AFFECTIONS DE LA MEMBRANE MUQUEUSE DE LA BOUCHE
a) La membrane muqueuse de la cavité buccale, extrêmement vasculaire, devient le siége des différentes formes de l’inflammation, qui méritent d’être distinguées, parce que quelques unes d'elles étant de nature spéciale, et les autres même d’une nature spécifique, exigent des indications plus ou moins différentes.
Il est rare que la muqueuse de la bouche, sans y comprendre l'isthme du gosier, s’enflamme,
cormme on le dit, spontanément; le plus souvent ,
202 MÉTHODOLOGIE ET SÉMÉIOTIQUE) lorsque cette inflammation existe, elle est produite par une canse spéciale ou spécifique.
Cependant Billard a fait la description d’une stomatite simple qu'il appelle érythémateuse, et qui consiste dans la rongeur, la chaleur , et quelquefois la sécheresse des parois de la bouche et de la langue. Elle varie d'intensité; quelquefois sa durée est passagère, une autre fois elle persiste long-temps. Tantôt elle est bornée à une seule partie de la bouche, tantôt elle s'étend jusqu'aux lèvres , qui se tuméfient, s’excorient, se fendillent, et deviennent quelquefois le siége d’Aerpers labialis.
b) Sous l'influence d’un air malsain et d’une mauvaise nourriture, non appropriée à l’âge et à la constitution du sujet, il se développe sur la
muqueuse buccale des inflammations spéciales |
connues sous le nom de muguet et d’aphthes.
Ces deux affections long-temps confondues ont été distinguées depuis les travaux de Billard, auxquels avaient préparé la voie ceux de MM. Breschet et Guersent.
Il existe une grande différence entre les caracte-
res anatomiques de ces deux affections. Le muguet
n’est qu’une simple altération de la sécrétion, résultant de l’inflammation des papilles muqueuses ,
tandis que les aphthes consistent dans l’inflammation
des follicules muqueux. La différence de structure de ces organes explique bien la différence des ca- ractères anatomiques.
D'après Billard on distingue trois variétés de muguet: 1° Points blancs épars sur la langue, surtout à son sommet et sur les parois de la bouche. 29 Lamheaux plus ou moins larges. 3° Une membrane qui recouvre la langue en totalité, ou bien qui s'étend sur d’autres parties de la bouche.
Le muguet pointillé parait occuper les extré-mités des papilles. Cette forme se conserve, pendant toute la durée de la maladie , sur les parties où les papilles sont peu nombreuses , comme, par exemple, sur la pointe de la langue; mais dans les régions où abondent les papilles, les points blancs se réunissent et forment des plaques plus ou moins larges.
Ces plaques paraissent constituées par du mucus concrété; elles ne sont pas situées au-dessous de l’épithélium, mais elles le surmontent. Elles se détachent au bout d’un certain nombre de jours et font place à d’autres, si linflammation n’est pas guérie ; elles peuvent être discrètes ou confluentes,
Les aphthes consistent dans une affection des follicules muqueux de la bouche. Les follicules muqueux qui sont trèsnombreux dans la bouche, invisibles à l’état normal, acquièrent un dévelop-
90/ MÉTHÜDOLOGIE ET SÉMÉIOTIQUE.
pement anormal dans l’inflammation de la mu-
queuse, et se présentent sur les différents points de
la cavité buccale sous forme de petits points P P
blancs , offrant quelquefois une tache colorée à
leur centre, légèrement proéminents, et souvent
entourés d'un très léger cercle inflammatoire. (Billard. Traité des maladies: des enfants, etc. )
Les follicules peuvent être plus ou moins nombreux, discrets ou confluents ; ils peuvent se borner à la bouche ou s’étendre jusqu'aux intestins. Dans quelques cas, l’inflammation s'arrête à ce degré, mais dans d’autres cas l'affection marche, et les follicules, qui d’abord représentaient des papules, se transforment en pustules. Ils sécrètent une matière blanchâtre qui soulève l’épithélium central, le rompt enfin au bout de deux ou
trois jours, et préparé la période ulcérative. Les.
ulcères des aphthes ne peuvent être confondus avec
ceux du muguet qui succèdent à \la chute des
fausses membranes; ils sont supportés par une
base dure , entourée souvent d’un cercle rouge des-
tiné au travail réparatoire; et quoique les ulcères
des aphthes se couvrent assez souvent d’une ma-. tière couenneuse qui les rapproche du muguet , leur base dure et proéminente suffit pour les dis-
tinguer du muguet, et de plus, les plaques aphtheu-
ses se présentent surtout derrière les lèvres et surs
là face interne des joues, tandis que celles du muguet s’observent surtout sur la base et sur l’extrémité de la langue. Dans certains cas, au lieu de sécréter une matière crémeuse, les aphthes exhalent un peu de sang qui se coagule en forme de croûtes brunâtres que quelques médecins avaient regardées comme une terminaison par gangrène.
Lorsque l’inflammation des follicules se calme, la cicatrisation survient, les bords de la pustule s'affaissent , et après la cicatrisation il ne reste plus qu'une teinte rouge plus ou moins étendue en place de pustule. Les aphthes peuvent être également, comme les plaques du muguet, discrètes et confluentes. Cette dernière forme ne s’observe que dans les pays humides, comme l'Angleterre, la Hollande , etc.
c) Billard a décriten outre nne espèce d’ulcéres de la bouche qui n’ontrien de communaecles aphthes, etqui cependant pourraient être regardés comme des ulcères d’aphthes ; ce sont des ulcérations plus ou moins larges, le plus souvent elliptiques, à bords déprimés et à fond très rouge , enflammé, que l’on voit quelquefois sur les différents points de la bouche, sur la base de la langue, sur son ffein, sur le voile du palais, sur la muqueuse des joues, etc.
Les bords de ces ulcérations sécrètent quelque-
fois une matière crémeuse, comme dans les aphthes ;
306 MÉTHODOLOGIE ET SÉMÉIOTIQUÉ.
mais il est facile de ne pas les confondre avec ces’ derniers, vu que les aphthes ont toujours une base proéminente , tenant à l’inflammation des follicu-. les. Ces ulcères n’ontété vus jusqu’à présent que chez, les nouveaux-nés , ou à une époque rapprochée de: la naissance.
d) Gangrène de la bouche ou stomatite gan= gréneuse.
La gangrène peut être la terminaison de toutes!
les inflammations buccales , comme elle est la ter.
minaison de l’inflammation de tous les autres or-
ganes. Les aphthes tombent quelquefois en gangrène,
se couvrent d’une escarre brunâtre qui laisse après sa chute une ulcération à surface rouge, vermeille et granulée. à Une autre fois, au lieu d’être couvert par uné
escarre, le fond de l’ulcère sécrète une bouillie”
brunâtre accompagnée d’une sanie exhalant l'odeur caractéristique de la grangrène; mais ces caracte+. res ne sont, comme nous l’avons déjà dit, que des formes de la même affection, la gangrène n'est qu’une terminaison. Dans la stomatite gangréneusé, au contraire, la gangrène envahit de prime abord les parties sans être précédée par l’inflammation$: elle affecte de préférence les enfants et les jeunes sujets, surtout ceux d'une constitution faible et d’un tempérament lymphatique, |
… Certaines influences extérieures paraissent favoriser son développement.
Nous l'avons vue eridémique en Russie, dans:
les environs de Dantzick et d'Elbing.
Cette maladie attaque surtout les joues. Il survient subitement à la joue un gonflement œdémateux, circonscrit, caractérisé par l'aspect huileux de la peau, présentant au centre un noyau dur au milieu duquel on aperçoit une tache rouge en dedans ou en dehors. Cette partie centrale se transforme en escarre qui commence ordinairement par la muqueuse buccale.
La gangrène gagne ensuite toutes les parties environnantes , et s'empare mème des os de la face.
e) Les préparations mercurielles, et surtout le calomel et l’onguent napolitain ont la propriété spéciale d’irriter la muqueuse buccale, et d'y produire même une véritable inflammation.
Cette inflammation, connue sous le nom de stomatite mercurielle, est facile à reconnaître, d’abord par la connaissance de la cause qui lui 4 donné lieu ; 2° par le gonflement presque œdémateux des parties intérieures de la bouche, surmonté d’un enduit grisâtre recouvrant en même temps les dents, qui se trouvent quelquefois déchaussées par suite du gonflement des gencives ; 3° par une fétidité particulière de l’haleine,
208 MÉTHODOLOGIE ET SÉMÉIOTIQUE.
Si cette inflammation se termine par des ulcères, .
comme cela a lieu très souvent, ces ulcères ont encore des caractères particuliers qui les font distinguer des autres; ils sont larges, superficiels, blancs, et sont entourés de tous les caractères de la stomatite mercurielle que nous venons d’énumérer.
f) Les ulcérations scorbutiques ont un certain
rapport avec les ulcérations mercurielles ; mais
leur siége exclusif est sur Les gencives; elles siégent,
encore sur des parties mollasses, bleuâtres, saignantes au moindre contact. Enfin l’absence de
l'influence mercurielle servira encore davantage à
établir une différence entre elles et les ulcérations.
précédentes.
8) Les ulcérations syphilitiques présentent dans la bouche les caractères qu’elles offrent le plus,
souvent partout ailleurs : elles sontrondes , circon=,
scrites, à bords durs, coupées à pic, et offrent un
fond lardacé. La muqueuse qui les entoure est, en
général, peu enflammée, non gonflée ; elles n'exis=.
tent ordinairement qu’au nombre d’une ou de deux, rarement elles sont plus nombreuses.
h) Enfin la bouche peut encore être couverte
de pustules, comme cela s’observe dans la variole;
leur nature est alors facile à diagnostiquer ; elles
AFFECTIONS GUTTURALES. 209 sont plus petites et plus blanches que celles de la
peau,