucunement accusée par les solides ou par le foie, organe sécréteur.de la bile. Une autre fois, le sang est trop séreux, il ne contient pas assez de matière colorante. Cet état, pourvu qu’il ne dépasse pas certaines limites , peut exister un certain temps sans occasionner des troubles dans les organes; et pourtant on peut encore le reconnaitre, malgré le
silence des organes à cet égard.
Enfin, pour démontrer cette vérité jusqu’à l’évidence, nous dirons qu'on peut, au milieu d’un calme parfait des solides, faire le diagnostic de la
sursaturation du sang par l’azote, de son état pu tride , etc.
D'après ce que nous venons de dire, il devient évident que les altérations du sang peuvent être diagnostiquées, même en assez grand nombre, d'une manière immédiate. Il importe maintenant de connaître les méthodes par lesquelles on parvient . à ce genre de diagnostic. |
L'inspection suffit assez souvent pour conslater les altérations du sang. C’est ainsi que la päleur et une grande fluidité des règles indiquent la prédominance du sérum dans le sang. Il en est de même pour d’autres hémorrhagies, Les épistaxis consistant dans l’exhalation d’un sang aqueux et à peine légèrement rosé, prouvent que toute la masse sanguine partage les mêmes propriétés. C’est encore par l'inspection, en examinant les veines, que l’on connait la quantité absolue du sang, et la quantité relative de sérum et de matière colorante, en examinant la teinte des capillaires superficiels.
Comme tout ce qui constitue des sécrétions provient du sang, on peut souvent diagnostiquer son état par l'examen des sécrétions. Les urines safranées ou noirâtres indiquent la présence de bile dans le sang. Il en est de même pour la teinte jaune de la transpiration cutanée, Les urines qui
SUR LE DIAGNOSTIC, 99 déposent beaucoup de sable rouge ou blanchâtre, prouvent l'abondance des principes azotés dans le sang, et son état putride est ordinairement indiqué par les urines alcalines exhalant l'odeur ammoniacale, immédiatement après leur excrétion.
La percussion, offrant des données sur le volume des organes très vasculaires, comme le cœur, les poumons , le foie et la rate, peut jeter un nou- veau jour sur le diagnostic du sang, au moins par rapport à sa quantité.
M. Piorry dit avoir très souvent employé cette
méthode et toujours avec avantage.
Dans un assez grand nombre de cas ) Ce praticien distingué a su se former des indications de saignées, uniquement d’après les résultats obtenus au moyen de cette méthode, Souvent il lui est arrivé de voir le volume-.du foie ou de la rate réduit presque à sa moitié, le lendemain d'émissions sanguines abondantes pratiquées dans le but de diminuer la pléthore qu’indiquait le volume considérable de ces organes,
Enfin, les émissions sanguines que nous pratiquons souvent dans, les différentes affections, permettent à l'inspection et au toucher, appliqués immédiatement à ce liquide, d'ajouter de nouvelles lumières au diagnostic,
Lorsque nous voyons une couenne épaisse cou
vrir le caillot, nous disons que le sang est très enflammé; lorsque nous voyons, au contraire, le sang du caillot peu consistant, s’écrasant avec beaucoup de facilité entre les doigts , nous reconnaissons l’état putride de ce liquide.
D'après ce que nous venons de dire, il est évident pour tous, que nos méthodes ordinaires de diagnostic sont susceptibles, en grande partie, d’une application assez étendue à l’étude des altérations des liquides. Nous pouvons même dire que, grâce aux progrès qui deviennent de plus en plus remarquables, nous possédons aujourd’hui plus de moyens pour diagnostiquer ces altérations que les plus habiles humoristes des siècles passés.
Quoique ce diagnostic ne soit pas toujours difficile, nous avons dit plus haut qu'il est rare, comme l’a remarqué lillustre auteur de la médecine physiologique, que les altérations des liquides existent long-temps sans retentir sur les solides, et alors de nouvelles difficultés se présentent. Si les méthodes des sens peuvent nous apprendre la maladié du sang et la maniere dont il est affecté, il leur sera impossible de nous indiquer l’ordre de succession, de nous dire si Paffection du sang a été primitive ou consécutive à des lésions anatomiques ou fonctionnelles des organes. Cette difficulté con-
. ? Q siste en ce que nous n avons pas de moyens pos
üfs pour reconnaitre toujours les lésions du sang , et que les méthodes dont nous sommes obligés de nous servir , ne les constatent que lorsqu'elles atteignent un degré assez élevé pour occasionrer des troubles dans les organes,
Cependant, au milieu de ces ténèbres qui ne laissent plus rien voir aux sens dans les altérations du sang, leur diagnostic est encore possible au moyen des méthodes intellectuelles ; mais combien il est difficile de se prononcer d’une manière certaine, lorsque nous n'avons d’autres méthodes que l'induction qui repose entièrement sur le jugement des faits , et selon la manière d'observer ces faits, combien les opinions ne doivent-elles pas être dissidentes !
Les matériaux du jugement ou les faits restent les mêmes pour tous ies médecins; mais la manière de les observer, et, par conséquent, la manière d'en tirer des conclusions n’est pas la même chez tous.
Le sens de l'observation est un sens spécial qui n’a rien de commun avec les autres. Ceux-ci peuvent être tres développés , sans que ce développement soit au profit de l'observation. On peut avoir de très bons yeux, l'oreille fine, l’odorat, le goût et le toucher très perfectionnés, et cependant être
très mauvais observateur, Les perceptions diverses
peuvent rester crues si elles ne sont pas soumises à la digestion du sens observateur. Il ÿ a beaucoup de médecins qui voient sans cesse, qui, par leur position, sont pour ainsi dire forcés de regarder; mais tous les faits, tels nombreux qu’ils soient, restent stériles dans leur mémoire, car ils n'avaient pas été recueillis par le sens observateur. |
Les médecins de ce genre peuvent être utiles à la société comme praticiens , mais Jamais ils ne rendront de services à la science ils ne goûteront jamais le plaisir de ceux qui contribuent aux progrès scientifiques.
La portée de ce sens est encore plus étendue ! c'est lui qui pose des problèmes; c’est lui qui dirige les sens vers les chjets pour avoir leur résolution ; il constitue en grande partie ce qu'on nomme le génie médical.
Il faut être doué d’une assez grande dose de ce génie, pour pouvoir déterminer d’une manière précise la place que doivent occuper les altérations du sang dans tous les cas qui se présentent à l'examen.
Tout ce que nous avüns pu rapporter sur le diagnostic des liquides en général, se borne en quelque sorte à ce que nous venons de dire pour le sang. Nos méthodes de diagnostic sont en effet
presque toujours impuissantes dans l'étude des al«
SUR LE DIAGNOSTICe 09
térations des autres liquides. Ainsi, nous ne savons presque rien sur les altérations de la bile et du suc pancréatique ; lorsqu'elles existent, nous ne savons pas les constater. À peine savons-nous que la salive devient quelquefois acide dans les inflammations du tube digestif. Enfin, rien n’est plus obscur que les altérations de la Iymphe et du chyle, etc.
De tous les cas que nous ayons passés jusqu’à présent en revue, les plus difficiles pour le diagnostic furent ceux où, dans l'impossibilité d’appliquer directement des méthodes des sens, nous étions obligés d’avoir recours en grande partie aux méthodes intellectuelles ; mais, bien que difficiles, ces questions ne le sont jamais autant que celles qui vont nous occuper. Là nous avons fait l’induction sur l’état des organes dont les conditions normales nous étaient bien connues ; nous avons fait l'induction sur l’état du sang dont nous connaissions la quantité et la composition normales. Dans le diagnostic de l’état du système nerveux dans les différentes affections de ce système, nous avons encore cet élément de moins, et nous sommes obligés de faire des inductions sur ce qui n’est admis que par l'induction.
Îl est vrai que l'examen des différents phénomènes de l’innervation nous a forcés d'admettre un agent
de ces phénomènes, mais nul de nous ne l'a vu,
ni touché, ni pesé. Nous sommes parvenus, par la voie expérimentale, à savoir que le système nerveux a sous sa dépendance plusieurs phénomènes, tels que la sensibilité , le mouvement; et dans la classe la plus élevée de l’échelle animale, Pintelligence.
Nous avons reconnu dans ce système une force particulière; mais quelle est la nature de cette force? C’est à quoi nous ne pouvons répondre dans l’état actuel de la science. D’après les carac= tères de ses effets, nous l’avons assimilée aux fluides impondérables et nous l’avons appelée fuide nerveux. Tout ce que nous savons de lui, c’est que pour qu’une partie quelconque puisse en être influencée , sa communication avec le réservoir principal de cé fluide est indispensable ; mais nous ignorons complétement quelles sont les conditions nécessaires pour maintenir ce fluide dans des limites normales ; à plus forte raison, nous devons ignorer en quoi consistent les anomalies , les altérations de ce fluide. Nous ne pouvons que les admettre par l'induction , chaque fois que nous remarquons des désordres dans Îles fonctions que nous avons soumises à l’empire de linnervation, en nous fondant sur les résultats de nos observations et de nos expériences.
Ainsi le défi de M, Broussais que nous avons
trouvé trop absolu dans le diagnostic des altérations du sang, trouve parfaitement son application au diagnostic des altérations du f{uide nerveux. En effet, ilne nous est presque jamais possible de supposer une lésion de ce fluide sans que les organes ne l’accusent par un trouble dans la locomotion, la sensibilité ou l'intelligence.
La restriction que nous venons de faire à cette Opinion n’est pas sans molif; car, dans certains cas, cette lésion peutêtrerigoureusement supposée, sans que les organes l’accusent d’une manière évidente. Lorsqu'on voit des personnes tressaillir au moindre bruit, s’émouvoir à la plus légère impression , obéir à toutes en même temps, on ne peut s'empêcher de reconnaître chez elles une altération du fluide nerveux, quoiqu’on ne puisse déterminer d’une maniere positive si cette altération se rapporte à la quantité ou à la qualité de ce fluide.
Ce qu’on appelle le tempérament nerveux a précisément les mêmes caractères. Nous y admettons, par l'induction, une lésion du fluide nerveux qui constitue une disposition aux troubles des organes sans les occasionner nécessairement.
Tout ce qui entre dans l’organisation est l’objet du diagnostic; n'importe que ce soit instrument, propriété ou force ; tous ces éléments peuvent présena " dr
ter des modifications que le médecin doit connaitre.
« Il n’est aucune science naturelle, dit M. Bouillaud, qui n'ait un côté rationnel qui n’en appelle à l'intervention de principes ou de conditions dynamiques. Si nous désignons, poureuit ce savant : professeur, sous le nom de lésions de l’organisation, les maladies qui ne sont pas du ressort de l'anatomie pathologique proprement dite, c'est que nous comprenons, sous le nom d’organisation, et les conditions matérielles wsibles, tangibles, appréciables par nos moyens directs d'observation» et les conditions animatrices qui échappent à l'observation directe ou qui ne tombent pour ainsi dire que sous le sens de la raison. Or, il répugne au sens interne ou rationnel, plus infaillible peut-être que les sens externes, d'admettre des maladies qui ne soient pas des modifications quelconques de l'organisation vivante, comme il répugne d’admettre un effet sans cause. » (PAzlosophie médicale.)
Jusqu'ici nous avons fait l'application générale des méthodes du diagnostic, non seulement aux solides , mais encore aux liquides et au fluide nerveux, et nous avons suffisamment insisté sur la démonstration des cas où ce diagnostic peut avoir le plus haut degré de certitude possible, où il est
plus ou moins probable, où il n’est que très dou-
teux , et où enfin il nous est impossible de le faire dans l’état actuel de la science.
Actuellement il se présente une question d’une haute importance et purement philosophique, En prenant pour l’objet d'application de nos méthodes du diagnostic, les organes , les liquides et le finide nerveux, avons-nous approfondi toute l’organisation? avons-nous poursuivi les maladies dans tous leurs cachets ? Pour répondre à cétte question d’une manière satisfaisante, nous croyons qu'il est né— cessaire de résoudre préalablement un autre problème, savoir, si dans l’organisme vivant, outre le sang et les différents liquides dont il provient et auxquels il donne naissance outre le fluide nerveux et les organes, il n’y a pas encore d’autres éléments, d’autres forces nécessaires pour l'entretien de lorganisation ? On sent bien que nous voulons parler des forces vitales que quelques uns regardent comme l'élément, tout à-fait différent de ce que nous avons étudié jusqu’à présent, dont la présence est aussi indispensable à la vie que son intégrité l’est à la santé,
Avant de nous décider sur le rôle que nous ferons jouer aux forces vitales, nous allons discuter un peu sur la vie. Celle-ci, une fois réduite à sa valeur légitime, rendra plus intelligibles les forces
par lesquelles elle est animée,
Ou bien le principe vital n'existe pas par luimême ; seulement il est le résultat du jeu des organes , et alors aucune affection ne porte atteinte à la vie qu’autant qu’elle agit sur un organe plus ou moins important de l’économie; et une fois rompu Île lien qui, unissant les organes et les ramenant à un but commun, constitue la vie, celle-ci cesse. Dans le sens de cette opinion, il estinutile de s'occuper des affections du principe vital, car ces aïfections nesont que le résultat decelles des organes.
Ou bien le principe vital existe par lui-même ; peu importe quelle soit sa nature, c’est lui qui dispose et maintient dans l’arrangement convenable à la forme et à la durée de la combinaison vivante, les parties qui composent l'embryon ; c'est lui qui, leur ayant donné une fois le développement convenable, préside, dès le commencement de la vie des différents êtres au fonctionnement des organes; c’est lui enfin qui, altéré dans sa nature, peut donner lieu aux troubles des organes, et avec son extinction la vie cesse.
Examinons laquelle de ces deux opinions a le plus de probabilité, et sachons nous en contenter, si nous voulons prendre un parti dans ce genre de questions; car ladifficulté du sujet ne permet pas à la raison humaine de parvenir à quelque chose de plus,
Un grand nombre de médecins qui se sont oc
SUR LE DIAGNOSTIC, 109 cupés du diagnostic prétendent que la vie n’est que le résultat de l’organisation. D’après nous, la vie doit être envisagée sous un double point de vue, comme force et comme propriété.
Les propriétés ne sont que des forces modifiées par la structure, par l’organisation. La propriété est donc attachée à l’organisation, tandis que la force en est abstraite. Lorsque la structure est dérangée, la vie comme la propriété sera également dérangée; il y aura un état morbide ou même la mort. Mais, d’un autre côté, quand mème la structure ne serait pas dérangée, si la force vitale est détruite, la vie comme la propriété ne peut plus exister.
La même force qui fait aux corps d’une structure donnée présenter des phénomènes électriques, en fera présenter de magnétiques aux corps d’une structure différente. Si l’on dérange la structure, si l’on change, par exemple, la composition de l'aimant, il cessera d’attirer le fer; sa vie inorganique, si je puis m’exprimer ainsi, cessera; mais elle pourra également cesser malgré l’intégrité de structure, pourvu qu'on y détruise cette force particulière qui lui donne la propriété d’attirer le fer. Or, si nous faisons l’application de ce que nous venons de dire, à la vie des animaux, nous verrons qu'elle sera nécessairement morbide ou cessera complétement lorsque la structure des organes sera
lésée d’une manière quelconque, plus ou moins incompatible avec l’état normal ; mais la vie peut également cesser malgré la conservation de la structure normale, pourvu que la force vitale, celle qui constitue la vie de chaque organe et de toute l’écanomie, soit détruite.
La mort occasionnée par la foudre peut nous offrir un exemple de ce genre. La force vitale existe, elle précède le développement de l’organisme. Nous n’ayons, pour nous en convaincre, qu’à passer en revue les fastes de l’évolution embryonnaire; tout y parle en faveur de cette opinion. L'étude de l'embryon et du fœtus, à différentes époques de son développement, nous prouve que l'organisation ne s’effectue que progressivement. Au début, on ne voit qu’un certain nombre des organes ébauchés; plus tard, il en survient d’autres, et les premiers acquièrent un développement plus considérable, Le corps se compose, au commencement, de deux moitiés séparées ; cette division s’observe, non seulement sur la colonne vertébrale, mais sur beaucoup d’autres organes, comme les lèvres, le palais, le cœur, etc. La réunion des deux moiliés ne s’effectue que postérieurement.
Tous ces faits nous paraissent prouver jusqu’à évidence que le modele de l’organisation, telle que nous la voyons dans un fœtus viable, n'existe
SÛR LE DIAGNOSTIÉ, 107 hullement chez Pembryon, comme l'avaient prétendu certains physiologistes ; mais que cette OTganisation est l'œuvre du temps, résultat de l’impulsion d’une force particulière qui, comme nous l'avons dit, crée les organes les uns après les autres, et les tient dans un arrangement convenable à la formation de la combinaison vivante, Cette force peut très bien être appelée v/fale, car sans elle il n'y aurait pas de vie.
Nous voyons la même chose dans les inéraux, Les différents sels tenus en dissolution ne présentent jamais le modèle des cristaux que, plus tard, une force particulière arrange graduellement.
Cette progression de la cristallisation est tellement vraie, que souvent on peut observer des arrèts de développement.
« Quoique dans l’homme, dit Cabanis, dans les » quadrumanes qui se rapprochent le plus de lui, » et dans les quadrupèdes mammifères, on ne voit » point, à proprement parler, de véritable ré- » génération des parties, comme dans plusieurs D espèces inférieures de reptiles, de crustacés, etc., » on peut cependant considérer comme un an » mène parfaitement analogue la formation des » cicatrices, celle du cal des os dans les fractures à » celle de certaines concrétions et d’excroissances
accidentelles où la nature engendre des nerfs et
108 CONSIDÉRATIONS CÉNÉRALES
» des vaisseaux, et qu “elle anime par les impulsions » de la force centrale vivante. Il y a même des » classes entières d'animaux chez lesquels des par- » ties assez importantes, telles que les cornes, se » montrent assez long-temps après la naissance; » dans quelques espèces, on peut prévenir cette ap- » parition d'organes tardifs, en altérant les forces » vitales par la mutilation; et äans l’homme, on » prévient également celle des poils du menton, » des aisselles, etc., en le soumettant à ce même » sacrifice d’une partie importante de sa vitalité.
» Tout se réunit donc, poursuit ce philosophe, » pour nous convaincre que la vie générale des ani- » maux est concentrée dans un foyer d’où elle » rayonne, par sa force expansive, sur tous les or= » ganes, sur toutes les parties, et que la vie parti- » culière de ces derniers, bien loin d’être la source » de celle qui anime tout le système, n'en est elle- » même qu’une émanation. »
Enfin, si l'opinion contraire était fondée en réalité, l’affaiblissementet surtout la destruction d’un organe quelconque devrait entrainer l’affaiblissement de la force de la vie totale qui se traduirait sur tous les autres organes soumis encore à l'influence de la vie, tandis que l’observation démontre tous les jours le contraire. Ainsi, souvent les hémiplégies, au lieu
d’entrainer un affaiblissement général, augmentent
SUR LE DIAGNOSTIC. 109 la force de la moitié saine du corps. Un rein étant malade ou n’existant pas, l’autre devient plus volumineux et plus actif; un poumon étant rempli de tubercules, ou comprimé par un épanchement, l’autre redouble d'énergie et donne lieu à la respiration puérile.
Toutes ces considérations nous démontrent clairement que le principe vital n’est pas le résultat du jeu des organes, non plus qu'une propriété attachée à la combinaison animale, mais qu’il est comme une force, comme un être particulier qui imprime aux organes leur mouvement, qui lie tous les élements de l’organisation et les laisse livrés à la décomposition, comme le dit le philosophe déjà cité, dès qu’il s’en est séparé sans retour.
Ayant démontré que l'induction ne se refuse nullement à reconnaitre un principe vital, pouvons-nous également faire l’application de l’inducduction à la recherche de la nature de ce principe ? Certes,non,Nous ne la connaîtrons jamais que par ses effets; nous ne pouvons juger de sa nature, ne pouvant comparer ses effets aux effets d’aucune autre force connue : seller ce qu’elle est, ce qu’elle a été, ce qu’elle sera ; et nul n’a connu sa nature.
L'existence d’un principe vital une fois admise,
l'admission de ses altérations est une conséquence.
En effet, tout ce qui existe est susceptible d’être influencé par ce qui l'entoure. Dans les minéraux Je repos ou le mouvement, le degré plus ou moins élevé de la température, Pétat hygrométrique de l'atmosphère ont une grande influence sur la formation de leurs cristaux. Cette influence ne peut s'expliquer que par les modifications qu'impriment ‘ces agens extérieurs à la force, au principe cristallisateur.
L’analogie doit nous conduire à admettre des rapports semblables dans les corps organisés. Les habitants des pays brülants ne sont pas les mêmes que ceux des pays froids , quoique avec les mêmes organes.Le principe vital a une action plus prompte chez les uns, plus lente chezles derniers. Les Ara- | bes deviennent nubiles à 8 ou 9 ans, lorsque nos filles ne le deviennent qu’à 16 ou 18. Certes, ces modifications ne peuvent être expliquées par aucune lésion des organes; il y a là quelque chose de plus profond, un caractère général qui imprime son cachet sur tous les organes et sur toutes les fonctions. dit
C’est sur la force vitale que paraissent agir le plus souvent les agents vénéneux et les miasmes.
Lorsqu’après de grandes pertes de l’économie, surtout après des pertes de linnervation, les personnes tombent dans l'anéantissement, que de vé=
SUR LE DIAGNOSTIC, ‘: TX ritables athlètes présentent à peine l'ombre de leur ancienne constitution et peuvent difficilement trainer le poids fatigant de leur corps ; lorsqu'on voit tous ces troubles, et nous pourrions en citer beaucoup d’autres qui se traduisent par des désordres fonctionnels, tels que l’insomnie continuelle, la dyspepsie, l’hypocendrie, Phystérie, la catalepsie, etc. Lorsque survient instantanément la mort apres l’action de la foudre, sans que l’anatomie pathologique nous démontre la moindre lésion , il faut aller au-delà des organes pour localiser l'affection, il faut aller au principe vital qui les anime tous à l’état normal, et qui, étant affecté dans le cas donné, ne les anime plus convenablement. Nous ne voulons pas nous étendre daväntage sur ce sujet. Si lPexistence des troubles du principe vital ne peut être prouvée par aucune méthode sensuelle, elle a au moins le plus haut degré de probabilité que Pinduction nous permette atteindre.
Mais on nous objectera peut-être que la plupart des lésions que nous attribuons aux forces vitales appartiennent au système nerveux.
Le système nerveux n’est qu’un des plus impor tants appareils de la vie, un des plus riches réservoirs des forces vitales, qui, à raison de sa struc-
ture particulière, lui fait manifester des propriétés
sui generis ; mais il n’est nullement le seul dépositaire de la vie : là où l’on ne trouve plus de traces de système nerveux, la vie existe encore. Le sang qui n’a pas de nerfs à une vie incontestable. Les êtres privés complètement des nerïs, présentent les phénomènes de la vie, comme l’a justement remarqué M. Andral (Anat. pathol., p. 5, t. 3.) L’acide hydrocyanique tue un polype, un végétal, comme il tue les animaux chez qui nous expliquons ce genre de mort par l’action de l'acide sur le système nerveux, et pourtant ni les polvpes, ni les végétaux n’ont pour le moment des nerfs.
La force vitale est donc un élément séparé des nerfs. Ceux-ci n’en sont que les conducteurs très. précieux dans l'organisme.
Il est impossible de constater des lésions des forces vitales sans complication de troubles dans les organes. Du reste, ce phénomène n'est en quelque sorte que la conséquence, un résultat nécessaire de l'atteinte portée aux forces vitales qui constituent en même temps lâme de tous les organes et leur lien mutuel.
Les organes sont en quelque sorte des combustibles tenus continuellement en combustion par le gaz vital qui les parcourt sans cesse ; mais diminuez
la quantité de ce gaz ou altérez sa nature, et vous
verrez aussitôt la flamme qu'il entretenait dans les organes pâlir ou s’éteindre complètement.
En résumé, il y a dans l’organisation vivante une force et des instruments sans cesse animés par elle.
Pour qu'il y ait santé, il faut absolument le concours mutuel des conditions normales de ces deux éléments de l’organisation. Chaque fois que Îes conditions de l'un des deux deviennent anormales à un degré assez prononcé pour troubler lordre norma!. il survient maladie.
La maladie est donc le résultat d” une lésion soit des instruments de l’organisation ou fes org ganes, soit de la force qui la meut continuellement. Pour que ce résultat ait lieu, ces lésions doivent absolu ment atteindre un certain degré en deçà duquel elles peuvent exister sans constituer la maladie,
Les instruments de l’organisme sont les organes solides , le sang, la lymphe, ete. La force vitale nous est inconnue dans sa natüïe, mais elle participe probablement à celle des causes premières qui ont animé tous les êtres de l'univers; c’est elle qui, passive au début, veille à l’évolution graduelle des organes chez l’embryon et le fœtus; c’est elle enfin qui plus tard ayant acquis une indépendance par l'achèvement de Porganisation viable, anime lor-
ganisme entier, fait produire au système nerveux \ 10:
les phénomènes de linnervation, et sert de base à la nutrition de tous les organes.
La maladie n’est donc pas toujours la même expression de létat anormal de l'organisme ; une fois elle consiste dans une lésion d’un organe quelconque, une autre fois dans une lésion du sang; dans d’autres cas, c’est une mauvaise chylification qui est le point de départ de la maladie ; une autre fois enfin, elle est due à lanomalie des forces vitales , etc. s
Toutes ces affections sont l’objet du diagnostic,
Au moyen de cette science importante, le médecin rapporte chaque affection à sa source légitime.
Enfin, selon le degré d'énergie des’ forces vitales qui peut être plus ou moins modifié par l’âge, le sexe, la constitution, le tempérament, le climat, les habitudes , etc. ; les maladies de la même apparence exercent une influence différente sur lorganisme des malades et exigent des indications variées.
Le médecin doit connaître ces influences, car il ne traite pas des maladies abstraites , mais des malades, et par conséquent l’âge, le sexe, la constitution, le tempérament, etc., doivent entrer comme éléments d’une haute importance dans le diagnostic des maladies.
Voilà quelle est notre manière de voir et de penser ; voilà notre credo médical. Dans notre opi* nion nous rendons justice à beaucoup de systèmes sans en admettre aucun exclusivement, car nous sommes convaincu qu’il est impossible de faire l'application d’un système général à l'étude des maladies qui peuvent occuper les différents éléments de l’organisme dont la nature est extrême ment variée. ï
Sans renoncer à l’étude des affections des liquides et des solides, nous n’attachons pas à ces lésions une importance exclusive, capable de les ériser en systèmes généraux, dominant toutes les maladies et absorbant toutes les indications théra= peutiques.
Dès que nous avons reconnu l’existence des forces vitales et de ses affections, dès que nous avons soumis à ces. forces le jeu de tous les organes, nous re pouvons pas ne pas admettre avec les vitalistes la conséquence, savoir: que dans toute maladie la lésion primordiale est essentiellement vitale. Sans cette force, en effet, les organes seraient des cadavres insensibles à tous les stimulants , incapables de devenir malades.
* Mais dire avec quelques vitalistes que les maladies n’ont pas de siége , C'est vouloir atténuer l’importance du point le plus essentiel du diagnostic 3
c’est jeter du mépris sur tout ce qu'il y a de plus positif et de plus exact en médecine; que les causes des maladies n’agissent pas toujours sur ces mêmes organes qui deviennent ensuite le siége des troubles fonctionnels ou des lésions anatomiques, j'en conviens; aussi bien que quiconque, Je concois que toutes les preumonies peuvent ne pas être dues à l’action immédiate de l'air frais sur le ponmon, à une irritation de cet organe; que même la pneumonie ne soit dans quelques cas que la résuljante du trouble survenu dans toute l’économie après l'influence du froid, il n’en est pas moins vrai que la maladie qui nous occupe a son siége dans le poumon, que sa gravité tient surtout à Pim-. portance de l'organe affecté, dont l'intégrité est indispensable à l'entretien des fonctions les plus importantes dans l'organisme ; en un mot a l'entretien de la vie. Du reste, dire que les organes ne sont pas le siége des maladies, mais seulement le siége des actes morbides, c’est vouloir disputer eur les mots. En effet, peu nous importe, en pratique, de savoir si la pneumonie survient immédiatement à la suite d’une cause agissant sur les poumons , ou si elle est le résultat de la réaction générale; ce que le praticien doit savoir, c'est que c'est le poumon et pas un autre organe qui est malade dans les deux cas. Les spéculations théoriques
peuvent seules aller au-delà de ce terme. Le médecin praticien ne peut s'occuper des causes éloionées des maladies; cette connaissance serait pour lui complètement stérile; il ne pourrait en tirer aucune indication thérapeutique, car dans tout cas elle ne serait qu’une hypothèse.
Après avoir fait connaïtre le but et l'étendue du diagnostic, nous devons ajouter qu’it est rare que les solides , les liquides, etc., soient affectés isolément. Dans l'organisme tout se lie à l’état nor. mal pour arriver à un but commun.
Dans les maladies également, les affections d’un système de l’économie excitent des troubles dans les autres systèmes; celles d’un organe retentissent sur d’autres. Il importe beaucoup au médecin de connaître toutes ces complications, elles sont encore l’objet du diagnostic. Nous allons donc passer immédiatement à l’étude de ce sujet.