‹ Précis pratique et raisonné du diagnosticChapitre 61 sur 240 · CRACHATS SANGUINS · texte numérisé non relu

CRACHATS SANGUINS

les crachats; mais elle serait en défaut toutes les fois que cette affection n’offrira pour l'expérience que des mucosités.

Crachats sanguins et sanguinolents. — Le sang peut être expectoré pur ou mêlé de mucosités. Plusieurs organes peuvent être la source des hémoptysies (c’est ainsi qu’on nomme le crachement de sang). Une fois le sang provient de la muqueuse des bronches, une autre fois du parenchyme pulmonaire, d’une caverne, ou enfin d’un anévrisme de l'aorte. En outre, fourni par le poumon, il peut être le résultat d’une simple exhalation, ou l'effet de l’inflammation des vésicules pulmonaires.

En faisant abstraction du crachement de sang occasionné par l’anévrisme de laorte et de celuide la pneumonie, et ne nous occupant que du crachement de sang d’une hémoptysie qui a sa source dans les voiesaériennes, nous pouvons poser comme une règle générale, qu’ilest très rare d'observer les hémoptysies sans l’irritation morbide prealable des organes respiratoires. Les exceptions sontrares. Cela n’empêche pas cependant d'observer quelquefois lhémoptysie surtout chez les femmes, à la suite d’une suppression des règles, par une influence morale vive, par le refroidissement, chez des personnes

atteintes d’hypertrophie du cœur ou de rétrécisse“

ments de ses orifices,

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Rien n'est plus facile que d'admettre à priori la possibilité des hémoptysies consécutives à l’hypertrophie du ventricule droit. Lorsque les parois de ce dernier impriment à la circulation une impulsion très considérable, elle peut vaincre quelquefois la résistance des vaisseaux : de là des apoplexies pulmonaires. Cependant M. Bouillaud , dans son excellent ouvrage sur les Maladies du cœur, ne rapporte que trois observations de l'hypertrophie droite coïncidant avec l'hémorrhagie pulmonaire. Dans deux cas, l’hypertrophie occupait les deux ventricules; dans un, seul elle fut bornée au ventricule droit. Par conséquent, ces faits, comme le remarque judicieusement M. Bouillaud, «ne paraissent pas assez nombreux pour pouvoir démontrer incontestablement l'influence du ventricule droit sur la production des hémorrhagies du parenchyme même des poumons et de la membrane muqueuse des voies respiratoires. »

La rareté des ossifications dans l'artère pulmopaire, qui sont au contraire si fréquentes dans l'aorte et dans les artères du cervean , peut rendre compte, au moins jusqu'à un certain point, de la rareté proportionnellement plus grande des hémorrhagies pulmonaires à la suite de l'hypertrophie du cœur droit, que des hémorrhagies cérébrales à

la suite de l’hypertrophie du cœur gauche,

CRACHATS SRNCUINS. 457 f Dans les unes comme dans les autres, il s’agit tout simplement d’un objet mécanique. Le cerveau, comme les poumons, représentent la résistance, et le sang, l'impulsion. I'impulsion est-elle très forte, la résistance, tout en restant la même, peut ne pas suffire à ses efforts, et il peut en résulter une déchirure de la substance cérébrale ou pulmonaire. D'un autre côté, le même résultat pourra avoir lieu si, quoique l'impulsion reste dans ses limites ordinaires , la résistance diminue, soit par l’ossification des artères, soit par le ramollissement du parenchyme des organes.

Nous pensons que si, au lieu d’envisager partiellement ce sujet, on l'avait envisagé, comme nous venons de le faire, on aurait évité beaucoup de discussions inutiles relativement à influence de l’hypertrophie du cœur, sur la production des hémorrhagies, ou sur lexistence des ramollissements préalables. Alors M. Rochoux, tout en admettant son opinion, n'aurait pas exclu complétement l’'hypertrophie du cœur des causes des hémorrhagies cérébrales, de même que les autres, en admettant celle-ci comme leur cause la plus fréquente, n’auraient pas proscrit tout-à-fait l’opinion basée sur les faits recueillis par un observateur aussi distingué que M. Rochoux.

L’irritation morbide qui donne lieu le plus fré-

quemment aux hémoptysies ; est occasionnée par la présence des tubercules pulmonaires. Cela est tellement vrai, que si même un individu ne présentant aucun signe positif de cette maladie, était affecté à plusieurs reprises d'hémoptysie, il y a beaucoup à parier pour l'existence chez lui des tubercules.

Cependant telles rares que soient les exceptions à cette règle générale, elles ne sont pas moins réelles. M. Andral cite plusieurs exemples de personnes qui, ayant craché du sang en quantité plus ou moins considérable, et à plusieurs reprises, dans le cours d’une bronchite chronique, se sont rétablies parfaitement, de manière qu’il eût été difficile de supposer chez elles l'affection tuberculeuse. Nous avons vu aussi deux cas semblables.

Il est assez important, sous le rapport du diagnostic, de faire une division de l’hémoptysie , en abondante et petite. La quantité de sang qui constitue l'hémoptysie peut être quelquefois tellement considérable, que les malades crachent plusieurs livres de sang en vingt-quatre heures. Alors la rés jection du liquide est ordinairement accompagnée d'efforts de vomissement , pendant lesquels il s'écoule à grands flots du sang vermeil, écumeux, pur ou mêlé de mucosités. Après en avoir rejeté

une grande quantité, les malades deviennent cal-

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. mes jusqu’à l’arrivée d’un autre accès. Les accès se

répètentainsi deux ou trois fois par jour, ou onn’en observe qu’un seul pendant plusieurs jours successifs. Ils sont ordinairement précédés d’une sensation de chaleur ou de pesanteur derrière le sternum et au-dessous des clavicules, d’un goût de sang, et assez souvent d’un bouillennementdans la poitrine et de refroidissement des extrémités. Lorsque le sang sort abondamment, il peut provenir de toutes les sources que nous avons énumérées , mais surtout du parenchyme pulmonaire ou de l’anévrisme de laorte. Il n’est pas toujours difficile de s'assurer de la présence de cette dernière affection {Voyez l'article anévrisme dans l Auscultation), surtout lorsqu'elle arrive au point où elle donne lien à l'hémoptysie, après s’être ouvert dans la trachée, comme cela s’observe le plus souvent. Dans l’absence des signes de l’anévrisme de l’aorte et de ceux d’une caverne, il sera extrêmement probable que l’hémoptysie abondante tient à une affection du tissu mème du poumon, et que cette affection est ce que Laënnec a appelé apoplexie pulmonaire. Il est presque aussi rare de voir des hémoptysies très abondantes sans l’apoplexie pulmonaire, que de voir cette lésion sans aucun

crachement de sang.

* Lorsque, chez un malade présentant les symp-

1ômes de l'hémoptysie abondante, il existe en méme

tenips une caverne , ii ne sera pas toujours possible

de distinguer pendant la vie si lhémoptysie tient

à la perforation de quelque vaisseau ulcéré sur les

parois de la caverne ou si elle provient de l’apo-

plexie pulmonaire. Néanmoins le dernier cas sera plus présumable, vu que les hémoptysies reconpaissent rarement pour cause une ulcération. Le plus souvent le sang y est tout simplement exhalé par la muqueuse des bronches, comme il l'est par la mem: brane interne de l’utérus dans la menstruation, par la membrane pituitaire dans l’épistaxis spontanée, ète. La rareté des hémoptysies par suite de l'ulcération des vaisseaux se conçoit assez facilement par l’oblitération denombreux rameaux vasculaires, placés au centre de l'inflammation chronique démontrée par les expériences de MM. Andral et

Blandin, qui,ayant pratiqué des injections dans les

vaisseaux du poumon, les ont vues s'arrêter à une

certaine distance des parois de la caverne.

Il serait, à la rigueur, possible de confondre à

priori le sang d’une hémoptysie abondante avec ce: °! T2 ? A Q

Jui d’une hematémèse, vu que ces deux affections

sont accompagnées des efforts du vomissement.

Cependant en donnant un peu d'attention à la

forme et au siége des prodrômes qui précèdent ordi=.

pairement les accès d’une hémoptysie abondante,

CRACHATS SARCUINS, 483 à la couleur vermeille et à l'aspect écumeux du sang, il nesera pas difficile de a distinguer de l’hématémese, dans laquelle le sang est poir, très souvent en caillot, et presque toujours mêlé de matières alimentaires, de bile, etc. Il arrive quelquefois que, le sang sortant abondamment du poumon, certaine quantité est avalée et rejetée plus tard par suite des efforts du vomissement. Alors, quoiqu’il y ait eu des signes indiquant qu’il provient de l'estomac, il y en aura d’autres à côté qui permettrontdele rapporter à sa source légitime. Enfin , en réunissant à l’inspection l’examen du thorax par Pauscultation et la percussion, on peut encore préci-serdavantagele diagnostic, distinguer si l’hémorrhagie tient à l’apoplexie pulmonaire {voy, Apoplexie pulmonaire dans l’Auscultation), ou si elle n’est que le résultat d’une simple exhalation de la muqueuse des bronches.

Le sang sort-il en petite quantité à la fois, sous la forme de crachats, il peut provenir également de toutes les sources que nous avons indiquées; le plus souvent il part directement de la membrane mu-

queuse des bronches. — Dans cette forme de l’hémoptysie, comme dans celle qui précède, il est vermeil, écumeux, pur ou mélé de mucosités. Mais dans ce dernier cas, les mucosités, comme dans l'hémoptysie abondante, forment des masses sépa»

fa

rées du sang, et elles n’offrent nullement ce mélange intime que l’on trouve dans l’expectoration de la

pneumonie.

Lorsqu'il sort peu de sang à la fois, la disposi-

tion à son exhalation conserve pendant plus long-

temps son énergie, d’où il arrive que les malades

crachent à des intervalles moins longs que dans la

forme précédente , et que la durée totale de laffection est plus longue.

Toutes les fois que chez un sujet atteint des hémoptysies de ce genre il n°ÿ à pas de signes d’une affection organique du cœur ni de l’anévrisme de l'aorte, on peut regarder l'hémorrhagie comme pro-

venant de lexhalation de la muqueuse bronchique.

Cette hémoptysie se répète-t-elle à plusieurs reprises

après des intervalles plus ou moins éloignés ? À-t-

elle lieu chez un sujet atteint d’un catarrhe chro-

nique, présentant les traces d’amaigrissement, etc.,

on peut présumer le développement des tubercules pulmonaires et la déclarer comme symptomatique.

Il est difficile de confondre les crachats peu

abondants de l'hémoptysie avec l'expectoration du

sang provenant du nez; ce dernier offre toujours

une teinte noire , et il n’est pas écumeux, caracr,,

tères d’après lesquels on peut toujours le distinguer de celui qui est fourni par les bronches ou les

poumons,

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