‹ Précurseurs et disciples de Descartes [microform]/Chapitre 9 sur 16 · partie · texte numérisé non relu

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savoir maintenant quelle est la cause et l'origine de cette curieuse analogie? c'est ici qu'elle doit se défier des explications arbitraires.

Wachter suppose que Spinoza a été aflilié à la kabbale. Mais où est la preuve de ce fait? nulle part. Spinoza a été élevé par un savant rabbin , Moses Morteira ; mais Morteira n'était point un kabbaliste. Spinoza était versé dans la littérature hébraïque; il cite Maïmonide, Rab Ghasdaï , et d'autres théologiens et philosophes juifs ; mais il ne cite jamais le Zohar, ni le Sephe?iecirah, ni les commentaires des livres kabbalistiques. Une seule fois il parle des kab])alistes de son temps, et c'est pour les traiter de charlatans et de fous K

D'ailleurs , si vous considérez la théorie des Séphiroth , non plus d'une manière générale , mais dans ce qu'elle a de véritablement propre et de précis , vous ne la retrouvez plus dans Spinoza.

Le Zohar admet dix émanations primordiales de la divinité sous le nom de Séphiroth. Quel rapport y a-t-il entre cette doctrine et la Substance de Spinoza avec ses deux attributs immédiats, la Pensée et rÉtendue? Spinoza indique , à la vérité , plusieurs séries de modes éternels et infinis, mais il n'en fixe pas le nombre; il n'essaye pas d'en ordonner la hiérarchie, et toute cette partie de sa théorie reste indécise , à ce point que lorsque ses amis le pressent de s'expliquer plus nettement,

» Voyez le Traité théoîogico-poHtique, ch. ix, page 178 de notre tome ii : « J'ai voulu lire aussi, dit Spinoza, et j'ai même vu quelques-uns des kabbalistes; mais je déclare que la folie de ces charlatans passe tout ce qu'on peut dire. »

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il se montre embarrassé et ne leur fait que des réponses évasives.— Nous avons essayé, pour notre part, de préciser et d'expliquer ce que Spinoza a pu entendre par ces étranges entités logiques qu'il appelle Vidée de Dieu , Vidée de r Étendue, et nous n'avons rien trouvé là qui ressemblât le moins du monde à l'Adam Cadmon deskabbalistes, lequel n'est autre chose, dans le Zohar, que l'ensemble des Séphiroth K

Il n'y a donc entre la théorie de Spinoza et celle de la kabbale qu'un point de ressemblance générale, savoir ridée de l'émanation. Or cette idée n'appartient pas en propre aux kabbalistes ; elle se trouve chez les gnostiques de toutes les sectes, valentiniens , carpocratiens, etc.; on la rencontre dans les livres hermétiques et chez tous les philosophes de l'école néo-platonicienne d'Alexandrie. De quel droit ferait-on de Spinoza un kabbaliste plutôt qu'un gnostique, plutôt qu'un disciple de Proclus ou de Plotin? Et d'ailleurs n'y a-t-il pas une manière plus simple d'expliquer pourquoi Spinoza a incliné à l'idée des émanations? c'est que cette idée a un rapport évident avec l'idée mère du panthéisme, et voilà pourquoi on la rencontre chez les panthéistes de tous les temps et de tous les lieux. A ce compte, les analogies justement signalées entre le panthéisme de Spinoza et les systèmes de l'antique Orient n'auraient d'autre cause que l'identité des lois de l'esprit humain.

» Voir le livre de M. Franck, ch. m.

SPINOZA ET MAJMONIDE.

Voici une thèse tout autrement sérieuse que celle de Wachter. Elle est née à la suite des travaux que de savants hommes ont récemment consacrés à la philosophie juive et à la philosophie arabe, particulièrement au grand docteur juif du douzième siècle, Moses Maïmonide. On savait depuis longtemps que Spinoza avait puisé dans le Mo)'é Neboukhîm de Maïmonide les principes de son exégèse biblique; mais on connaissait mal ce vaste et curieux monument, et Leibnitz, qui lisait tout et voulait tout comprendre, n'avait pu lire Maïmonide que dans la mauvaise traduction latine de Buxtorf '.Voici maintenant que le Moi^é NeboukJwn sort de son obscurité séculaire et s'offre sans voile aux regards de la critique ^. Qu'est-il

* Voyez l'intéressant fragment inédit récemment publié avec une traduction et un mémoire explicatif par M. Foucher du Careil : Leihnitii observationes ad Rabbi Mosis Maimonidis librum qui inscribitur Doctor perplexorum, 1861, in-8°.

* On ne connaissait presque rien, il y a cinquante ans, de la philosophie des Juifs. Si nous n'en sommes plus là aujourd'hui, nous le devons à deux savants hommes, à deux maîtres en littérature hébraïque, M. Adolphe Franck et M. Munk. Depuis les mémoires de M. Franck sur la kabbale, la doctrine renfermée dans les livres du Zohar et du Sepher iecirah a cessé d'être une énigme. A la fois philosophe et philologue, M. Franck a porté la

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arrivé'^ c'est que des analogies nouvelles ont été remarquées entre Maïmonide et Spinoza, et qu'un grand critique, M. Cousin, exagérant les ressemblances et fermant'les yeux sur les différences, entraîné d'ailleurs par respoir de dégager la philosophie de Descartes de toute solidarité avec le panthéisme de Spinoza, n'a plus voulu voir dans Spinoza qu'un disciple de Maïmonide.

\ssurément la question est grave, elle mérite d être discutée à fond, et si on n'avait pas d'ailleurs toute sorte de bonnes raisons pour lire le grand ouvrage de Maimo-

lumière dans ce chaos, et s'il n'a pas dissipé toutes les obscurité. deTuvres kabbalistiques, il en a du moins fixe avec au^^^^^^ caractère, mesuré la portée, indiqué les ongmes. G est la un .er- ^ cap' al rendu à la science. M. Franck vieiH d'y ajouter encore en^ubliant un précieux volume Ù^Etudes onentales ou, parmi d'autres recherches curieuses, on trouvera de nombreux maté iaux pour l'histoire des idées philosophiques et religieuses Z H breux. Ce que M. Franck faisait, il y a vingt ans, pour es 3 ctdne secrètel des Jmfs, M. Munk vient de l'entreprendre pour leur philosophie officielle et publique. Il -us clonn e belle et bonne langue française le prmcipal monument de ce e philosophie, le GMe des égarés. Désormais nous pouvons 1 re Maïmonide avec d'autant plus de facilité que nous trouvons auprès de lui un commentateur assidu, ciui à chaque pas nous souvent et nous guide, car il ne suffisait pas, pour nous faire comp ei^dre le More moucUMm. d'une connaissance profonde des Ltiquités hébraïques; il fallait y joindre une érudition .anee notamment l'intelligence des écrits dAristote, maître favori de Lmonide. Grâce à Dieu, M. Munk n'est pas seulement un hébraïsant consommé, c'est un savant universel pour qui la philosophie grecque a peu de secrets. Ajoutez que cette vaste érudition est chez lui au service d'un esprit supérieur, ou la netteté française se marie heureusement avec la finesse, la souplesse et la vigueur hébraïciues.

nide, ce seul problème vaudrait la peine de s'y arrêter.

Mais avant de parler du Guide des égarés^ il faut en faire connaître Fauteur.

Moïse ben-Maimoun (c'est son véritable nom) est un Juif d'Andalousie du douzième siècle *. Il naquit à Gordoue le 30 mars 1133. Fils d'un homme instruit, son éducation fut libérale. Il eut pour maître aux écoles juives un disciple du fameux Avempace (nom défiguré d'Ibn-Badja) et fréquenta aussi les écoles arabes, où il trouva pour condisciple un fils de l'astronome Geber de Séville (Djàber ben-Allah), bien connu des arabisans. A peine avait-il treize ans que la conquête de Gordoue par Abd-el-Moumen, le farouche et fanatique chef de la dynastie des Almohades, déchaîna sur les Juifs et les chrétiens d'Andalousie la plus terrible persécution. La famille de Maïmonide courba la tête sous l'orage, et pour éviter la mort ou l'exil fit profession extérieure de mahométisme. Étrange effet des violences des hommes, on put pendant dix-sept ans voir agenouillé dans les mosquées celui qui devait être le plus grand docteur de la synagogue, le flambeau d'Israël, la lumière de l'Orient et de l'Occident, un autre Moïse. Toujours en danger à (]ordoue, Maïmonide chercha un asile plus sûr à Fez, où la légende a gardé souvenir de son passage, puis à Saint-Jean d'Acre, puis enfin, après un pieux et péril-

* Pour la biographie de Maïmonide, M. Franck, Études orientales, pages 317 et suiv.— Comp. M. Munk, Mélanges de philosophie juive et arabe, pages 461 et suiv.

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léux Pèlerinage à Jérusalem, il s'établit en Egypte au 'ZIL. C'est 1. qu'après trente ans de perséeut.ons et de vicissitudes il devait trouver le r«P«^'/\P; ^"^ ^ croît la fortune, les honneurs et la gloire^ Le sultan sXdin venait de renverser le khalifat des Fatimiles t d 'ele sur l'Egypte une domination généreuse^ Ma.monide lui fut désigné par la grande réputation qu .1 s'était faite en quelques années -™mc théologien phjlosofhe et médecin. Sur l'indication du kahd. Âl-Fadhel, fut 1 si pour médecin du sultan et devint un personnage n crédit. On peut voir dans les lettres mêmes de ïï^onidecombien^on existence fut alors bnl^^^^^^ occupée « Je te le dirai franchement, écrit-il a Samuel n-î bbon, qui se disposait h lui faire visite pou

jouir de ses entretiens et se F^F- j/-'\-;-;;;'^^ de l'arabe en hébreu, je ne te conseille pas de xpose à cause de moi aux périls de ce voyage, -r ^outc q ^ tu pourras obtenir, ce sera de me voir; mais quant a en retLr quelque profit pour les sciences ou les arts ou voir avec moi ne fût-ce qu'une heure de conversat.on particulière, soit dans le jour, soit dans la "'J'^ "« ' " Père pas. Le nombre de mes occupations est in^mense c mme tu vas le comprendre ... Tous les jours, de grand ma"^, je me rends au Caire, et lorsqu'il n'y a rien qui " retienne, j'en pars à midi pour regagner ma demeur^

Rentré chez moi, mourant de faim, je trouve tout s me antichambres remplies de musulmans et d Israéh , d personnages distingués et de gens vulgaires, de juges et de collecteurs d'impôts, d amis et d'ennemis qui attendent avidement l'instant de mon retour. A peine suis-je

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descendu de cheval et ai-je pris le temps de me laver les mains, selon mon habitude, que je vais saluer avec empressement tous mes hôtes et les prier de prendre patience jusqu'après mon dîner. Cela ne manque pas un jour. Mon repas terminé, je commence à leur donner mes soins et à leur prescrire des remèdes. Il y en a que la nuit trouve encore dans ma maison. Souvent même, Dieu m'en est témoin, je suis ainsi occupé, pendant plusieurs heures très-avancées dans la nuit, à écouter, à parler, à donner des conseils, à ordonner des médicaments, jusqu'à ce qu'il m'arrive quelquefois de m'endormir par l'excès de la fatigue et' d'être épuisé au point d'en perdre la parole. »

Tant d'occupations, de devoirs et d'affaires n'empêchèrent pas Maïmonide de se recueillir et de travaillera la composition de ses nombreux ouvrages. Il y en a de trois sortes : d'abord des traités de médecine, puis des écrits purement théologiques, parmi lesquels le plus estimé est hMischiié-Torah, abrégé du Talmud, enfin des traités où la philosophie et la théologie se combinent, et c'est dans cette classe que brille au premier rang le Guide des égarés, principal litre de l'auteur à l'attention de l'histoire et à l'estime de la postérité. Mais on n'est pas impunément théologien philosophe, même quand on est favori du sultan. Maïmonide fut inquiété pour la liberté et la hardiesse de ses opinions. Un théologien musulman, nommé Aboul-Arab ben-Moïscha, l'attaqua sous prétexte qu'il était retourné au judaïsme après s'être fait musulman. Le voilà convaincu d'être un hérétique relaps, comme aurait dit un juge de notre

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inquisition. Maïmonide eut besoin, pour parer le coup, de toute la faveur du sultan et de Tadroite intercession de son ministre, le kadhi Al-Fàdhel. Plus tard, un des disciples qu'il avait formés au Caire ayant soutenu à Damas que la résurrection des morts n'est qu'un s}Tnbole, un orage éclata dans la synagogue, et pour ne pas être excommunié par les siens, Maïmonide fut obligé de capituler sur ce point, sauf à revenir à sa doctrine par un détour subtil. Mais ce fut après sa mort, arrivée en 1204, que, n'étant plus contenue par la haute position de Maïmonide à la cour, la colère des orthodoxes en Israël parut dans toute sa violence. Un rabbin de Tolède, Méir ben-Todros-Halevy, déclara que le More Aebouk/um, sous prétexte de fortifier les racines de la religion, en coupait toutes les branches. De nombreuses communautés, entre autres celles de la Provence et du Languedoc, prononcèrent contre les écrits philosophiques de Maïmonide l'anathème et la peine du feu. D'un autre côté, plusieurs communautés se levèrent pour le défendre. On s'excommunia réciproquement, on ne se fit pas faute d'en appeler au bras séculier. Ce fut un véritable schisme qui s'étendit peu à peu à toutes les synagogues pendant tout un siècle. Au milieu de ces tempêtes, la gloire de Maïmonide a surnagé. Le temps, en calmant les passions et en dissipant les fumées du combat, a fait de plus en plus paraître les véritables traits de cette calme et haute physionomie : science, mesure, étendue. Peu à peu ces dons supérieurs ont exercé leur influence insinuante et victorieuse, d'abord sur les Juifs, bientôt sur les musulmans, et jusque sur les chrétiens.

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Les théologiens coptes traduisent les écrits de Maïmonide; les grands docteurs chrétiens du treizième siècle, un Albert le Grand, un saint Thomas d'Aquin, les lisent dans des traductions latines et les citent avec respect et admiration. Son nom, partout répandu, reste un glorieux symbole de la hardiesse des idées contenue par un grand esprit de modération et de sagesse.

L'auteur du Guide des égarés, au début de son ouvrage, en explique l'objet à son cher disciple Rabbi Joseph, fils de R. Jehouda. Cet ouvrage ne s'adresse pas au commun des hommes, ni à de jeunes écoliers, ni même à ces lecteurs d'ailleurs éclairés, mais qui ne veulent savoir que l'interprétation pratique et traditionnelle delà loi; il est fait pour des philosophes, pour ces sortes d'esprits qui aspirent à pénétrer le sens le plus élevé des traditions. Ceux-là sont souvent indécis et troublés à cause de l'opposition qu'ils rencontrent entre la lettre de l'Écriture sainte et les données de la raison. Faut-il prendre au sens littéral la parole des prophètes? faut-il n'y voir que des symboles et des allégories? On ne sait, on hésite, et l'esprit reste en suspens, douloureusement agité. Maïmonide se propose de tirer ces douleurs de leur indécision et de leur perplexité ; c'est pourquoi il intitule son livre le Guide des effarés, ou pour traduire plus exactement le texte S le Guide des indécis, Dux perplexonmi, comme dit l'ancienne version latine de 1520.

* En arabe DaJaîat al Uayirin, en hébreu More Neboukhim.

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Voilà un grand dessein. Maïmonide en mesure la hauteur et les périls avec un sentiment profond d'inquiétude. Aussi se garde-t-il bien d'étaler aux yeux la méthode nouvelle dont il est en possession. Cette méthode, en effet, n'est pas moins que ce qu'on nomme aujourd'hui l'exégèse rationnelle, ou plus nettement le rationalisme. Le principe général de Maïmonide, c'est que la révélation ne peut être en contradiction avec la raison. Tout récit, toute parole, qui heurtent la raison, doivent donc être ramenés par l'interprétation à un sens raisonnable : il faut y voir une hyperbole, une allégorie, une figure symbolique, et dès lors mettre à l'écart la lettre et chercher l'esprit ; mais cette raison elle-même, qui s'impose ici en maîtresse de l'interprétation et donne des règles à la foi, sera-ce la raison de l'ignorant, de l'homme frivole, du premier venu? Non, ce sera la raison guidée par la science, soutenue par la droiture du cœur et la pureté de la vie, la raison des sages; or, parmi ces sages, Maïmonide donne un rang tout à fait à part à Aristote.

Cette prédilection veut être expliquée. Maïmonide a étudié la philosophie à l'école des Arabes. Son maître le plus vénéré, c'a été, non pas Ibn-Rosch (Averrhoùr^), comme on l'a faussement cru jusqu'à ces derniers temps, mais Ibn-Sina JAvicenne). Or Avicenne et les Arabes, quand ils s'initièrent aux études philosophiques, trouvèrent établie dans le monde ancien, même à Alexandrie, l'autorité d'Aristote, qui avait prévalu peu à peu sur celle de Platon et absorbé en elle toute l'ancienne philosophie de la Grèce. La science se réduisait alors à

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commenter les écrits du Stagyrite. Les Arabes ne connurent guère Aristote que par les commentaires de Thémistius, de Philopon, de Simplicius, d'Alexandre d'Aphrodise, et ils ne furent eux-mêmes que des commentateurs. Ainsi se préparait par les Arabes, et bientôt par les Juifs, la domination presque absolue qu'Aristote a exercée sur l'éducation de la pensée moderne. Maïmonide est un des hommes qui ont le plus contribué à cette royauté de l'idée péripapéticienne. Aristote est pour lui le sage par excellence, le philosophe accompli, l'organe presque infaillible de la raison. Interpréter la Bible selon la raison, c'est donc l'interpréter au sens d'Aristote. A ce point de vue, le problème d'exégèse que Maïmonide s'était posé s'identifie avec celui qu'essayèrent de résoudre un siècle plus tard tous les grands docteurs du christianisme, je veux dire la conciliation de la sagesse divine, représentée par la Bible, avec la sagesse humaine, incarnée dans Aristote. Maïmonide est le précurseur de saint Thomas d'Aquin, et le More NeboukhÎ77i annonce et prépare la Summa theologiœ.

La différence est grande toutefois dans les procédés. Au lieu de cette démarche solennelle du docteur angélique allant chercher ses prémisses au plus haut du ciel et de là descendant par degrés sur terre et déroulant la chaîne de ses conséquences, le philosophe de la synagogue, plus hardi au fond, mais discret et modeste en ses allures, commence humblement par des remarques de détail sur quelques versets de la Bible. Saint Thomas déploie et impose sa doctrine; Maïmonide laisse deviner la sienne et doucement l'insinue.

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