‹ Précis pratique et raisonné du diagnosticChapitre 81 sur 240 · GRAVELLE PILEUSE · texte numérisé non relu

GRAVELLE PILEUSE

paraissent pas être composés de couches superposées; mais ils semblent plutôt résulter de l’assem. blage de petits cristaux amoncelés sans ordre. Ils avaient une transparence qui rappelle celle de la topaze.

La teinte noire de quelques urines a été attribuée par M. Prout, à la présence de l’acide mélanique dans ce liquide, et sa teinte rouge à celle de l'acide purpurique. Cette dernière teinte s’observe plus souvent que Ja première; nous l’avons remarquée dans un grand nombre de cas de rhumatisme articulaire aigu, cependant elle est loin d’en être le signe pathognomonique, et nous l'avons trouvée, quoique moins souvent, dans les fluxions de poiirine.

Enfin, des poils peuvent encore se former dans les voies urinaires et servir de noyaux, sur lesquels se déposent les matières salines. Cette forme constitue une variété de la gravelle décrite parfaitement par M, Magendie sous le nom de gravelle pileuse. Elle n’a rien de particulier dans sa nature, si ce n’estla présence des poils, car sa composition est ordinairement celle d’une des variétés que nous avons décrites déja, et elle est spécialement composée dephosphate de chaux, de phosphat et de magnésie et d’acide urique. Cette forme de gravelle se présente sous la forme d’une poudre blanche, mêlée à une

quantité de petits poils de la longueur d’une ligne à

598 DYSURIE , STRANGURIE.

un pouce et plus, ou sous la forme de graviers dé volumes variables, velus à leur surface, ou quelquefois réunis en grappes les uns aux autres.

Il n’est pas sans importance pour un médecin de savoir le mode d’excrétion de l'urine, On appelle dysurie son excrétion douloureuse. Cet état tient, tantôt à l’état pathologique d’un des organes urinaires, tantôt aux qualités particulières du sang. On observe la dysurie dansles blennorrhagies, dans le rétrécissement de luréthre, dans les inflammations de la vessie, etc., etc.

La strangurie ou l'émission de l’urine goutte à goutte (urinæ stillicidium), s’observe, le plus souvent, dans les rétrécissements considérables de l'urètre; quelquefois elle est aussi le résultat de la paralysie de la vessie qui se laisse distendre, outre ' mesure, par l'urine, et ne la laisse s’écouler que goutte à goutte après le relâchement des sphincters de cet organe. L’urine coule alors, comme on le dit, par regorgement.

L’ischurie est sa rétention complète. Elle dé: pend très souvent des obstacles mécaniques au cours de ce liquide, tels que le rétrécissement de l’urèthre , les calculs de la vessie ou des ureteres; on l’observe également dans les troubles nerveux et surtout dans les affections du système cérébro- Spinal accompagnées de paraplégie.

On doit distinguer la rétention d’urine de la

ICHURIE. 59g

suspension de la sécrétion de ce liquide. Dans le premier cas, les reins continuent à sécréter l'urine, mais les malades manquent des forces nécessaires pour l’expulser de la vessie; dans le dernier cas, au contraire, la vessie ne contient pas d’urine, parceque la sécrétion rénale est suspendue ; c’est ce qui s’observe dans le choléra, quelquefois dansla péritonite

très intense, etc., etc. (1).

$ IT. Des signes tirés des différents écoulements par les

organes génitaux externes.

En nous occupant des signes tirés des différents écoulements par les organes génitaux externes, nous devons d’abord nous occuper des désordres de l'écoulement normal, qui s’opère par ces parties chez les femmes, depuis Pépoque de la puberté jusqu’à l’âge climatérique , et auquel on a donné le nom de règles, flux menstruel ou menstruation.

Le flux menstruel est une fonction d’une haute

(a) Consultez Chopart, Traité des maladies des voies urinaires , nouvelle édition avec des notes, par T. Pascal. Paris, 1830, 2 vol. in-8°. Les Lecons de M. Amussat sur les rétentions d'urine et les rétrécissements de l’urètre , Paris, 1832 , 1 vol. in-8°, fig. Dubouchet, Nouveau traité des ré tentions d'urine et des rétrécissements de l’urètre, de l’hémag'rie ou pissement de sang, de la gravelle et des calculs vési= caux, etc., quatrième édition 1836, 1 vol. in-8.

600 MENSPRÜATION:

importance, Comme phénomène physiologique ét comme signe du diagnostic. La menstruation ne peut subir aucun retard prolongé chez une femme nubile, aucune suspension, aucun désordre, en un mot, sans que l’économie ne soit, en même temps, dérangée.

Les désordres que présente au médecin la menstruation, se rattachent 1° à la difficulté de la première éruption des règles; 2° à la suspension des règles pendant un temps plus ou moins long ou aménorrhée ; et 3° à l'apparition périodique des règles, accompagnée de douleurs, dysménorrhée ; ou enfin À hémorrhagies.

« L'époque de la puberté est, comme le dit Cabanis, celle d’un changement général dans toute l'existence humaine ; de nouveaux organes entrent en action, de nouveaux besoins se font sentir, un nouvel état moral se développe. C’est alors que l'enfant cesse d’être enfant, et que sa destination, relativement à l'espèce, se marque par des traits qu'il n’est plus possible de méconnaître. »

Cette grande révolution est un travail de longue main ; elle est précédée par une foule d’autres modifications de l’économie, et enfin elle arrive comme pour couronner l’œuvre du développement de l’organisme et pour lui ouvrir la carrière de l’exercicè complet de ses facultés, Cette époque s’accom=

MENSTRUATION. bot pagne d’un grand nombre de nouveaux phénomenes, et c'est par l'éruption des règles qu'elle signale son arrivée chez les femmes.

La menstruation s’établit, en France, terme moyen, à l’âge de quatorze ans. Elle est plus précoce dans les provinces du Midi qu’au Nord. Néanmoins, une foule de circonstances extérieures on tenant à la constitution, peuvent la rendre difficile et donner lieu à des désordres de différente nature. Les changements de l’économie qui doivent précéder cette grande révolution ne s’effectuent que lentement. Le développement successif des forces vitales, qui préside à toutes ces modifications, rencontre quelquefois, à chaque effort, des obstacles de la part de l'organisme incapable de recevoir leur impression; et il s'engage entre les tendances des forces vitales et la résistance de Péconomie, une espèce de lutte dont les résultats seront variables selon le triomphe ou la défaite de l'une ou de l’autre de ces puissances. Dans le premier cas, la révolution s’accomplit, et, parmi la foule des nouveaux phénomènes qui apparaissent alors, on voit survenir la menstruation. Si, au contraire, les efforts de la vie succombent devant la froideur et la résistance de l’économie, différents désordres suivent l'attaque , et l’éruption des règles n’arrive pas.

On voit, d’après ce que nous venons de dire, que nous émettons ici une opinion contraire a celle qui est généralement adoptée; on pense que les troubles qui se présentent à l’époque de la puberté, chez les jeunes filles non réglées, doivent être attribués à l’absence de la menstruation, et on regarde cette fonction comme le seul moyen de salut, et les emménagogues comme seuls capables de les dissiper. Or , c’est un préjugé, une erreur accréditée, dont on sentira toute la valeur en comparant l’ensemble des symptômes se présentant dans les circonstances dont nous venons de parler , avec les symptômes d’une aménorrhée consécutive à une affection chronique des organes, ou à la suppression des règles, par l'influence d’une cause plus ou moins directe, telles que Paction du froid, les affections morales, ete., etc. Dans l’aménorrhée de cette dernière espèce, il survient souvent des troubles consécutifs, tels que l’érysipèle, des hémorrhagies par différentes voies, etc., etc. Mais tous ces troubles indiquent seulement la pléthore résultat de la suppression d’une évacuation dont la nature avait besoin, mais jamaison n’y verra ces désordres profonds , généraux, tenant tellement à l'essence de la vie, que dans la plupart des cas il sera même impossible de les localiser,

| L’ensemble des phénomènes dont nous parlons

CHLOROSE. 663 ne s’observé pas seulement à l’époque de la puberté, il arrive aussi quelquefois de le voir chez des femmes déjà réglées, par suite des influences qui portent atteinte à l'économie, et surtout par suite de celles qui altèrent profondément la digestion ou * lhématose, comme la mauvaise nourriture, l’habitation malsaine, et les hémorrhagies abondantes, Il survient, disons-nous, à la suite de ces influences, un état de l’économie tout-àa-fait analogue à celui que l’on voit souvent à l'époque de la puberté, Dans l’uné comme dans l’autre circonstance, il y a laménorrhée qui n’est pas la cause de tous lés autres troubles concomitants, comme on le prétend vulgairement, mais une coïncidence reconnaissant avec eux une cause commune qui est l'insuffisance d'énergie vitale, et en particulier une mauvaise élaboration du sang et faiblesse du système nerveux.

Telle est la nature de l'affection connue sous le nom de péles couleurs ou chlorose , à cause de l’aspéct jaune verdâtre que présente la figure dans cette maladie lorsqu'elle est très prononcée, Elle né dépend nullement de la faiblesse utérine; cette faiblesse , lorsque réellement elle existe, n’est qu’un épiphénomène de la faiblesse générale ; quelquefois même il nous est arrivé de voir des chlorotiques chez qui les organes de la génération possé-

6o4 MENSTRUATION.

daient tous les attributs de sensibilité qu'ils offrent chez des femmes énergiques et d'une santé parfaite.

L’aménorrhée peut encore être tout simplement le résultat du défaut d’excitation convenable des organes , vers lesquels la nature tend à diriger ses efforts. Tout est alors préparé dans l’économie pour l'éruption des règles, souvent même l'utérus devient congestionné, mais il y manque un faible degré d’excitation nécessaire pour faire couler le sang. Cette espèce d'aménorrhée s'observe assez souvent chez des jeunes filles pléthoriques, rouges, et d’ailleurs se portant bien, qui manquent des stimulations des organes génitaux, soit directes, soit venant de l’imagination. C’est alors que l’on peut dire avec Cabanis que le premier essai des plaisirs de l'amour est souvent nécessaire pour compléter le développement des organes qui en sont le siége, et que la sensibilité de ces organes n'existe tout entière qu'après s'être exercée.

Enfin, la menstruation tient tellement à l’économie entière, que les troubles, tant soit peu graves et longs, de n'importe quel organe, amènent ordinairement à leur suite la suspension des règles. De là vient qu’on observe très souvent l’aménorrhée dans le cours des affections chroniques et surtout dans cêlles des poumons. Il est rare de voir

des femmes être réglées à l’époque du ramol-

AMÉNORRHÉE. 605

lissement des tubercules, dans les épanchements pleurétiques de longue durée, etc. Les affections aiguës comme les affections chroniques des organes internes de la génération occasionnent fréquemment l’aménorrhée. IL en est de même de la fonction normale dont l’utérus est chargé pendant la grossesse. Néanmoins on a vu des cas exceptionnels où les femmes ne cessaient pas d’être réglées au moins pendant une partie de la gestation. Une dame de notre connaissance nous a offert cette particularité, lorsqu’elle a été enceinte pour la première fois; pendant les autres grossesses il y eut aménorrhée. On a également rapporté des exemples de femmes qui n’avaient jamais été réglées. Une de nos malades se trouve dans cette catégorie, elle a déjà 50 ans, et n'a jamais eu d'enfants. Il est presque certain que ces anomalies fonctionnelles ‘tiennent à quelque vice dans la conformation des organes génitaux, et en particulier de l'utérus, Enfin, le sang peut ne pas couler par les parties génitales, et pourtant il ny a pas, à proprement parler , d’'aménorrhee , puisque l’économie l’évacue par d’autres voies, telles que le rectum, la vessie, l'estomac, les poumons, la peau, etc. On a vu des femmes, comme nous l'avons déjà dit, qui tous les mois crachaient , vo-

missaient, urinaient ou rendaient par le rectum 4,

une certaine quantité de sang pur. On en a même observé qui, tous les mois, suaient le sang à travers les pores de la peau , par la surface des plaies, des ulcères, par le bout des seins, etc.

On a donné le nom de dysménorrhée à un écoulement des règles précédé et accompagné dé douleurs ou de coliques, et s’effectuant ordinai-

rement en petite quantité. Ce n’est nullement une.

maladie, mais un symptôme qui peut accompagner des affections ou des dispositions différentes de l’économie. C'est ainsi qu’on a remarqué, comme le dit M. Roche, que les femmes ardentes, d’un tempérament nerveux, d'une constitution seche, bilieuse, abusant du coït et cependant stériles, en étaient plus fréquemment affectées que les autres. Le défaut d’exercice convenable, l’habitation de

grandes villes comme Paris, où Pair est chargé

d'humidité et de miasmes, disposent beaucoup à la

dysménorrhée; il suffit souvent aux femmes qui se trouvent dans cette position de quitter Paris et d'habiter pendant quelque temps la campagne pour se débarrasser de cette indisposition.

Il est encore assez important de faire attention à la couleur du sang dans la menstruation. En général , le sang pâle indique la faiblesse; on le trouve chez des femmes chlorotiques, anévrismati-

ques, scrofuleuses, lymphatiques, etc. Le sang d’un

DYSMÉNORRHÉE. 607 rouge foncé et épais indique la richesse en matière colorante.

Les hémorrhagies utérines sont tantôt spontanéés, tantôt symptomatiques, actives et passives / ( 1}.

Nous appelons hémorrhagies spontanées cellés qui surviennent sans aucune lésion appréciable de l'utérus, et qui paraissent être tout simplement le résultat de la tendance qui dirige, à certaines époques , le sang vers les organes génitaux. C’est ainsi que l’on voit quelquefois chez les enfants en bas âge et même chez les nouveaux-nés, des pertes, ordinairement peu considérables. Les hémorrhagies tiennent souvent à des dispositions particulières de l’économie, à la masturbation. Dans un cas on l'a vue coïncider chez un nouveau-né avec l’inflammation des mamelles,

On les distingnera du flux menstruel précoce, dont on a cité quelques exemples, par les signes de la puberté qui ne manquent pas alors de se présenter simultanément, Tels sont : le développement des seins et l’éruption des poils au mont de Vénus.

Chez les femmes adultes les hémorrhagies utérines peuvent arriver, pour äinsi dire, spontanément : cela s’observe surtout vers l’âge de 16 ans

(1) Dans la description qui va suivre, nous ne nous occu-

perons nullement des hémorrhagies qui ont lieu pendant la

grossesse, pendant et après l'accouchement,

608 HÉMORRHAGIES UTÉRINES.

où l'utérus comme les ovaires acquièrent le maximum de leur développement, et deviennent le siége d’une fluxion plus corsidérable. Ces hémorrhagies surviennent alors le plus souvent aux époques correspondant aux règles, et ne sont, pour ainsi dire, que leur exagération. Nous avons vu des femmes qui, prises par une hémorrhagie à l'époque de leur menstruation, continuaient ensuite à perdre du sang pendant plusieurs semaines, ou même pendant quelques mois consécutifs. Une autre fois l’hémorrhagie n’est pas aussi abondante ; elle se répète sous le type intermittent des règles, inais au lieu de reparaître tous les mois elle revient tous les quinze jours et dure pendant six à huit Jours. ù

Les fluxions répétées vers l'utérus peuvent donner lieu à un gonflement plus ou moins considérable du col, offrant une teinte rouge plus ou moins prononcée, affection connue sous le nom d’'engorgement hémorrhagique, et qui coïncide souvent avec les hémorrhagies utérines.

Les hémorrhagies peuvent aussi être consécutives | aux maladies organiques de l’utérus, telles que les corps fibreux, les polypes, les cancers, les fongus, etc. Dans tous ces cas cependant, à l'exception des ulcérations cancéreuses, les affections organi-

ques dont nous parlons ne sont que des causes pro“

HÉMORRHAGIES UTÉRINES. Goÿ vocatrices des hémorrhagies ; elles les produisent en appelant une quantité plus considérable de sang vers les parties malades. Enfin les hémorrhagies utérines peuvent être, comme toutes les autres hémorrhagies, distinguées en actives et passives. On appelle actives celles qui sont précédées des signes d’une turgescence plus ou moins marquée de toutes les parties voisines, tels que pesanteur aux lombes et à l’hypogastre, chaleur et pulsation dans l'abdomen et le bassin; en un mot, ce qu’on appelle, en général, molimen hemorrhagicum.

On appelle passives celles dans lesquelles le sang coule sans aucun molimen, lorsqu'il passe pour ainsi dire à travers les pores relâchés des parois des vaisseaux. Il est alors presque toujours pâle, séreux;les malades offrent le gonflement œdémateux et la bouffissure des différentes parties.

Les hémorrhagies utérines donnent lieu souvent à la sortie de caillots plus ou moins volumineux, qui, s'étant quelquefois arrêtés dans un point du vagin, bouchent ce canal plus ou moins complétement, et suspendent pour quelque temps l’hémorrhagie. Bientôt, cependant, le sang qui se trouve derrière cette espèce de bouchon ayant augmenté de quantité, surmonte l'obstacle et s'écoule au dehors, de manière à effrayer quelquefois les malades.

Au lieu de sang pur, ils’écoule dans quelques cas

Gro FLEURS BLANCHES.

par lé vagin un liquide sanieux composé d'un mélange de pus et dé sang, exhalant, én général, uné odeur désagréable, Cette espèce d'écoulement $obsérve très souvent dans les ulcérations cancéreusés du col de l'utérus.

Il s’opère souvent chez les femmes parles parties génitales, un écoulement constitué par un liquidé blanc ou d’un blanc jaunâtre ou verdâtre auquel on donne généralement le nom de /eucorrhee, blénorrhagie ou fleurs blanches. Cette dénomination embrasse non seulement différentes variétés d’écoulement de la même famille, mais encore des écoulements qui diffèrent totalement entre eux, tant par leur siége que par leur nature.

Tous ces écoulements tachent plus ou moins là chemise, mais une circonstance qu’il ne faut jamais oublier dans ce genre d’investigation, c’est qu'il faut chercher des taches non sur la partie antérieure de la chemise, comme cela se fait chez lés hommes , mais sur la partie postérieure qui est en rapport plus direct avec la vulve.

Les organes qui peuvent être la source de là leucorrhée sont l’urèthre, le vagin, le col de l'utérus, ou l’intérieur de la matrice. Hors de la vulve, tous les écoulements se confondent. Péndant longtemps, il a été impossible de distinguer l’un de lautré, Généralement on regardait le mucus utérin

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