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partie de nature inflammatoire, on pourrait faire

74 priori une induction sur la nature des enduits

de la langue qui devraient souvent résulter de Pinflammation: Mais M. Louis rapporte, encore” série de faits qui prouvent cette nature d’une manière incontestable : ils consistent dans l'exposé des altérations gutturales se developpant dans le cours des affections fébriles, Or, ilen ressort que ces lésions, comme celle de la langue, débutèrent ordinairement après le dixième jour de la durée, et persistèrent de deux à vingt jours ; qu’elles offraient les mêmes altérations que cellés que nous avons étudiées sur la langue , savoir : tantôt une rougeur superficielle , tantôt unie au gonflement, quelquefois suivie d’ulcérations , Ou accompagnée de l'ex= sudation plastique. Or, comment, à tous ces dé-

sordres auxquels nous reconnaissons la nature

inflammätoire dans l’arrière-gorge, ne pas r'ECONRE |

naître la même nature lorsque nous Îles observons sur la langue ? « Comment assigner des causes différentes à des lésions identiques, uniquement parce qu’elles n'auraient pas le même siége ? »

Nous adoptons en grande partie l'opinion de M. Louis sur les différents états de ia langue ; elle est conforme à celle que nous nous sommes formée après de nombreuses recherches sur ce su: jet ; elle est appuyée doublement : par l'exploration directe, lorsque les caractères de l'inflammation sont

évidents (ulcération, gonflement et rougeur de la

langue) ; et par l’analogie avec d’autres lésions se-

condaires, lorsqu'ils sont douteux { rougeur sans

gonflement et enduits crouteux).

Pour mieux faire comprendre toute cette série de faits et de raisonnements sur l’état de la langue, nous allons exposer notre opinion dans les propositions suivantes : 1° la langue présente dans les maladies des aspects différents qui l’écartent plus ou moins de l’état normal. Son état anormal le plus simple paraît consister dans la sécheresse, sans aucun gonflement ni rougeur. Il peut être le résultat de la diminution de la sécrétion salivaire et du mucus lingual, L'inspiration fréquente de Pair par la bouche et l'élévation de la température générale peuvent le favoriser. On peut comparer cet état, comme le dit M. Louis, à la sécheresse de la peau, qui s’observe souvent dans les affections fébriles. La sécheresse de la langue, comme celle de la peau, peut exister seule, ou conjointement avec les signes de l'inflammation de cet organe.

20 Les enduits liquides de différentes couleurs qui couvrent quelquefois la langue prouvent tout simplement une excitation dans la sécrétion des humeurs qui l'arrosert dans les conditions normales, ou une légère altération dans leur composition. Ces enduits , et surtou l’enduit blanc, s'ob-

servent même quelquefois à l’état ordinaire chez

526 APPARFIL DIGESTIF.

des sujets lymphiatiques. Il est tantôt l'effet de l'excitation de la sécrétion linguale, provoquée sympathiquement par quelque lésion des organes plus où moins éloignés ; tantôt il traduit la disposition générale de l’économie à la sécrétion mu queuse, Toutes les fois que le sang contient des molécules de bile en assez grande quantité pour qu’elles deviennent sensibles dans les différentes sécrétions , l'enduit de la langue prend une teinte jaunâtre. Nous sommes cependant loin d’attribuer toute la coloration jaune à une pareille disposition du sang, et nous sommes porté à croire que, dans certains cas, cette nuance résulte tout simplement de quelque modification dans les qualités du mucus.

30 {1 faut distinguer de l’enduit blane de la langue la couleur blanche de cet organe qui tient au développement des papilles (1). Nous y voyons plus qu'une simple modification de sécrétion; il y. a là une turgescence dont un degré plus élevé constitue déjà peut-être l’inflammation. Cette villosité de la langue existe rarement sans rougeur plus ou moins vive.

42 La rougeur uniforme de la langue sans sé-

(1) A l'état toutà-fait normal, les papilles de la langue sont appréciables, mais elles sont d’un gris jaunâtre, non proéminentes, arrondies et non pointues en forme de poils,

comme cela s’observe dans les maladies.

LANGUE. bar cheresse ni gonflement indique la pléthore ou l'accélération de la circulation capillaire de cet organe. La rougeur unie à la sécheresse et sans gonflement s’observe quelquelois au début des affections fébriles; elle n’indique pas encore linflammation.

5° Enfin l’enduit croûteux, couenneux , provient tantôt de la dessiccation simple du liquide qui arrose la langue , les dents, et toute la cavité buccale; tantôt il résulte d’une exsudation de Iymphe par la surface de cet organe enflammé. Sa couleur jaune ou brunätre est ordinairement l'effet de la dessiccation ; lorsqu'elle est très foncée ou noire, elle doit souvent cette coloration au mélange de quelques molécules de sang exhalé par les surfaces ulcérées. Lorsqu’elle présente lenduit croûteux dès le début de l'affection, ce phénomène est dù presque toujours à la dessiccation du liquide buccal, favorisée par le courant d’air dans la bouche,

ou par une disposition particulière de ce liquide

même, C’est ainsi, comme le remarque M. Andral,

que chez les vieillards, toutes les circonstances étant égales d’ailleurs, la langue se sèche , et brunit plus facilement qu'aux autres époques de la vie. L'enduit croûteux est-ilaccompagné de rougeur seule, ou de gonflement, ou d’ulcérations, il porte incontestable-

ment le cachet inflammatoire, Cette sorte d’exsuda-

525 APPARÉÎL DIGESTIF.

tion couenneuse nese remarque ordinairement que

dans une période tres avancée des maladies fébriles.:

Chose remarquable, la faiblesse est presque un des élémerits nécessaires de l’inflammation accompagnée de l’exsudation couenneuse; et l’on peut croire, comme le dit M. Louis, que cette condition n’est pas étrangère à la préférence que le croup affecte pour le jeune âge, époque de faiblesse bien plus que de force.

Après avoir fait comprendre la valeur absolue des différents états de la langue dans les maladies,

nous devons aborder immédiatement une autre

question non moins importante, savoir, quelle est |

leur valeur respective ; nous devons signaler les

lésions auxquelles chacun d'eux correspond, et

déterminer jusqu’à quel point on peut, dans l’état

actuel de la science, faire le diagnostic de ces 1é=

sions d’après l’aspect de la langue.

Si nous réfléchissons un peu à ce que nous

avons dit sur ses états les plus importants

en les assimilant aux altérations secondaires qui surviennent dans le cours des affections fébriles,

nous aurons la réponse toute prête à la question

qui vient d'être posée. En effet, nous avons vu

plusieurs maladies différentes impressionner de la

même manière la langue, seulement avec une in=

tensité relative à celle du mouvement fébrile.

est donc impossible de déterminer d’une manière

-positive le siége de la maladie d’après l’aspect de

la langue; celui-ci restant le même, l'affection peut avoir son siége, tantot dans l'intestin, tantôt dans le cerveau, tantôt enfin ce peut être une pneumonie, etc. Depuis bien long-temps, on attache une grande importance à la langue pour le diagnostic des affections du tube digestif; cependant elle est bien loin d’en être un interprète fidèle. La plupart des médecins modernes lui demandent encore des lumières sur l’état de l'estomac, et cette conduite n’est rien moins qu’établie & priori. L'expérience prouve tous les jours que ces deux organes présentent très souvent des états tout-à-fait opposés.

D'après M. Andral, aucun rapport constant ne saurait être établi entre l’état de la langue et celui de l'estomac. Chacune des modifications que la première peut offrir dans sa couleur et dans ses enduits ne correspond pas à une modification spéciale de l'estomac.

« L’estomac peut présenter, après la mort, un état semblable, quelque dissemblable qu’ait été pendant la vie l’état de la langue.

» Avec un état naturel de la langue peut coïneider un état morbide de l'estomac, et avec un état naturel de celui-ci peut coïncider un état morbide de la langue.

b2s APPAREIL DIGYSTIF.

» La sérheresse et la coureur noire de la langue n'indiquer4 pas une affection plus grave de les tomac, at ne l'annonce toute autre modification de la largue (1). »

On parvient aux mêmes conclusions lorsqu'on essaie de mettre en parallèle l’état de la langue avec les altérations des intestins.

Tout ce que nous pouvons dire pour justifier un peu la conduite générale des médecins, c'est que les affections du tube digestif sont précisément celles és fcit par leur rapport plus direct avec la langue , soit par l'intensité ordinairement plus

grande dr +1ouvement fébrile qui les accompagne,

donnent ! eu le plus souvent aux différentes alté- :

rations dè :elle-ci.

Toutes les fois, par conséquent, que nous fa

rencontrr" zouge avec des papilles saillantes, où plus cu æoins gonflée, nous ne pouvons que présume: |: gastrite, mais jamais affirmer son existence.

C’est er ‘e fondant sur cette inconstance de rapport entre Vétat de la langue et les états de lestomac que M Louis a établi cette loi, qu’à part les affections cérébrales, on ne doit examiner la langue aus pour elle-méme,et non pour con-

” o 4 & . en La KP «y Clinique m#4 cale, tom, T, troisitme édition, p. 532;

LANCUX, 531

naitre l’état de la membrane n° ,weuse de l'estomac (1).

Cependant cette loi nous paraït ét an peu absolue; en effet; si la langue ne peat ‘as toujours indiquer d’une manière positive le siése de là maladie, il s’en faut de beaucoup que les lumières que son examen nous fournit, se bornent à la connaissance de son état seulement ; ellés nous indiquent presque toujours en même temps des dispositions générales qui ne sont pas à négliger. « L’observation est vente nous apprendre, dit M. Andral, que, pärmi ces nombreuses modifications de la langue, il en est plusieurs qui, liéés où non à une affection de lestomac ôuù des intestins, traduisent certains états spéciaux de l’économie qui ne peuvent être eombattus avec avantage qu’à la condition qu’on leur opposera un traitement spécial comme eux. Ainsi une langue rouge, soit dans toute son étendue, soit par points isolés, soit sur ses bords, à sa

ointe, ou à son centre, contr’indique constam- ] 2

‘ment l'emploi d’autres movens que celui dés anti- P q

phlogistiques; et une langue large, couverte d’un enduit blanc ou jaunâtre, sans aucune trace de rougeur pointillée ou autre, contr'indique souvent les émissions sanguines : elle peut indiquer, au

(1) Ouvrage cité, tom. IT, p. 106.

contraire, l'emploi des vomitifs ou des purgatifs,

et cela, non pas parce qu’il y a alors dans l’esto-

mac une matière à évacuer, mais parce que l’ex-

périence a appris qu’à la suite des modifications qu’impriment à l’économie des vomissements ou des selles abondantes, il y a le plus de chance possible pour qu’on voie cesser cet état morbide spécial dont le traitement était indiqué par l’aspect de la langue. ....... Ne rapportant pas davantage, d’une manière nécessaire, à une inflimmation gastro-intestinale, la sécheresse et la noirceur de la langue, nous trouverons dans cet aspect qu'elle présente l'indice d’un troisième état de l’économie dans lequel, soit qu’il y ait ou non gastro-entérite,

les débilitants de toute espèce deviennent nuisi-

bles, ce qui ne veut pas dire qu’il faille nécessaire-.

ment avoir recours à une médication stimulante ; s'abstenir de saigner, ce n’est pas donner du quinquina (1). »

$ IT. Signes tirés des organes situés au-dessous du diaphragme.

A. Vomissement.—Ce n’est que depuis les progrès qu'a fait subir à la physiologie lillustre pro-

fesseur du Collége de France, M. Magendie, qu’on

(1) Clinique médicale, tom, I, pag. 535.et 546.

peut se livrer, avec quelque satisfaction, à l'étude

du vomissement envisagé comme signe de différentes maladies. Tant que ce phénomène fut attribué à l'estomac, on l’a regardé comme sympathique dans la plupart des cas, excepté celui de l'inflammation gastrique. Aujourd’hui, grâce aux lumières jetées sur toute la science par le flambeau de la physiologie expérimentale, nous savons que le vomissement est plus compliqué qu'on ne le croyait, que les agents principaux de cet acte sont les muscles abdominaux et le diaphragme, et que l'estomac n’y contribue le plns souvent qu'en provoquant au cerveau leur contraction.

D'après ce que nous venons de dire, il est facile de comprendre (car c’est conforme aux lois de l’organisme et aux lois de la logique) que le vomissement ne doit pas reconnaitre toujours pour cause une affection de l'estomac, mais que toute lésion capable de produire la contraction des muscles abdominaux peut le provoquer également. Or, comme la contraction de ces muscles ainsi que la contractilité de tout le système musculaire en général, reste sous la dépendance du centre cérébrospinal, on concoit facilement la fréquence des vomissements dans une foule d’affections, en apparence différentes, dans lesq selles le système ner-

veux se trouve plus ou moins directement attaqué. #5.

À ces deux causes principales de vomissement nous

devons en ajouter une troisième, qui consiste dans

l’obstacle au cours des matières alimentaires où

fécales. C’est une loi générale de notre économie, que toutes les fois qu’un liquide quelconque se trouve dérangé dans sa circulation par l’obstruction de ses canaux, il s’'accumule au-dessus de l'obstacle et s’épanche au dehors en se formant une route

artificielle; ou, ce qui arrive plus souveni, il entre

dans les conduits qui communiquent avec le canal

principal. C'est ainsi que survient l’épiphora après l'obstruction du canal nasal ou du sac lacrymal ; l'ictère après l’obstruction du canal cholédoque,

des hémorrhagies par suite d’obstacles considéra-

bles à la circulation, etc. ; c’est encore ainsi qu’arri-

vent quelquefois des vomissements après le rétrécissement ou après l'étranglement du tube digestif.

Ces trois causes étant bien comprises, vous pouvez vous rendre compte de tout vomissement qui se déclare dans le cours d’une maladie, que dis-je, en vous guidant d'après ce que nous venons de dire;

vous pouvez, en connaissant bien la mature des ma-

ladies, déterminer, & priori, quelles sont les affec=.

tions qui peuvent quelquefois s'accompagner de vomissements, et vous verrez alors que toujours ils peuvent être rapportés à une des causes énu-

mérées ci-dessus.

Le vomissement d’uné gastrite sera assez facis lement distingué, lorsque l'affection est à l’état aigu par la douleur épigastrique, sensation de chaleur, éte,; tous les symptômes seront groupés autour de l’estomac et indiqueront que le point de départ de l’état morbide est dans cet organe et pas ailleurs.

Mais il ne sera pas toujours aussi facile de déterminer le siége de l'affection, lorsque l’inflammation est chronique, et quoiqu’alors il v aitencore assez souvent de la douleur à l’épigastre, quelquefois elle manque, et on peutméconnaitre la véritable nature de Ja maladie.

On ne pourra pas non plus; sans quelque diffi= culté, distinguer le vomissément de l’inflammation chronique de l'estomac de celui qui est simplement l'effet d’un trouble dans l’innervation de cet organe. Cependant les somissements nerveux ne sont accompagnés d'aucune fièvre; l’épigastre est ordinairement indolent et la langue ne présente rien de particulier.

Nous devons pourtant ajouter que la douleur épigastrique n’indique pas toujours que le vomissement est le résultat d’une gastrite. Pour que la

douleur ait quelque valeur, sous ce rapport, il faut qu’elle soit continue et qu’elle dure pendant les longs intervalles qui séparent les accès du vo-

missement. Il nous est arrivé d'observer plusieurs

malades qui, après des efforts répétés pour vomir, avaient toute la ligne hypochondriaque et épigastrique sensible, et chez qui les vomissements n'étaient nullement consécutifs à une lésion de lestomac. La douleur tenait alors à lirritation des nerfs diaphragmatiques et des muscles abdominaux, résultat de leurs contractions répétées. Elle se calmait aussitôt que les malades restaient quelque temps sans vomir.

Dans tous ces exemples, l'estomac est le point de départ des vomissements ; l'irritation des filets nerveux gastriques, primitive ou consécutive à linflammation de cet organe, se communique au cerveau et gagne chez lui la contraction des muscles abdominaux effectuant le vomissement.

D’autres fois ce phénomène est dû à l'excitation plus ou moins directe du diaphragme et des muscles abdominaux, tandis que l’estomae reste dans les conditions normales. C’est à cette forme que nous paraissent appartenir Îles vomissements que l'on observe presque constamment dans une péritonite aiguë. Nouslesattribuons alorsà l’ivritation des nerfs du diaphragme et des muscles abdominaux, consécutive à l'inflammation de la membrane séreuse qui les recouvre. On distinguera cette espèce de vomissements des précédentes par une douleur vive

et superficielle du ventre qui caractérise la périto-

YOMISSEMENT. 593

nite. C’est encore dans cette classe que nous comptons les vomissements qui constituent quelquefois, comme l’observe Dance, le caractère dominant de la fièvre intermittente cardialgique; en effet, cette pévralgie parait avoir son siége, d’après M. Jolly, dans les nerfs diaphragmatiques (x). Ce vomissement a pour Ini son type intermittent et des constrictions dont il est presque constamment accompagné; avec ces caractères il ne sera pas difficile de le distinguer de celui d’une gastrite, même dans le cas où il serait accompagné de fièvre, comme cela se voit quelquefois.

C’est encore à l’excitation des nerfs diaphragmatiques que nous attribuons les vomissements qui accompagnent si souvent les affections de poitrine, et surtout celles qui donnent lieu à de violents efforts de toux; et peut-être devrions-nous ÿ compter les vomissements consécutifs aux inflammations aiguës du foie, aux calculs biliaires, etc. Qui ignore le rapport intime quiexiste entre les nerfs du diaphragme et ceux du plexus pulmonaire et hépatique?

Dans un autre groupe de faits, nous allons placer tous les vomissements qui nous paraissent ré

sulter d’une excitation plus ou moins directe du

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques ;

tom, XII, pag. 46.

538 APPAREIT, DICESTIF.

cerveau, En général, la volonté a très peu de prise sur le diaphragme, et cette circonstance explique la rareté des vomissements spontanés, Cependant cette règle générale, comme toutes les autres, souffre encore quelques exceptions. Pinel, Gosse de Genève, Montègre, etc., cités par M. Magendie, avaient la faculté de vomir à volonté.

Les vomissements ne sont pas rares dans les affections cérébrales, Ils accompagnent fréquemment les plaies de tête. Souvent les malades vomissent au moment d'une attaque d’apoplexie, et ici encore, comme dans beaucoup d’autres cas, on a pris la cause pour effet, et généralement on attribue alors aux efforts du vomissement l’afflux du sang vers a tête et la rupture de la substance cérébrale.

On peut se rendre compte de la fréquence des

vomissements chez les enfants, par les nombreuses

métamorphoses que subit le systeme cérébral les

premières années après la naissance.

Le vomissement est tellement constant dans la

méningite, que toutes les fois qu’il se déclare chez une personne ct surtout chez un enfant qui souffre depuis quelques jours de maux de tête, il doit tenir le médecin dans la crainte d’une méningite.

R. Whytt, sur vingt malades, n’en a trouvé que deux qui n’eussent pas de vomissements dans le

cours de la méningite. M, Ghérard les a vus huit

VOMISSEMENT. 939 fois sur dix, et M. Piett, dans une excellente thèse que nous avons déjà citée, les a rencontrés dix-neuf fois sur vingt-quatre.

D’autres fois, le vomissement est chronique, et revient ordinairement par accès plus ou moins éloignés, quoique ce soit toujours une lésion persistante du cerveau qui lui donne naissance; cela s’observe dans quelques affections chroniques du centre cérébral, telles que le cancer , les hydatides, les tubercules , etc. Souvent, au moins , il ne sera pas difficile de distinguer le vomissement dépendant de cette cause du vomissement nerveux ou de celui d’une gastrite chronique, vu que, très souvent, il y aura, en même temps, une céphalalgie plus ou moins forte et quelquefois même des troubles dans la locomotion ou dans l'intelligence.

Au lieu de s’exciter par lui-même, le cerveau peut recevoir d’ailleurs des impressions capables de provoquer les vomissements, C’est ainsi qu’il arrive quelquefois de voir vomir les personnes pendant la

. Saignée; c’est à cette classe encore que nous rapportons les vomissements chez les femmes au commencement de leur grossesse. Certes, ce n’est pas un changement si peu important pour l’économie que celui de la conception, pour qu’on s'étonne de notre manière de comprendre les vomissements

qu'on y rencontre si fréquemment, Une odeur dés-

agréable de même qu’une douleur tres forte sont également capables de provoquer au cerveau la contraction des muscles ayant pour résultat le vomissement. C’est à cette classe qu’appartient le vomissement qui survient quelquefois peudant les opérations , dans la néphrite calculeuse, etc., etc. Enfin, toutes les fois que la maladie attaque l'essence de la vie, entre aulres le centre cérébro-

spinal, comme cela a lieu très probablement dans

les différentes espèces de typhus, telles que le ty-

phus d'Europe, la fièvre jaune, le choléra, la peste, les fièvres éruptives, elc., etc., on observe très souvent les vomissements au début de ces

affections.

Une autre fois, le cerveau comme l'estomac et. le.

diaphragme peuvent rester dans leurs conditions

normales, mais il survient un obstacle au cours des

matières fécales, et nous avons déjà dit plus haut que.

cela suffit pour provoquer les vomissements. C’est ainsi que les malades vomissent au moment de l’étranglement d’une hernie et du volvulus, à la suite de l’obstruction de l'intestin par un corps étranger ou par une concrétion stercorale, dans le spasme du tube digestif qui accompagne la colique des peintres, etc. Tous ces exemples, auxquels nous pourrions en ajouter encore un petit nombre où la

lésion n’est plus aussi apparente, constituent ce

VOMISSEMENT. 5Ât qu’on appelait autrefois l’i/eus. Comme il est facilé de voir par ce que nous venons de dire, l’iléus est le plus souvent le symptôme d’une affection. Les cas de l’iléas purement nerveux sont extrêmement rares, aujourd’hui que nous possédons en abondance des méthodes positives de diagnostic.

Dans toutes les variétés du vomissement résultant de l'iléus, on observe, ponr caractère constant , la constipation, des douleurs ordinairement vives, et

presque constamment l'absence de fièvre,

| Il n’est pas sans importance pour le diagnostic d'examiner les matières rejetées par le vomissement. Quelquefois ces matières sont constituées par les aliments ou les boissons, vomis aussitôt après avoir été Ingérés. 11 y a des gastrites très intenses dans lesquelles les malades ne peuvent supporter même de petites quantités de tisanes, et ils les rendent immédiatement, Ce caractère est loin cependant de constituer à lui seul le signe de linflammation de l’estomac, seulement il s’y observe peut être le plus souvent à cause d’une grande sensibilité de cet organe; mais nous avons vu également des malades atteints d’une simple gastralgie ou d’une méningite, vomir les plus petites quantités de liquide qu'ils prenaient et ne supporter que de la glace.

Parmi les affections chroniques de l'estomac, le ramollissement de la muqueuse est celie qui est

accompagnée le plus souvent de la sensibilité aussi exquise. Chezles trois quarts des individus atteints de ramollissement avec amincissement de la muqueuse gastrique, on observe des vomissements tellement opiniâtres, que les boissons les plus douces, l'eau sucrée, l'eau pure, n’ont d'autre effet que de les exaspérer. (Louis.)

Dans les affections cancéreuses de l'estomac, le vomissement suit assez souvent, plus ou moins promptement, l’ingestion des aliments. Selon quelques auteurs, il doit avoir lieu immédiatement dans les cas où le cancer occupe le cardia, et quelques heures plus tard lorsque la même lésion occupe le py lore. Quoi qu'il en soit, on ne peut attacher à ces seuls signes beaucoup d'importance, ni les regarder comme caractéristiques du cancer stomacal. Quel. ques uns de ces malades vomissent tous Îles jours quelques heures après les repas, d’autres ne vomissent que tous les trois ou tous les huit jours, et dans ce cas ils rejettent souvent une quatité prodigieuse de matières qui s'accumulent, pendant les intervalles des accès, dans l’estomac alors ordinairement dilaté.

Le mucus que les parois de l'estomac sécrètent à l'état normal peut être sécrété en quantité plus ou moins grande dans quelques affections , et sur-

tout dans la gastrite chronique, et rendu par Îles

vomissements. M. Andral cite l'exemple d’un individu affecté de cette maladie, qui vomissait chaque jour, depuis long-temps, près de quatre pintes d’un mucus blanchâtre, comme glaireux, semblable à du blanc d'œuf qui n’a pas encore été soumis à la coction ; ce mueus était vomi plusieurs fois en vingt. quatre heures, et ce qui est remarquable, les tisanes et quelques crèmes de riz que l’on accordaitau malade étaient très bien supportées,

Le vomissement de mucosités peut être tantôt passager dans la gastrite chronique, tantôt il ya des malades qui en rendent tous les matins une certaine quantité.

Le vomissement bilieux s’observe surtout dans la gastrite aiguë, dans l'hépatite aiguë, dans la péritonite, la colique saturnine, au commencement de l’étranglement intestinal.

Îl ne s’observe guère dans une gastrite chronique, à moins que ce ne soit d’une manière passagère, lorsque cette affection prend de temps en temps un peu d’acuité.

La couleur de la bile rendue par le vomisse:

ment peut être plus ou moins claire, depuis le vert clair jusqu’au vert foncé (atrabile).

Dans le choléra, les matières du vomissement consistent en un liquide d’un blanc opaque ressem-

blant à de l’eau de riz.

Cr

Le sang entre quelquefois dans les matières du voinissement, mais il s’y présente sous différents aspects ; tantôt il est encore clair et rouge , comme s’il sortait presque immédiatement des vaisseaux, et alors on donne au vomissement le nom d’hématemnèse; taniôt il est d’une couleur plus ou moins fon-

‘cée, quelquefois tout-à-fait noire.

Du sang liquide et plus ou moins rouge est vomi quelquefois dans une inflammation vive de l’estomac; nous l’avons observé chez une jeune personne qui avait bu par inadvertance de l’eau de javelle. L’hématémèse peut devenir , pour ainsi dire, constitutionnelle : Langius, cité par M. Martin So: jon (1), rapporte qu’une femme d’une constitution forte et pléthorique, fut pendant vingt ans sujette à des vomissements de sang très copieux qui revenaient quelquefois à des époques déterminées , sans être annoncés par des signes précurseurs. Toutes les fois qu’on voulut les arrêter, la personne en devenait incommodée, et on était obligé de vestituer l'hématémèse.

Nous avons vu une femme qui, pendant trois mois consécutifs, vomissait du sang à l’époque de

ses règles, qui avaient été arrêtées brusquement par la

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques À tom. IX, pag. 373.

VOMISSEMENT, 545 peur, au moment de la première menstruation. Les auteurs ont cité beaucoup d'exemples plus ou moins analogues. Stahl rapporte l'observation d’une jeune fille qui vomit du sang en place de l'évacuation menstruelle pendant treize mois consécutifs. Vander-Wiel parle d’une femme chez qui un pareil vomissement existait depuis long-temps , et coïncidait avec une parfaite :anté.

Dans quelques cas, l’hématémèse coïncide avec différentes affections du foie, de la rate et du pancréas , ayant pour effet de gêner la circulation qui se fait dans leurs parenchymes, et qui laissent, par conséquent, proportionnellement une plus grande quantité de sang à Pestomac. Ces variétés sont connues des pathologistes sous le nom d’hématémèse splanchnique.

La rupture d’un anévrisme situé dans le voisinage de l’estomac peut produire l'hématémèse. Alors le sang est ordinairement rendu en grande quantité, et si le malade survit quelques jours, on ne tarde pas à voir du sang dans les évacuations alvines.

Les auteurs parlent d’hématémèses consécutives à l'introduction des sangsues dans l’estomac. I faut avouer que, tant qu’on ne saura pas, par des renseignements positifs ou par l’expulsion des sangsues,

que le vomissement tient à leur présence dans l’es- 16,

tomac, il sera impossible de déterminer & priori sa nature ou sa cause.

Enfin l'hématémèse peut être quelquefois simulée. Sauvage parle d’une religieuse qui, afin de sortir du couvent, simulait une hématémèse en avalant tous les jours une certaine quantité de sang de bœuf. M. Martin Solon a vu à l'Hôtel Dieu uvre femme atteinte d’une hématémèse accidentelle, qui, pour rester plus long temps à Phôpital, simulait ensuite cette maladie lorsqu'elle eut cessé, en avalant le sang rejeté par les sangsues qu'elle appliquait aux autres malades. Un jour elle vomit du sang couenneux, et la supercherie fut dévoilée; on découvrit que c'était celui d’une saignée pratiquée la veille à une de ses voisines. Sa couleur noire, jointe à sa quantité ordinairement assez considérable, et à la forme des caillois vomis , permettra assez facilement de distinguer un pareil vomissement de l'hénatémèse réelle. On ne trouvera un pareil aspect du sang dans aucun autre cas, si ce n’est lorsque ce liquide sera avalé après avoir été rejeté des bronches , des poumons, des narines,'ete. Mais dans tous ces exemples, il y aura d’autres caracteres qui émpêcheront de se tromper dans le diagnostie.

Parmi les matières que l’on rend par le voinissement, on en trouve une qui a sérieusement OC-

cupé les médecins, je veux parler de la matière noire

| VOMISSEMENT. 549 analogue à du chocolat dissous dans l’eau, à du mare de café ou à de la suie. Beaucoup de médecins des siècles passés et des modernes regardent sa présence dans le vomissement comine le signe pathognomonique du cancer de lestomac. Mais la science possède des exemp'es de cette dernière affection sans qu’on ait jamais observé dans leur cours des vomissements de cette nature. Souvent même on a eu occasion de voir des cancers qui ne donnaient jamais lieu à aucune espèce de vomissements. D’un autre côté, on a remarqué des vomissements noirs chezies malades dout l'estomac n’a présenté à l’autopsie aucune lésion appréciable, Nous les avons observés

une fois, conjointement avec M. Auguste Godin, interne très distingué, sur un petit garcon de six ans ‘son parent), quiavait du reste toutes les apparences de la bonne santé.

Si à ces faits nous ajoutons les résultats des expériences chimiques sur la nature de cette matière , on ne sera pas étonné du peu de valeur que nous accordons à ce phénoméne envisagé comme signe du diagnostic. Il est démontré aujourd’hui par les observations et les expériences de MM. Breschet et Andral, que la matière noire du vomissement est une variété de mélanose, et que, comme cette dernière, elle parait avoir une grande analogie avec

la matière colorante du sang. Fraitée, par M. Las-

548 APPARFIL DIGESTIF.

saigne, avec de l'acide sulfurique, elle fut soluble dans cet acide et présentait ainsi dissoute une belle couleur rouge sanguin, semblable à celle qu'offre la matière colorante du sang dans le même acide. Soumise à la calcination , elle brülait sans se boursoufler et laissait un résidu léger, de couleur de brique, composé d’oxide de fer au maximum, et de traces de phosphate de chaux , comme en fournit la matière colorante du sang non purifié.

Or, Panalogie dela matière noire du vomissement avec la matière colorante du sang étant une fois démontrée, il n’est pas difficile de concevoir la possibilité de sa présence dans d’autres affections que le cancer. En effet, il doit suftire pour la production de ce phénomène qu’une petite quantité de sang s'échappe à travers les parois des vaisseanx pour subir des modifications qui lui donnent l'aspect du mare de café ou de la suie. Quelquefois elle ne se trouve pas seulement libre dans la cavité delestomac et capable d’être rendue par le vomissement, elle peut encore être combinée avec les tuniques de cet organe, comme la observé M. Andral dans un cas rapporté dans sa (nique médicale (1).

L'anatomie pathologique trahit dans cet exemplele

secret de la nature, et nous fait comprendre le mé-

(x) Clin. méd., t, I, p. 83. -

VOMISSEMENT. 549 canisme de la formation de la matiere noire qui entre queïquefois dans la composition des matières vomies. |

Parmi ces dernières, on apercoit encore quelquefois des fausses membranes: les cas de ce genre sont rares; ils s’observent cependant, surtout chez des personnes affectées en même temps du croup.

Les vers intestinaux, et spécialement les lombrics, remontent quelquefois vers l'estomac et sont vomis.

D’autres fois les malades vomissent des hydatides. Les faits de cette espèce sont encore rares, mais ils ont été observés, M. Cruveilhier rapporte l’exemple d’une femme qui, ayant vomi plusieurs fois des membranes semblables à du blanc d'œuf cuit, présenta à l’autopsie une vaste poche occupant presque toute l'étendue du lobe gauche du foie, remplie d’hydatides et communiquant avec l'estomac (1).

Les auteurs rapportent quelques observations de vomissements d'insectes, de chenilles, etc.; mais elles ne constituent qu’une indisposition provenant de l'introduction de ces animaux dans l'estomac.

Les matières des vomissements peuvent avoir tout-à-fait l'odeur et la couleur stercorales. Ce phénomène particulier est produit par les obstacles

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t, Ï, pag. 241.

au cours des matières fécales ; il se rencontre assez souvent dans l’étranglement intestinal. Nous lavons vu une fois dans le service de M. Ândral, chezun homme affecté d’une encéphalopathie saturnine, se présentant sous la forme comateuse, et d'une constipation très opiniâtre. De semblables vomissements ontencore lieu dans toutes les autres espèces d’iléus, lorsque l’étranglement persiste pendant un temps tant soit peu long.

D’après M. Landré-Beauvais, les malades peuvent vomir, dans certaines circonstances, du pus fourni par un abcès formé dans les parois de Pestomac, ou dans son voisinage,

On a donné le nom de vomissement laque à celui dont les matières déposent au fond une substance hachée, une espèce de marc.

Enfin les auteurs citent des vomissements de concrétions calculeuses. M. Andral rapporte deux exemples de ce genre, dont lun lui a été présenté par M. le docteur Camille Piron, et dont l'autre appartient au docteur Helm de Stolp. Dans les deux cas, les malades avaient été tourmentés pendant long-iemps par des souffrances d'estomac et par de fréquents vomissements. Le malade de M. Piron offrait tous les symptômes locaux et généraux d’une affection squirrheuse du pylore. Les

accidents disparurent immédiatement après la ré-

DÉJECTIONS ALVINES. D91 jection d’un calcul du volume d’une noix qui cbstruait probablement Porifice pylorique.

B. Déjections alvines. — Dans l’état naturel, les déjections sont molles, un peu dures, sèches, d’une couleur brune-jaunâtre, et se font au moins une fois en vingt-quatre heures. Du reste, ces qualités sont susceptibles de changer selon la nature des aliments que l’on prend. Les préparations de fer et quelques fruits noirs leur donnent une couleur noire; les légumes verts leur donnent une teinte verte.

Les maladies peuvent faire subir aux déjections alvines des altérations de toutes leurs qualités.

La principale modification que présentent Îles évacuations alvines se rapporte à leur fréquence. On désigne par le nom de dureté du ventre ou échauffement (alvus tarda, dura) cet état dans lequel les selles sont plus rares qu’elles ne doivent l'être, et on donne le nom de constipation (alvus adstricta) à la rétention complète où presque complète de ces évacuations. Il faut bien distinguer dans les maladies la constipation habituelle de celle qui n’est qu’accidentelle. Il y a des personnes qui pe vont habituellement que tous les cinq ou tous les huit jours à la selle. La plupart des vieillards

ne se portent bien,comme le remarque M. Landré-

Beauvais, qu'autant qu’ils sont un peu constipés. Dans tous ces cas, pourtant, la constipation n'est nullement un signe de maladie ; elle mérite à peine l'attention du médecin, à moins qu’elle ne dépasse la durée ordinaire , et que l’on croie pouvoir lui attribuer quelques indispositions. I n’en est pas de même de la constipation survenant chez une personne allant habituellement toutes les vingt-quatre heures à la garde-robe.

La constipation est très fréquente dans les affections cérébrales en général. Jointe à une céphalalgie vive et à l’agitation, elle doit inspirer au médecin la crainte de la méningite. Sur trente cas de cette affection observés par M. Gherard, la constipation existait vingt-neuf fois; et sur vingt-quatre | malades observés par M. Piett, elle n’a manqué qu’une fois chez un tuberculeux qui présentait de larges ulcérations intestinales. Elle est quelquefois très opiniâtre, et ne cède que difficilement aux purgalifs forts. Jusqu’à présent, on n'a pas encore donné une explication satisfaisante de ce phénomène.

Elle est encore très fréquente dans la péritonite et dans la colique de plomb, deux affections que nous avons vues déjà se ressembler sous le rapport

de la fréquence des vomissements qui ont lieu dans

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