‹ Précurseurs et disciples de DescartesChapitre 28 sur 30 · LE] UN [TZ · texte numérisé non relu

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ù ce que nous appelons l'âme ou le moi. Puis vient toule la théorie des rapports de l'âme et du corps et celle fameuse hypothèse do l'harmonie préétablie qui n'a certainement été imaginée par Leihnitz qu'après sa doctrine dynamique, puisqu'elle en est dans sa pensée la suite et !e complément.

Dircz-vous que l'idée de la force est plutôt répandue dans tout le Discours que mise en lumière cl expressément appelée par son ndm? J'en conviens, mais la raison en est aisée a trouver : c'est que Leihnitz, voulant séduire a ses vues le carlésien Arnauld, évite de lui présenter son système par le cûlé qui pouvait le choquer, et préfère lui développer ses vues sur l'harmonie des êtres et sur la providence de Dieu.

Je regarde donc comme un point établi, depuis la publication de M. Grolefend confrontée avec la lettre a Thomas Bumct, que c'est vers t68u, à l'âge de quarante ans, que Leihnitz, après avoir vu Taris, Londres, Amsterdam cl Florence, éprouvé par vingt années d'études et de découvertes eu tout yciirc, inalhémutiqucs, physique et géologie, droit puhlic et jurisprudence, histoire, langue et origine des nalions, a finalement coordonné lant de matériaux divers dans une doctrine originale 1 .

1 Depuis que ces pages on! paru dans h Reuu.*: Deux Mondes, M. Nourrisson a essayé (If maintenir sa date do 1691 ou 1694. Au lien de répondre à ses arguinenls ini;i : iiieii\ (iar d'uulres arguments, je nie liiinicrai à lui eilcr île- levics iléeisifs. La question entre, nous, en elle.1. est de savoir si Leibnilz, avant 1691, avait connue! formula l'idée fondamentale de son système,

LE1BNITZ,

L'enchaînement de toutes les parlies de cette doctrine en est te Irait le plus admirable, et depuis la publication

liait tro|) Lira ht |>liili>i<!]ihic de U'ihnili pour iju'iin puisse supposer qu'il liusile sur ce point. La conaOquBnce sa lire d'elle-

LEIBN1TZ. i>:t de tant de précieux documents, on peul dire qu'elle so découvre aujourd'hui à nos yeux avec un surcroît de grandeur et de clarté. Toul Lcibnitz est dans sa métaphysique, et sa métaphysique elle-même a son centre dans une seule idée, l'idée dynamique.

Suivant Leibnitz, toule substance est essentiellement une force; qu'on l'appelle corps, ,lmc ou esprit, brin d'herbe ou soleil, ange ou bête, peu importe. Minéral, plante, animal, homme et Dieu mémo, tout être réel est un principe capable d'action. La force, l'activité, sont le signe et la mesure de l'existence. Plus une substance agit, plus elle a d'être, plus c]le s'élève dnns l'échelle de la perfection. Supposez un être entièrement inerte : vous donnez un corps a une abstraction ; ce qui n'agit pas n'est pas, et l'être absolu et infini, c'est l'infinie et absolue activité.

Cette idée parait fort simple : elle élail pourtant au siècle de Leibnitz le pins étrange paradoxe, la plus extraordinaire nouveauté '. î.a science alors ne voyait l'univers que par les yeux de Descaries, et Descartes était dualiste et mécanisle absolu. Regardant de son œil de géomètre le monde corporel. Descartes s'élait dit: Qu'y

1 H. Cousin !mi; vt l;i (li'inii-re l'ilitiim ilo smi Omrs du ISjn, [lagcs UPl siiq-) 11 sijjnaU! cln7. un iin/oVdn anglais qui tkrivail en 11175. Kranniis ilr~ p;i!=~:tj.'0~ trcs-mliTo-anls cii la

fomv rrnci'jiic uni! cftii.-iic-i ciMnmr un l'Ii'incnt nrri'ssairc île toute seli-lanra. Erl-ce à diif qui' l.eilinil/ ait emprunte la monadulogie el Miaruioiiii' |iréélalilie à Glissun? Sun certes, pas [ilus que TV~cartiS n'a eui|i:\ii!té s;i iii' ; t;i[>li; -ique îi suint Augustin, Mon que celiii-u dit Iromi 1 avant lui le fauioiiï. f'.'.ytt" rrgosmti. Uni' iilée n'appartient qu'à celui qui sait la ftoiudr-r.

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a-t-il do clair en lout cefa? une seule chose, savoir, l'étendue, donl la ligure et le mouvement sont des modes.

Voila donc l'univers sans l'homme réduit a l'étendue et au mouvement; l'homme lui-même-, comme animal, n'est qu'une machine plus compliquée que toutes les autres; c'est un bel automate. L'univers physique est l'empire de l'inertie et de la mort ; il a reçu d'un plus haut priucipe une quantité immuable de mouvement qui se transmet de proche en proche par des lois mathématiques, sans aucune action individuelle. L'esprit s'effraye de cette incriie, de cette universelle torpeur : on espère, en se repliant sur le monde moral, trouver enfin un être actif cl vivant ; mais si Dcsearles n'a pas méconnu, il a singulièrement effacé l'activité humaine. Pour lui, lout l'homme spirituel est dans la pensée, ei la pensée a ses lois, aussi inflexibles que celles du mou voment.

Laissez-vous aller maintenant an courant de la logique au lieu d'écouter les réserves de Descartes, et vous verrez que dans celle passivité universelle lous les êtres se réduisent, ou peu s'en faut, a des abstractions géométriques enveloppées dans une abstraction suprême, la. substance, l'être en général, principe indéterminé où les modalités de l'étendue cl de la pensée viennent si' réunir.

Voila où menaçait d'aboutir ce système, d'abord si simple, si lumineux, si pur, qui avait séduit toutes les plus belles intelligences du grand siècle. Le premier qui ait vu le danger, c'est Leibnitz. Il le voit même si bien, qu'il a l'air parfois de le grossir. On est tenté de

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le trouver indulgent pour Spinoza jusqu'à l'excès, et dur pour Descaries jusqu'à l'ingratitude. « Vous jetez la pierre a Spinoza, dit-il aux cartésiens; mais, après tout, qu'a-t-il fait? Il n'a fait que cultiver les semences de la philosophie de Descartes. Spinoza commence par où Descartes finit, par le naturalisme. Il ne s'agit donc pas de retrancher ceci ou cela dans la métaphysique cartésienne; il faut reprendre l'édifice par le fondement. Or le vrai fondement de la métaphysique, c'est une idée que Descaries a d'abord effacée, puis écarlée, l'idée de force active. La force active est partout ; elle est le vrai principe des phénomènes corporels, elle fait le fond de tous les êtres. »

Comment Leihnitz est-il arrivé a l'idée fondamentale de son système? C'est d'abord, je crois, par la physique et les mathématiques.

Les lois du mouvement, telles que Descartes les avait déduites de l'essence des corps, sont fausses ; cela est prouvé, dit Leihnitz, d'accord sur ce point avec Huyghens et Newton. H est particulièrement faux que la infime quantité de mouvement se conserve dans l'univers. Ce qui se conserve, c'est la même quantité de force motrice. Et puis allez au fond de la notion de corps : qui dit corps dil un filre multiple; il y a donc quelque chose qui se répète, qui se multiplie, qui s'étend, qui résiste. Ce quelque chose, ce principe d'existence et d'unité, c'est la force.

Direz-vous que la notion de force est vague et confuse, que nous ne connaissons les forces que par leurs effets? « Cela serait vrai, si nous n'avions pas une âme

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