‹ Précis pratique et raisonné du diagnosticChapitre 80 sur 240 · GRAVELLE · texte numérisé non relu

GRAVELLE

compose le plas souvent de phosphate de chaux, uni quelquefois à une faible proportion de phosphate de magnésie. Les deux sels se trouvent à l’état normal en dissolution dans l'urine et tendent à l’abandonner. Ils se précipitent aussitôt qu'il survient des circonstances qui diminuent le degré de leur solubilité ou qui rapprochent le point de saturation. Ces circonstances sont encore les mêmes que dans l'espèce précédente, savoir, l’angmentation de la quantité absolue de ces substances, la diminution de la quantité de l'urine et l’abaissement de sa température. La gravelle blanche indique comme la gravelle rouge une surabondance des principes azotés dans l’économie; en effet, la présence des sels qui font. leur base, dans l'urine à l’état normal, est liée à la nourriture animale, et plus l'alimentation contient de principes azotés, plus leur quantité augmente; de manière que la gravelle en question a la même valeur dans le diagnostic que celle qui est composée d’acide urique. La gravelle blanche dont nous parlons est reconnaissable par la faculté qu’elle a de se dissoudre facilement dans l'acide hydrochlorique, et de se précipiter sans aucune effervescence lorsqu'on ajoute de l’ammoniaque à la solution. Ce caractère peut servir pour la distinguer d’une variété de la

gravelle blanche, composée exclusivement de car-

bônäte de chaux et qui est très rare chez l’hômmié. Cette dernière serait facilement distinguée à l’effervescence qui accompagnerait sa dissolution dans les acides. J |

La troisième espèce de la gravellé est /x grise Où de phosphate ammoniaco-magnésien. Cette variété est assez rare. M. Magendie ne la observée qu’à l’état de graviers plus ou moins volumineux; dans certains cas, lisses à leur surface et approchant de la forme de l’olive ou de la pistache et en ayant à peu près le volume. Une autre fois ce physiologiste célèbre l’a vue formée par des graviérs très gros, à peu près sphériques et rugueux. Cette espècé a la même valeur en diagnostic que lés deux espèces précédentes. En raison de l'ammoniaque qui se trouve en assez forte proportion dans sa composition, on est porté à croire qu'elle trouve sa principale source dans un régimé fortément azoté.

Les alcalis qui entrent dans la composition de l'urine peuvent aussi augmenter dé proportion. La surabondance de potasse et de soude n’amèneé rien de particulier dans l’aspect de l’urine; l'excès de chaux précipite, d’après M. Andral, les sels qu’elle forme avec l'acide phosphorique , et l'excès d’'ammoniaque la rendra également troublé par la précipitation des sels terreux qui étaiént, en l’ab-

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sence de cet excès, tenus en dissolution dans urine. Dans ce cas, il n’est pas même difficile de reconnaitre l’ammoniaque à l’odeur forte de cet alcali. Cette forme s’observe assez souvent dans les fièvres putrides, et ces affections nous l'ont présentée plusieurs fois dans le service de M. Bouillaud. Les inflammations des organes urinaires lui donnent aussi lieu quelquefois.

La deuxième classe des altérations de l'urine est, selon M, Andral, celle qui consiste dans laddition de nouveaux principes, qu'on retrouve dans le sang. Mais ici encore, deux choses peuvent avoir lieu :ou ces principes s’y trouvent a l’état normal et constituent une partie de sa composition, ou ils n'y sont introduits au’accidentellement pour être éliminés avec l'urine. Les principes de la première espèce sont au nombre de trois < l'albumine , la fibrine et la matière colorante du sang, substances dont aucune ne se trouve dans l'urine à l’état normal.

Lorsque l’urine contient de l’albumine, elle est ordinairement pâle ou opalescente au moment de son émission; chauffée, cette espèce présente un coagulum plus ou moins abondant. Cet état albumineux est un des signes qui peuvent révéler l'état granuleux des reins ( maladie de Brigth}), mais il

n’en est pas le signe pathognomonique.

588 APPAREIS GÉNITO-URINAIRE,

Sur cent quatre-vingt cinq malades atteints de maladies aiguës où chroniques, autres que des affec= tions rénales, M. Desir (1) n’a pas vu l'urine se coaguler. Dans une aortite, où l'urine était sanguinolente, il y eut un coagulum; mais à l’autopsie, on trouva une induration et une congestion des reins, et des ecchymoses dans la membrane muqueuse des bassinets. Îl en était à peu près ainsi de deux cas de variole, où l’on observa les urines albumineuses (a/buminurie de M. Martin Solon). L’autopsie démontra, dans l’un, un épanchement sanguin dans le calice et le bassinet du rein droit; dans l’autre, l'injection de la vessie. Sur un sujet atteint d’une gangrène du poumon, l'urine présenta le coagulum albumineux, mais la vessie était fortement injectée. Dans cinq autres cas (une péricardite , une pleurésie, une pneumonie, une gastro-entérite, une indisposition), l'urine fut coagulable pendant un temps plus ou moins long, bien que rien ne portât à croire à une affection rénale.

Il est aussi démontré, par les recherches de M. Desir, que la syphilis et le traitement mercuriel ne rendent en rien l'urine albumineuse. Dans

l'urétrite, la prostatite sans abcès, simples , sans

(1) Thèse soutenue à la Faculté de Médecine de Paris en

URINE ALSUMINEUSE. 589 complication d’une affection de la vessie et des reins, il ny a pas d'urine albumineuse. Lorsque l'urine contient beaucoup de mucus, comine cela a lieu dans une cystite aiguë, et qu’elle est albumi-

neuse, s’il existe en même temps des douleurs suivant le trajet des uretères, ces symptômes sont dus, d’après M. Desir, à l'inflammation de la membrane

- muqueuse des calices, et non à une inflammation de la substance propre des rerns.Si, dans l'urine, l'albumine est concrète, en dépôt, sous forme de flocons, elle provient de la vessie ou des uretères, des bassinets, des calices enflammés d’une manière chronique , ou d’un abcès de la prostate ou des parties environnantes, qui s’est ouvert dans lavessie.

Si l'urine albumineuse est chargée d’un dépôt filant, glaireux , elle annonce l’inflammation du parenchyme propre des reins.

Rendue habituellement avec le mélange d’un peu de matière colorante du sang, elle est un des principaux symptômes du cancer et des tumeurs fongueuses de l'appareil urinaire.

C’est surtout dans la maladie des reins décrite par Wells, Blackall, Bright, Hamilton, et étudiée parmi nous avec beaucoup de succes par M. Rayer, que l'urine est albumineuse.

M. Bouillaud a vu aussi de son côté le coagu-

Jum albumineux survenir quelquefois dans Îles af-

fections tout-à-fait étrangères aux voies urinaires,

M. Piorry a vu survenir le coagulum une fois dans une pneumonie en voie de résolution , dans une entérite typhohémique, dans deux cas de pneumonie tuberculeuse et dans un cas de prurigo.

Dans le diabète sucré, l'urine contient de l’albumine d'après MM. Thénard, Dupuytren, Chevalier, Barruel , etc. Enfin M. Chevalier dit même l'avoir rencontré quelquefois, mais en petite quantité, dans urine à l’état normal. C’est du reste ce qui parait aussi avoir été constaté par M. Desir, qui dit: Chez un homme sain, l’urine peut étre accidentellement albumineuse à la suite d’une excitation des voies urinaires.

D’après tout ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure que la présence de l’albumine dans l'urine n'indique pas toujours une affection des voies nrinaires. Cependant lorsqu’elle persiste pendant long-temps on peut reconnaitre une néphrite albumineuse et prévoir une hydropisie; d’un autre côté, si dans le cours d’une hydropisie les urines donnent lieu constamment ä un coagulum albumineux, on peut en conclure que la cause de l’hydropisie consiste dans l'affection granuleuse des reins.

M. Prout a vu une femme, âgée de 30 ans, d’un appétit vorace, et qui d’ailleurs se portait bien, rendre de l'urine presque entièrement for-

HÉMATURIE. 5gr niéé par une masse d’un jaune pâle, peu consistante , composée d’une partie solide ayant tous les caractères de la fibrine, et d’un peu de sérosité qui pouvait en être exprimée,

Le sang peut se mêler à l’urine à la suite dés irritations de différents points des voies urinaires. On observe des hématuries (cest ainsi que l’on appelle les pissements de sang) dans les néphrités intenses pendant les souffrances occasiônnées par la gravelle, et alors on peut se rendré compte de l'hémorrhagie en admettant une légère excoriatiori ou tout simplement une irritation däns le parénchyme même dés reins, dans les calices, dans Puretère. On les voit aussi souvent pendant la présence des calculs dans la vessie, dans les inflimmations violentes de cet organe, dans les va rices du col, dans les blennorrhagies intenses, etc. Quelquefois l'hématurie supplée à une autre hémorrhagie habituelle, comme au flux hémorroidel et à l’écoulement des règles.

Lorsque l’hématurie n’est pas trèsabondante, on peut se méprendre sur sà véritäblé nature. Il arrivé de voir des personnes qui rendent de petites quan“ tités d’urine rougeûtre, briquetée, que souvent ôn pourrait préndre pour du sang. Mais il suffit 6rdinairément , pour se rassurer, de laisser le vase péndant quélque témps en repos : alors l'urine dé-

vient claire et laisse précipiter, dans l'hématurie, une couche légère de matière colorante qui teint en un rouge sanguin le papier que l’on met en contact avec elle. Si l’on chauffe de l'urine troublée par la présence d’un pen de sang, la matière en suspension, au lieu de se dissoudre plus facilement par l'élévation de la température, se coagule et se précipite au fond du vase. j

Ayant reconnu plusieurs causes à l’hématurie, il est important, pour le diagnostic, de savoir en reconnaître la véritable.

Dans l’hémorrhagie uréthrale, le sang coule sans que les malades fassent des efforts pour uriner, et l'urine n’est pas rouge au moment de son émission, si on excepte le premier jet, qui peut souvent em porter quelques molécules de sang capables de lui donner une teinte rouge.

Dans l’hématurie provenant de la vessie, les malades ressentent ordinairement une sensation de tension et de pesanteur dans l’hypogastre ; le sang n’est presque jamais dissous complétement dans l’u- = rine, mais il forme des flocons, des caillots irréguliers qui nagent dans un liquide assez clair et très faiblement coloré, et se précipitent isolément au fond du vase. Cette disposition annonce que lexhalation s’est faite sur quelques points isolés, alors que la vessie contenait déjà une urine

HÉMATURIE. 9293 limpide et sans que le mélange du sang avec celleci ait eu le temps de s’opérer complétement. { Begin et Lallemand. ) (1)

Dans l’hématurie prenant sa source dans les reins, le sang est mélangé intimement avec l’urine, molécule à molécule, à l'instar du mélange qui a lieu entre le sang et les mucosités dans une pneumonie. De là vient que l'urine offre alors une teinte rouge plus ou moins forte, selon qu’un seul ou les deux reins se trouvent affectés. Lorsque la quantité de sang est très considérable, il se forme au fond du vase un dépôt de matière colorante et de fibrine, doux au toucher, n’ayant rien de pulvéru- Jent.

Enfin le sang peut encore s'échapper à travers les voies urinaires par suite d’une disposition générale de ce liquide, par laquelle il tend à abandonner de toutes parts les conduits qui le renferment, C’est ce qui s’observe surtout dans le scorbut avancé, et dans le purpura hémorrhagica.

Il ya trois mois, nous avons vu, dans le service de M. Andral, un homme atteint de la petite vérole compliquée de purpura; ce malade rendait du sang

par toutes les voies et entre autres par Jurètre. À

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, tom, IX, p. 385.

l'autopsie, nous vimes tous les organes plus où moins écchymosés. Les calicés ét le bassinet des reins étaient remplis de caillots mous et noirs dé sang.

D'aütres principes que l’on rencontre dans les urines proviennent également du sang, mais ils diffèrent des précédents en ce qu’ils ne s’y trouvent pas constamment, mais d’une manière accidentelle; tels sont entre autres les éléments de la bile dans l’ictére. :

La troisième classe des altérations de lurine consiste dans l'addition de nouveaux principes qu’on ne retrouve pas dans Île sang.

À la tête de ces principes, nous devons mettre le pus qui constilue, en quelque sorte, le point de passage de la classe précédente à celle-ci. L’urine contient assez souvent du pus dans la néphrite aiguë se terminant par un abcès qui se vide dans l’u- xetère. Sa couleur devient alors lactescente de rouge qu’elle était jusqu’à cette époque, et se dépose au fond du vase. Une autre fois le pus provient de la vessie, où il est tantôt sécrété à la surface libré de la membrane muqueuse, tantôt il est fourni par les abcès qui se forment souvent dans l'épaisseur des parois de cet organe, surtout chez les vieillards, comme cela fut très bien démontré dernièrement

par M, Mercier, interne trés distingué, qui a eu

URINE PURULENTÉ, bgo

l'occasion d'observer plusieurs faits dé cé génie peñdant son intérnat dans l'asile de la viéillessé à Bicêtre.

Au lieu dé véritablé pus, l'urine dépose souvent un sédiment muco-purüulent, comme celà s’obsérve dans la néphrite, la cystite, luréthrite chronique ét dans l’inflammation de la prostate,

Toutes les fois que la matière muco-purulente provient des reins, des üretères ou de la vessie, ellé ést très mélangée avec l'urine, suspendüé, én quelque sorte, entre les molécules qui la composent; dans les cas, au contraire, où elle provient de Furèthre ou de la prostate, elle forme des grumeaux isolés qui ne se mélent pas avec de lurine, et qui sont souvent rendus avant que ce liquide soit évacué. Nous insistons beaucoup sur cé caractère distinetif, il est d’une haute importance dans la pratiqué. Nous tenons d’un chirurgien des plus distingués de notre époque, M. le docteur Amussat, qué éé eâractère est constant et quil pent servir de guide dans le diagnostic.

L’acide oxalique, qui ne se trouvé à l’état normal ni dans le sang ni dans l'urine, peut quelque fois se développer accidentellement ét être éliminé par les voies urinaires, où il s’empare de la chaux et forme le sel qui constitue la base des calculs

formés par l’oxalate de chaux , et donne lieu à une

variété de gravelle de la même composition, d’une couleur jaune. Cette espèce est très rare, M. Magendie ne l’a trouvée qu’une seule fois, et le malade sur lequel il l’a observée ne rendit qu'un gravier unique; sa forme était allongée, aplatie sur deux faces, sa longueur de six à sept lignes environ, sa largeur d’une ligne et demie à deux lignes. MM. Prout et Ratier en ont cité également des exemples. Dans tous ces cas l'existence de Pacide oxalique dans l’urine a été le résultat manifeste de l'emploi, comme aliment, d’une grande quantité d’oseille. Mais il arrive qu’on ne peut pas saisir la cause qui préside à la formation de cet acide; peutêtre pourrait-on, comme le pense M. Andral, admettre avec Berzélius, que la formation de l'acide oxalique dans les reins résulte d’un simple accroissement d'activité des fonctions de ces organes, fonctions qui consisteraient principalement dans un procédé d’acidification,

On a trouvé encore dans l’urine des oxides dont on ne trouve nulle part ailleurs des analogues ; tels sont : l'oxide cystique, découvert par Wollaston, et l’oxide xantique, découvert par M. Marcet. Le premier a été vu par M. Magendie sous forme de graviers d’un jaune citrin àsurface couverte de petits mamelons cristallins d’un certain volume. Lors-

qu’on brise ces graviers, dit M. Magendie, ils ne

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