‹ Précis pratique et raisonné du diagnosticChapitre 78 sur 240 · DES SIGNES TIRÉS DE L'APPAREIL GÉNITO-URINAIRF · texte numérisé non relu

DES SIGNES TIRÉS DE L'APPAREIL GÉNITO-URINAIRF

$ I. Des signes tirés des urines.

« Il n’est pas plus absurde de vouloir prédire la destinée d’un empire, le sort d’un individu par le vol des oiseaux, que de prétendre reconnaitre toutes les maladies, juger leurs dangers et lire leur traitement dans un verre d'urine. » ( Dance.)

Voilà quel est le jugement qu’a porté un des ob-

servateurs les plus distingués, sur la prétention

URINE. 55 absurde de quelques médicastres, de pouvoir reconnaître toutes les maladies par l'aspect des urines. L’uromancie est actuellement reléguée entre les mains d’un petit nombre de charlatans obscurs, satisfaits qu'ils sont, comme le dit bien M. Martin Solon, d’en imposer assez aux sots et au bas peuple, pour les duper impitoyablement,

Lorsqu'on pense que les urines emportent une grande partie des substances solubles, inutiles à notre économie, que nous y introduisons à tout moment, en différentes espèces et proportions, on est de suite préparé, & priori, à voir dans les urines des aspects différents malgré l'identité de maladies. Le genre du régime, le degré de température, l’humidité plus ou moins grande de l'air, l’état de l'individu, influencent considérablement les urines, et on aurait plus d’une fois tort d’attribuer à la marche de la maladie ce qui serait l'effet de toutes ces influences extérieures.

Par conséquent, nous passerons rapidement sur les différentes qualités de l’urine, qui ne sont d'aucune importance pour le diagnostic; nous les signalerons à peine, pour ne pas nous attirer le reproche d’une omission, et nous mous appesantirons davantage sur les cas où lexamen des urines peut conduire au diagnostic des maladies.

Quantité.—La quantité d'urine est assujettie à

la quantité et la qualité des boissons que Pou prend

habituellement. Maismème en supposantles proportionsnormales des liquides, lesurines peuventencore augmenter quelquefois d'une mauière extraordinaire, comme cela s’observe dans le diabëtes sucre. Frank dit avoir vu un malade qui en rendait bo liv. dans cette maladie.

Couleur.—EÆlle varie souvent dans les maladies, elle est incolore dans les affections nerveuses, dans l'hystérie, pendant la période de frisson des fièvres intermittentes; elle devient lactescente par la présence du pus et du mucus, rouge par le mélange du sang, jaune lorsqu'elle contient beaucoup de molécules de bile, M. Proust l'a vue une fois noire, et il attribue cette coloration à la présence de lacide znclanique dans ce liquide. Enfin, nous devons ajouter qu’il est bon, en examinant sa couleur, de tenir compte du temps qui s’est écoulé depuis son émission, vu que très souvent la couleur change aussitôt que les urines se déposent.

Consistance.—Elles présentent différents degrés de consistance; elles sont: 1° ténues, claires et transparentes; 2° troubles ; 3° huileuses ou grasses; A° variables.

Les urines ténues ressemblent à de l’eau pure par la consistance et la couleur, quelquefois cependant elles peuvent avoir une légère nuance rouge, Jaune ou noire.

ÜAIKE. 7 bga

Les anciehs nommaient crues les ürinés ténues

ne préseñtant aucun dépôt, et cuites, ste qui donnent lieu à un sédiment.

D’après les anciens, lorsque les urines restaient pendant long-temps crues dans le cours d’une maladie aiguë, c'était le signe que la maladie était encore loin de son terme.

Les urines sont épaisses, lorsqu’elles contiennent une grande proportion d’albumine ou de mucosités ; et troubles, lorsque ces substances ou d’autres se trouvent précipitées par une cause quelconque.

«L'urine trouble, un peu foncée, qui ne dépose

.pas, comme le dit M. Landré-Beauvais, et qui laisse apercevoir en suspension de petites parties souvent ressemblant à des grains de poussière, se rapproche beaucoup par ces petits caractères de l'urine des animaux herbivores, et est appelée urine jumenteuse. » On lobserve assez souvent dans les fièvres graves. Elle tient quelquefois en suspension une substance blanchâtre, rouge ou Jaunâtre, qui fait enduitsur le verre et perd tout-à-fait la transparence du liquide. Dans cet enduit on aperçoit souvent de petits cristaux formés particulièrement d'acides phosphorique, urique, et de quelques sels, On appelle urines grasses où huileuses, celles - qui ont quelque ressemblance avec de l'huile, et on

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en distingue trois variétés: l’une est semblable à del'huile par la couleur et la consistance, c'est-àdire qu’elle est jaune rougeûtre, et qu'elle file à peu près comme l'huile lorsqu'on laÿ verse. C'est la variété la moins fâcheuse. La seconde est d’un rouge foncé, tirant quelquefois sur la couleur brune ou noire. Elle est, d’après M. Landré-Beauvais, suivietoujours de la mort dans les maladies aiguës. La troisième espèce est celle dans laquelle on voit surnager une pellicule graisseuse, semblable À une toile d’araignée. Elle est très suspecte: on dit encore avoir vu des urines dans lesquelles il y avait de la vraie huile ou de la graisse. Mais combien ne faut-il pas de sévérité dans ce genre de re= cherches pour ne pas attribuer à l'urine ce qui n’est qu'accidentel!

On appelle variables celles qui changent d’un jour à l'autre.

Nous avons vu depuis trois ans M. Bouillaud examiner scrupuleusement les urines de tous les malades de son service ; maisnous ayouons que, malgré la plus grande attention, nous ne sommes pas encore parvenu, non plus que ce savant professeur, à ysaisir des caractères physiques, constants ét pathognomoniques. Certes, il y a des nuances qui se présentent plus souvent dans une maladie que

dans une autre, et il devait en être ainsi, car les

URINE. . 579 mêmes affections doivent produire les mêmes modificätionsdans notre économie ; mais les conditions dans lesquelles se trouvent les individus au moment où ils deviennent malades ne sont pas toujours les mêmes. Toutes les personnes ne sont pas également impressionnées par les affections de la même nature ; chacun sent, pour ainsi dire, à sa manière. Îl west donc pas surprenant qu’il nous soit impossible de trouver la constance des caractères dans lurine de plusieurs malades.

Lorsqu'on laisse reposer l'urine sécrétée durant les maladies, elle présente diverses parties quiseséparent. Les changements qui s’opèrentne sont presque jamais réunis; ils varient selon les affections et leurs différentes périodes. Néanmoins, il ny a pas assez de rapport constant entre ces difféventes nuances et les maladies, pour qu’elles puissent leur servir de caractère diagnostique.

La superficie de lurine se couvre quelquefois d’une pellicule (cremor); si elle se forme sur l'urine rendue depuis peu de temps, elle indique, d’après M. Landré-Beauvais, une exubérance des sels naturels de ce liquide, et une extrême tendance à la décomposition des humeurs.

Lorsque les substances les plus épaisses s'élevent ét restent suspendues immédiatément au-dessous de la superficie, on appelle cet état ruage (nubes,

nubecula\. Lorsque la même suspension a lieu au milieu du liquide ou vers son tiers inférieur, on l'appelle énéorème (eneorema). Enfin on a donné le nom de sediment ou dépôt, ou hypostase, à la couche que les urines déposent au fond du vase.

Tous ces signes n’ont aucune valeur positive sous le rapport du diagnostic. On peut les voir dans une foule d’affections différentes, quant à leur siége et à leur nature. Il n’en est pas de mêmesous le rapport du pronostic. Le dépôt indiquait toujours pour les anciens une terminaison prochaine de la maladie; plus la suspension était élevée, plus ils croyaient fâcheuse la position des malades chez quiils lobservaient. Une transformation rapide du dépôt en nuage indiquait, d’après eux, un grand danger.

Matières qui entrent dans la composition de l’urine.—L'urine sert, comme nous avons dit, de véhicule à la plupart des substances solubles qui, n'étant pas nécessaires à la nutrition. sont éliminées par les reins. Ainsi nous ne pourrions jamais en achever la description si nous voulions énumérer tout ce qui peut entrer dans la composition de l’urine. Nous ne nous occuperons dans ce moment que des substances dont la présence dans ce liquide indique un état pathologique, à l’investigation du-

quel elles peuvent conduire, Les altérations que l'u-

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