‹ Précurseurs et disciples de DescartesChapitre 6 sur 30 · X AVANT. PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT. PROPOS

Tondes de M. Franck : c'est qu'il n'existe entre les idées de !a Kabbale et celles de Spinoza aucune analogie précise et certaine. La question n'est plus si simple, quand on passe de !a Kabbale à Maimonide et à ses commentateurs averrhoîstes. Ici , pour ne pas faire fausse route, il faut d'abord écarter du débat un article sur lequel tout le monde est d'accord, savoir que Spinoza a emprunte à Malmonidc sa méthode d'exégèse biblique. Point de dissidence à cet égard. Bien que Spinoza comme interprète de la Bible doive beaucoup à. l'esprit de son temps, il est cerlain qu'il s'est inspiré des traditions du rationalisme juif '. Cette filiation était connue depuis longtemps, et les nouvelles publications la conforment. Le débat se concentre donc sur le problème philosophique. Or ce qui ressort le plus fortement de la comparaison des idées de Spinoza avec celles de Malmonidc , ce sont les différences. Il y a sans doute des analogies, quelques-unes même trèsintéressantes, mais on en a beaucoup exagéré la portée. Je ne conteste pas qu'à travers les écrits de Malmonidc on tic senle circuler un courant d'idées panthéistes, tantôt acceptées par le docteur juif, comme par exemple la théorie de l'indivisibilité absolue de Dieu, tantôt nel-

1 L'exégèse ralifiiiilipli 1 ;i [ipl il jm-t? ,ï l'f>iiiuri- sainte n'est pas au dix-septième sièclo le fait ■ i ■ i &-ul Spiniuii. ['resque Ions tes cartésiens y inclinent, nouinimcnl Malenrandie , tout sincère croyant qu'il est.

AVAtcr-piiopos. xi lement répudiées, comme l'existence nécessaire de la matière 1 et l'absorption future des âmes dans l'unité. Mais d'où viennent ces idées? On le sait aujourd'hui, elles viennent d'Alexandrie; ce sont des lambeaux de ce grand système de mysticisme panthéiste inaugure par Ploîin. Or s'il y a entre les doctrines alexandrines et celles de Spinoza des analogies générales, à cause de la donnée panthéiste qui leur est commune, il n'en est pas moins vrai que ces deux systèmes diffèrent profondément, et que la construction métaphysique de Spinoza est d'une originalité incontestable. Spinoza a-l-ii donc tiré de son seul génie le système développé dans VEthica? Il est certain que non, et que son véritable maître, c'est Descartes.

Voilà ce que nous croyons avoir solidement démontré, et nous l'avons fait avec un soin d'autant plus scrupuleux que, différant quelque peu d'avis sur ce point avec un illustre maître 5 , nous avions contre nous l'autorité qui nous est la plus respectable et la plus imposante, non-seulement en philosophie, mais aussi dans ces épineuses questions d'histoire où les dissentiments, pour n'avoir pas de gravité, ne sont pas sans quelque importance.

■ Voyez les lieaux arlicles que publie M. Franck sur le Guide du égaris, dons le Journal des savants, cahiers de février et mars 1803.

' Histoire générale de la philosophie, de M. Cousin, dernière édition, 1861, pages 141 et suivantes.

c'est qu'elle seule fait comprendre les rapports incontestables signalés depuis lougtempseiitrc Spinoza cl Malubranchc. Aussi bien, comment se ferait-il, si le panthéisme de Spinoza ne viniaitpna en partie de Descartes, que peu d'années après sa mort, vingt esprits eminents qui n'avaient pu se communiquer leurs pensées, Mulebranche, Clauberg.Oeulincx, DeurhoiF, les uns protestants, les autres catholiques, ceux-ci en France, ceu-là en Allemagne, d'autres en Hollande et en Angleterre, tous aient tiré de certains principes de Descartes les mêmes conséquences? La ressemblance est surtout frappanteenlreMaliliiiindieei Spinoza, te sont deux frères jumeaux dans la famille cartésienne. On a dit de Malebranehe : c'est Spinoza chrétien. On pourrait dire de Spinoza: c'est ce qu'aurait élé Malebranche, né juif, nourri des idées de Maîmonidc et des averrhoistes , et n'ayant pas pour se prémunir contre les ent raînements de la logique la haute barrière d'une éducation chrétienne.

Cet air de famille se marque jusque dans la personne des deux philosophes, et nous n'avons pas résisté au plaisir de mettre à proiit les découvertes récentes de M. l'abbé Hlampignon ' pour montrer les deux lils les plus illustres de Descaries, semblables par

1 Elude sur ilalcbmiulu, il ;i]!iè* iliv documents manuscrit,

AVANT-PHOPOS. mi une complcxion chétive, par l'amour de lu méditation solitaire, par la pureté et l'innocence de leur vie, par leur admirable désintéressement , comme aussi par l'opiniâtreté de leur caractère et leur attachement indomptable à leurs opinions.

Mais le plus grand avantage de notre manière d'envisager le spinozisme, c'est qu'elle donne h. la réforme de Leibnitz son véritable sens. Ce n'est pas d'hier qu'on sait qu'airs yeux de Leibnitz le défaut capital du cartésianisme, c'est la passivité des substances, et que le dessein essentiel de sa réforme, c'a été d'introduire la notion de la force dans toutes les parties de la philosophie. Les nouvelles publications qui se sont accumulées depuis c«s ileriiièroa années, notamment les morceaux inédits découverts en Allemagne par M. Erdmann et H. Grotefend, et en France par M. Foucher du Careil, n'ont pas créé un nouveau Leibnitz, mais elles ontéclairci et agrandi l'ancien. Leibnitz reste l'homme d'une seule idée, l'idée dynamique '.C'est par elle qu'il a substitué à la doctrine de Descaites une philosophie nouvelle. A ceux qui veulent que Descartes n'ait jamais

suivie d'une correspondance inédite, par l'abbé Blampignon,

1 Voyez l'admii-aUf urt'u'li 1 'II' Mai nu de llirsiisur I.eilmitià la suite du livre de; Iinjip'ir(; <ln i^^iijue et du moral. Parmi les dindes plus rérenies, on Ironvcrii l'idée dynaïninue de Leibnitz mise en un beau juur dans l'excellent ouvrage de SI. Félix Nourrisson, un des deux Ijuréals du dernier concours de l'Académie des scieucca morales et pollUque-».

Page 1