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DIARRHÉE

La diarrhée s’observe souvent chez les enfants à l’époque de la dentition, au commencement et pendant la période de dessiccation de la petite vérole, dans le cours des hydropisies qui se terminent quelquefois par un abondant flux de ventre. Eufin elle est si fréquente au début de la fièvre typhoïde , qu’on peut porter le diagnostic dans son sens, toutes les fois que, chez un individu surtout jeune, ilsurvient de la diarrhée persistant pendant plusieurs jours consécutifs, en même temps que de la céphalalgie, de la fièvre et de la prostration des forces. Il est rare qu’au lieu de la diarrhée, on trouve de la constipation au début des fièvres typhoiïdes. Elle survient aussi très souvent dans la dernière période de la phthisie tuberculeuse; elle | dépend alors de nombreuses ulcérations dans letube intestinal et surtout dans la portion inférieure de | l'intestin grêle. La diarrhée est le plus souvent accompagnée de coliques. Elle indique toujours une excitation pu- | rement sécrétoire ou élevée jusqu’au degré de lin-

| flammation dans le gros intestin. Lorsque l’inflam-

mation est bornée à l'intestin grêle et surtout à sa portion supérieure, il n'y à pas de dévoiement. (Bouillaud. )

Au lieu de simples coliques qui accompagnent

la plupart des diarrhées, les malades ressentent

quelquefois des envies continuelles d'aller à la gar-

de-robe; ils ont, en un mot, ce qu'on appelle nesme, et ils font des efforts le plus souvent inutiles, de manière qu'on a vu quelquefois ces malades se présenter à la garde-robe jusqu’ ceats fois par jour. Ceci est particulier surtout à la dysenterte.

Le nombre des évacuations n’est pas toujours le même dans la diarrhée. Il varie ordinairement de cinq à dix, quinze; rarement il va au-delà de vingt ou trente.

Les fèces présentent différentes particularités à noter dans leurs propriétés physiques.

Nous avons déjà dit qu’à l’état normal, les exeréments sont mous, peu durs et secs. Leur consistance augmente dans la constipation, les parties les plus liquides sont résorbées et il n’en reste plus qu'un résidu solide formant des masses plus où moins compactes, dures, arrondies, ovr/{ées.

Dans un cas que nous avons observé dans le service intéressant de M. Bouillaud , les matières fécales formaient des boules ayant presque la con-

sistance des marrons et le double de leur volume.

Ces concrétions amenèrent la gangrène de lintes-.

tin et s’épanchèrent dans la cavité du péritoine.

Dans la diarrhée, on observe au contraire la .

diminution de la consistance des fèces qui va de-

à deux

DIARRHÉE. 555 puis l'aspect pultacé d'une purée, jusqu'a celui d’une sérosité plus ou moinslaire.

Les déjections alvines jaunâtres, à l'état normal, se décolorent plus ou moins complétement dans les affections des organes biliaires, empêchant la bile de couler librement dans le duodénum, et ressemblent souvent , par leur aspect , à de la terre blanche ou à de l’argile.

La constipation rend ordinairement plus foncée la couleur des fèces à cause de la résorption des molécules bilieuses pendant leur séjour prolongé dans le gros intestin.

* Les matières de la diarrhée offrent également de nombreuses variétés dans leur couleur et dans leur nature,

Comme autrefois, encore aujourd’hui, on distingue la diarrhée en stercorale, nerveuse , mur queuse, bilieuse, laiteuse, graisseuse , purulente et vermineuse, selon que lon croit y apercevoir du mucus, de la bile, du lait, de fa graisse , du pus, des vers, etc.

La diarrhée stercorale est composée de matières alvines ordinaires, plus ou moins délayées. Elle s’observe après des écarts de régime , après l'ingestion de lait froid , de viandes tres grasses, etc., elc. La diarrhée éphémère ou celle qui est due à une impression passagère de froid pendant la digestion,

celle que l’on voit quelquefois survenir au milieu d'une maladie aiguë, consiitue une variété très rapprochée de la précédente. Il en est de inême de ce qu’on appelle la diarrhée nerveuse, ce n’est non plus qu'une variété de la stercorale; les matières qui la constituent ont la composition et la couleur des fèces à l’état normal; leur consistance seulement a beaucoup diminué. Les évacuations se.

font au nombre de quatre à cinq par jour. Cette forme survient assez souvent après des influences morales vives; nous lavons vue se déclarer chez quelques personnes le lendemain d’excès vépériens.

La diarrhée bilieuse s’observe surtout chez les personnes d’un tempérament bilieux; elle consiste dans l’excrétion abondante de hile jaune ou verdâtre, se répétant deux ou trois fois en vingt-quatre heures et pendant trois ou quatre jours consé-

cutifs. Elle s’observe surtout au printemps et quelquefois elle suit plus ou moins immédiatement un accès de colère.

La diarrhée séreuse consiste dans l’excrétion des matières semblables à de l’eau légèrement trouble, elle a lieu quelquefois dans le cours des hydropisies et peut être regardée , jusqu’à un certain point, comme critique. Elle survient assez souvent

chez lesenfants à l’époque de la dentition. C’esten-

re

DIARRBÉE. 559 core la même espèce que nous avons vue dans le choléra asiatique , on dirait que la sérosité du sang transsude dans cette affection des vaisseaux pour s'évacuer par Île tube digestif.

Dans toutes les variétés de la diarrhée que nous venons d'énumérer, l’inflammation du gros intestin Joue le plus souvent un rôle important; dans hbeaucoup de cas, cependant, il n’y a qu'une simple excitation dans les sécrétions muqueuse et bilieuse, et dans l’exhalation de la sérosité.

La diarrhée muqueuse est caractérisée par une sécrétion plus ou moins abondante de mucus transparent et visqueux qui se dépose au fond du vase en:

flocons ou en une seule masse ressemblant à de la gélatine. Cette variété peut quelquefois exister par elle-même, comme les précédentes, mais plus sou. vent elle accompagne linflammation du colon.

Enfin la diarrhée des convalescents est celle qui

s’observe assez souvent dans la convalescence des maladies de longue durée. Le nombre des évacuations correspond souvent au nombre des repas, et les garde-robes ont lieu ordinairement deux ou trois heures après l’ingestion des aliments, Elle est de nature stercorale; elle parait dépendre de la faiblesse de Pestomac, qui ne suffitpas pour rendre la digestion parfaite, Eile peut se prolonger très long:

temps et même amener une terminaison funeste st

on méconnaît sa véritable nature et si Ponne donne pas de toniques.

La diarrhée verte indique presque toujours chez les enfants l'inflammation du gros intestin. Souvent alors elle est accompagnée de l’érythème à l'anus.

On nomme lienterte, la diarrhée dans laquelle

les évacualions contiennent des aliments à demi

digérés, rendus peu de temps après avoir été pris. On donne le nom de flux céliaque à un flux du ventre dans lequel, dit-on, le chyle sort par les celles confondu avec les excréments, et les rend à

cendrés, grisâtres et blanchäâtres.

Le sang se présente , dans différentes circonstan-

ces, au milieu des matières fécales. Dans la dysenterie, après plusieurs selles composées de matières stercorales liquides, et de mucosités dont Île passage détermine une sensation de chaleur et de : vives cuissons à l'anus; les malades commencent ‘ordinairement à ne plus rendre de matières stercorales, seulement du mucus filant ordinairement mêlé à du sang et à une sérosité rougeûtre. Cette dernière évacuation est précédée de beaucoup de. ténesmes et épreintes considérables. Le sang pur se trouve encore méèlé quelquefois aux matières fécales dans les hémorroïdes, mais

alors il n’y a aucun signe d’inflammation intesti=,

HÉMORRHACGIES INTESTINALES. 561

nale, et les fèces conservent leur consistance normale.

On a vu chez des femmes survenir tous les mois une diarrhée sanguinolente, remplacant l’hémorrhagie des organes génitaux aux époques de la

menstruation, M. Landré-Beauvais cite deux exem-

ples de ce genre. Dans un cas, une femme eut la

diarrhée sanguinolente pendant quatre époques consécutives auxquelles les règles devaient couler; chez l’autre, une diarrhée semblable continua , quoique irrégulièrement, pendant un an.

Les hémor:hag'es intestinales ne sont pas très rares chez les enfants nouveau-nés; Billard en a vu dans lPespace d’une année quinze cas, dont huit chez des enfants de un à six jours ; quatre chezdes enfants de six à huit, et trois chez des sujets de dix huit jours. Dans tous, Billard n’a remarqué qu’une injection plus ou moins vive des parois intestinales. La plupart des sujets qu’il observait étaient pléthoriques et présentaient des organes gorgés de sang. |

Les hémorrhagies intestinales, comme celles de tous les autres organes, peuvent être passives, résulter de la transsudation du sang séreux de mauvaise qualité à travers les parois des vaisseaux; c’est ce qu’on observe assez souvent dans le scorbut

avancé, et surtout dans le purpura hémorrha-

gica. Nous avons vu deux fois des évacuations de ce genre chez des sujets atteints de la variole compliquée du purpura.

Des auteurs citent des observations d’hémorrhagies intéstinales critiques, dans le cours des maladies aiguës. Si le nombre de ces exemples n'est pas très considérable, il ne prouve pas moins contre l'opinion de ceux qui ont voulu regarder les selles sanguinolentes, dans le cours des maladies aiguës, eomme le signe d’une mort presque certaine, Nous donnons actuellement nos soins à une dame, accouchée depuis trois semaines, et ayant un vaste abcès dans le sein gauche. Deux jours avant l’ouverture de l’abcès , il est survenu à la malade une diarrhée accompagnée de coliques, et plus tard d’évacuations assez abondantes de sang. Malgré cet incident, qui nous a d’abord suggéré quelques inquiétudes, elle en a été quitte pour un affaiblissement auquel nous avons efficacement re-

médié, en arrêtant , en partie, les évacuations par les émollients et les narcotiques, administrés en! lavements et par la bouche.

Excepté les cas d’hémorrhagies critiques qu’il est assez facile de reconnaitre par l'amélioration dans l’état général des malades qui les suit de près, où qui se présente dès leur apparition, les hémorrha-

gies intestinales ne s’observent guère parmi les ma-

HÉMORRHAGIES ENTESTINALES. 565 ladies aiguës, si ce n’est dans la fièvre typhoïde { entéro-mésentérite }, où les matières fécales sont mêlées quelquefois de sang pur; et quelquefois elles ont, à cause de ce mélange, l'aspect et la consistance du marc de café. «Ces déjections sont dignes de remarque, dit M. Louis, en ce que les évacuations de cette nature n’ont presque jamais lieu dans le cours de maladies aiguës, à part l’affection typhoïde, et que dans le doute elles contribucraient beaucoup à en éclairer le diagnostic (1). »

Dans tous les cas que nous avons passés, jusqu’à présent, en revue, le sang qui faisait partie des déjections alvines, était, le plus souvent, le résultat d’une simple exhalation. « Ainsi done, à la surface de l'intestin, comme à la surface de toute mem brane muqueuse, dit M. Andral, des hémorrhagies peuvent avoir lieu, sans qu'il existe nécessairement aucune lésion grave du tissu d’où le sang s'échappe. On comprendra alors comment des hémorrhagies du tube digestif ont pu se répéter souvent sans être suivies d'aucun accident grave... Mais, d’un autre côté, dans le tube digestif comme partout ailleurs, il arrive assez souvent que des lésions constantes donnent lieu par intervalles à des hémorrhagies

plus ou moins abondantes; ces lésions par elles-

(1) Recherches sur la gastro-entérite, tom, Îl, pag. 19:

64 APPAREIL DIGESTIF, mêmes ne rendent pas d’ailleurs compte de la production de l’hémorrhagie; elles n’en sont que l’accasion. Ainsi l'observation a montré que dans beaucoup de cas où l’estomac est affecté d'un épaississement, dit squirrheux, de son tissu cellulaire sous-muqueux , la membrane muqueuse devient par intervalles le siége d’une exhalation sanguiné, et c'est une grave erreur que de penser que les hématémèses qui accompagnent fréquemment l'affection connue sous le nom de cancer de l’estomac, ne surviennent que dans le cas où la membrane muqueuse est déjà ulcérée. M. Andral à recueilli lPobservation d’un individu atteint d’un squirrhe du colon descendant , et mort d’une hémorrhagie par le rectum. À louverture du cadavre on ne trouva pas, dans l’intestin, la moindre trace d’ulcération ; partout la membrane muqueuse était intacte et à peine colorée; vers l'union des colons transverses et descendant , une masse indurée de tissu cellulaire soulevait la membrane muqueuse, et obstruait en grande partie le calibre de, l'intestin (1). »

Les déjections alvines peuvent encore contenir

du sang en grumeaux noirs ou en petits caillots,

(1) Précis d'anatomie pathologique, tom, If, p, 152 ct

Suiv,

HÉMORRHAGIES INTESTINALES. 965 lorsque l'estomac est la source de l’hémorrhagie ou lorsque le sang s’accumule dans cet organe après être rendu par les poumons, les bronches, les narines, la rate, etc., etc. Il ne sera pas alors difficile de reconnaitre la véritable nature des selles, car il y aura , en même temps , des hématémèses , des hémop!ysies, des épistaxis, ete., etc. Enfin les matières fécales pourraient encore présenter l’aspect noir, qui ne serait pas dû au mélange du sang avec les fèces, mais à la présence d’une matière colorante sécrétée par les villosités intestinales, à laquelle on a donné le nom de mélanose et qui a une grande analogie avec la matière colorante du sang. Pourquoi n'y aurait-il pas des évacuations de

cette espèce, puisqu'on a vu la matière en question,

libre, occuper les différents points du tube digestif?

Les fausses membranes font aussi quelquefois partie des déjections alvines. Les auteurs en ont cité des exemples. Nous avons donné des soins, il

y a quatre ans, à une dame atteinte d’une gastro-

-entérite chronique, accompagnée d’une constipation

opiniâtre. Cette dame rendit, à plusieurs reprises,

par le rectum, une quantité plus ou moins consi-

dérable de fausses membranes blanches d’une assez bonne consistance. Celles qui sortent par le rectum peuvent provenir quelquefois de l'estomac, mais plus

souvent elles partent de lintestin grêle ou du gros

966 ASCARIDES, intestin. M. Andral les a vues deux fois dans Île rectum, et une fois dans le colon; Billard a aussi rapporté quelques cas semblables. Ce sont les villosités intestinales qui paraissent être surtout l’ortuées par une agglomération de petits points blancs surmoutant les villosités et leur adhérant avec force. |

Le pus qui sort quelquefois par le rectum,

pur ou mêlé de matières stercorales, provient

de sources différentes. Il peut se former des abcès entre les tuniques des intestins; mais, d’après M. Andral, ce n’est point d'eux que peuvent dé-

pendre les selles purulentes; le plus souvent les,

évacuations de ce genre surviennent après la rup=

ane sécréteur de ces concrétions qui sont consti-

ture des abcès des organes voisins dans le tube in- |

testinal. C’est ainsi que se terminent assez souvent ceux du foie, des reins, des ovaires, etc.

Il n’est pas rare de voir des entozoaires se mêler aux matières fécales. L'espèce la plus fréquente est ce qu’on appelle ascarides lombricoides ; ils sont d’une forme cylindrique, ayant les sexes séparés , et une organisation assez élevée, consistant dans la présence du tube digestif, et des organes génitaux. Les ascarides ont le plus souvent six à

douze pouces de longueur, leur grosseur égale

celle d’une plume ordinaire. Elles proviennent de

TRICOCÉPHALÉ, OXYURE, 567 l'intestin grêle et appartiennent, d’après la division de Rudolphi, à la classe des 2ematodes.

C’est encore dans la même classe que se trouve le tricocéphale ou trichuris de Rœderer et Wagler. Il est long d’un pouce et demi à deux pouces. Son extrémité antérieure est beaucoup plus mince que l'extrémité postérieure. Cet entozoaire habite également l'intestin grêle, son organisation ressémble à celle de l’ascaride.

L’oxyure fait aussi partie des nématodes. Le mâle n’a guère qu’une ligne à une ligne et demie de longueur, la femelle est longue de quatre à cinq. On le rencontre presque exclusivement dans le rectum; il est très commun dans l'enfance, on le trouve alors quelquefois par milliers.

Le tœnia se laisse également apercevoir au milieu des évacuations alvines. Il est presque sans exemple qu’il sorte tout entier d’une seule fois; le plus souvent c’est par morceaux de différentes longueurs. Cet entozoaire appartient à la classe des cestoïdes de Rudolphi. 11 n’a aucune organisation distincte; on ne trouve à son intérieur qu’une cellulosité amorphe. Il n’a jamais moins de plusieurs pieds de longueur ; quelques auteurs même parlent d’une longueur de plusieurs toises. Le tœnia, contrairement aux espèces précédentes

plus fréquentes dans l'enfance , est presque exclusif

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